‹ Manuel de l'educateur de vers a soieChapitre 41 sur 57 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Conservation de la récolte.

$ 1. Étouffage.

En général , les éducateurs vendent aux filateurs leur récolte de cocons; c’est le parti le plus sage qu’ils puissent prendre. La filature de la soie constitue un art diflicile, compliqué, qui exige des connaissances spéciales, beaucoup d'expérience et une surveillance active. Quand un propriétaire peut réduire son rôle à celui d’éduea-

teur, il doit s’en contenter et laisser à d’autres le soin de filer ses cocons.

Mais il n'existe pas encore dans toutes les parties de la France des filatures régulièrement organisées qui soient en mesure d’acheter les cocons des producteurs. Ceux-ci se trouvent quelquefois dans la nécessité de faire filer eux-mêmes ou du moins de mettre les cocons en état d’être conservés intacts pendant un voyage plus ou moins long. Il faut alors tuer les chrysalides, afin de prévenir le percement des cocons, et les faire sécher.

Ce sont ces deux opérations que nous allons décrire.

La première, qui a pour objet de tuer les chrysalides, pour prévenir le développement du papillon , porte le nom d'étouffage ou fournoiement.

L'étouffage se pratique en exposant les cocons à une chaleur élevée qui cuit pour ainsi dire la chrysalide et détruit en elle tout principe de vie.

Anciennement on se contentait de passer les cocons au four. La chaleur qu’il conserve après la cuisson du pain est suffisante. Les cocons, placés dans des corbeilles et recouverts de papier, sont exposés dans le four pendant un quart d'heure ou une demi-heure.

Pour s'assurer que le four n’est pas trop chaud, on y jette de petits morceaux de papier; ils ne doivent pas roussir.

Il est également facile de se convaincre si les chrysalides sont mortes. On prend deux ou trois cocons dans la corbeille qui est placée dans la partie la moins chaude et on les ouvre avec un canif. Quand les chrysalides sont mortes, elles ne donnent plus aucun signe de vie,

ÉDLPATION INDUSTRIELLE. 279 qu'’n les pique avec le canif. Du reste, au roment où*S Cocons ressentent l'impression de la chalur, ils sont entendre un bruit très sensible qui résulte des °uvements précipités des chrysalides. Quand il s’est ulé quelques minutes depuis que ce bruit a cessé, on

‘br: même

peut être sûr que toutes les chrysalides sont mortes. Tel est le procédé de l’étouffage par le four. Il est facile de comprendre combien il est imparfait. On est toujours plus ou moins exposé, soit à brüler des cocons, soit à laisser au contraire la vie à un certain nombre de chrvysalides dont les papillons percent plus tard les cocons. Aussi on a cherché à remplacer ce procédé incertain par un moyen plus sûr el sans dangers. On y est parvenu en employant la vapeur comme véhicule pour {porter la chaleur dans les cocons. Voici en quoi consiste le procédé qui conviendra à la plupart des éducateurs. :

F LA 280 ÉDUCATION INDUSTRELLE,

Dans toutes les propriétés rurales on une chaudiée à lessive; elle est ordinairement en ivre. Nog supposerons qu'elle a 60 centimètres de Vamètre et qu’elle est montée dans son fourneau. ©, $, + faire un cuvier en sapin, ou bois blanc, de 4 mètre, haut, sur un diamètre de 64 à 66 centimètres, de mamère qu'il couvre entièrement la chaudière en posant sur ses bords. Il est lévèrement conique, c’est-à-dire un peu plus large du haut que du bas.

Le fond de ce euvier sera percé, avec une mèche anslaise, d'un grand nombre de trous.

Le couvercle sera aussi percé d’un certain nombre de trous.

J faut, pour compléter l'appareil, huit corbeilles en osier blanc, de 40 à 12 centimètres de hauteur. Elles sont à claire voie; mais les brins d’osier sont cependant assez rapprochés pour que les cocons ne puissent pas passer entre eux.

Le cuvier étant légèrement conique, on a soin de donner aux corbeilles des diamètres gradués, afin que la plus petite puisse aller jusqu’au fond du cuvier ; les autres se superposent successivement.

Il est bon d’avoir une rechange de corbeilles, c’est-àdire seize en tout, afin de pouvoir accélérer l'opération de l’étouffement.

