‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 13 sur 68 · DE L'EMPIRE D'OCCIDENT JUSQU'A LA. MORT DE LOUIS-LE-DÉBONNAIRE · texte numérisé non relu

DE L'EMPIRE D'OCCIDENT JUSQU'A LA. MORT DE LOUIS-LE-DÉBONNAIRE

Charlemagne s'était consolé du refus d'Irène , en se retirant dans son palais d'Aix-la-Chapelle, qu'il avait fait construire à grands frais, et qu'il avait décoré des plus beaux marbres d'Italie. Là , abandonnant à ses enfans le soin de protéger les frontières, il s'occupa de l'étude , et sa main raidie par l'usage de l'épée s'essaya à tracer des caractères. C'est du palais d'Aix-la- Chapelle, que sortirent ces beaux capitulaires qui font encore notre admiration. La réforme de l'Empire prenait aussi une partie de son temps ; le gouvernement des provinces fut confié à des magistrats amovibles portant le titre de ducs , comtes , viguiers, centeniers, échevins , etc. Des missi dominici parcouraient l'Empire , surveillaient les gouvernants , écoutaient les doléances de tous Jugeaient d'après les lois établies et venaient rendre compte de leurs missions aux assemblées générales , qui avaient lieu deux fois chaque année ; on y réglait les af-

faires de l'Etat , les guerres à entreprendre ; l'Empereur n'avait le droit que de refuser ou d'accepter ; de toutes parts (J), les chefs y étaient convoqués, et des peines sévères punissaient les réfractaires ; les jeunes gens y étaient admis pour profiter de l'expérience des plus âgés. Le clergé fut aussi l'objet de ses soins : il n'était pas rare de voir les évêques remplis d'un esprit belliqueux chausser l'éperon , ceindre l'épée et torturer le pauvre peuple qui leur était soumis. Gharlemagne n'osa porter de grands coups , il se contenta de prescrire dans quelques capitulaires des mesures sévères contre ceux qui ne rendraient pas la justice.

L'étude des belles-lettres avait presque disparu ; il ne restait plus rien de ces écoles si célèbres sous les Mérovingiens. Charlemagne rétablit ce qui avait existé , et promit des récompenses aux élèves les plus assidus. Tout le monde sait l'histoire desenfans riches et des enfans pauvres, comment, dans une de ses nombreuses visites aux écoles , il promit à ceux-ci, qui se livraient avec ardeur à l'étude , des bénéfices , des récompenses ; puis se tournant vers les autres qui l'avaient mécontenté par leur paresse , il les menaça de sa colère. Son palais était rempli de savants de tous les pays; trois d'entr'eux sont justement célèbres : ce sont l'Écossais Clément , qui, avec le Saxon Alcuin , fonda l'école palatine, et le Goth Benoit d'Aniane , qui fut chargé de la réforme des couvens et leur imposa à tous la règle de St.-Benoit. D'un de ses voyages en Italie , Charlemagne avait rapporté le chant grégorien , auquel il s'exerça depuis ; il s'y distingua même parmi tous les autres seigneurs de la cour.

Arrivé à ce faîte de puissance, Charlemagne trouva l'Empire trop lourd pour un seul chef ; pour en soutenir les diverses parties , il fit reconnaître ses trois fils dans une assemblée solen-

(1) On ne peut cependant pas admettre que les chefs des pays méridionaux» pussent se rendre deux fois chaque année, aux assemblées qui pour la plupart avaient lieu sur les bords du Rhin.

nelle des Francs (806) , et leur partagea ses vastes états. Charles fut roi de la Gaule orientale , Pépin , de l'Italie , et Louis, de l'Aquitaine. Déjà ce prince avait commandé à ce pays et y avait fait chérir son gouvernement. C'est ce môme Louis, qu'après la mort de ses deux frères , Charlemagne présenta aux Francs pour successeur à l'empire , et avec qui il partagea la puissance : quant à Bernard, le jeune fils de Pépin , il eut pour lui le royaume de son père.

