‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 5 sur 68 · JUSQU'A CLOVIS · texte numérisé non relu

JUSQU'A CLOVIS

Le dernier jour de Tan 406, une bande indisciplinée de barbares , se connaissant à peine de nom , passa le Rhin et fondit sur la Gaule; c'étaient des Goths, des Gépides, des Vandales, des Hérules,desSuèves, des Bourguignons, etc.; les Francs Ripuaires s'opposèrent à leur marche , soit par fidélité à l'Empereur, soit dans le but de garder pour eux un si riche pillage, mais ils furent battus et dans la crainte d'être entièrement écrasés, se hâtèrent délivrer le passage. La Gaule était sans défense, les légions Romaines avaient repassé les Alpes , l'année précédente , pour secourir le faible Honorius que Badagaise à la tête d'une innombrable armée de Suèves, tenait étroitement resserré dans Asti. L'Empereur, occupé entièrement de sa conservation , paraît avoir abandonné la Gaule que met à feu et à sang cette foule d'étrangers. Alors ce pays reprend courage, à la vue du péril , les laboureurs recourent aux armes, pour leur propre défense, et les cités de l'Armorique forment cette espèce de république, si

connue dans l'histoire, sous le nom de ligue Armoricaine ; Constantin appelle à lui les Gaulois et se met à leur tôte pour les délivrer de leurs ennemis , aussi bien que de leurs maîtres. Quant aux Bourguignons, ils s'étaient faits les esclaves des Romains; à eux les tra\aux de forgerons et de charpentiers, et long-temps même après que Rome eut perdu sa puissance , après que le Franc les eut domptés, ils respectèrent les Romains, leur donnant le nom de pères et d'oncles, et les entourant de soins ; pour récompense de cette tranquillité passive, ils recurent dès l'abord le titre de frères et d'alliés de Rome.

Honorius, jaloux de la puissance de Constantin, confie une armée au Goth Sarus pour marcher contre les Gaulois ; pour lutter avec avantage, ces peuples traitent avec les barbares, leur font quelques concessions et lorsque les Romains l'attaquent, leur déroute est complète et les Bagaudes n'ont que la peine d'en détruire les restes (409.) Honorius se hâta d'envoyer au vainqueur la pourpre impériale et de le déclarer Auguste , à cette condition Constantin promit de le regarder comme son allié et son auxiliaire. Mais la bonne intelligence ne devait point durer long-temps entr'eux ; lors du second siège de Rome par Alaric et lorsque ce prince Visigoth eut nommé César le faible A t ta le , Constantin sans doute désireux de posséder Rome , passe les Alpes malgré la défense d'Honorius qui venait de traiter avec Alaric et s'avance à travers l'Italie; il est suivi par les légions Romaines, mais bientôt trahi par les siens, contraint de se retirer dans Arles , il y est assiégé , pris , envoyé à l'Empereur et assassiné sur la route. Jovin voulant le venger, se met à la tête de la révolte et recherche l'appui des barbares; les Visigoths lui donnent aide et secours, tout en un mot se réunit pour assurer son triomphe, lorsque Ataulphe séduit par les promesses de Rome et ayant fait la paix avec elle , poursuit Jovin jusque dans Valence et l'envoie captif à l'Empereur qui lui fait trancher la tête ; Ataulphe réclame l'or et le blé promis à sa victoire ,' mais l'Empereur viole les traités jurés et la guerre est déclarée ; elle finit par la prise de Narbonne dont les Visi-

goths s'emparèrent en 41 3 et par le mariage d'Ataulphe avec Placidie , sœur de l'Empereur.

Le rêve d'Ataulphe avait été de changer l'Empire Romain en Empire Goth, mais lorsqu'il en vit l'impossibilité , il résolut de le protéger et de le défendre aussi long-temps qu'il le pourrait. Dès-lors les rhéteurs , les poètes abondèrent à sa cour, la cérémonie de son mariage fut toute romaine, les chants se tirent en langue latine et ses principaux chefs furent revêtus de robes. L'éloignement de ses troupes , pouvait seul retarder une chute imminente ; il se mit à leur tête, passa les Pyrénées et alla combattre les diverses nations qui depuis plus de dix ans se partageaient les dépouilles de ce riche pays.

