‹ Manuel de l'étranger aux eaux d'Aix-en-SavoieChapitre 34 sur 72 · CONSIDÉRATIONS HYGIÉNIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS HYGIÉNIQUES

de Les affections morales de l’homme ( animipd themata ) sont si intimement liées à son organisation physique 5 elles fournissent tant d’indications précieuses dans le pronostic et le traitement des maladies , qu’on peut facilement se convaincre du rôle important qu’elles doivent jouer dans la médication par les eaux minérales : en effet, si un accès de joie ou de tristesse, si l’envie ou l’ambition impriment à l’ame des secousses violentes, et quelques fois mortelles dans Fétat de santé , elles ne peuvent manquer de produire des désordres extrêmement graves sur ceux qui arrivent aux Eaux , avec une organisation délabrée, et douée par là même d’une impressionahilité plus grande.

Qui ne sait d’ailleurs combien de fois Fatropliie , la mélancolie , le marasme sont produits ou entretenus par la haine, l’amour, la jalousie ; combien un chagrin de famille , un léger revers de fortune amènent de modifications dans la manière de faire , de dire , de penser ; combien enfin d’affections viscérales ont leur source secrète dans une aberration mentale , dans un repli du cœur

Ce sont des considérations de ce genre qui ont fait dire au célèbre Auteur de F Arbre des

Dermatoses ( le D‘ Alibcrl), « Quand vous arrivez aux Eaux minérales , faites comme si vous entriez dans le temple d’Esculape : laissez à la porte toutes les passions qui occupent votre esprit. » Ce sont elles qui ont valu à la Science , les ouvrages immortels des Dumas, des Louycr- Villermay , et qui ont encore , pour le médecin observateur , un interet d autant plus Nil quel les l’éclairent sur les variations qu’il doit ap-

porter aux remèdes.

L’action des médicamens étant singulièrement influencée par les passions de 1 ame , il arrive souvent que l’homme de lait, poui obtenir du succès , est obligé d’agir premiement sur le moral de ses malades , tantôt en s’efforçant de leur inspirer une confiance presque aveugle dans la nymphe des eaux , tantôt en employant l’ascendant du caractère poui faiii. surmonter une répugnance , vaincre une habitude ; et quelques fois , en déplaçant une idée pour en faire naître une autre de nature differente, ou en variant les occupations accoutumées par des occupations, des surprises et des émotions nouvelles.

Les personnes portées a la mélancolie évite ront , pendant l’usage des eaux, de îestei seules et de se livrer à leurs propres pensées. Elles doiven t manger de préférence à table d bote ; rechercher la société des personnes aimables et

enjouées; sc dissiper par des lectures agréables , l'équitation , la danse , la musique , et semer des germes de guérison, en faisant succéder la gaîté à la tristesse et en remplaçant des habitudes sédentaires par une vie active et dissipée.

Au contraire les personnes douées de passions vives , telles que la colère , l’ambition , l'amour, devront les modérer et leur impo-

ser un frein , pendant tout le temps que durera la cure.

Atmosphérique.

Les différentes variations de l'atmosphère , la chaleur, le froid , la sécheresse, l'humidité de 1 air, le passage brusque d’une température a une autre sont, d’après Hippocrate ( de aere , locis et aquis ) , les causes les plus fréquentes des changeinens qui arrivent dans l’organisme et conséquemment de la plupart des maux qui affligent l’espèce humaine. Ces divers états de 1 air , par les modifications qu'ils impriment à 1 exhalation cutanee , ont une influence plus grande qu'on n’imagine sur l’action des eaux thermales, et l’on ne saurait, par ce motif , prendre trop de précautions, pour se garantir des intempéries. L’air trop chaud irrite les poumons et produit la lassitude ; l'air froid, des répercussions fâcheuses , des accès de toux , de goutte , de rhumatisme ; l’air froid , saturé de vapeurs aqueuses , nuit essentiellement à la

transpiration et produit le relâchement des tissus et l’atonie des organes.

Un des moyens les plus propres à prévenir les accidens qui résultent des variations de température est , sans contredit , l’usage des tissus de laine et spécialement de la flanelle , appliqués sur la peau. Cette précaution est prescpie indispensable pour les personnes qui ont la poitrine délicate et pour celles dont la peau , facilement perméable , se couvre de sueurs , par la plus légère cause.

