‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 12 sur 68 · RENOUVELLEMENT DE L'EMPIBE D'OCCIDENT · texte numérisé non relu

RENOUVELLEMENT DE L'EMPIBE D'OCCIDENT

Avant de mourir, Pépin avait appelé ses deux fils , et leur avait partagé ses États ; mais les Francs dans une assemblée de mai blâmèrent cet acte , et divisèrent le royaume entre les deux frères , prenant pour guides les limites tracées par Charles-Martel. Charles eut la Neustrie , l'Aquitaine et une partie de l'Austrasie ; Carloman eut le reste des États de son père. La reine Bertrade, que Pépin avait voulu répudier et qu'il n'avait gardée que pour plaire au pape , avait ménagé ce partage ; elle résolut dès-lors d'appliquer tous ses soins à maintenir la bonne intelligence entre les deux frères , et la paix à l'extérieur. Pour arriver à ce résultat , on la voit sans cesse aller d'un fils à l'autre , puis passer chez le duc des Bavarois, ou chez Didier, roi des Lombards.

Aussitôt que la mort de Pépin fut connue en Aquitaine , le vieux Hunald sortit du cloître où il s'était renfermé depuis vingt-trois ans , et appela le peuple aux armes pour venger son fils. Les deux frères s'étaient réunis pour marcher contre lui , mais bientôt des dissensions éclatèrent entr'eux pour le commandement de l'armée ; Carloman revint sur ses pas et Charles s'avança seul contre les Aquitains; mais ils étaient trop faibles pour lui résister. Dès le premier combat Hunald fut forcé de fuir; livré plus tard à Charlemagne et traité avec douceur, il ne put supporter la vue de son vainqueur et s'enfuit chez les Lombards. Charles , pour intimider les Aquitains , bâtit un château appelé encore aujourd'hui Fronsac , puis il revint en Neustric où sa mère lui avait préparé une nouvelle alliance avec la lille de Didier. Il répudia Himiltrude , et par son nouveau mariage resserra les liens d'amitié, qui existaient avec les Lombards et les Bavarois , car Tassillon , duc de Bavière avait épousé une autre fille de Didier. Sur ces entrefaites, Carloman étant venu à mourir (771), Charles, au préjudice des enfans de son frère , se fit reconnaître roi parles chefs des Austrasiens , et réunit sous un seul maître le vaste héritage de Pépin. Dès-lors Charles commence ce règne , qui lui a fait décerner le titre de Grand , même par les contemporains , et qui est tellement lié à son nom, qu'on ne peut guère l'en séparer.

Tranquille à l'intérieur, Charlemagne tourna ses armes contre les Saxons que son père avait pu vaincre, mais non dompter. Des missionnaires avaient été envoyés dans leur pays, pour adoucir leurs mœurs cruelles, mais ces Barbares n'avaient tenu compte ni de la sainteté des prêtres, ni de leur douceur, et leur avaient prodigué l'insulte et le mépris ; l'église de Daventer construite sous la protection d'un armée franke, fut réduite en cendres, aussitôt que les troupes se furent retirées. Dans l'assemblée générale, Charlemagne n'eut donc pas de peine à leur faire déclarer la guerre , il en prit le commandement et ne tarda pas à passer le Rhin.

La Saxe, divisée en trois grandes parties, avait conservé toute

la barbarie de l'ancienne Germanie ; le plus brave était élu chef , dans rassemblée tenue chaque année ; le Paganisme y était encore dans toute sa force : Irminsul , la principale divinité , réunissait tous les attributs des autres Dieux ; sa main droite tenait un étendard , au milieu duquel se trouvait une rose ; dans sa gauche était une balance, et un ours se dessinait sur sa poitrine. Mais ce n'était point de leur pays que les Saxons tiraient leurs nombreuses ressources ; ils avaient pour appui tous les reuples d'outre -Rhin , et les uns ouvertement , les autres en secret leur envoyaient des troupes et des armes ; c'était une guerre de la barbarie contre la civilisation ; la religion n'en était peut-être même que le prétexte; c'était une tribu qui, apportant avec elle les dieux et les mœurs des Germains , venait à la suite de toutes les autres, se fixer sur le territoire des Gaules ; d'un autre côté , les Francs , malgré leur commune origine , défendaient un territoire conquis par eux et gardé intact de toute invasion depuis près de trois siècles. Si les Saxons étaient vainqueurs , la barbarie couvrait de nouveau la surface delà terre, Charlemagne étant triomphant, la civilisation pénétrait dans les forêts vierges de la Germanie. Mais pour en arriver là , que de sang répandu ! que de tribus entières passées au fil de l'épéel II ne fallut rien moins que le règne glorieux de Charlemagne , la ruine de la nation , la conversion du chef, pour amener une paix stable , que dis-je? elle n'exista que du jour où ce roi par un acte sans exemple dans l'histoire , conçut la pensée de transporter les Saxons au centre même de ses états ; mais n'anticipons point sur les évènemens; nous n'avons voulu que montrer l'importance de cette guerre , et faire concorder les victoires de Charlemagne avec le temps de sa durée.

