TOTAUX
Nous avons néoligé de noter les naissances des autres
jours.
I! résulte du tableau qui précède :
4° Que les mâles et les femelles se sont trouvés presque en nombre égal, les femelles n'ayant dépassé le nombre des mâles que d'un dixième environ. Peut-être rnème cette légère différence est-elle due au choix des cocons, parce qu’on a eu quelque peine à se défendre de la tendance à prendre les plus gros;
2° Que les mâles sont nés les premiers, puis successivement en proportions plus fortes, jusqu’à ce que l’équilibre étant rompu et les cocons femelles se trouvant en bien plus grande proportion que les cocons mâles, les naissances sont devenues proportionnellement moins nombreuses parmi ces derniers; le contraire avait eu lieu dans les premiers jours ;
5° Qu'on a eu, le troisième jour, le cinquième er= viron des naissances ; le quatrième jour, le quart environ, etc.
Quelques personnes ont cru remarquer que les femelles naissaient les premières et en plus grand nombre que les mâles. Je suis convaincu qu'elles sont dans l’erreur. Un tel état de choses serait contraire au vœu de la nature. Les mâles peuvent très bien attendre les femelles; mais celles-ci, quand elles ne sont pas
fécondées sur-le-champ, pondent bientôt des œufs improductifs.
$ 5. Accouplement.
Aussitôt que les mâles sont nés, ils recherchent les femelles. L'accouplement a lieu par le rapprochement des deux extrémités du corps; quand il est accompli,
le papillon mâle cesse de s’agiter, tout au plus bat-il de temps en temps des ailes.
L'union des deux sexes peut être très longue. On la voit durer quelquefois trente-six heures. En général cependant elle cesse au bout d’un jour; souvent aussi les papillons se séparent au bout de quelques heures ; mais le mâle cherche aussitôt à s'emparer de nouveau d’une femelle. Pendant l’union des deux sexes, le mâle dépose sa liqueur fécondante dans une bourse ou poche particulière, appelée vesicule copulatrice, que possède la femelle; cette vésieule communique avec loviducte où canal par lequel les œufs passent pour être expulsés. C’est en circulant dans ce canal qu'ils s’impreignent de la liqueur séminale et sont fécondés dans le corps même de la femelle.
La question de savoir quelle doit être la durée de l'accouplement, pour assurer la fécondation de tous les œufs, a été l’objet de nombreuses observations. II en résulte qu'il faut au moins une heure de réunion des deux sexes.
On s’est également assuré que le même mâle pouvait suffire à plusieurs femelles et féconder leurs œufs.
$ 6. Ponte.
Si l’on ouvre le ventre d’une femelle, on y trouve les œufs tout formés. Ils sont réunis les uns aux autres par une membrane sous la forme d’un chapelet. Cette mem brane se rompt à mesure qu'un œuf est expulsé.
Avant de déposer ses œufs, la femelle s'assure d’une place convenable. Elle en fait la recherche au moyen
d'organes particuliers qui lui tiennent lieu de queue. Ils ont la forme d’un trèfle et se composent de trois appendices charnus et mobiles, garnis de poils; ce sont des organes du toucher.
Quand la femelle a reconnu une place convenable, elle expulse un œuf ; il adhère de son côté plat au corps qui le reçoit par le liquide visqueux dont il est enduit. La femelle dépose un second œuf à côté du premier, puis un troisième, en ayant soin de les placer à côté les uns des autres. Elle évite tant qu'elle peut de les mettre les uns sur les autres; les œufs entassés sont l'exception. Elle continue ainsi pendant quelque temps. Quelquelois elle change de place et reprend son travail:
La ponte commence souvent immédiatement ou très peu de temps après la séparation des sexes; quelquefois elle se fait attendre. Elle se prolonge pendant quelques heures, puis elle s'arrête pour être reprise le lendemain à peu près à la mème heure que la veille.
Elle dure ainsi pendant trois jours environ; mais il y a une très grande différence entre les nombres des œufs pondus le premier, le second et le troisième jour.
in général, les huit à neuf dixièmes des œufs sont pondus dans les premières vingt-quatre heures. Le reste est déposé le deuxième jour. La ponte du troisième est insignifiante.
Le nombre des œufs est assez variable. On en compte de 500 à 700 par femelle, rarement plus, rarement moins.
À mesure que la ponte a lieu, l'aspect et les formes de la femelle se modifient beaucoup. Elle était très
grosse, comme bouffie. Son ventre distendu laissait voir distinctement les anneaux dont il est composé et la couleur jaunâtre de la peau. Peu à peu le papillon blanchit: le ventre se vide, diminue et raccoureit; la partie postérieure se relève et devient pointue; le tout prend, en un mot, la forme d'un soulier chinois.
La même modification a lieu dans le mâle. Il semble que ces pauvres êtres se dessèchent et se racornissent ; le fait est qu’il en est ainsi, car ils ne prennent aucune espèce de nourriture; la nature ne leur en a pas donné la faculté; ils n'ont aucun organe destiné à la recherche et à la consommation des aliments.
Ce dépérissement augmente rapidement, et la mort arrive au bout de quelques jours.
Le but de la nature est rempli; la conservation de la famille est assurée. Les œufs produiront de nouvelles chenilles et de nouveaux papillons.
En se reportant au premier chapitre de cet ouvrage, on verra ce que sont les œufs au moment de la ponte et ce qu’ils deviennent.
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