E LOUIS IX
Les acclamations nombreuses qui retentirent de toutes parts au couronnement de Louis VItï (6 août 1 223) que Philippe- Auguste n'avait pas présenté aux grands vassaux comme avaient fait ses prédécesseurs , les premiers rois Capétiens, montrent les progrès de la royauté. Elle est forte , non-seulement par ses acquisitions, mais encore par sa puissance morale ; c'est au roi qu'en appelle le vassal dépouillé par un plus puissant, et il trouve aide et protection ; les communes connaissent leur force , et elles préfèrent défendre le roi que de se donner pour chefs des seigneurs qui pourraient porter atteinte à leurs privilèges. Le roi d'Angleterre n'avait cependant pas de représentant lors du couronnement de Louis VIII; bien plus, au lieu de rendre hommage pour les quelques terres qu'il possédait encore sur le continent, il redemandait la Normandie et menaçait de porter la guerre jusqu'au rentre du royaume. Louis
avait des troupes prêtes et disciplinées , les épargnes du vieux roi avaient rempli le trésor, il préféra la guerre, et, pour . devancer son rival , il se hâta d'envahir le Poitou et l'Aquitaine. La prise de Niort , de StrJean-d'Angély et de La Rochelle ne laissa guère aux Anglais, dans la Gascogne et même dans tout le Midi , que Bordeaux. Louis eut même pu s'emparer de cette ville avec d'autant plus de facilité que Henri 111 , ayant menacé ses barons de leur retirer la grande Charte , se trouvait privé de leur appui et dans l'impossibilité de rien entreprendre : mais le pape l'ayant sollicité de se mettre à la tête des croisés contre les Albigeois , Louis , poussé par le désir de détruire les grands fiefs du Midi , peut-être aussi par la religion , se hâta de traiter avec l'Angleterre (1224).
Un événement extraordinaire se passait dans le Nord et attirait tous les yeux de l'Europe sur le comté de Flandre qui en était le théâtre. Baudouin, après avoir été couronné Empereur de Gonstantinople , avait disparu dans une guerre contre des voisins rebelles sans qu'on sût quel sort avait été le sien. Déjà un long temps s'était écoulé , lorsqu'un homme de grande taille, la barbe blanche , débarqua en Flandre et réclama son comté à Jeanne qui gouvernait le pays pendant que son mari Ferrand gémissait à Paris dans les fers ; il racontait comment il s'était délivré de la dure captivité dans laquelle on le retenait , il redisait l'histoire de ses premières années , et le peuple , toujours ami du merveilleux , le regardait avec respect et s'étonnait que Jeanne continuât à ne voir en lui qu'un imposteur. Le prétendu Baudouin avait même séduit le roi d'Angleterre qui , voulant peut-être s'en faire un allié contre la France , s'était déclaré hautement en sa faveur. Louis convoqua à Péronne une assemblée de ses nobles et de ses pairs devant laquelle il devait comparaître ; il répondit à toutes les questions qu'on put lui faire sur l'histoire de son temps , excepté à trois qui avaient un rapport tout-à-fait intime avec la vie du comte Baudouin ; le conseil fut un moment dans l'indécision : les uns prétendaient que les lourraens et la captivité avaient pu éga-
rer la mémoire de ce vieillard, les autres, et ils étaient les plus nombreux , le regardaient comme un imposteur. Ce parti prévalut. Louis en eut cependant pitié, et lui permit de se retirer où il voudrait ; mais Jeanne connaissait l'affection que le peuple lui avait vouée , et , dans la crainte qu'une révolte n'éclatât en sa faveur, elle le fit arrêter ; il périt sur un échafaud dressé en face du palais.