La Gaule était donc divisée en trois grandes parties ; le midi appartenait aux Visigoths , la partie orientale aux Bourguignons et le nord était partagé en petites tribus parmi lesquelles une surtout allait en grandissant , c'était celle des Francs. Elle était déjà assez puissante en 428 pour résister au vaillant général Romain , Aetius, qui fut battu par elle près de Cambrai, le nom de son chef élait Clodion (1 ) . Il eut pour successeur Mérovée (2) qui s'illustra à jamais dans les plaines de Ghâlons.

Attila , à la tête d'une troupe innombrable de Huns , avait passé le Rhin et ravagé une grande partie de la Gaule , la terreur de ses armes était si grande que les guerres particulières avaient cessé et que les projets d'agrandissement avaient été ajournés. A la vue de Metz, une des plus puissantes villes de ce temps , ruinée de fond en comble , des plus riches cités détruites entièrement , des cadavres tellement nombreux que les bêtes féroces marchaient en troupe à la suite decettearmée, les Parisiens furent dans l'effroi; mais une jeune bergère, nommée Geneviève, vint vers eux et leur promit qu'il ne leur arriverait

(1) Klodio ou Chlodio selon Augustin Thierry qui a rectiGé l'orthographe des noms de nos premiers rois , rectification que nous mettrons presque toujours en note ainsi que la traduction ; Klodio signifie célèbre.

(2) Mcrowigu, éminent guerrier.

aucun mal. Ils eurent foi dans ses paroles et avec raison , car bientôt Attila se détourna et s'avança en toute hâte vers Orléans dont il avait résolu la perte. St.-Agnan était alors évéque de cette ville , il ordonna des processions , des prières publiques, afin d'apaiser la colère céleste. Tandis que les Huns jouissaient par avance d'une victoire certaine , soudain on apprit l'arrivée d'Aetius, à la téte des légions Romaines ; Attila résolut d'attirer son ennemi dans une vaste plaine , afin de pouvoir plus facilement l'écraser; ce fut près de Chàlons (350) qu'eut lieu ce choc violent , Attila fut vaincu et rejeté au-delà du Rhin ; peu après Aetius mourut , et Mérovée put étendre ses conquêtes dans les Gaules septentrionales; la bravoure qu'il montra dans la guerre contre Attila, ses nombreuses victoires, lui firent donner pour père un être surnaturel, qui aurait surpris la femme de Chlodion pendant qu'elle se baignait. Cependant rien ne prouve que Mérovée soit le fils de Clodion, et les savants ont longuement disserté sur cette question , sans pouvoir y répondre. Il mourut en 458 laissant pour lui succéder son fils Childéric (1) , dont on connaît l'histoire romanesque. Exilé à cause de sa mauvaise conduite, contraint de fuir en Thuringe chez Bazin, il laisse dans ses États, un serviteur dévoué, nommé Wiomade. Celui-ci pour dégoûter promptement les Francs de tout autre chef que de son maître, les exhorte à se soumettre à un certain Aegidius, gaulois d'origine , dont la dureté fit bientôt soulever la nation entière ; sur ces entrefaites, Childéric prévenu revint et peu de temps après fut reconnu roi par tout le peuple. On connaît aussi ses amours avec Bazine , la femme du roi de Thuringe , qui le suivit en Gaule et lui adressa ces fières paroles : J'ai quitté mon mari , parce que je t'ai connu plus brave que lui , je te quitterais aussi si j'en trouvais un plus brave que toi. Clovis, le fils de la Thuringienne , fut le successeur de Childéric (484.)

(1) Kilde righ, fort ou brave au combat.

Page 1