CHAPITRE VII
Éducations multiples,
$ 1. Définition.
On a donné ce nom à des éducations qui se suecedent dans la mème saison et dans le même local, à des intervalles convenables.
Deux systèmes ont été proposés à ce sujet. Dans le premier on a pour but de faire servir la même magnanerie à des éducalions successives, avec des arbres différents pour chacune. Dans l’autre, on fait deux éducations dans l’année avec les mêmes arbres, par conséquent on prétend les récolter deux fois dans une saison.
$ 2. Éducations successives avec des arbres différents.
Supposons un propriétaire qui peut récolter20,000k. de feuille, avec lesquels on élèverait les vers de 600 gr, d'œufs ; mais son atelier ne peut suffire qu’à une éducation de 500 gr. Doit-il faire construire une seconde magnanerie ou doubler la sienne, ce qui revient au même?
Il peut se dispenser de faire cette dépense en adoptant le système des éducations multiples. En conséquence, après avoir prélevé sur la provision d'œufs les 500 gr. nécessaires pour la première éducation, il conservera dans l'endroit le plus frais qu'il aura à sa disposition 500 autres grammes d'œufs qu’il soumettra comme les premiers à une incubation très graduelle, en [a commençant lorsque la première éducation sera à son quinzième jour.
En procédant ainsi, les vers de la seconde éducation seront en état d’être transportés dans la magnanerie, au moment où l’on pourra déramer la première.
L'éducateur trouvera dans cette manière d'opérer l'important avantage d'économiser lesintérêts du capital qu'il aurait fallu consacrer à l'établissement d’un local double. De plus, comme il pourra faire des conventions avecses travailleurs pour six semaines au lieu de quatre, il obtiendra d'eux des conditions meilleures et les conduira ainsi jusqu'à la moisson.
Malheureusement l'expérience a démontré que les produits d'une seconde éducation, qui se trouve ainsi retardée de quinze jours, ne valent jamais en poids et qualité les produits de l'éducation précoce.
À plus forte raison, on ne doit jamais avoir recours à une troisième éducation, qui se trouverait alors reportée dans une saison où les chaleurs, incommodes déjà pour l'éducation elle-même, auraient aussi l'immense inconvénient de donner à la feuille des qualités qui la rendraient peu propre à l’alimentation des vers, surtout dans les premiers âges.
On n'aura donc recours à une seconde éducation que dans des conditions exceptionnelles, quand on ne voudra pas faire les frais d’un atelier plus grand, et lorsqu’on ne pourra pas vendre l’excédant de la récolte de feuille.
C'est dans une seconde éducation surtout qu'il faudra avoir recours à l'emploi de la feuille mouillée, tant à cause de la haute température sous l’influence de laquelle les vers seront placés, qu’en raison de la moindre quantité d’eau de végétation que les feuilles contiendront dans une saison avancée.
Il est bien entendu que dans ce système la moitié des müriers es consacrée à la première éducation. Les autres sont réservés pour la seconde éducation. Ils donnent en poids plus de feuilles que les premiers cueillis, ce qui pourrait porter à croire qu'on pourrait élever avec eux un plus grand nombre de vers, ou réserver pour la même quantité d'œufs un nombre plus petit de müriers. Mais la feuille étant devenue plus sèche et plus dure, ils’en perd dans les litières une plus grande quanüité. I est donc prudent de partager les müriers en deux parts égales, si la seconde éducation doit porter sur une quantité d'œufs pareille à celle de la première.
Quand on adopte ce système des éducations doubles, il faut avoir dans ses plantations un certain nombre de müriers multicaules pour trouver les feuilles minces et jeunes qu’exigent les jeunes vers. On cueille ces müriers pour la première éducation. Au moment de la naissance des vers de la seconde, ils se couvrent d'un second feuillage très convenable pour la nourriture des vers aux trois premiers âges.
IS 3. Éducations successives avec les mêmes arbres.
Quelques expérimentateurs ont espéré pouvoir mul-
liplier les éducations, en récoltant deux fois les mêmes müriers ; mais ils se sont bientôt aperçus que les arbres ne pouvaient pas résister à un pareil traitement. Dès Ja seconde année, ils sont malades et périssent bientôt. On conçoit sans peine que des arbres dépouillés dans une saison aussi avancée n’ont plus assez de temps pour produire des feuilles et des rameaux de manière à réparer leurs pertes. D'ailleurs les rameaux ne sont pas aoûtés quand viennent les froids de l'hiver, et ils périssent tout entiers.
“ D’autres personnes, frappées de ces inconvénients, et ne voulant pas cependant renoncer aux avantages, qu'elles croyaient pouvoir trouver dans une double récolte, ont imaginé de reporter la seconde éducation à automne et de nourrir les vers à soie avec {a feuille tombante.
Elles ont pensé que les müriers souffriraient peu d’un second dépouillement arrivant quelques jours seulement avant la chute nalurelle des feuilles,
il est très possible qu'il en soit ainsi et que les arbres puissent supporter sans inconvénients graves ce dépouillement tardif, mais il en résulte la nécessité de ne jamais tailler qu'au printemps. Or, par ce procédé on se prive nécessairement de la récolte de l'année, tandis qu’en taillant l'été, après la cueillette du printemps, on récolte tous les ans. C’est aux éducateurs du midi à considérer s'ils trouveratent des avantages à ce système quant aux mûriers.
Mais il est condamné de la manière la plus formelle sous un autre point de vue. Les vers, nourris à Fautomne avec cette feuille sèche et jaune, ligneuse et sans sues, ne se développent que très imparfaitement et donnent de misérables produits qui ne paient pas les frais de l'éducation.
Il faut ajouter que les cocons récoltés ainsi à l'automne ne peuvent être filés que dans une saison très peu favorable; et si l’on veut les garder pour l’année suivante, on tombe dans une autre série de difficultés non moins grandes : la conservation des cocons pendant plusieurs mois, la filature de cocons desséchés qui font un énorme déchet, etc., etc.
En résumé, sans conseiller les secondes éducations faites dans le premier système, c’est-à-dire avec des mûriers différents, je pense qu'on peut y avoir recours dans quelques circonstances. Quant aux secondes éducations avec les mêmes arbres, soit dans le cours de l'été, soit à l’arrière-saison, je les considère comme tout à fait mauvaises.