Quand on veut y procéder, on verse dans la chaudière de l’eau aux deux tiers de la hauteur, et on Ja chauffe jusqu'à l’ébullition qu’on entretient avec soin.

Les huit premières corbeilles ont été garnies de cocons débourrés. Nous décrirons plus tard cette opéra-

ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 281 tion. Les cocons ne remplissent pas entièrement les corbeilles. Au centre on laisse un vide en forme d’entonnoir pour laisser passer librement la vapeur dans toutes les parties de l'appareil.

On peut exposer le euvier à l’action de la vapeur pour l’échauffer avant d'y placer les cocons.

On l’enlève de la chaudière et on y introduit les corbeilles. On le replace promptement sur la chaudière, avec son couvercle.

La vapeur pénètre promptement toutes les corbeilles et les cocons qu’elles contiennent. Les chrysalides sont bientôt étouffées, et, comme dans aucun cas la chaleur ne peut s'élever dans cet appareil au delà de 400° cent., Jes cocons ne peuvent jamais être brülés.

D’unautre côté, la vapeur, pouvant s'échapper librement par les trous dont le couvercle est percé, ne se condense pas dans la masse des cocons et ne les mouille point. On peut dès lors prolonger asser son action pour être bien sûr que toutes les chrysalides sont mortes.

Du reste, quelques minutes suffisent. Un peu d'expérience a bientôt appris si c’est dix ou quinze minutes de séjour dans la vapeur qui sont nécessaires.

Pendant que l’étouffage a lieu sur les huit premières corbeilles, on remplit de cocons les huit dernières, On enlève le ceuvier; on le pose à terre, incliné, afin que l'air puisse entrer par-dessous et chasser la vapeur ; le couvercle est enlevé.

Bientôt on peut retirer les corbeilles chaudes ; on les remplace par celles dont les cocons n’ont pas été élouffés, et l'opération recommence.

Les cocons, tout chauds, sont immédiatement portés dans la magnanerie avec les corbeilles ; on les étale sur les canevas en évitant de les fouler. Au bout d’une heure, ils sont froids et aussi secs qu'avant, c’est-à-dire que la vapeur dont ils étaient imprégnés s’est échappée, et leur poids a plutôt diminué qu’augmenté. Ils ne sont donc pas mouillés.

Il en serait tout autrement si l’on n'avait pas eu soin de donner une issue à la vapeur qui pénètre dans le cuvier. Retenue, elle se serait condensée et aurait mouillé les cocons. Elle doit seulement les traverser pour leur communiquer la chaleur qu’elle porte avec elle.

Les cocons seraient aussi mouillés si on les laissait trop longtemps dans l’étouffoir.

Un cuvier comme celui que je viens de décrire, bien cerclé en fer, vaut 28 francs. Les corbeilles coûtent À fr. 50 pièce, tout au plus.

Dans un appareil de cette dimension on peut étouffer environ 20 kilogrammes de cocons à la fois. Chaque opération demande au plus trente minutes en tout.

Dans une journée on pourrait donc étouffer plus de 500 kilogrammes de cocons, sans veiller.

La dépense est très peu considérable.

$ 2. Conservation des cocons.

Les cocons, déposés sur les tables après l’étouffage, ne doivent pas être disposés en couches trop épaisses. Il convient aussi de les remuer de temps à autre pour faciliter la dessiccation uniforme. C’est maintenant qu'il

ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 283 laut veiller aux rats et aux souris qui pourraient exercer sur les tas de cocons des ravages effroyables. Ces animaux sont très friands des chrysalides, et, pour les dévorer, percent adroitement les cocons.

Quand les cocons sont bien secs, ce qui exige au moins un mois, on doit les couvrir avee des toiles pour éviter que la poussière les salisse. Cette précaution est surtout nécessaire pour les cocons blanes.

$ 3. Diminution du poids des cocons.

Si l'on a eu soin de peser les cocons avant l’étouffage, et qu’on répète cette opération quand ils sont parfaitement secs, on remarque qu'ils ont perdu de 60 à 70 pour 100 de leur poids. Cette perte est due entièrement à la dessiceation de la chrysalide. En conséquence, si l'on avait l'intention de vendre des cocons ainsi desséchés, il faudrait avoir soin, avant l’étouffage, d'en peser quatre ou cinq fois un décalitre ou un double décalitre pour savoir à quel poids de cocons frais ces mesures correspondent. Plus tard on pourrait alors vendre les cocons au décalitre en calculant son prix sur celui des cocons frais.