Quoiqu'il en soit , la première campagne ne fut point longue; les Francs s'emparèrent , dès le commencement , d'Eresbourg, et depuis lors , les Saxons ne se défendirent plus que mollement , soit que la perte d'Irminsul , qu'on avait livré aux flammes , les eut frappé de terreur, soit qu'ils eussent été obligés de

céder à la valeur de leurs ennemis. Un prodige avait aussi contribué à les épouvanter ; les auteurs ecclésiastiques, seuls annalistes de ces temps , où la science s'était retirée dans les cloîtres, rapportent que les troupes de Charlemagne, pressées par la soif, furent désaltérées par une masse d'eau qui jaillit d'un torrent aride jusqu'alors. Charlemagne ayant pénétré jusqu'au Weser, fit la paix avec les Saxons, et se fit donner douze des principaux pour ôtages.

Pendant que les Francs agissaient de ce côté, une guerre terrible se préparait en Italie. Charlemagne avait répudié Hermengarde fille de Didier , pour épouser Hildegarde , princesse de la nation des Suèves, et le roi des Lombards n'attendait qu'une occasion pour venger l'affront fait à son sang. A sa cour s'étaient réunis tous les mécontens des Gaules; on y voyait le vieux Hunald , duc d'Aquitaine , toujours prêt à exciter la haine contre les Francs ; là étaient encore la femme et les enfans de Carloman , dont Didier avait embrassé la défense , et qui devaient servir ses desseins ambitieux. Il s'était déjà même emparé de l'esprit du pape et l'avait amené à préférer son alliance à celle de Charlemagne ; mais la mort d'Etienne arrêta ses projets. Adrien fut élevé sur la chaire de St-Pierre ; Didier renouvela ses offres , et l'engagea à sacrer les fils de Carloman ; il n'eut que des réponses évasives : le pape devait maintenir la paix entre les deux rois ; il avait contracté une alliance avec l'un et l'autre , et sa sainte protection s'étendait sur tous les deux. Didier, persuadé qu'il ne pouvait réussir par la ruse, eut recours aux armes, fit une invasion dans l'exarcat de Ravenne et menaça le pape de porter la flamme jusque dans Rome , s'il n'accédait à ses désirs. Adrien de son côté avait écrit à Charlemagne pour implorer son secours ; le roi Franc avait de suite levé une nombreuse armée , et il l'avait divisée en deux corps ; l'un était sous ses ordres , l'autre sous le commandement de Rernard son oncle maternel. Puis craignant de dégarnir trop ses frontières, s'il menait toutes ses troupes en Italie, il se proposa pour médiateur entre Adrien et Didier; mais ce

duc, voyant le dégoût qu'avait Charlemagne pour cette guerre, sachant d'autre part que les Saxons venaient de se révolter et marchaient en armes pour incendier l'église bâtie par St-Boniface , résista à toutes les tentatives d'accommodement ; il comptait du reste s'opposer au passage des Alpes, dont ses troupes occupaient les défilés. Mais à peine les Francs eurent-ils fait un mouvement , que les Montagnards frappés d'une terreur panique s'enfuirent. Dès-lors, Charlemagne n'hésita plus , et après avoir fait traverser à ses soldats les monts Joux et Cénis, il leur montra les riches campagnes de l'Italie. Pavie , où s'était réfugié Didier, fut investie de toutes parts, et l'on forma des rctranchemens autour de la place, pour pousser le siège avec vigueur. Charlemagne en laissa le soin à ses lieutenants et résolut d'aller passer à Rome les fêtes de Pâques. Le peuple le reçut avec la plus grande pompe possible ; il alla au-devant de lui avec la croix et les bannières de l'église. Le roi, content de cette réception , renouvela les anciens traités d'alliance , et les jura sur le tombeau de St-Pierre , dans lequel on en déposa une copie; • les terres abandonnées au St-Siège étaient l'exarcat deRavenne, la Pentapole, la Sabine, Terracine, les duchés de Spolète et de Bénévent , la marche d'Ancône, le duché de Ferrare , Bologne, quelques villes de la Corse et de l'Istrie , la Toscane et le territoire de Naples. Ce traité lut fidèlement exécuté des deux côtés; Charlemagne en effet s'étant emparé de Pavie et ayant fait Didier prisonnier, remit au pape tout ce qui lui appartenait des terres ci-dessus mentionnées (774.) Quelques années plus tard (776), comme les Lombards préparaient une révolte en faveur d'Adalgise fils du roi détrôné qui s'était retiré à Constantinople , le pape en avertit le roi Franc , et Charlemagne parvint à la réprimer. De plus , Adrien lui avait fait accorder dans un concile tenu à Rome l'an 775 le droit d'ordonner de l'élection des papes et de la confirmer.

