‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 3 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SOUS LES EMPEBEUKS.

Après avoir vaincu les Gaulois , César résolut de tenter l'exécution de son vaste projet, réunir Rome sous un seul maître. 11 avait étonné les peuples d'Italie par la rapidité de ses conquêtes, il les effraya en passant les Alpes à la tête d'uue armée nombreuse composée de Gaulois dont le nom seul les faisait encore trembler ; il franchit le Rubicon , s'empare de Rome et fait enfoncer à coups de hache le trésor amassé pendant plus de trois siècles pour se défendre contre ces Gaulois qui aujourd'hui devenaient les satellites du proconsul , du maître de Rome. Quelques mots pour expliquer comment César avait ainsi pu dominer les vaincus , après avoir poussé la cruauté jusqu'à faire immoler le Vercingétorix lors de son triomphe.

Les Gaulois, même en guerre avec César, admiraient ses vertus militaires pour lesquelles ils avaient une grande vénération ; ils étaient effrayés de ce qu'avait pu le génie d'un seul homme et ils embrassèrent avec ardeur l'espoir qu'on leur fit concevoir de conquérir le monde entier sous un tel chef. D'ail-

leurs il leur avait laissé après la victoire leurs tribus, leurs chefs et leurs biens, appelé les principaux d'entr'eux pour remplir les emplois honorables de son armée , plusieurs mêmes, admis au Sénat avaient quitté leurs brayes pour le latklave; leur religion n'avait souffert aucune atteinte; des villes avaient reçu le droit de cité romaine, la Gaule entière n'avait été imposée qu'à huit millions et encore cette charge avait-elle été déguisée sous le nom d'impôt militaire. Une légion toute entière fut formée dans les Gaules sous le nom d'Alaudes (légion de l'Alouette) , les Belges avaient fourni l'infanterie pesante, en Aquitaine il avait pris la légère et les cavaliers du centre de la Gaule lui furent d'une grande utilité pour opposer aux Numides. A leur téte , il poursuivit Pompée son rival jusqu'en Espagne , le défit à Pharsale , soumit l'Egypte à la belle Cléopatre sans que le moindre mouvement de sédition agita les Gaules. Massalia seule fidèle à Pompée avait appelé une troupe de Montagnards dans ses murs et tenté avec eux de lutter contre la fortune de César. Elle fut vaincue ; mais quoique traitée avec douceur, elle avait perdu sa force par la prise de ses galères et son commerce fut presqu'anéanti par la fondation de Fréjus (Forum Julii.)

César vainqueur n'oublia point ceux qui par leur or et leur sang l'avaient fuit seul maître du monde , il les appela au Sénat et les traita avec douceur. Aussi sa mort futr-elle pleurée au-delà des Alpes. '

Octave , parvenu à l'empire sous le nom d'Auguste , résolut également de s'attacher les Gaules , César les avait domptées, il voulut les énerver. Tout le monde connaît l'infâme moyen qu'avait inventé l'intendant Lin ici us, il ajoutait deux mois à l'année et augmentait d'un sixième les contributions ; on sait aussi qu'accusé de concussion devant Auguste , il se fit pardonner ses exactions en déposant aux pieds de l'Empereur les sommes énormes qu'il avait amassées par cette fraude. Mais ce qu'on ne peut refuser à Auguste , c'est d'avoir administré la Gaule avec tout le talent qu'on pouvait attendre du maître du monde , administration qui ne fit rien moins que changer ce pays en

province romaine , forcer les Gaulois d'oublier leurs triomphes passés , leur esprit militaire et en former des rhéteurs.

La Gaule fut divisée en trois grandes portions : l'Aquitaine au midi et la Belgique au nord. Lugdunum ville toute romaine, dont l'existence ne remontait pas plus haut que César, fut la capitale de toute la Gaule. C'était le siège des gouverneurs , la ville centrale où se frappaient l'or et l'argent. De nouvelles cités établies sous les noms de Juliennes etAugustales et jouissant de grands privilèges eurent bientôt diminué l'importance des vieilles , des dénombremens se firent , Auguste , deux ans après la victoire d'Actium, (A. de R. 726) était venu les prescrire dans une assemblée tenue h Narbonne ; les impots furent doublés , les terres et les hommes y furent soumis. Mais les trois grands moyens dont usa surtout Auguste pour dompter les Gaules, furent la colonisation, les lettres et l'unité de religion. Nous avons parlé du premier moyen, des nouvelles villes établies et dont on augmentait de beaucoup l'importance par des privilèges. Des Romains furent envoyés dans quelquesunes, le midi et le centre furent privés de leurs armes, la Belgique seule en garda , soit qu'on n'osât les lui enlever, soit qu'on craignit en effet le voisinage des Germains. Des routes traversèrent les Alpes , et joignirent par ces chaussées si célèbres la ville capitale aux points les plus éloignés des Gaules. La civilisation italienne déborda de toutes parts , des écoles s'établirent sur différents points, celle d'Autun fut une des plus célèbres, c'est de là que les rhéteurs gaulois se répandirent dans Rome et vinrent y lutter d'éloquence. Auguste résolut aussi de changer la religion et il y réussit en partie , en n'accordant sa faveur qu'à ceux qui renonçaient à la leur, en confondant les dieux Helléniques avec les divinités Gauloises et en portant les peines les plus sévères contre les sacrifices humains. Le druidisme devint la religion du peuple et des mécontents et fut le but avoué de toutes les révoltes qui éclatèrent dans les Gaules sous les successeurs d'Auguste. Sans doute tous ces changemens n'eurent point lieu sans secousses , ni révoltes,