Pendant ce temps la guerre ne s'était point ralentie dans le Midi , Raymond VII avait continué le cours de ses victoires et repris Carcassonne ainsi que le pays environnant. Amaury, désespérant de conserver les conquêtes de son père, s'était retiré à la cour de France et avait renouvelé l'offre de céder au roi toutes les terres qu'il possédait dans le Midi. Louis VIII , à l'instigation du cardinal de St.-Ange, légat du pape , accepta sauf quelques réserves ; il ne put néanmoins mettre de suite ses projets à exécution , car la guerre d'Angleterre le forçait de tourner toutes ses forces de ce côté. Raymond pendant ce temps faisait ses efforts pour obtenir le pardon du pape. Il alla môme jusqu'à permettre qu'on établit dans ses États un tribunal d'inquisition et promit de lui prêter main forte. 11 s'engageait de plus à payer vingt mille marcs d'argent pour réparer les torts faits à l'église. Le concile de Montpellier reçut cette soumission, et le pape la ratifia d'abord. Peu après cependant il changea d'opinion et il refusa d'acorder à Raymond le pardon, que ce comte sollicitait, à moins qu'il ne renonçât pour lui et ses héritiers à toutes les terres qu'il possédait (concile de Bourges 1226). C'est alors que le roi promit de prendre le commandement de l'armée des croisés.
Un grand nombre de seigneurs s'associèrent à cette entreprise, et se réunirent à Lyon où le roi ne tarda guère à arriver ; on remarquait parmi les principaux chefs le duc de Bretagne , les comtes de Boulogne , de Clermont, de Dreux , de St.-Pol , de Roucy et de Vendôme , les sires de Montmorency , de Coucy et un grand nombre d'autres aussi remarquables par l'éclat de leur nom que par les exploits qui les avaient déjà il>-
lustrés. Quant à Jacques , roi d'Aragon , il s'était engagé à ne prêter aucun secours aux Albigéois. Enfin la masse des croisés s'ébranla ; elle espérait parcourir victorieusement le pays, mais elle fut arrêtée dès ses premiers pas par la résistance d'Avignon , ville toute méridionale par le cœur, qui, par amour pour Raymond, gémissait depuis douze ans sous le poids de l' excommunication. Cette cité offrit à l'armée Française de passer par ses faubourgs , promettant de ne pas l'inquiéter ; Louis voulut traverser la ville, et sur le refus de ses nabi tans, il en forma le siège (1226). Mais les seigneurs ne voyaient qu'avec peine l'accroissement de force que la royauté allait recevoir de cette guerre ; ils n'avaient osé se soustraire à l'obéissance de la loi du fief craignant , outre le courroux du roi , les peines portées par l'église , mais à peine Avignon eut-elle ouvert ses portes que les principaux feudataires résolurent de retourner chez eux. Thibaut de Champagne se mit à la tête des mécontens ; il dit hautement à Louis que les quarante jours de service étant écoulés il se retirait , et peu soucieux des menaces du roi il partit. Des maladies contagieuses, dont les chaleurs du Midi étaient cause , vinrent bientôt porter le désordre parmi les sujets fidèles ( I) ; le roi lui-même fut saisi par la fièvre , il se retira en toute hâte , mais il n'était déjà plus temps ; arrivé dans les montagnes de l'Auvergne, il mourut à Montpensier dans la force de l'âge (8 novembre 1226). Après avoir rêvé l'empire de Charlcmagne , et repoussé les Anglais , après s'être attaché la Flandre et avoir battu les méridionaux , il laissait son royaume à la merci d'un enfant pour lequel il pouvait craindre avec raison les jalousies des seigneurs sous la régence d'une femme étrangère à qui l'on donnait pour amant le chef même des mécontens.
Le premier soin de Blanche et le premier acte de sa régence
(1). L'archevêque de Rheims, Philippe de Courtenai comte de Namur, et le sire de Marly forent les premiers atteints.