Dès-lors, le vieil Empereur espérait goûter en paix les charmes de l'étude, dans sa résidence d'Aix-la-Chapelle, sans autre souci que celui de présider les assemblées annuelles, se reposant sur ses fils d'abord , et ensuite lorsque la mort lui eut enlevé deux de ses enfants, sur Louis, pour défendre les frontières. Il fut trompé dans cette espérance. Les races Germaines n'étaient pas encore entièrement soumises: en effet, peu importe que les envahisseurs aient le nom de Saxons ou de Danois , s'ils sortent à un siècle de différence de la même tribu. Peut-être ces hommes du Nord, fNorth-MenJ , avaientils pris goût aux pillages , lorsque Witikind les eut appelés à son secours. Quoiqu'il en soit , pendant le règne de Charlemagne , il n'osèrent passer les frontières, ni étendre leurs ravages dans l'intérieur du pays ; le pillage n'avait lieu qu'à la hâte et par des troupes légères qui fuyaient aussitôt. Le vieil Empereur ne s'en attristait pas moins ; il comprenait que la gloire de son nom était la meilleure, la seule défense de l'Empire , et qu'après sa mort , ces hommes du Nord viendraient étendre chaque jour leurs ravages. Tous les chroniqueurs contemporains rapportent qu'un triste pressentiment fit verser des larmes au puissantCharlemagne, à la vue des vaisseaux Normands armés pour la course, qu'il resta long-temps plongé dans de tristes réflexions, et qu'enfin il fit part à ses courtisans des craintes que lui inspirait cette invasion faite de son vivant. Le Normand Godfried n'avait-il point en effet revendiqué l'Empire de la Germanie , et ne s'était-il pas vanté de pénétrer jusqu'à Aixla-Chapelle où était la cour impériale. La mort l'empêcha d'exé-

cuter ses projets, elCharlemagne le suivit bientôt dans la tombe, heureux de n'avoir point vu les débris d'un Empire fondé par lui , et auquel cependant il avait déjà survécu.

Ce fut à Doué que Louis apprit la mort de son père, avant que l'envoyé fût arrivé près de lui ; Theodul, évêque d'Orléans , la lui avait fait connaître. Le nouvel Empereur se mit aussitôt en marche pour Aix-la-Chapelle ; le peuple courait en foule sur son passage , et son voyage ne fut qu'une longue marche triomphale. Louis offrait en effet toutes les garanties qu'on pouvait désirer , lui qui à l'âge de trois ans était déjà en possession du trône d'Aquitaine , qui , pendant trente-quatre ans avait su maintenir sa puissance et l'avait fait chérir des Aquitains , de ce peuple si remuant ; celui qui avait signalé son courage contre les Sarrazins d'Espagne , et qui par sa justice et sa piété avait mérité les surnoms de Pieux et de Débonnaire. Louis se montra tel qu'on l'avait espéré; doux envers les vaincus, mais inflexible dans les choses qui touchaient à la religion ; plus prêtre, que les prêtres mêmes pour nous servir de l'expression d'un auteur contemporain.

A peine reconnu roi , et tandis qu'on dépose le vieil Empereur dans sa sépulture d'Aix- la-Chapelle , Louis s'occupe de réformes ; de nouveaux missi domimci parcourent les provinces , et font respecter la justice. La licence des monastères est arrêtée , la réforme y pénètre , les moines sont assujétis à la dure loi de St- Benoit d'Aniane, et Wala , ainsi qu'Adhelard ministre de Charlemagne , ne peut s'y soustraire ; Louis ne souffre près de lui ni les maîtresses de son père , ni les galanteries de ses sœurs. Le sang coule dans le palais ; les amans des princesses sont immolés , ou punis sévèrement , et elles-mêmes renvoyées dans leurs abbayes. Les Saxons ont la permission de repasser le Rhin où les appellent de nouveaux privilèges , entr'autres le droit de succession , qui leur avait été ravi sous le règne précédent. Quant à Lothaire et Pépin , ils reçurent l'ordre de se rendre en Bavière et en Aquitaine , et de défendre ces deux pays contre les invasions.

Pour arrêter les efforts des Normands, Louis les divise, prend le parti du plus faible , et bientôt Hériolt couronné lui jure fidélité (845.) Pépin, roi d'Italie est aussi venu reconnaître le nouvel Empereur , mais il ne resta pas long-temps à la cour et Louis lui donna l'ordre de retourner dans son royaume pour défendre la pape. Déjà Léon III avait recouvré son trône par la force de ses armes; mais Louis l'en avait blâmé : ce n'était point , disait-il , au ministre du Seigneur à faire couler le sang de ses ouailles, et il étendit cette défense de prendre les armes aux évêques et aux clercs de son empire.