La facilité qu’offrent les environs d’Aix de se promener dans des lieux plus ou moins élevés , permet de varier l’effet de la pression atmosphérique suivant la maladie. C'est ainsi, par exemple, qu’on conseille l’air vif et frais des collines aux personnes douées d’un tempérament lymphatique , tandis qu’on recommande aux malades atteints de phthisie l’air doux et chaud du fond de la vallée.

Pendant l’été, les eaux et l’ardeur du soleil occasionnent , vers le soir , un serein d’autant plus abondant, que le rayonnement du calorique a été plus fort et l'évaporation plus grande. La chute de l’eau ainsi condensée , plus pernicieuse encore pour ceux qui n’y sont pas accoutumés, doit faire aux malades un précepte de rentrer chez eux de bonne heure, et surtout de ne pas se promener après le coucher du soleil.

Enfin, le bain, la douche et la boisson des eaux ayant pour eflct de produire des transpirations abondantes, les malades choisiront de préférence des chambres vastes et des appartemens où l'air puisse se renouveler aisément.

Le régime , chose si utile même à l'homme qui jouit de la plénitude de ses fonctions , est cependant l'objet qu’on néglige le plus ordinairement , lorsqu'on vient aux Eaux pour cause de maladie.

Le luxe de la table favorisé par l'empressement que les maîtres de pension mettent à plaire à l'étranger , la bonté des mets , leur délicatesse et leur profusion, concourent puissamment à faire négliger sur ce point les avis donnés par la Médecine. Tous les Auteurs s’accordent cependant à dire que l’abus qui accompagne ordinairement les délices de la bonne chère , est non-seulement nuisible aux organes digestifs , mais qu’il occasionne encore les récidives les plus nombreuses , dans les maladies traitées par les eaux minérales; en conséquence, voici quelques principes qui peuvent servir de règle au Baigneur.

Le premier et le plus important consiste à user de tout avec modération , en évitant particulièrement l’excès des choses dont l’action est diamétralement opposée à celle des eaux :

tels sont les alimens qui tendent à stimuler fortement le canal alimentaire, et à diminuer parla ou à suspendre la transpiration habituelle de la peau.

Les viandes salées et particulièrement celle de porc , sont généralement nuisibles aux personnes atteintes de rhumatisme , de douleurs arthritiques et surtout de maladies de la peau.

Le poisson d’eau douce convient au plus crand nombre des malades , aussi la consommation qui s’en fait à Aix, pendant le temps des Eaux , est-elle considérable. On doit préférer celui dont la chair est tendre et peu fibreuse, comme la Lotte, la Truite ,1e Lavaret, l’Umbleclievalier , la Carpe et le Brochet.

Puisque les eaux prises en boisson , en bain , ou en douche , donnent une nouvelle vie au système circulatoire , qu’elles produisent une excitation générale , et que la constipation est le résultat ordinaire du surcroît d’action dans le système cutané, il convient de ne rien faire qui puisse contrarier le travail de la nature. On évitera donc les mets fort épicés, les fritures, les viandes trop grasses, surtout lorsqu’elles sont apprêtées avec des sauces de haut goût, les végétaux qui contiennent un grand nombre de principes stimulans , connue sont l’ail , le céleri , les raiforts , etc.

Les hypocondriaques , les hystériques, les va-

létudinaires , les personnes sujettes aux borbory grues devront user avec circonspection des légumes , tels que pois, haricots , lentilles , fèves , épinards , salsifix , artichauts ; ainsi que des fruits lourds , comme sont la courge , les concombres et les melons.

Les personnes chez lesquelles la transpiration est abondante , devront être très-réservées dans l’usage des gelées de framboises , de groseilles , et généralement de tous les acides. Ces substances , qu’on a regardées de tout temps comme rafraîchissantes , ont pour premier effet de produire le resserrement des tissus et conséquemment des pores et du derme , contrairement à l’action des eaux qui tend à les dilater. Les sorbets et les boissons à la glace produisent un résultat analogue et stimulent en outre , d’une manière violente, l’appareil gastro-entérique , d’où peuvent survenir des métastases funestes. Un moyen de diminuer la qualité nuisible de ces boisons , c’est de se livrer à un exercice modéré immédiatement après les avoir prises ; l’effet de ce mouvement est de porter légèrement à la peau et de balancer ainsi l’action répercussive des boissons réfrigérantes.