fut de s'entourer de ministres capables de protéger la royauté sans l'affaiblir. C'est ainsi que le connétable Mathieu de Montmorency, qui s'était couvert de gloire sous les deux règnes précédents , reçut la direction des affaires militaires et le commandement général des armées , que Guérin , déjà chancelier sous Louis VIII , garda les sceaux , et que Romain , cardinal de St-Ange fut admis à gouverner avec ces deux hommes et sous la surveillance immédiate de Blanche. Philippe Hurepel f grossier) comte de Boulogne aurait pu faire valoir des droits à la régence , mais il n'osa en agir ainsi de suite , car il craignait qu'on ne délivrât son beau-père qui gémissait dans la môme prison que le comte de Flandre; Blanche acheva de le gagner en lui acccordant des déférences ainsi qu'une importance apparente qui suffisaient à son amour-propre. Les embarras ne manquaient d'ailleurs pas à la régente ; lors du sacre du roi , un grand nombre de seigneurs avaient refusé d'y assister à moins qu'on n'ouvrît leurs cachots aux prisonniers de Bouvines. Quant à Thibaut, comte de Champagne , il s'était mis à la tête d'une nombreuse escorte , mais, on ne sait trop pourquoi , les portes de Rheims lui furent fermées et il se vit forcé de se retirer. Cet affront le jeta dans une ligue formidable qui se formait en ce moment pour enlever la régence à Blanche. Parmi les révoltés on voyait les Lusignan , les Thouars , Savary de Mauléon , en un mot presque tous les seigneurs Aquitains désireux de retourner à l'Angleterre , les sires de Poitou , Pierre comte de Bretagne , que son ambition avait fait surnommer Mauclerc , c'est-à-dire mauvais clerc, etc. Les États de ce seigneur placés entre la France et l'Angleterre lui permettaient de recevoir des secours étrangers , n'importe quel parti il embrassât ; mais le plus redoutable des conjurés eut été sans contredit Thibaut de Champagne , si un amour insensé dont la reine se servit avec une sagesse peut-être mêlée de coquetterie , ne l'eut absorbé tout entier ; nul ne maniait la langue d'amour aussi adroitement, et les vers qu'il avait composés en l'honneur de la régente étaient
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si nombreux qu'ils avaient suffi pour tapisser les murailles de son vaste palais. Cependant Blanche eut un moment d'inquiétude ; trop fière pour céder aux grands seigneurs et leur accorder les demandes qu'ils dictaient avec l'orgueil de la force , elle prit son fils et se mit avec lui à la tête de ses troupes , après avoir relâché Ferrand ; elle espérait que de retour dans ses États, ce comte serait irrité de la conduite que l'on disait avoir été tenue par sa femme, et qu'il ne prendrait aucune part à cette guerre. Les conjurés avaient fortifié les châteaux de Beuvron en Normandie et deBellesme dans le Perche; Blanche se dirigea contre l'armée des seigneurs , et elle se préparait à l'attaquer, lorsqu'elle reçut un secours inattendu ; c'était Thibaut , qui , à la tête de trois cents chevaliers , venait rendre hommage au roi , espérant de la reine un doux regard d'amour pour récompense de sa défection. Les seigneurs, à cette nouvelle et à l'approche des troupes royales, résolurent de faire la paix; ils allèrent trouver Blanche à Vendôme et se soumirent aux conditions qu'elle leur dicta ; ils auraient voulu y comprendre le roi d'Angleterre, mais elle s'y opposa, se réservant de traiter séparément avec lui (16 mars 1227).
Cette paix ne pouvait être de longue durée, Blanche le savait bien ; aussi mit-elle tous ses soins à s'attacher le peuple par un gouvernement plein de douceur; elle y réussit, car les seigneurs n'osant avoir de nouveau recours aux armes , et excités par le comte Philippe que la mort de son beau-père Renaud délivrait de toute inquiétude , résolurent d'enlever le roi dans un voyage que lui et sa mère devaient faire d'Orléans à Paris. Heureusement pour la royauté , le comte Thibaut faisait partie de cette conspiration ; il en avertit la reine, qui en toute hâte se jeta dans la tour de Montlhéry. A peine le peuple des villes eut- il appris le danger qui avait menacé son roi qu'il accourut en foule. Il était si nombreux qu'il fit haie depuis la tour jusqu'à la sainte chapelle , monument bâti sous Philippe- Auguste et où Louis alla rendre grâce d'avoir ainsi échappé aux révoltés.