Jusque-là , ce règne était glorieux ; les frontières Frankes étaient respectées , et les Saxons ennemis jusqu'alors contribuaient à les défendre; des ambassadeurs passaient la mer et venaient offrir à Louis les présens du roi de Perse ; la justice se rendait partout au nom de l'Empereur, et le peuple bénissait un règne qui commençait sous de si heureux auspices. Mais pendant ce temps, Louis, dont la piété augmentait chaque jour, se plaignait déjà des ennuis du trône qui venaient le poursuivre jusqu'au milieu de ses prières ; il eut voulu changer la couronne impériale contre la tonsure de ce Carloman , frère de son aïeul , qui s'était retiré au mont Gassin ; c'était son héros , le modèle qu'il avait rêvé. Cette dévotion outrée nuisit à la puissance impériale : jusqu'alors les rois Francs avaient présidé à l'élection des papes; Etienne V n'attendit point que l'Empereur confirmât le choix du sacré collège. Cependant quand il fut élevé sur la chaire de St-Pierre, il se hâta de venir dans les Gaules , pour apaiser le César irrité ; mais Louis a volé au-devant de lui, il s'est agenouillé deux fois devant le chef catholique, et Etienne a fait couler sur son front et sur celui de l'impératrice Hermengarde l'huile sainte des rois , en prononçant ces paroles : Pierre se glorifie de te faire ce présent, parce que tu lui assures la jouissance de ses justes droits. La papauté avait hérité de la puissance de Charlemagne ; nous la verrons grandir encore, et le successeur d'Etienne V (824) , se contentera d'envoyer quelques ambassadeurs , pour rejeter sur les Romains l'in-

suite faite à l'Empereur. Etienne , comblé de présens , fut renvoyé en Italie , et Bernard eut ordre de commander les troupes qui devaient lui servir d'escorte jusqu'à Rome.

Louis mit bientôt un autre projet à exécution ; nous voulons parler du partage de ses vastes états entre ses trois enfans. Pépin eut l'Aquitaine , Louis obtint la Bavière, et Lothaire fut associé à l'Empire. A lui seul, dès-lors, la puissance impériale ; c'est lui que ses frères devront consulter dans toutes les actions importantes ; avec sa permission seule , ils pourront faire la guerre ; à Lothaire, le royaume d'Italie , après la mort de Bernard. Tel fut le fameux capitulaire , résultat de rassemblée d'Aix-la-Chapelle (847.)

A peine connue , cette décision souleva une guerre générale; Bernard , le plus lésé de tous, se mit à la téte de la révolte , et revendiqua à main armée une part plus grande dans ce partage. Louis appela ses fidèles Saxons , et s'avança vers les Alpes avec tant de vitesse , qu'on le croyait à peine prévenu de cette révolte lorsqu'il parut au haut des monts. Le jeune prince, abandonné d'une partie de ses troupes , et se confiant aux trompeuses amitiés de Hermengarde, se rendit à discrétion, espérant ainsi toucher la compassion de son oncle ; Louis exigea une liste des chefs du complot , puis ayant fait jeter ce prince et ses complices dans un cachot, il les livra à l'assemblée des Francs ; à l'instigation de l'impératrice , ils furent tous condamnés à mort. Il répugnait cependant à l'Empereur de faire couler le sang de Gharlemagne ; il prit un biais que lui offrit son esprit faible, il commua la peine , et condamna Bernard et les conjurés laïcs à avoir les yeux crevés. Hermengarde s'arrangea de telle sorte que ce prince périt dans les trois jours. Quant aux évêques , on les traita avec plus de douceur ; la déportation et l'exil dans les cloîtres furent les peines les plus sévères. L'Empereur alla ensuite en Bretagne (818) , calmer une révolte qui avait éclaté dans cette province.

Dès-lors , nous ne trouvons plus dans ce règne aucun fait brillant ; Louis s'abandonne à une dévotion outrée , il entend

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des voix qui lui reprochent le meurtre de son neveu, et la mort de son épouse Hermengarde n'est à ses yeux qu'une punition du ciel. 11 préside rassemblée générale des Francs, mais il la change en un concile où l'on discute des questions religieuses : « on y arrêta , dit Eginhard en ses annales , plusieurs dispo- » sitions relatives à l'état des églises et des monastères ; on » ajouta aux lois et ou fixa par écrit quelques capitulaires » indispensables qui y manquaient. » (Trad. de Guizot.)

