‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 4 sur 68 · SOUS LES DERNIERS EMPEREURS ROMA1SS · texte numérisé non relu

SOUS LES DERNIERS EMPEREURS ROMA1SS

L'Empire Romain croulait de toutes parts , la pourpre était à qui la payait le plus cher et bientôt le César immolé par ces mêmes légions cédait le trône à d'autres concurrens, promettant plus d'or qu'ils n'en pouvaient donner. La civilisation romaine dont on avait vu les heureux fruits dans les Gaules était arrêtée par ce désir qu'avait chaque général , chaque chef de légion de devenir le maître du monde ; l'unité de l'Empire n'existait plus et on ne trouvait qu'une guerre civile dont le but était pour chaque peuple , pour chaque tribu de conduire son chef à Rome et d'en obtenir le plus de trésors possibles , car dans ce moment l'argent était le seul mobile , je dirai presque le seul dieu de l'Empire. Est-il donc étonnant que dans ces circonstances les barbares aient franchi le Rhin , qui jusque-là les avait resserrés , pour s'emparer d'un pays riche où d'ailleurs ils avaient été appelés déjà plusieurs fois pour se mettre à la solde des prétendans. Au milieu de toutes ces tri-

bus , les trois plus connues et les trois plus puissantes étaient les Francs, les Visigoths et les Bourguignons, qui devaient un jour se retrouver sur le même territoire si envié par eux. Une ligue des Francs , qui sans doute s'associèrent d'autres tribus barbares , mais sur laquelle l'histoire ne nous a laissé aucun détail , s'étant formée vers le milieu du troisième siècle , ces peuples s'empressèrent de passer le Rhin et de se répandre dans les Gaules où commandait alors Aurélien , qui plus tard porta la pourpre impériale , mais qui n'était encore que simple tribun. Si l'on en croit une chanson militaire composée par les soldats romains marchant contre les Perses , les Francs auraient été complètement exterminés , mais dans ce temps de désordre social , on doit surtout se défier de ces flatteries prodiguées aux chefs , dans lesquelles l'adulation exagère les exploits et change souvent les défaites en victoires. C'est ainsi que quelques années plus tard les Francs , ayant fait une nouvelle invasion , sous l'empire de Valérien (256) ou peut-être même des secours étant venus renouveler les forces de ce noyau de Francs dont nous avons parlé tout-à-l'heure , furent si l'on en croit tous les historiens romains, complètement battus par Posthumus et Gallien sur les exploits desquels ils s'étendent longuement. Cependant on peut suivre à la même époque l'itinéraire des Francs , leur marche à travers les Gaules jusqu'en Espagne où pendant un très-long laps de temps, ils portèrent leurs ravages jusqu'à ce qu'enfin le pays étant entièrement ruiné , ils passèrent en Afrique. Cependant le désordre était au comble dans l'Empire , chaque légion défaisait des Empereurs et en nommait d'autres que le Sénat se hâtait de reconnaître, craignant d'irriter une soldatesque avide et habituée au pillage. La Gaule fit alors une nouvelle et dernière tentative pour recouvrer sa liberté , elle leva une armée qui se joignit aux légions mécontentes , mais Aurélien la défit entièrement près de Chàlons (271.)

A la mort d'Aurélien une multitude de Francs se précipitent de nouv eau sur les Gaules et pillent soixante-dix villages avant