La prise de Pavie , la captivité de Didier que Charlemagne envoya en France, mirent fin au royaume des Lombards, deux cent six ans après que Alboin l'avait formé. Les Francs étaient

tranquilles de ce côté, et rien ne séparait plus leurs terres des États romains; sans doute il y eut encore quelques révoltes , mais elles furent de peu d'importance. Gharlemagne se contenta de garder pour lui l'autorité souveraine et de prendre le titre de roi des Lombards , ainsi qu'on le voit sur quelquesunes de ses monnaies ; il laissa aux ducs créés par Didier le gouvernement qu'il leur avait confié, et respecta les us et coutumes ; d'ailleurs de nouvelles révoltes de la Saxe appelaient ses armes de ce côté.

Trois armées envoyées au-delà du Rhin avaient eu ordre de commettre des dégâts jusqu'à l'entière ruine du pays ou d'opérer la conversion des habitans. Pour être plus près des révoltés , le roi tint l'assemblée générale à Duren , sur les bords du Rhin , et y fit décréter une guerre à outrance qu'il commença de suite par la prise de Siegbourg et le passage du Weser. Ces deux victoires épouvantèrent les Ostphaliens qui vinrent demander la paix et donnèrent des otages ; cet exemple fut suivi par les Angariens. Ces défections partielles n'empêchèrent point les Saxons de soutenir pendant trois ans le choc ' des Francs , et de défendre leur territoire pied à pied. Charlemagne , troublé sans cesse par des révoltes dans ses propres Etats , ne pouvait porter de ce côté qu'une partie de ses troupes ; il finit cependant par dompter les Barbares. Au printemps de Tan 777 , une grande assemblée eut lieu à Paderborn où les Saxons vinrent en supplians s'avouer vaincus et se remettre à la discrétion du roi. Charlemagne , pour donner plus de solennité à ce traité, fit parcourir la Saxe, et ayant rassemblé les chefs de ce pays , leur pardonna, en les menaçant , à la première révolte, de les priver de leur patrie et de leur liberté. Un grand nombre se tirent baptiser ;puis il reçut les ambassadeurs d'Ybn al Arabi , émir des Sarrazins , qui lui laissèrent entrevoir la possibilité de s'emparer de quelques villes d'Espagne. Un seul chef Saxon, qui devait plus tard illustrer son nom dans cette guerre terrible , Witikind avait échappé aux envoyés de Charlemagne, et tandis que ses compagnons cour-

baient le front en signe de défaite , il s'était retiré près du roi de Danemarck , lui rappelait que les peuples du Nord étaient frères et demandait du secours au nom de leur dieu commun , le grand Odin.

Au printemps de l'année 778 , Charlemagne se remit à la tête de ses troupes, et se dirigea vers les frontières d'Espagne où l'appelaient les Sarrazins qui ne s'étaient point soumis au nouveau Calife ; peut-être aussi était-il bien aise de traverser les provinces méridionales de son royaume et de leur montrer sa puissance. Il reçut dans ce voyage l'hommage des seigneurs qui possédaient des terres entre les Pyrénées et PEbre , et ce fier Loup , petit-fils de Waïfer qui avait mis à mort le gouverneur établi par Charlemagne, n'osa s'y refuser. C'est ainsi que les Francs traversèrent les Pyrénées , et pénétrèrent jusqu'à Saragosse, dont on leur avait promis la reddition. Dès-lors, tout devient obscur, les Sarrazins furent-ils vaincus comme autrefois dans les plaines de Poitiers, par un autre Karl ? ou se réunirentils, pour repousser l'ennemi qui, sous le prétexte de les défendre , commençait à conquérir pour lui-même? Charlemagne trouva-t-il des alliés trop faibles? Quoiqu'il en soit de ces conjectures , les Francs revinrent sur leurs pas après avoir démantelé Pampelune, traversèrent les vallées d'Engin etd'Erro et pénétrèrent dans celle de Ronceveaux où les attendaient Loup et ses Gascons protégés par les défilés. Ce lieu fut témoin du désastre des Francs; les bagages furent pillés et l'arrière-garde massacrée jusqu'au dernier homme. Parmi les victimes de la cruauté Basque , la plus célèbre fut sans contredit le chef illustré par l'Arioste, Rolland , qui , après avoir immolé une foule d'ennemis avec sa noble épée Tollendal , eut le chagrin de périr, sans avoir pu la briser, tant était bon le tranchant de sa forte lame. Le roi, voyant ce désastre, et n'ayant pu en punir les auteurs , résolut de former de ces contrées un royaume indépendant qu'il donna à son fils Louis , le troisième de ses enfans mâles.

