‹ Manuel de l'étranger aux eaux d'Aix-en-SavoieChapitre 35 sur 72 · CONSIDÉRATIONS THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS THÉRAPEUTIQUES

Plus un remède est énergique et variable dans son application , plus il est nécessaire de l’employer avec discernement : on observe en effet que du choix et de la graduation des Bains, dépend , en grande partie , le succès de la cure. Les moyens que conseille la prudence , sont donc d’étudier la sensibilité individuelle, de préparer graduellement la peau à une plus vive stimulation , de se garder de la soumettre brusquement à une excitation violente , de consulter les sympathies, en combinant avec art, les diverses espèces de bains , de douches et d’étuves : moyens qu’on ne saurait employer convenablement , que lorsqu’on a acquis une connaissance profonde de la constitution des malades. Dans ce but , ceux qui se rendent à Aix ne sauraient trop mettre d’attention à se munir de notes historiques bien détaillées sur leur situation passée ; car rien n’est plus propre à éclairer le médecin sur la méthode de traitement qu’il doit suivre.

Pour l)icn comprendre l'effet des bains sur l'économie vivante , il est nécessaire de tenir compte d’une infinité de circonstances , et d’abord, de la pression qu’exerce l’eau sur celui qui s’y soumet. L’eau augmente en effet, par sa pesanteur spécifique , le poids que l’atmosphère exerce sur le corps; et cette pesanteur devient encore plus considérable , à proportion des sels et des autres substances qui s’y trouvent suspendues ou dissoutes.

Ces considérations doivent tenir en garde, contre les dangers qui peuvent résulter de la pression aqueuse, surtout pour les personnes dont la taille est ramassée, la tète volumineuse, le cou très-raccourci, et qui sont par cela même pré-disposées à l’apoplexie et aux congestions cérébrales. Tous les viscères étant susceptibles d’éprouver un refoulement des humeurs , et par suite des métastases dangereuses sur les parties où cette pression s’exerce avec moins d’énergie, on conçoit qu’il doit exister une foule de cas, où il serait avantageux de n’entrer dans le bain que graduellement , ou bien de n’élever que peu à peu l’eau de la baignoire. *

En Angleterre, on obvie aux acculons qui peuvent résulter de la pression de l'eau dans le bassin , à 1 aide d’une sorte de

L'effet de la température de l’eau, relativement à l’immersion du corps, est aussi bien différent de celui qu’exercerait sur lui l’air ambiant, au même dégré. L'action du calorique sur le corps vivant paraît être subordonnée, ainsi qu'on l’a dit en parlant des Bains de vapeur , à la densité du fluide qui en est le véhicule. C’est pour cette raison que l’huile bouillante produit une escarre plus profonde que l'eau chauffée à la même température , et que tel supportera aisémen l la chaleur de l’air à une température donnée, qui aura peine à soutenir celle de l'eau commune dans des circonstances égales.

La douche , comme tous les autres remèdes , doit être en rapport avec les affections pour lesquelles on la prescrit 5 sa qualité, sa force et sa durée doivent être réglées sur la nature et l’intensité du mal ; aussi serait-ce une erreur de penser , avec quelques personnes peu expéri-

dossier ou plan incliné mobile, sur lequel on s’appuye , et dont l’élévation et l’abaissement règlent celles du tronc et des extrémités du malade.

mentées , que ses effets sont d’autant plus énergiques qu’on la reçoit plus long-temps.

La seule impulsion de l’eau, suivant la hauteur de sa colonne , ainsi que le diamètre de l’ajutage , change déjà complètement sa manière d’agir; et la direction imprimée au jet, de même que la position du malade qui le reçoit , influent considérablement sur les résultats qu’on doit en attendre. La pression exercée par l’eau et le choc produit sur la partie souffrante , sont d’autant plus vifs que la colonne de liquide tombe plus perpendiculairement à la surface qu’elle frappe. Les malades négligent généralement ce principe, et flattés par la sensation plus douce qu’ils éprouvent , ils disposent leurs membres d’une manière oblique à sa direction : la douche ne fait alors qu’elïleurer la partie sur laquelle on voulait concentrer toute sa force, ses effets deviennent presque illusoires, et elle ne remplit qu’imparfaitement l’indication proposée.

11 est cependant des circonstances où , en administrant les eaux d’une manière douce et suivant une direction oblique , l’on obtient des effets avantageux. La douche qu’on prend dans ce cas , par irrigation , rentre dans le domaine des douches à faible courant ou mitigées , ce

qui lui donne une façon d’agir et des propriétés spéciales. Comme le remède opère alors lentement , sans porter dans l’exercice des organes le trouble et le mouvement qui sont inséparables des douches à forte percussion , on peut en prolonger plus long-temps l’usage ; on les emploie ainsi de préférence dans les çngorgemens articulaires, bornés à une petite étendue , dans les obstructions viscérales superficielles , dans les catarres chroniques , accompagnés de spasmes , et dans les écoulemens muqueux très-légers,

L'idiosyncrasie, la prédilection ou la crainte du malade pour telle espèce de douche , de bain ou d'étuve, doivent en modifier l’emploi. Sans ajouter cependant trop d’importance aux effets que la frayeur produit chez des personnes jeunes et timides , à la vue de nos appareils de bains ou des tourbillons de vapeurs qui les accompagnent, il est souvent nécessaire de temporiser et de ne les y amener que peu-à-peu. S'obstiner à leur faire surmonter les effets de la terreur panique qui s'est emparée d'elles , serait quelquefois très-dangereux ; car on a vu des femmes chez lesquelles ce sentiment était tellement fort , qu’elles suffoquaient en entrant dans la douche , sans qu’il fut possible d’al-

tribuer ces accidens à d’autres causes qu’à diosyncrasie ou à la répugnance.

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