qu'on ait songé à les combattre ; Probus marche enfin contre eux , les force à repasser le Rhin (277) , puis changeant de politique , il les rappelle, les prend à sa solde, traverse avec eux tout l'Empire et les abandonne sur les bords du Danube , croyant avoir mis les Gaules à l'abri de toute invasion par une muraille qu'il fait construire dans une longueur de soixante lieues et par l'éloignement des barbares. Mais les Francs s'emparent de quelques galères de l'Empire , portent leurs ravages en Grèce, en Illyrie , jusque même en Italie et viennent redire aux tribus leurs alliées la faiblesse de Rome et la mollesse des Empereurs. C'est alors qu'eut lieu cette terrible révolte des paysans Gaulois qui , fatigués d'être appelés alliés de Rome (fœderati) et d'être également opprimés par ses amis et par les barbares, résolurent de défendre seuls leur territoire. Les Bagaudes , ainsi qu'on les appelait, coururent de toutes parts aux armes , pour leur défense , ils prirent tout , même les socs de leurs charrues et sans étendard , sans cri de guerre , se précipitèrent sur les légions et les firent fuir. Cette révolte n'avait rien de national, ce n'était pas le nom de Rome qui faisait ombrage aux Gaulois; ils ne demandaient point l'indépendance de leur pays, il y avait long-temps qu'ils n'étaient plus habitués à ce nom, ils voulaient simplement que dans les guerres civiles on respectât leurs champs ensemencés, qu'en un mot, on leur permitde vivre. Maximilion fut envoyé contre eux ; son armée souffrit beaucoup de cette guerre de haies etde buissons, mais enfin la discipline fit plus que le nombre et d'ailleurs les paysans qui n'étaient pas habitués à ces marches continuelles, en étaient fatigués, ils firent la paix et Maximilien , leur vainqueur, les quitta bientôt pour aller partager le trône avec Dioclétien (284.) Sept ans plus tard, Dioclétien redevenu seul maître du monde par la mort de Maximilien l'Hercule, partagea ses états en quatre grandes parties, étouffant, par cela même , la puissance des légions, mais détruisant la force de l'Empire, qui consistait dans l'unité du chef, et faisant ainsi quatre grands royaumes , différens l'un de l'autre par le langage , les mœurs et les

usages. Constance Chlore obtint en partage les Gaules (292) qu'il gouverna avec douceur et protégea contre les irruptions des barbares. Constantin, son fils, lui succéda et s'étant attaché les Gaulois en suivant la môme ligne de conduite que son père, il prit en 306 le titre d'Empereur et accompagné des Bretons qui avaient été des premiers à le saluer de ce nom , il triompha de Maximilien dans le midi de la Gaule.

Le christianisme avait fait de grands progrès, et les plus riches cités telles que Lutèce , ville alors sans importance , il est vrai , mais qui ne devait point tarder à en acquérir par le séjour de Julien , Toulouse, Arles, etc., etc., avaient presque toutes embrassé la religion nouvelle. Les discussions religieuses occupèrent entièrement ce règne , Constantin s'était fait chrétien et il avait résolu de protéger avant tout et surtout , les évoques qui partageaient la même croyance que lui. Mais l'esprit de l'homme habitué au polythéisme ne put se soumettre définitivement et des hérésies nombreuses vinrent contrarier le César, qui donnait tous ses soins à effacer ce qui restait tant du paganisme que de l'ancien gouvernement. Il avait môme résolu de changer le siège de l'Empire et il avait choisi pour sa nouvelle capitale, qu'il devait nommer de son nom Constantinopie , un emplacement à peine séparé par un petit bras de mer, de ces Asiatiques mous et efféminés qui acceptaient toujours sans combat le César revôtu de la pourpre impériale. Il s'éloignait ainsi de ces fiers Germains qui passaient si fréquemment le Rhin, toujours prôts à vendre leurs bras à qui leur offrait du butin et le pillage. Mais Constantin n'avait pas réfléchi que la mollesse de l'Orient ferait également accepter tout ce qui pourrait porter atteinte à la religion du Christ , il ne fut pas long-temps à s'en apercevoir, car malgré l'opposition formelle de l'Occident et surtout des Gaules, où il fallut plus d'un siècle pour que l'hérésie pénétrât et prit de la force , malgré le concile de Nicée (325) assemblé par les soins de l'Empereur , le sectaire Arius obtint de nombreux partisans en Orient et jusque dans le palais du César. Constantin en éprouva un tel chagrin qu'il ne tarda