mais elles ne furent que partielles et l'Empereur en vint faciment à bout en s'attachant par des faveurs les chefs des méconcontents, en accordant à des tribus le titre de frères du peuple romain , et en déclarant quelques cités fédérées ou libres. Quoiqu'il en soit (12 av. J.-C.) par flatterie ou par amour, dans une assemblée réunie à Lyon et présidée par Drusus , le culte de Rome et d'Auguste fut décrété. On éleva à grands frais au confluent de la Saône et du Rhône , un monument colossal , sur lequel on grava le nom des soixante cités qui avaient contribué à son érection. Elles étaient représentées par le môme nombre de statues au-dessus desquelles s'élevait celle de la Gaule. Quatre ans plus tard , les Gattes , tribu germaine , venait s'établir dans l'Ile formée par les deux branches du Rhin à son embouchure.

L'administration d'Auguste avait porté de grands fruits pour l'énervement des Gaulois ; en effet ils restent calmes lorsque les légions romaines se révoltent contre Tibère et poussés à bout par les exactions sans nombre de cet empereur , ils ne prennent les armes que pour donner un nouvel exemple de leur faiblesse (20 ans ap. J.-C.) Sous les ordres de J. Florus et J. Sacrovir , la Gaule entière s'émeut mais les deux armées sont taillées en pièces avant d'avoir pu opérer leur jonction et leurs chefs réduits à se donner la mort. Dès-lors , cependant , Tibère , soit qu'il craignit la guerre, soit qu'il abandonnât entièrement le soin de son empire , pour se plonger dans la débauche , traita les Gaules avec douceur. On connaît l'excursion ridicule de G. Caligula ; ce prince afin de se procurer l'argent nécessaire pour subvenir à ses folles dépenses , n'eut pas honte de mettre à mort les habitans les plus riches et de piller les Gaulois sous prétexte de les défendre contre les Germains. De retour à Rome il se fit décerner les honneurs du triomphe. Derrière lui marchaient les prisonniers qu'il avait faits dans ses états , habillés en barbares pour abuser le peuple. Claude , son successeur, natif des Gaules , poursuivit le druidisme avec une grande ardeur et poussa la violence jusqu'à mettre à mort un grand nom-

bre de ses prêtres et de ses partisans. La religion persécutée devint celle de la Bretagne où elle se retira. Cet empereur permit aux habitons de la Gaule-Chevelue d'aspirer aux plus hautes dignités de rÉtatetdc demandera titre de droit l'entrée du Sénat , faveur qui ne s'accordait que rarement et comme une grâce particulière. Quelques patriciens ayant voulu s'y opposer, il prononça un discours qui fut gravé sur des tables d'airain et qu'on plaça dans la ville de Lyon , où il était né , à côté du monument élevé à la mémoire d'Auguste. Cette ville détruite par les flammes (l'an 64) fut en grande partie rebâtie par les libéralités de l'Empereur et bientôt après elle jouit des mêmes avantages qu'elle avait obtenus auparavant. Ce fut cependant au sein des Gaules que se fomenta l'émeute qui devait porter le premier coup à Néron ; mais son but était de délivrer Rome de ce tyran et non de recouvrer l'ancienne liberté. Les gardes prétoriennes commandées par C.-J . Vindex , propréteur de la Gaule Narbonnaise se mirent à la tête du mouvement; on offrit l'Empire à Galba , gouverneur de l'Espagne et âgé de 70 ans , il accepta , et bientôt Néron renversé n'eut d'autres ressources dans sa lâcheté , pour échapper à l'ennemi , que de se faire poignarder par son secrétaire (68.) Cette révolte apprit aux Gaulois que malgré leur défaite ils étaient encore puissans et lorsque l'année suivante le Batave C. Civilis les appela à la liberté , toutes les provinces se rangèrent autour de l'étendard sur lequel on lisait : Empire gaulois. Des succès presque décisifs signalèrent les commencements de la révolte. La fortune de Rome l'emporta cependant ; Civilis perdit ses meilleurs soldats dans des combats peu décisifs ; Petitius Cerialis , général romain rallia à lui une partie des rebelles; leur chef voyant ses troupes réduites traita avec l'empereur Vespasien et vécut paisiblement dans la Gaule. Mais si l'empereur n'avait osé poursuivre le chef de la révolte , il n'en fut pas de môme à l'égard de ceux qui commandaient sous lui et Sabinus pour avoir porté le titre de César fut décapité à Rome sans que l'empereur se laissât toucher par la vie misérable qu'il avait menée pendant dix ans

(70-79.) Ce fut le dernier effort que les Gaulois tentèrent pour recouvrer leur liberté ; maintenant ils sont Romains ; les Druides qui ont joué un si grand rôle dans la révolte de Civilis et appelé le peuple au combat pour détruire la capitale , s'enfuirent de nouveau dans la Bretagne , la plupart même d'entr'eux renoncent à leur religion et en professent une nouvelle. Le territoire de la Gaule est sillonné de toutes parts par les chaussées romaines ; les écoles se rouvrent et les guerriers se mêlent aux légions pour faire et défaire les Empereurs. Les barbares purent seuls , par la violence , séparer ce pays de l'Empire Romain , nous nous hâterons donc d'arriver à cette époque où les tribus Allemandes passent le Rhin et se jettent sur les campagnes fertiles de la Gaule.

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