Les Francs , pour arracher l'Empereur à ses désirs de retraite , résolurent d'éprouver sur son cœur la puissance des charmes d'une jeune fille ; de toutes parts , on fait venir les vierges les plus jolies , et nouvel Assuérus, Louis parcourt ces rangs pour choisir l'épouse digne par sa beauté de partager l'Empire. Ce fut Judith, fille du comte de Guelfe, qui fut appelée à ce rang , Judith dont le père faisait partie de ces Bavarois sans cesse prêts à la révolte , et qui par sa mère avait du sang Saxon dans les veines (819.) Union funeste pour Louis, qui lui aliéna les Francs , et le porta plus que jamais vers les peuples du Midi , dont la nouvelle reine s'était déclarée l'amie et la protectrice. En effet le comte de Toulouse , Bernard , devient tout puissant , et l'Empereur l'accable de dignités ; il en fait presqu'un nouveau maire du palais. Sa dévotion lui donnait bien d'autres soins que de veiller au salut de l'Empire : n'avait-il point forcé ses frères bâtards de Gharlemagne , d'entrer dans le cloître , n'étaitr-il point coupable du meurtre de Bernard roi d'Italie , et quelle punition pouvait eftacer des fautes si grandes, si ce n'est une pénitence publique? Elle eut lieu à Attigni (822) ; on y convoqua lesévôques et les grands de l'Empire , et après que Louis se fut accusé de ses crimes , il demanda pardon à tous ceux qu'il avait outragés et rappela près de lui Wala , Théodulphe et Adhelard , qu'il avait relégués dans le cloître. Mais le peuple se fatiguait de ces pieuses faiblesses ; il ne vit dans cet aveu qu'un outrage de plus fait à la dignité impériale. Lothaire, pendant ce temps, avait contraint le pape de faire couler le Saint Chrême sur son front.

Des vaisseaux Normands, profitant de ces embarras , avaient pillé les frontières et fait des dégâts impunis. On murmura : la rivalité des peuples du Nord et du Midi commençait avec violence , et il eut fallu une nouvelle bataille de Testry pour arrêter la dissolution de l'Empire. Cependant il manquait des chefs à la révolte ; personne n'osait se mettre à la tête des mécontens , tant était grandie respect qu'on avait encore pour la couronne impériale. La belle Judith , augmenta ces troubles ; ayant mis au monde un fils (828), qui plus tard fut couronné sous le nom de Charles , elle avait obtenu pour lui de Louis-le- Débonnaireune partie du royaume ; on l'avait formée aux dépens de Lothaire et de Louis roi de Bavière ; non contente de ces avantages, Judith voulut encore y faire ajouter la Rhétie et une partie de la Bourgogne.

Déjà, comme nous l'avons dit, les peuples murmuraient contre la puissance du duc de Toulouse; Wala s'était séparé de l'Empereur et avait cherché un refuge auprès de Lothaire : tout enfin faisait présager une guerre civile. Louis n'en donna pas moins à Charles les terres que demandait Judith. D<>s-lors ses trois fils mécontens se mirent à la tête de la révolte ; Pépin fut le premier qui en arbora l'étendard , il s'empara d'Orléans, et chassa Odon qu'il remplaça par Mathfrid , seigneur dont il connaissait toute la fidélité ; puis il alla jusqu'à Verberie où il joignit ses troupes à celle du roi de Bavière. Le but avoué de la révolte était le renversement de Bernard , qui , au dire des conjurés, avait poussé l'infidélité jusqu'à souiller le lit impérial ; le but caché était l'abdication de l'Empereur. On lui envoya Judith, qui, craignant pour sa vie, fit tous ses efforts pour le déterminer à cet acte honteux ; Louis hésita , demanda du temps, accorda aux révoltés leurs autres demandes, et ordonna même à Judith de se retirer. Ce retard le sauva : il n'avait point eu de secours de ses fidèles Germains parce qu'ils détestaient Bernard, mais ils ne lui étaient pas moins restés dévoués. Louis le savait bien , aussi se confiant moins aux Francs qu'aux Germains, il obtint que l'assemblée aurait lieu à Nimègue.