L’exercice et les pertes considérables que le corps fait par la sueur exigent, en général, une nourriture substantielle, de facile digestion , et qui, sous le moindre volume possible, contienne

tienne le plus de matériaux nutritifs. Le heefsteak , le roastheej , la volaille , le mouton et le veau rôtis , les gelées animales forment la nourriture qui remplit le mieux ces indications : viennent ensuite les substances amilacees, le riz, la semoule, les pâtes de Gênes , les gruaux, la fécule de pomme de terre , le salep et T arrow-root. Les crèmes au sucre , au chocolat , lorsqu’elles ne sont pas trop aromatisées , sont à la fois succulentes , nutritives et faciles à digérer. Les œufs doivent être regardes comme la substance animale la plus saine , la plus légère et la mieux adaptée aux différens temperamens , pourvu qu’ils soient frais et que la cuisson ne leur ait pas fait perdre entièrement leur fluidité. Le fromage est indigeste, surtout lorsqu il est récent et quil entre en trop grande proportion dans la composition des mets.

Le bouillon, fait avec des viandes de bœuf, de veau et de poulet, forme une solution de principes animaux nourrissante , réparatrice , et tout à la fois convenable au genre de vie que mène le Baigneur.

Le vin vieux du pays , étendu d’eau , constitue une boisson tonique , utile à ceux qui prennent la douclie; elle fortifie l’estomac et ranime promptement les forces. On évitera les liqueurs alcooliques pures : leur effet est d’exciter trop vivement et de produire ensuite un

Exercice.

état de collapsus et de dépression vitale. Quant aux vins étrangers , ils conviendront à ceux qui en boivent habituellement : mais leur dose devra être diminuée , dès qu’on s’apercevra qu ils irritent les organes digestifs.

Le lait , l’orgeat , les décoctions mucilagineuses et autres boissons adoucissantes, dont l’usage est si avantageux , lorsqu’on vient aux Eaux pour des maladies de poitrine, pour des gastrites anciennes et autres lésions de l’appareil alimentaire, ne doivent pas être bues indifféremment par toute sorte de personnes : prises habituellement, elles sont loin de convenir à celles qui sont douées d’un tempérament lymphatique, qui ont la fibre lâche et qui sont naturellement portées à l’inertie ; les boissons légèrement toniques , l’eau de la fontaine martiale de St. -Simon ou d’Hygie , la bierre , les décoctions de houblon , de quassia et autres substances amères , conviennent infiniment mieux à cette espèce de constitution.

Hippocrate , Sydenham et Baglivi ont recommandé l’exercice ^ spécialement dans les maladies chroniques. Au rapport de Gallien , les exercices de gymnastique étaient regardés par les médecins de la Grèce , comme un puissant moyen de relever les forces, de favoriser les crises et d’abréger la convalescence.

L’exercice est encore aujourd’hui conseille essentiellement dans le but de seconder l’action des eaux. On sait en effet que les mouvemens du système musculaire aident et facilitent ceux de tous les autres appareils organiques. Mais cet exercice doit en général être modéré, et rarement poussé jusqu’à la fatigue; il varie avec le sexe , l’âge et les habitudes qu’on a contractées.

Les personnes jeunes et robustes choisiront de préférence la promenade à pieds, dans les lieux escarpés, et surtout la promenade du matin, si elles font usage des eaux en boisson.

Les sujets affectés d’hypocondrie, d’hystérie, d’engorgemens de foie , de la rate ou du pancréas , devront préférer l’exercice à cheval. Le ballottement et les secousses qui en résultent , vont retentir jusques dans la profondeur des organes; ils augmentent l’action de l’estomac, favorisent la circulation dans le réseau capillaire sanguin et dans les vaisseaux lymphatiques ; rien n’est plus propre à hâter la résolution des engorgemens et l’embarras des viscères abdominaux. La danse , le jeu de billard, la musique même et la natation, produisent encore un effet analogue ; ils stimulent les tissus vivans tombés dans la langueur , donnent une énergie et une activité nouvelle à toutes les fonctions , et concourent ainsi à ra-

mener l’cquilibre entre les divers systèmes qui composent l’économie animale.