point à succomber (337) , laissant l'Empire à ses trois enfans ; mais Constance a résolu d'en être seul maître et pour combattre ses frères , il appelle à son secours les Allemands , leur fait passer le Rhin et s'avance à leur tête. Constant à qui avaient appartenu les Gaules , ayant été tué par trahison , Magnence , Franc d'origine , se fit proclamer Empereur , et pour se faire craindre , il mit à feu et à sang plus de quarante cités des plus puissantes. Constance obligé de se défendre contre ses propres sujets , contre ces évêques amis de son père et qu'il s'était aliénés en se faisant arien, envoya dans les Gaules, Julien qu'il avait associé à l'Empire (355.) Ce jeune homme, sans expérience, livré avec ardeur dès son enfance à l'étude de la philosophie, sans connaissances stratégiques, ennemi de la religion chrétienne , qu'il accusait de tous les malheurs qui ruinaient l'Empire , trompa tous les généraux dont on l'avait entouré, dans la crainte qu'un rêve ambitieux ne lui fit porter les yeux vers la pourpre impériale. A la vue de tous les maux qui déchirent les Gaules , il se met avec ardeur à l'étude , repousse les barbares de toutes parts et les défait complètement près de Argcntoratum , (Strasbourg) (357.) Puis soudain revenant sur ses pas il tombe à l'improviste sur une troupe de Francs , les attaque violemment, les presse , les harcèle pendant deux mois et enfin a le premier l'honneur de leur faire déposer les armes. Il les envoie à Constance qui les réunit sous ses drapeaux et en forme deux légions. Non content de ces succès et persuadé qu'il faut attaquer l'ennemi sur son propre terrain , il passe le Rhin et dans trois campagnes successives porte l'effroi dans la Germanie ; pendant l'hiver, retiré dans sa chère Lutèce, il méditait de nouveaux projets pour protéger les Gaules , donnait l'ordre de construire des forts, lorsque ses troupes reconnaissantes le nomment Auguste et n'ayant point de diadème, lui ceignent le front d'un collier d'or (360.) 11 hésite, se décide enfin à accepter la pourpre et dirige ses troupes vers Constantinople ; la guerre civile allait éclater de nouveau , lorsque la mort de Constance laisse Julien seul maître de l'Empire ; les barbares en profitent

pour faire de nouvelles irruptions dans les Gaules , sans que le César paraisse vouloir y mettre obstacle ; enfin Yalentinien , Empereur d'Occident après le partage du monde avec son frère Valens , s'associe son fils Gratien à l'Empire (367) et marche contre eux ; il les surprend sur les bords de la Moselle et ses légions n'ont que la peine de les immoler , pendant qu'ils se baignent , teignent leurs cheveux ou se livrent au plaisir de la table. Le principal ministre de Gratien était un Franc nommé Mellobald, qui , sous le titre de comte des domestiques , exerçait une très-grande influence sur les divers actes de l'Empereur ; Gratien , lui-môme , pour être plus près d' Ausone dont il était l'élève , vient fixer sa résidence à Trêves. Peu après Mellobald se brouille avec Gratien et l'immole pour élire à sa place Maxime , qui avait à grand peine , obtenu un soulèvement en sa faveur dans la Bretagne ; dès-lors l'Empire appartient de droit aux barbares , l'Empereur n'a plus qu'un vain nom, les Francs se retrouvent partout, ce sont eux qui occupent les emplois civils et militaires, et Argobast , qui a succédé à Mellobald , fait et défait à son gré les Empereurs. Valentinien II essaie de ressaisir la puissance impériale , il appelle son ministre et fait lire devant lui l'arrêt de sa disgrâce ; mon pouvoir est trop grand, dit le Franc, et il se retire; deux jours après on trouva Yalentinien assassiné dans son lit. Et pendant ce temps Théodose qui doit l'Empire d'Orient à Gratien, n'ose remuer, il craint un rival si puissant, il redoute les barbares qu'il a dans son Empire et qu'il ne peut subjuguer; enfin cependant il prend les armes, et appelle les peuples à marcher sous l'étendard de la croix, et à abattre les idoles que l'Occident veut relever, il arme les Yisigoths et les Vendales et triomphe du fier Argobast , dans les plaines d'Aquilée. Dès-lors il est seul maître et le monde goûte un moment de calme que doit suivre sa ruine entière. A sa mort en effet , l'Empire se divise de nouveau sous ses deux fils , Honorius et Arcadius, et tandis que celui-ci gouverne l'Occident, avec les avis d'Alaric qui est à la fois son conseiller et son maître , Honorius, quoi-

qu'aidé par Stilicon, peut à peine protéger l'Orient, dès-lors l'Empire Romain touche à sa fin et il ne peut se défendre qu'avec le secours des barbares; la religion chrétienne pouvait seule prolonger sa durée, mais des hérésies s'élèvent de toutes parts et chaque secte appelle à son secours une tribu ennemie, comme autrefois les prétendans à l'Empire; la faiblesse de Rome est mise à nu, et son nom cessera bientôt d'exister, jusqu'à ce que le christianisme choisisse cette ville pour capitale du monde chrétien.

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