CH APITRE V.

Vente de la récolte.

$ 1. Conditions de la vente.

Dans le chapitre précédent nous avons vu ce que doit faire l'éducateur qui se trouve dans la nécessité de faire filer ses cocons.

Le producteur qui se trouvera établi dans un pays où l’industrie de la soie est complétement organisée n'aura pas tant de soucis. Les filateurs se disputeront sa récolte si elle est de bonne qualité, et si elle n’est que médiocre, elle se vendra encore en raison de sa qualité.

D'ailleurs, au moment où les éducations finissent, il s'établit promptement un cours des cocons sur les marchés où l’on apporte de tous côtés des échantillons. Voici Ja nature des différents marchés qui se font à ce sujet :

4° Prix à déterminer suivant le cours ;

2° Prix à déterminer suivant le cours et à époque déterminée ;

5° Prix déterminé par le vendeur, avec l’augmentation, sil en survient une ;

# Prix le plus élevé de toutes les ventes de la saison ;

5° Prix débattu et fixé sans augmentation.

On conçoit sans peine que ces différentes conventions se coneluent en raison des probabilités qu'offre la récolte. Un éducateur renommé pour la qualité de ses cocons vend, par exemple, avant même la montée de ses vers, au prix le plus élevé de l’année. On en voit mème qui exigent 5, 10 et même 20 centimes par kilogramme en sus du prix le plus élevé.

D'autres, moins habitués au succès, vendent au cours moyen.

Ces marchés ont pour objet de faciliter la livraison immédiate des cocons au filateur, avant même l’établissement d’un cours quelconque.

Producteur et filateur y trouvent également des avan-

29e lages.

L'éducateur qui livre ses cocons à mesure qu'il les enlève des balais n’éprouve aucune perte sur leur poids. En effet, ce poids diminuerait chaque jour de À pour 400 environ si les cocons restaient étalés sur les tables en attendant un acheteur.

Quant au filateur, il trouve dans des marchés de ce genre l’avantage de se faire livrer sur-le-champ le produit des éducations précoces, d’échelonner les livraisons qui lui sont faites, d'éviter l'encombrement et enfin de pouvoir commencer plus tôt les opérations d’étouffage et de filature.

Quelles que soient les conditions faites ou à intervenir entre le filateur et l’éducateur, celui-ci doit livrer ses cocons débourrés. La première chose dont il doit s’occuper, après le déramage, est donc le débourrage.

$ 2. Débourrage.

Le débourrage se fait à la main. On a bien cherché à construire des machines pour l’opérer, mais elles n’ont pas réussi.

En examinant un cocon qu’on vient d'enlever des balais, on remarque qu’il est enveloppé d’un réseau de soie très clair et volumineux; c’est la bourre.

Si l’on voulait l'enlever, en la brisant par petites parties qu'on saisirait successivement tout autour du cocon, on emploieroit beaucoup de temps à cette opération. Dans ce cas, on plumerait pour ainsi dire le cocon. On doit au contraire le depouiller en lui enlevant la bourre comme on le ferait d'une peau facile à rompre.

On saisit le cocon de la main gauche et on le présente à la main droite, non par le bout, mais par le côté. Avec le pouce et l'index de la main droite on saisit la bourre dans toute la longueur du cocon et on la brise en faisant un mouvement analogue à celui qui a pour but l'ouverture d’une tabatière.

‘Le pouce continue son mouvement autour du cocon, que la main gauche fait tourner, et enlève toute la bourre en un seul morceau.

En s'y prenant ainsi, le débourrage marche rapidement et coûte peu. On le fait exécuter par des femmes et de jeunes filles.

Si les cocons doivent être conservés et filés dans la maison, on profite du débourrage pour les trier de nouveau, c’est-à-dire mettre de côté les doubles, pointus, percés , satinés , tachés, etc., qui ont échappé au pre= mier triage qui a eu lieu au moment du déramage.

Si les cocons sont destinés à la vente on les laisse tels qu'ils sont, à moins de convention contraire. Mais je pense qu’un bon éducateur aura de l'avantage à faire trier lui-même ses cocons pour prouver qu'il n’y en à qu’une faible proportion à mettre au rebut.

$ 3. Vente.