Charlemagne , de retour sur les bords du Rhin , battit encore

les Saxons ; puis ennuyé d'une guerre sans cesse renaissante , il laissa ses troupes à trois généraux , et leur adjoignit un grand nombre de prêtres. Ils devaient s'entr'aider et consolider la conquête de ce pays , ceux-ci en appelant les Saxons à l'obéissance catholique et les chefs militaires en soutenant de leurs armes , les prédications. Charlemagne se rendit ensuite à Rome près du pape , et sa route ne fut qu'une longue marche triomphale. La mort de la reine Hildegarde (783) fit croire à quelques historiens que le roi avait fait ce voyage dans le but de contracter une union avec Irène impératrice d'Orient , et de reformer le vaste empire Romain. Tout en effet montrait la grandeur du César Franc; le pape avait baptisé son fils, Tassillon duc de Bavière s'était empressé de venir lui jurer fidélité , il n'y avait que les Saxons , qui ne reconnussent point son autorité. Mais eux seuls étaient de terribles ennemis, qui, sous un chef non moins redoutable, venaient de ravager les établissements religieux , et de battre ses généraux dans la plaine de Sonnethal (vallée du Soleil). A cette nouvelle Charlemagne est furieux , il abandonne même la nouvelle épouse qu'il vient de choisir parmi les Francs , et qui fait sentir à chaque instant le pouvoir de ses charmes sur un guerrier âgé de cinquante ans. Il s'avance avec toute la rapidité que lui permet la lourde armée qu'il traîne à sa suite. Quand il arriva , Witikind était disparu , il ne trouva que quatre mille cinq cents Saxons qui étaient restés en arrière , soit qu'ils eussent des familles à défendre, soit qu'ils eussent compté sur la magnanimité de Charlemagne. Le roi excité par sa cour encore barbare , les fit tous décapiter le même jour à Verden , pensant ainsi venger la défaite de son armée. Dès-lors ce fut une guerre à outrance , plus de quartier, plus de prisonniers , on se battit avec la rage du désespoir. L'hiver ne put même mettre trêve à cette lutte , et les Francs se chauffèrent à l'incendie des villes. Witikind poursuivi partout , désespéré et voulant sauver les restes de cette population , autrefois si belle , envoya demander à traiter. Ses propositions furent acceptées, il déposa son épée (786),

et , s'étant fait baptiser , devint un des plus fermes soutiens de la religion catholique ; quelques auteurs le rangent même au nombre de ses saints.

La soumission de la Saxe permettait à Gharlemagne de porter ses troupes aux diverses frontières de ce vaste Royaume agrandi chaque année par de nouvelles conquêtes , et sans cesse attaqué par les peuples voisins qui espéraient prévenir ainsi la grandeur envahissante du roi Franc. Il est impossible que , dans le cours d'un règne aussi belliqueux , Gharlemagne n'ait point essuyé quelques défaites, mais ces revers contribuaient à affermir sa puissance. Ce n'était plus simplement de Neùstriens et d'Austrasiens qu'étaient composées ses armées ; chaque peuple vaincu fournissait des soldats qui , incorporés dans les rangs fidèles , devaient verser leur sang pour procurer de nouvelles conquêtes à leur vainqueur.