La proximité du lac du Bourget fournit aussi un moyen fort agréable de prendre de l'exercice , par la facilité qu’on a de s’y promener en bateau. Il faut seulement avoir la précaution de s’habiller plus chaudement que de coutume , afin de se parer des vents froids qui balayent la surface du lac, à différentes heures du jour, et notamment de la brise du soir.

Pour les personnes qui, par suite de faiblesse, de paralysie commençante, de nodus articulaire, d ankylosé , ne peuvent pas exécuter des mouvemens fort étendus , il serait souvent utile , ainsi que je l’ai vu pratiquer à Bath , de suppléer aux autres exercices par l’agitation d’un rouet , celui de rouleaux en bois qu’on fait mouvoir avec les pieds , la traction d’un ressort, 1 effort musculaire des bras pour contrebalancer un poids dont on augmente chaque jour la pesanteur.

On pourrait aussi adopter pour la promenade une sorte de tricycle ou petite voiture à trois roues , dont les malades se servent avec avantage dans tous les établissemens thermaux de la Grande-Bretagne. L’exiguité de ses dimensions permet a un domestique placé der— lière, de pousser et de faire avancer l’équi-

page , tandis que le malade le conduit luimême , à l'aide d’une espèce de gouvernail qui change à volonté la direction de la roue de devant.

Du reste , on se procure à Aix , avec une extrême facilité, des chars légers et bien suspendus , des chaises à porteurs , courtes ou allongées , à dossier fixe ou mobile , au moyen desquels les plus iinpotens peuvent jouir de la promenade au grand air , et parcourir les sites environnans.

Enfin , s’il notait pas possible de se livrer aux différens genres d’exercice que nous venons d’énumérer, on pourrait y suppléer par l’emploi des frictions , moyen dont les anciens avaient reconnu l’immense avantage et qui malheureusement est presque tombé en désuétude. Nos corps se soumettraient sans doute avec peine à l’action du strigile en usage parmi eux ;* mais l’on y suppléera , en se servant d'abord d’un linge doux, puis d'un morceau de flanelle, et enfin , d’une brosse , dont le poil ne soit ni trop court ni trop raide. Il convient de commencer par frictionner les extrémités supé-

* Le strigile antique n’était autre chose qu’une lame démêlai, ordinairement de bronze et quelquefois de fer, ainsique le prouvent les fragmens trouvés dans les Bains de Caracalla , à Borne et dans les ruines de Pompéi. ( Library of entertaining Knowledge ( Vol. 1 , p. 1 8 1 ).

llrpos.

rieures , de passer successivement au cou, aux épaules , au reste du tronc et aux membres inférieurs , et de continuer jusqu’à ce que Ton ait produit sur tout le corps , la tête exceptée r une légère rubéfaction.

L’àge, le sexe et la constitution doivent servir à régler la durée du sommeil. Les personnes faibles , les femmes , les vieillards et les enfans dormiront plus long-temps que les adultes : mais , en général , le temps consacré au sommeil ne dépassera pas huit ou neuf heures. Cependant ceux qui ne font usage des eaux qu’en bains ou en boisson, et ceux qui sont disposés à la paralysie , aux affections spasmodiques , aux congestions sanguines de la tête , se contenteront d’un sommeil beaucoup plus court.

Le repos est toujours avantageux, lorsqu’on revient de la douche ; mais il ne faut pas le prolonger au-delà de deux heures. Il est nuisible, en général, après diner, à moins qu’on n’en ait contracté une longue habitude , comme cela arrive souvent à l’habitant des climats chauds. Enfin, quelle que soit la manière dont on prenne les eaux , il convient de peu manger le soir , et de mettre un intervalle d'une heure, au moins, entre le repas et l’instant du coucher.

On évitera soigneusement les veilles proion-

gées : elles causent de l’agitation , ébranlent souvent tout l’organisme et tendent constamment à aggraver les maladies.

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