Déjà les conjurés étaient fatigués de Lothaire , qui arrivé le dernier avait recueilli tous les avantages de la révolte ; ses frères eux - mômes regrettaient leur père. Lothaire et Wala furent seuls 5 leur tour ; l'assemblée les condamna à mort , mais Louis les traitant avec sa bonté naturelle , voulut qu'on les épargnât (830.) DeNimègue, l'Empereur revint à Aix, où son épouse Judith l'attendait ; il la reçut avec de grands honneurs , et Bernard ayant demandé l'épreuve du combat pour prouver son innocence , personne ne se présenta. Quelques auteurs, entr'autres le président Hénault, prétendent que Judith fut soumise au jugement du feu (831 .)

Mais la paix ne fut pas de longue durée : les grands appelèrent le peuple aux armes , pour avoir un bon gouvernement; Pépin se mit de nouveau à la tête des révoltés , et fit alliance avec Bernard , que l'Empereur avait disgracié. Peu de combats importans eurent lieu cette année ; le printemps de 833 vit les trois frères réunir leurs armées entre Bàle et Strasbourg, en un lieu appelé encore Champ du Mensonge. Louis se hâta de marcher contre eux ; mais pendant la nuit ses troupes l'abandonnèrent et il resta presque seul : Allez à mes fils, dit-il aux guerriers fidèles, je ne veux pas que personne perde pour moi la vie , ni même un membre. Accompagné de sa femme et de son fils Charles , il se dirigea vers la tente de Lothaire , et se mit à sa discrétion.

Un meurtre, et surtout un parricide , épouvantait les conjurés; ils résolurent d'avilir l'Empereur, au point qu'il ne fût jamais remis sur le trône. On dressa une liste de tous les crimes prétendus de Louis , on assembla les évêques et les grands à Aix-la-Chapelle, dans cette ville où tout parlait de la puissance impériale, et on força l'Empereur de déposer son épée ; il revêtit alors uncilice, signa la confession publique qu'on exigeait de lui , et plaça sur l'autel les insignes de sa puissance. Judith et sod fils Charles furent relégués dans des monastères.

L'excès même de l'avilissement de l'Empereur contribua à lui faire naître des défenseurs; le peuple se prit de pitié pour

ce saint , dont tout le crime était de ne pas avoir la force de son père ; ses fils (Pépin et Louis) , ayant honte de leur conduite, rassemblèrent une armée, poursuivirent Lothaire, et le forcèrent de relâcher leur père. Des évêques avaient prononcé l'avilissement, d'autres prélats cassèrent cette décision (834.) Aussitôt Louis fait revenir la belle Judith près de lui , puis pardonne à ses enfans , se contentant d'exiler Lothaire dans son royaume d'Italie. Le peuple vit une punition de la révolte de ce prince dans la fièvre , qui , la même année , ravagea ses états, et lui enleva ses principaux chefs.

La fin de ce règne fut encore troublée par les guerres civiles; il faut avouer que cette fois Louis-le- Débonnaire attisa le feu de la révolte par un partage injuste et inique. Cédant aux sollicitations des moines et de la belle Judith , qu'il aimait de plus en plus , il resserra les royaumes de Pépin et de Louis , et forma deux Empires qu'il donna à Lothaire et à Charles. L'Impératrice avait ainsi espéré obtenir un protecteur pour son fils ; mais son ambition ne se borna point là. Pépin , en effet , étant venu à mourir, elle fit accorder à Charles l'Aquitaine, au préjudice des héritiers à qui revenait de droit ce duché.

L'Empire de Charlemagne était divisé en deux parties :* Lothaire choisit ce qui était à l'Orient, et Charles prit pour lui l'autre part. Louis se trouvait donc réduit à la Bavière , tandis que son frère, sans cesse en révolte , avait le plus beau royaume. Il prit les armes à son tour, et le vieil Empereur, harassé de tant de guerres civiles, se vit encore forcé d'aller en Germanie combattre le fils , qui l'avait toujours le plus respecté. Il mourut en chemin , disant que cette dernière révolte avait abrégé ses jours (840) ; il était âgé de 62 ans. Avec lui , l'unité de l'Empire fut détruite ; le fils de Charlemagne avait à peine pu soutenir ce fardeau , et les nombreuses guerres de ce règne avaient toutes été défensives.

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