En ce moment , la guerre était générale ; à l'intérieur , la dureté de la nouvelle reine avait fait révolter une partie des grands de la cour ; la gloire de Gharlemagne voulait qu'il pardonnât, il fut au contraire cruel ; tous les conjurés eurent les yeux crevés , et on les envoya ensuite en exil ; deux ans plus tard, une nouvelle révolte éclatait sans plus de succès, elle comptait parmi ses chefs un fils de Charlemagne , Pépin, abandonné par son père , à cause de la difformité de sa taille. A l'extérieur, le roi Franc fut aussi heureux dans ses conquêtes; les Bretons furent forcés de se soumettre, et dès-lors ils furent réunis à la Gaule Franke. Un parti puissant agitait l'Italie en faveur du fils de Didier , roi des Lombards; Gharlemagne passa les Alpes , parcourut ce pays dans toute sa longueur, et alla planter son étendard au pied des montagnes qui protégeaient le duché de Bénévent (787.) Pressé par une révolte de Tassillon , désireux de retourner dans les Gaules où il formait son académie et changeait la forme du gouvernement, il se contenta des étages que lui remit le duc Adalgise et de la promesse d'un tribut de sept mille sous d'or. L'année suivante, 788, trois armées entrèrent en Bavière, et y portèrent le feu et la désola-

tion. Tassillon vint se jeter aux pieds de Charlemagne , accompagné de ses deux fils , et tous trois lui jurèrent fidélité , mais le roi les fit comparaître à une assemblée générale où ils furent convaincus de trahison, et condamnés à mort ; cette peine fut adoucie, ils entrèrent tous dans un cloître , et la Bavière fut soumise aux lois et au gouvernement des peuples Francs. Alors les Huns, fidèles aux promesses faites à Tassillon, parurent divisés en deux corps , qui pénétrèrent l'un dans le Frioul et l'autre dans la Bavière.

Les Francs et les Bavarois, qui craignaient de voir leur pays dévasté par ce terrible ennemi , se réunirent contre lui et le vainquirent ; les Huns revinrent Tannée suivante , mais ils ne furent pas plus heureux. Dans le même temps Charlemagne triompha des Grecs et des Esclavons qui avaient fait une invasion dans l'Empire. L'année 790 fut la seule où la guerre n'éclata point ; de tous côtés , on s'y préparait contre les Avares qui renouvelaient fréquemment leurs courses. Charlemagne ne commanda pas aussitôt cette expédition , il en abandonna le soin à ses généraux , mais voyant qu'elle traînait en longueur , il passa en Pannonie, et, dans une seule campagne, ruina entièrement ce vaste pays. Pépin , son fils , mit fin à la guerre en s'emparant de la résidence royale du Chagan et en immolant ce chef. Dès-lors , il n'y eut plus que quelques révoltes peu importantes, et qui furent facilement apaisées ; la religion catholique fut librement enseignée dans ce pays et y trouva de nombreux prosélytes. Les Saxons firent un dernier mouvement : ils préféraient , disaient-ils , mourir chez eux pour la liberté, que de verser leur sang pour l'asservissement de leurs frères. Charlemagne se rappelait tout ce que la première conquête de la Saxe lui avait coûté d'hommes et de peines; il se mit donc à la tête de ses troupes et fit bâtir sur les bords du Weser un château , auquel il donna le nom de Herstal. C'est de là que, faisant des incursions dans le pays , il enlevait tantôt le tiers, tantôt le quart de la population d'un canton , et en peuplait, dans le nord delà Neustrie, le pays qu'on appéla

Flandre. Cette émigration forcée donna naissance à ce proverbe si connu dans les guerres de ce comté contre la France : d'un diable, Charlemagne en a fait deux.

Après avoir ainsi rendu la révolte impossible (797} , le roi Franc résolut de jouir paisiblement de ses conquêtes. Le clergé qui l'entourait, voulait qu'il se fit sacrer Empereur, et qu'il reformât l'Empire Romain ; le grand Théodoric avait eu ce dessein et n'avait pu l'exécuter. Charlemagne résista : puis lorsque , dans la solennité des fêtes de Noël , le pape l'eut salué empereur , il parut surpris , s'humilia , et dit qu'il était trop faible pour soutenir un pareil fardeau. Hypocrisie qui ne se trahit que trop, par la précipitation avec laquelle il fit échanger aux grands, contre la pourpre Romaine , le juste-au-corps de peau de loutre qui garantissait leurs épaules et leurs poitrines des rigueurs de l'hiver. Quant à lui, il garda son costume Germain ; peut-être n'eut-il osé se présenter autrement au peuple. Pour refaire ce vaste Empire , tel qu'il avait été dans la forte main de César- Auguste , le pape voulut unir Charlemagne avec Irène , qui , par la mort de son père et de son mari, jouissait seule de l'Empire d'Orient. Irène refusa ; elle savait trop le dicton Grec , il vaut mieux avoir le Franc pour ami, que pour voisin; elle craignit de se donner un maître.

Page 1