Aussitôt que les cocons sont débourrés on les livre au filateur. Il est bon de les peser soi-même ; parce que les filateurs sont quelquefois tellement pressés par les nombreuses livraisons qui leur arrivent, qu'ils pourraient commettre quelque erreur dans la pesée. |

J'ai déjà dit pourquoi l'éducateur doit se hâter de l1-

ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 287 vrer sa récolte : les cocons perdent près de 4 pour 100 par jour après le déramage. Cette perte résulte de l’évaporation qui a lieu dans la chrysalide à mesure que le papillon se développe.

En général, les cocons se paient comptant. Aussi, au moment de la récolte, il y a dans les départements méridionaux un immense mouvement de fonds. Lyon, surtout, envoie dans l'Ardèche, la Drôme, le Gard, Vaueluse, l'Hérault, les Bouches-du-Rhône, le Var, l'Isère, d'énormes sommes d'argent dont toutes les voitures publiques sont chargées au moment de la vente des cocons.

Quelquefois aussi les filateurs ne paient qu'après la vente des soies ; mais dans ce cas ils tiennent compte de l'intérêt du prix convenu.

Il n’est pas rare enfin que les acheteurs fassent des avances aux producteurs gênés.

$ 4. Transport des cocons.

L'établissement des chemins de fer sera un grand bienfait pour l’industrie de la soie. Il fournira les moyens de transporter les cocons frais à de grandes distances, à peu de frais, sans les endommager et dans un temps si court, qu'ils perdront très peu de leur poids.

Aujourd'hui, ce transport des cocons frais ne peut avoir lieu que pour des distances très courtes. Le voyage par les messageries entraine une dépense qu’un échantillon seul peut supporter.

Par le roulage, les cocons restent trop longtemps en

route; ils perdent énormément de leur poids ; de plus, les secousses de la voiture écrasent les cocons, et avec eux les chrysalides. On est exposé à une perte presque totale. Si, par malheur, les papillons commencent à percer les cocons, le désastre est complet. Il en est de même si la masse s’échauffe, la pourriture s’en empare promptement et la marchandise perd les trois quarts de sa valeur. Je pourrais citer des exemples de ces diverses natures d'accidents.

Un producteur ne devra donc envoyer sa récolte en cocons frais à une filature qu’autant que le transport pourra avoir lieu en un seul jour, en un jour et une nuit tout au plus, sur une bonne route et par une voiture conduite au pas.

Dans cette position favorable, les cocons, débourrés le plus promptement possible, seront placés dans des paniers ou corbeilles. Ceux-ci seront d'autant meilleurs qu'ils seront moins grands, afin de diviser les eocons le plus possible. On chargera une voiture et on la fera voyager la nuit autant que faire se pourra. Les cocons seront pesés à leur arrivée à la filature.

Il me parait inutile d’insister sur l'importance de la rapidité avec laquelle il faut procéder dans tout ceci. Gn sait depuis bien longtemps que les eocons, à partir du moment où la chrysalide est formée, c’est-à-dire à partir du moment où ils sont vendables, perdent chaque jour environ À pour 400 de leur poids, plus exactement trois quarts pour 400, chiffre de Dandolo, que nous avons vérilié encore en 1847 et qui s'est trouvé d'une exactitude rigoureuse. Chaque jour de retard

ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 289 ferait done perdre environ 750 grammes sur 400 kilogr. de cocons, ou 5 fr. au moins.

Mais il arrivera bien souvent que le transport des cocons ne pourra pas se faire en si peu de temps. Il faudra dès lors aviser à d’autres moyens. Il deviendra nécessaire d’étouffer les chrysalides, de sécher les cocons et de les envoyer dans cet état. Diverses mesures deviennent alors nécessaires pour garantir les intérêts du vendeur et de l'acheteur. Je vais les décrire.

La première chose à faire est de constater contradictoirement la qualité de la marchandise et de fixer son prix. Pour y parvenir, l'éducateur fera un mélange aussi exact que possible de ses cocons, race par race, s’il en a élevé plusieurs. Les cocons sont débourrés, bien entendu. Ce mélange aura lieu le jour même où le débourrage est achevé.

Sur le tas de cocons, on en prendra successivement 40 décalitres. Les cocons seront placés dans la mesure, à la main ou avec une pelle de bois et tassés. La mesure sera arasée, comme quand on livre du blé, e’està-dire qu'elle sera pleine, mais sans que la marehandise dépasse ses bords.