Pendant ce temps le pape et le cardinal Saint-Ange ne cessaient d'engager la reine à terminer la guerre dans le Midi par la conversion des Albigéois ; quoique Blanche se vit forcée de donner tous ses soins aux révoltes des grands seigneurs , elle fournit des secours à Imbert de Beaujeu qui avait le commandement des croisés. Ce chef était brave et prudent , et il força Raymond à demander la paix. Des conférences s'ouvrirent près de Toulouse , elles furent peu après transportées à Meaux. Raymond, fatigué de cette guerre si longue et si cruelle, se soumit à ce qu'on voulut exiger de lui. Il vint à Paris , demanda à rentrer dans le sein de l'église, fit amende honorable, pieds nus, la corde au cou et la torche à la main , au Parvis - Notre-Dame , fut battu de verges par le Légat et enfin admis à la sainte communion. On lui avait auparavant fait promettre d'abandonner tous ses biens à sa fille unique , Jeanne , enfant de huit ans, qui devait être remise à Blanche pour devenir l'épouse de son troisième fils Alphonse. Dans le cas où ce mariage ne produirait aucun enfant , la principauté de Toulouse devait être réunie à la couronne de France ; la ville d'Aviguon et son territoire étaient donnés au saint-siège pour l'honneur de la religion ; le comte Raymond s'engageait à poursuivre à outrance les hérétiques appelés Albigéois. Cependant quand on vit ce vieillard qui avait si vaillamment lutté pendant toute sa vie contre la mauvaise fortune , quand on le vit privé de tout , on en eut pitié , et on lui rendit la jouissance de l'Agénois , du Rouergue et de la moitié du diocèse de Toulouse , à la condition de laisser établir l'inquisition dans ces provinces (1228).
Ce traité , qui ôtait à la révolte un de ses chefs les plus puissans , n'empêcha point les seigneurs de persister dans leur rébellion ; cette fois ils ne prirent plus la peine de cacher leurs desseins ambitieux , et déclarant la famille de Gapet déchue du trône, ils choisirent pour roi un des leurs, et lui jurèrent fidélité. C'était un seigneur de la Picardie qui avait fait graver sur sa tour haute de 1 72 pieds cette fière devise :
Je ne suis roi , ne duc, prince, ne comte aussi Je suis le sire de Coussy.
Le nouvel élu parcourut , la couronne en tète , les Étaff des principaux révoltés ; ceux-ci irrités de la conduite que Thibaut avait tenue jusqu'à ce jour, se jetèrent sur la Champagne et firent le siège des principales villes de cette province. Thibaut n'était pas brave, il préférait composer virelets etcançons que de manier la lance et l'épée, mais les milices de ses cités soutinrent l'assaut , et la reine envoya des troupes à son fidèle chevalier. Elle ne voulait pas laisser triompher la révolte , cependant elle désirait l'anaiblissement de ce puissant vassal. Les seigneurs de leur coté étaient fatigués de tous ces combats, dont ils commençaient à ne plus rien espérer , mais ils avaient juré de protéger Alix, jeune princesse qu'ils avaient prise pour servir leurs projets ambitieux et qui aurait eu des droits sur le comté de Champagne , si sa naissance n'avait été soupçonnée d'illégitimité (1). Blanche fit les conditions , Alix renonçait à ses prétentions , moyennant une pension de deux mille livres , et le double de cette somme une fois payé. Le comte troubadour n'avait point d'argent, le roi lui en fournit , mais il garda les comtés de Chartres , de Blois et de Sancerre qui firent partie du domaine de la couronne ; quant aux seigneurs , la plupart obtinrent la paix moyennant la cession de quelques villes ou la perte de quelques privilèges ; les autres allèrent trouver Pierre Mauclercqui, refusant d'accepter aucune condition, venait d'appeler à son secours le roi d'Angleterre. Thibaut séduit par la douce voix de la reine promit de prendre la croix.
Libre de ce côté , Blanche tourna ses regards vers la Bretagne, et peu inquiète de la descente d'Henri III, roi d'Angleterre, elle poussa le siège de Bellesme , place importante et qui était la barrière du comté de Mauclerc. Le jeune Louis commandait
(1) Alix était fille d'Henri comte de Champagne, qui avait accompagné Philippe-Auguste à la croisade.
