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112 MANUEL DE l’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR.
4 somnambulisme magnétique sur le naturel , pourle diriger à son gré; mais la contrariété qu’en éprouvent ces malades les fait quelquefois user de leurs forces décuplées contre celui qui veut les guérir, mais qu’ils considèrent comme agresseur.
Voici un fait curieux et qui m’est personnel, je l’extrais du Journal du magnétisme ^ 18/i5, t. I, p. h‘2.
Peu de temps après mon arrivée dans une ville étrangère , on vint me prier de venir magnétiser dans une maison un jeune homme qui, tous les soirs , tombait dans une espèce de somnambulisme extatique. Ses nuits se passaient sans que l’on osât l’interrompre, bien qu’il dépérît à vue d’œil; cependant ce sommeil paraissait moralement lui être favorable. Il avait alors plus d’esprit; ses discours , remplis d’images , charmaient tous ceux qui les entendaient. Lorsqu’il prenait un violon, c’était le génie de la musique qui semblait s’être emparé de l’instrument, tant les sons étaient ravissants, tant scs improvisations étaient supérieures à celles des plus grands artistes !
Des médecins avaient été consultés, mais leurs remèdes n’avaient point eu d’efGcacité. Les accès continuaient; d’ailleurs il en désirait ardemment le retour, car il s’y complaisait, chaque fois leur
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terminaison lui laissant une espèce de béatitude inexprimable. Lorsque je vis ce jeune homme pour la première fois, il était éveillé, et je lui parlai du magnétisme, cherchant ainsi à l’amener à en subir les effets sans surprise. Il ne voulut pas consentir à l’essai que je lui proposai , tant sa crainte d'être guéri était grande. Mais la famille , de plus en plus inquiète , vint de nouveau me prier de le magnétiser pendant son extase. J’y consentis, sachant que je faisais mal, car il m’avait repoussé; il était homme et libre, je n’avais nul droit sur sa personne.
J’y allai cependant. J’avais recommandé de ne m’introduire près de lui que lorsque son sommeil mystérieux serait complet, et que ses sens seraient entièrement fermés aux impressions extérieures.
Voici ce qui arriva :
Impatient de constater les phénomènes magnétiques , on n’attendit pas que le sommeil fût profond; on m’introduisit près de lui en me donnant l’assurance que la condition exigée par moi pour que j’entrasse existait déjà depuis quelque temps; mais cela n’était pas.
Je trouvai ce jeune homme couché sur un canapé, ayant les yeux ouverts, mais fixes; les
muscles de la face dans un état de repos parfait; le pouls était petit, fréquent; il avait quelque chose de fébrile; une sueur froide couvrait sa peau, et ce sommeil me parut si singulier, si différent de ce que j’avais vu jusqu’alors , que je ne pouvais m’empêcher de considérer celui qui le présentait. Je me mis en devoir de le magnétiser, sans m’approcher de lui , à la distance de trois pas environ ; mais , au bout de quelques instants , ce dormeur se leva; je me reculai un peu pour lui laisser de la latitude et considérer ses mouvements. Il marcha dans ma direction , lentement, sans que sa physionomie changeât en rien. S’il était possible de faire marcher un mort, de le faire agir, et que cette scène se passât dans le silence et sans que le spectateur fût prévenu des moyens magiques qui auraient été employés, l’individu qui verrait cela serait impressionné singulièrement , comme je l’étais dans ce moment, et ne pourrait rendre les sensations qu’il aurait éprouvées. Je le vis donc avancer avec cette impassibilité automatique que je cherche à faire comprendre ; il vint près de moi et il allongea les bras pour s’assurer si c’était bien , en effet, l’objet qu’il cherchait; je me laissai saisir par ses mains glacées , et cette espèce de spectre me
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repoussa doucement vers la porte par laquelle j’étais entré. Je cédai sans résistance; mais, lorsque j’y fus parvenu, je dégageai une de mes mains et la lui appliquai sur le front , en lui disant doucement : « Retournez à votre place; » et je le reconduisis ainsi comme il était venu, mais à reculons et toujours dans un état d’impassibilité que je n’avais vu de ma vie.
Je redoublai d’intention , voulant faire prédominer le somnambulisme magnétique sur cette espèce de somnambulisme extatique et le faire ainsi parler sur lui-mème , espérant qu’il serait son médecin et pourrait facilement se guérir.
Quelques légers spasmes ne tardèrent point à se manifester; la mobilité de ses traits devint apparente, et, pour la première fois, il commença de parler. Je ne veux pas être magnétisé, disait-il; je neveux pas être guéri. Allezvous-en, monsieur. Les parents m’invitèrent à continuer, malgré mon peu d’envie; mais je recommençai de nouveau à le magnétiser sans geste, mentalement et à la distance de cinq pas. Il se leva plus promptement que la première fois, et se dirigea sur moi sans hésitation, et, comme je restai immobile, il me saisit et me repoussa brusquement du côté de la porte. Je
116 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, cherchai à me défendre doucement et lui parlai avec calme, cherchant ainsi à agir sur sa raison. 11 s’irrita de mon insistance, et sa colère, bien que je ne le magnétisasse plus, devint d’une extrême violence. 11 n’était pourtant point éveillé. 11 brisa d’abord des petits meubles qui étaient à sa portée, et, comme je voulus l’en empêcher, il saisit une table assez grande, la mit en morceaux avec une facilité surprenante, puis en choisit un des pieds et vint sur moi pour m’en frapper. Ses coups étaient dirigés avec beaucoup d’adresse et une force terrible ; je les évitai d’abord , mais son insistance me Gt bien voir qu’il en voulait à ma vie. Je n’avais pas la ressource d’attaquer à mon tour celui qui me traitait en ennemi.