Les 40 décalitres seront vidés successivement dans une corbeille tarée à l'avance. On prendra le poids total des cocons. Il sera par exemple de 45 kilogr. ou de 4,500 grammes pour chaque décalitre.

Cette opération terminée, 4 ou 5 décalitres de ces mêmes cocons seront expédiés sur-le-champ par la diligence ou toute autre voie prompte, à titre d’échantillon, au filateur. Les cocons seront placés à cet effet

dans un ou deux paniers du genre de ceux dans lesquels on expédie le vin en bouteilles.

Au moment même de la réception, le filateur vérifiera la mesure et le poids de l'échantillon. 11 ne pourra se trouver que des différences très lépères sur lesquelles on transigera.

Les choses étant arrivées à ce point. le filateur pourra offrir ou accepter un prix. Il sera, je suppose, de 4 fr. le kilogramme. Le poids du décalitre en cocons frais ayant été reconnu être de 4,500 grammes, chaque décalitre de cocons vaudra désormais 6 fr.; le degré de dessiecation des cocons deviendra indifférent pour les deux contractants, puisque c'est désormais à la mesure et non au poids que la marchandise sera livrée.

Pour que ce marché ne convint pas au vendeur, 1l faudrait admettre que les cocons pussent perdre de leur volume soit par l’étouffement, soit par le transport. Or, il a été constaté que les pertes qui ont lieu sont insignifiantes, surtout quand l’emballage est fait de manière à éviter que les cocons soient écrasés pendant le trajet.

Maintenant le producteur doit procéder à l’étouffement de ses cocons et les faire dessécher avec soin pour les tenir à la disposition du filateur qui les demande, soit dans un délai déterminé, soit à mesure des besoins de sa filature. L’éducateur expédie alors en mesurant au décalitre et le filateur vérifie l’envoi par le même moyen. On ne s'occupe plus du poids.

L'emballage est à la charge de éducateur. On lui renvoie ses paniers par roulage ordinaire et à ses frais ;

mais le port des cocons est pour le compte du filateur. Il les demande, suivant ses besoins, par roulage ordinaire ou accéléré.

On convient à l'avance du mode de paiement; par exemple, moitié au moment du marché, moitié au moment de la livraison.

C'est pour l’éducateur une obligation d'honneur de procéder à l’étouffement avec le plus grand som et de veiller à la bonne conservation des cocons jusqu'au moment de l'expédition.

On peut convenir à l'avance que les doubles seront séparés ou resteront dans la masse. S'ils sont séparés, les cocons valent 40 à 45 cent. de plus par kilogramme.

Dans le midi, où les filatures sont nombreuses et par conséquent très rapprochées des éducateurs, ces derniers apportent leurs cocons, mais n'étouffent pas. Dans nos contrées du centre et du nord, on fera l'inverse: l’éducateur étouffera et le filateur aura le port à . sa charge.

L'expérience a fait connaître que les cocons jaunes ordinaires pèsent de 1,500 à 4,600 grammes le décalitre.

Les cora pèsent de 4,800 jusqu'à 4,900 grammes ; les sina de 4,500 à 1,400 grammes; les cocons blanes moyens environ 4,400 grammes et les gros un peu plus. tabl

Le décalitre de cocons frais pèse de 4,200 à 2,000 grammes suivant la qualité.

Le décalitre de cocons secs ne pèse plus que de 500 à 700 grammes.

Le transport des cocons secs est extrèmement facile. Des sacs, des paniers, des caisses légères, ou des tonnes en bois blanc, dites à marchandise sèche, sont également bons. On peut fouler les cocons quand ils sont secs, sans cependant les écraser.

$ 5. Prix des cocons.

Le prix des cocons est assez variable.

4° Quand la récolte est abondante, les cours baissent. Ils augmentent au contraire quand la récolte est mauvaise.

2° Quand les müriers ont souffert au printemps par des froids tardifs, la feuille est chère et le prix des cocons s'en ressent : il est plus élevé; cependant Les cocons sont généralement moins bons; mais c'est un des inconvénients de cette marchandise; presque toujours elle est chère quand elle est mauvaise, parce qu'elle est en même temps peu abondante.