le siège , on le voyait toujours au premier rang, malgré les rigueurs de l'hiver , causant avec le vieux de Montmorency et s'instruisant dans la science militaire. La ville fut emportée (1 229) et sa prise entraîna tout le Perche qui prit parti pour le roi. Mauclerc, comptant sur l'appui de l'Angleterre , et sur une révolte des grands vassaux, avait publié un manifeste dans lequel il se plaignait de la conduite que le roi avait tenue à son égard et lui déniait l'hommage. Heureusement pour la France, Henri IU laissa écouler tout l'été sans songer à profiter des discordes de ce pays, et non seulement il ne passa point la mer, mais il ne permit même pas à ses troupes d'attaquer la Normandie. Blanche , après avoir calmé les révoltes des grands vassaux, assembla tous les seigneurs qui lui étaient fidèles, et fit déclarer par eux Mauclerc traître et félon; ses états furent confisqués et lui-même condamné à mort. Ce n'était là qu'un arrêt illusoire , qui aurait fait rire toute la France quelques siècles plus têt , mais les temps étaient changés , et Blanche le mit à exécution en portant le ravage jusqu'au centre de la Bretagne. Cette campagne n'eut cependant point d'évènemens décisifs , il répugnait aux seigneurs de se battre contre un des leurs , avec lequel ils s'étaient trouvés alliés peu de temps auparavant, et à peine le service de quarante jours fût-il terminé qu'ils retournèrent chez eux. Henri IH eut pu profiter de ce moment , mais après avoir fait montre d'un grand luxe et donné des fêtes somptueuses , ennuyé des reproches que lui adressait le duc de Bretagne , il résolut de retourner dans ses états , après avoir conclu avec la France une trêve de trois ans , dans laquelle Mauclerc , le brouillon de cette époque , fut compris , grâce aux instances du comte de Dreux , son frère , qui était resté fidèle (juin 1231). A l'expiration de cette trêve, Mauclerc vint la corde au cou , en chemise , se présenter à Louis, et renoncer à toute alliance avec l'étranger ; à ces conditions il obtint la paix , mais on lui fit jurer d'aller en Palestine délivrer les saints lieux.
Pendant les querelles des grands seigneurs et de la royauté,
lorsque Blanche et son fils étaient obligés de se mettre à la tète des troupes fidèles pour s'opposer à leurs ennemis, une querelle, qui en tout autre temps eut passé inaperçue , vint agiter la France. L'Université de Paris, où des hommes venaient de toutes les parties de l'Europe s'instruire sous le modeste titre d'écoliers ou d'étudians, et s'initier aux secrets de la théologie et de la philosophie, avait des privilèges concédés par les rois et qu'on n'avait jamais osé enfreindre. Une querelle s'étant élevée entre les bourgeois et les écoliers, des rixes surgirent et le sang fut répandu. Blanche chargea le prévôt de punir les coupables, et celui-ci , peu soucieux des privilèges des écoliers, les attaqua à son tour et en tua plusieurs ; aussitôt l'Université s'émut, demanda justice, et, sur le refus de leur accorder satisfaction, ses professeurs quittèrent Paris ; quelques-uns allèrent à Orléans et à Angers, mais la plupart passèrent en Angleterre où ils furent reçus à bras ouverts. C'est de là qu'ils lancèrent ces libelles infâmes, que quelques auteurs de nos jours ont pris pour guides et dans lesquels ils reprochaient à la régente 4 ° des amours défendus et illicites avec le cardinal de St. -Ange , 2° son ambition qui lui faisait plonger son fils dans la débauche, pour garder plus long-temps le pouvoir ; cette dernière calomnie prit une telle force que les prêtres eux-mêmes s'en émurent et qu'un d'entr'eux osa en parler à la reine. J'aimerais mieux, dit-elle , voir mon (Us mort que coupable d'un péché mortel. Et pour prouver le peu de fondement de ces bruits , elle maria le roi avec Marguerite fille aînée de Raymond Béranger, comte de Provence ; elle pénétrait ainsi dans le Midi et y détruisait à jamais, par ce moyen, la puissance des grands vassaux ; (1 234) elle fit aussi reconnaître Louis IX comme roi , abdiquant son titre de régente que la majorité de son fils venait de lui enlever de fait (4235.) Elle avait auparavant terminé la querelle avec l'Université, en remplaçant les professeurs par les frères prêcheurs et mineurs, en changeant d'accord avec Grégoire IX le plan de cette institution , et en accordant aux écoliers de nouveaux privilèges.