Ses parents, ses amis, comme de braves gens, avaient fui, et, reculant moi-même, je gagnai la porte, étant assez heureux pour pouvoir la fermer sur lui. Sa voix devint terrible et menaçante, ses imprécations celles d’un homme en délire ! La porte, fermée à clef, céda à ses premiers efforts, tant ils étaient violents. Une seconde porte, fermée de même, s’ouvrit en un instant; aucune personne ne venait à mon secours, bien ^u’il n’en voulût qu’à moi seul,
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L’obscurité et le grand nombre de pièces que j’avais à traverser n’étaient point un obstacle pour cet être singulier ; il suivait mes traces comme l’eût (ait un chien , et les portes fermées semblaient s’ouvrir d’elles-mêmes. Je n’avais plus qu’une chambre à traverser pour être en sûreté, elle donnait sur l’escalier dérobé par où j’étais monté j la clef qui en ouvrait l'entrée se trouvait au dehors et nul moyen de l’ouvrir n’était à ma disposition. La redoutable voix arrivait toujours dans ma direction. 11 n’y avait plus moyen d’échapper; je devais songer à défendre ma vie.
Ma position était doublement critique; je ne pouvais à mon tour devenir l’agresseur : dans aucun cas semblable on ne doit y penser. J’avais d’ailleurs perdu la seule ressource que je possédais, celle d’anéantir ses facultés motrices, et cela en temps opportun. J’avoue que, resté seul avec lui, dès le premier moment de son exaltation , des scrupules me vinrent. La fuite de tous avait fait apparaître des craintes en mon esprit, non sur le danger que je courais, car j’aurais pu m’y soustraire d’abord en abandonnant à luimême ce fou , mais sur la responsabilité qui pouvait m’atteindre. 11 était bomme et libre; il n’avait pas voulu consentir à être magnétisé , sa
118 MANUEL DE L’ÊTüDIANT MAGNÉTISEUR, santé le touchait peu. J’étais donc dans mon tort , et je n’eusse pas dù écouter les conseils de la famille.
Toutes ces réflexions, je les fis rapidement et bien d’autres encore ! Mais le cours en fut interrompu par la présence de mon redoutable adversaire, qui , armé de son espèce de levier, commençait à frapper sur moi, en visant à la tète. Mes fuyards arrivèrent à la fin , non de face, mais par derrière, pour ne courir aucun risque. Ils avaient traversé la cour et monté l’escalier pour m’ouvrir cette fatale porte. Je pus gagner ainsi la rue. La colère de cet enragé, calmée un instant par ma disparition , reprit avec plus de force, et de loin j’entendais le rugissement du lion. C’est ému de pitié et non rempli de courroux que je m’éloignais; j’avais bien quelques contusions, car je n’avais pas pu parer tous les coups ; mais je devais cependant me féliciter : je venais d’échapper à un péril certain. •
J’appris quelque temps après qu’il s’était calmé une demi-heure après mon départ, et qu’il fut deux semaines sans avoir d’accès de son somnambulisme, ce qu’il regrettait infiniment. Enfin, ils revinrent et présentèrent à peu près le même caractère. A la longue ces accès ont amené la
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faiblesse du cerveau et une espèce d’hébétement, trop faciles à prévoir. J’ai soupçonné depuis que cet homme faisait usage de préparations narcotiques, car l’action du magnétisme, si certaine et si efGcace dans les cas de ce genre, mais naturels, n’avait pas produit d’abord ce que je devais en attendre.
C’était le cas de m’écrier, en sortant de chez ce forcené : Qu’allais-je faire dans cette maudite galère ! Mais le médecin va bien au milieu des fous et des pestiférés. Un missionnaire va bien , pour convertir à sa foi des inCdèles, braver tous les dangers. Lorsqu’on est dans le péril , il n’est pas temps de s’occuper des causes qui vous y ont conduit; c’est à l’éviter que l’on doit alors songer. On sait après si l’on a quelque courage. Se connaît-on jamais sans épreuves?
Je pourrais ici vous entretenir de cas non moins graves : le docteur Pigeaire en cite un dans son ouvrage, où le magnétiseur courut aussi des dangers (il magnétisait un aliéné); mais ils ne doivent point empêcher de faire des tentatives pour sauver un malheureux. L’homme qui se jette à l’eau pour retirer un infortuné qui se noie, celui qui pénètre dans une maison incendiée, ne courent-ils pas aussi des dangers l’un et l’autre?
La crainte ne pénètre point au cœur de celui qui veut faire le bien. Elle n’agit point non plus sur l’esprit de celui qui veut découvrir l’inconnu. Aujourd’hui même encore, pour revoir une pareille scène, je m’exposerais aux mêmes dangers; j’en saisirais les principaux traits qui m’ont échappé, et peut-être serais-je assez heureux pour pouvoir les rendre à mes lecteurs, ce qui m’est impossible à présent , tant ce que j’ai vu a la forme d’un rêve.
Ce serait ici le lieu de traiter des haUucinations, des monomanies, et autres maladies mentales, mais les emportements, l’indocilité , quelquefois la fureur de ces infortunés, ne permettant pas une application régulière du magnétisme, on n’a que peu de cas de guérisons.
§ VI. Névralgies.
Ce groupe comprend les névroses de l’estormac ; gastralgie , cardialgie , gastrodynie, vomissements nerveux, pyrosis ou fer chaud, pica ou malacia, boulimie, etc.; Vodontalgie, l'otaîgie, la migraine et autres douleurs nerveuse» des diverses régions.
Rien n’est plus facile , pour le magnétiseur.