5° Quelle que soit l'abondance ou la pénurie de la récolte, le prix des cocons varie en raison de leur qualité; cependant il est certain qu’on ne tient pas assez compte de ces différences. Si les filateurs tenaient plus rigoureusement à des plus values de 40 à 20 centimes et même plus pour les cocons de qualité supérieure, ils exerceraient une influence salutaire sur les progrès de l'art.

4° Les races ont aussi de l'influence sur le prix des cocons.

Ordinairement les cocons blancs se vendent quelques centimes de plus par kilogramme : 40, 20, 50 et même

50 centimes. On a vu dans certaines années le prix des cocons blanes s'élever jusqu’à 50, 40 et 50 pour 400 au-dessus de celui des cocons jaunes ; mais cela est rare.

Je dirai au sujet des races ce que j'ai dit au sujet de la qualité. Les filateurs ne tiennent pas assez compte des différences notables qu'elles présentent. S'ils payaient proportionnellement à leur valeur réelle les races de choix, elles se répandraient beaucoup plus vite dans les PEU ateliers, et on bannirait ces mauvaises races qu on continue à élever avec indifférence.

5° Le prix des cocons est puissamment influencé par quelques circonstances favorables ou défavorables aux filateurs,

Par exemple, quand on a été frappé de la muscardine, cette terrible maladie affecte les vers et les chrysalides dans le cocon mème. Les uns et les autres se dessèchent avec une extrême rapidité et les cocons deviennent très légers. Ils peuvent perdre en pareil cas 10, 20 et jusqu’à 50 pour 400 de leur poids. Il est alors de la plus haute importance de s'assurer de la proportion de cette perte, dont le filateur ne doit pas profiter ; pour lui, les cocons n’ont rien perdu de leur qualité. On peut s'assurer de plusieurs manières du poids que le filateur doit réellement payer.

On peut, par exemple, chercher dans la récolte un kilogramme ou deux de cocons non muscardinés. [ls sont faciles à reconnaître au bruit que fait la chrysalide quand on agite le cocon. On compte ces cocons sains. On voit ensuite quel nombre de cocons sans choix il faut au kilogramme.

Supposons qu'il entre 500 cocons sains choisis au kilogramme. 1 faut 600 cocons non choisis pour le même poids. Il est clair que ceux-ci ont perdu un cinquième de leur poids, puisqu'ils ne pèsent plus que comme 500 bons cocons. Ils devraient done à la rigueur être payés un cinquième en sus; en effet, si ‘500 cocons valent 4 fr., 600 cocons valent 4 fr. 80. Mais on obtiendra difficiiement ce prix exact. On fera pour le mieux.

Si l’on ne pouvait pas trouver assez de cocons sains pour faire les caleuls que je viens d'indiquer, on aurait recours à un autre moyen. Il n°v a pas un éducateur qui ne sache à très peu près combien il faut de cocons de sa race pour un kilogramme. Partant de -cette donnée, on remplit un décalitre de cocons et on les compte. On sait bien vite quel serait le poids de ce -décalitre s’il était rempli de cocons frais et sains.

Par exemple, il faut neuf cents cocons pour un décalitre. On sait que einq cents cocons pèsent 1 kilogramme; done les neuf cents cocons pèseraient 4,800 srammes.

Voilà pour les cocons muscardinés. Mais il peut se présenter un autre cas: beaucoup de cocons contiennent des vers morts, dils fondus.

Ce cas peut être un avantage ou un inconvénient pour le filateur. Les cocons sont plus légers; mais la soie sera terne ou d'une mauvaise couleur. En pareil cas, ce qu'il y a de nrieux à faire, &'est de faire faire sous ses yeux un essai de filature sur quelques kilogrammes, afin de s'assurer de la proportion et de la

ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 295 qualité du produit que donnent les cocons. Le prix se règle d’après ce résultat.

Maintenant supposons que les récoltes de cocons ont été bonnes et ne se trouvent frappées d'aucun des cas exceptionnels qui viennent d’être signalés, quel séra le prix ordinaire du kilogramme de cocons?

Dans une année ordinaire, l’éducateur qui trouvera 4 fr. du kilogramme de ses cocons frais, débourrés et sans choix, qu'ils soient blancs ou jaunes, pourra considérer ce prix comme suffisant. C’est en effet Le prix moyen de la France depuis quelques années, et il tend à s'élever. Il sera donc prudent de prendre quelques informations avant de conclure un marché.

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