JUSQU'AU TBAITÉ D'ABRIS
Henri n'en continua pas moins la guerre avec violence ; arrivé aux portes de Paris , il fit son entrée aux acclamations unanimes de la multitude. Les Etats généraux, assemblés dans cette ville , n'osèrent discuter ses droits et lui confirmèrent un pouvoir donné par la vengeance. Le parlement alla plus loin : le dauphin , reconnu coupable du meurtre du duc de Bourgogne , fut condamné au bannissement et déclaré inhabile à succéder à aucune seigneurie (3 janvier 1424.) Alors sans s'endormir dans son triomphe , Henri se remit à la tête de son armée , et battit près de Mons en Vimeu quelques troupes Dauphinoises ; il continua ensuite sa marche pour opérer sa jonction avec le duc d'Orléans et écraser le reste de l'armée du dauphin. La mort l'arrêta au milieu de sa gloire (31 août 1422); son corps, déposé d'abord à Saint-Denis, fut conduit
en grande pompe en Angleterre pendant que son collègue Charles VI , entouré de quelques serviteurs fidèles , terminait , à l'âge de cinquante-quatre ans dans l'hôtel St-Paul , sa triste vie, le 19 octobre de la môme année.
Tandis qu'en grande pompe , dans les caveaux de St-Denis, on saluait le jeune Henri du titre de roi de France et d'Angleterre , à peine quelques serviteurs fidèles proclamaient , sans bruit et sans éclat , dans le château d'Kspally en Auvergne , Charles, le prince légitime. Cependant la fortune semblait vouloir le protéger : la victoire de Baugé avait relevé le courage des nobles ; l'épée de connétable , donnée à Richemont , avait excité l'ardeur belliqueuse des chevaliers Bretons, et quelques Picards môme avaient suivi cet exemple. Mais ce n'était point uu prince actif que le nouveau roi ; il aimait à oublier les soucis des affaires dans les bras de la beauté ou dans l'ivresse des plaisirs. Les Ecossais venaient heureusement de passer la mer et de lui offrir le secours de leur bravoure, et Charles préférait se confier à des étrangers avides qu'à des nobles dont il se défiait. Tout le Midi était pour lui , moins cependant par amour pour la maison de Valois que par haine des gens du Nord , et à peine restait^il au rot de Bourges , ainsi que l'appelaient ses ennemis , quelques places fortes derrière lesquelles il pût tenir encore. Pour comble de malheur , des rivalités sanglantes vinrent diviser sa cour. D'un autre côté , les Anglais ne tardèrent pas à venger la défaite de Baugé , d'abord à Crèvent en 1 424 , puis à Verneuil , où les troupes Ecossaises furent presque anéanties. Les Anglais étaient maîtres en effet de tout le Nord de la France , et tandis que Charles était réduit , pour soutenir son armée, à se faire donner des subsides par quelques nobles réunis à Bourges en assemblée, les ennemis faisaient venir de leur pays ou levaient dans les riches états du duc de Bourgogne les troupes dont ils avaient besoin. D'ailleurs la France avait trop souffert , et les esprits étaient encore trop aigris , pour qu'on s'aperçût de la honte du joug étranger , et , dans le sein des villes mômes , on prenait encore parti pour la bande blanche
ou la croix de St-André. Sur ces entrefaites une conspiration s'ourdit à Paris pour livrer cette cité aux Armagnacs ; mais les projets des conjurés furent découverts et des supplices nombreux réprimèrent les révoltes. La discorde dans le même temps agitait les serviteurs de Charles ; Richemont et le comte de Foix gouverneur du Languedoc s'étaient voués une haine violente qu'ils ne prenaient plus la peine de dissimuler. Le connétable profita d'un moment de faveur pour mettre à mort le sire de Giac et le Camus de Beaulieu (\ 427) qui étaient sincèrement attachés à son rival ; mais il avait contre lui presque tous les seigneurs de la cour, et il fut obligé de s'éloigner. Tanneguy partagea sa disgrâce. Cependant on remarqua quelques changements dans la manière de faire la guerre ; on fut moins cruel , car les deux partis sentaient la nécessité de ménager le pauvre peuple et espéraient ainsi se l'attacher.
La discorde ne tarda pas à éclater également dans le parti le plus fort ; Jacqueline , comtesse de Hainaut , de Hollande et de Frise , ayant quitté le duc de Brabant son mari , on ne sait trop pourquoi , si ce n'est pour être plus libre de suivre ses penchans débauchés , alla en Angleterre , et épousa le duc de Glocester, régent de ce pays. Une guerre ne tarda pas à se déclarer entre ses deux maris. L'un avait pour lui les armées Anglaises; l'autre était le parent et l'allié de Philippe-le-Bon. Glocester passa la mer et vint , l'épée à la main , revendiquer la dot de sa femme ; il adressa même un défi au duc de Bourgogne , et il ne fallut rien moins que l'autorité du duc de Bedfort pour mettre fin à cette rivalité (1 424). Le pape intervint, et il défendit à Glocester d'épouser Jacqueline de Hainaut , même après la mort de son mari. Le duc de Brabant ne survécut pas long-temps à ses chagrins , et le régent d'Angleterre , déjà fatigué de ses amours, se soumit à la décision du pape. Il n'en prit pas moins les armes pour revendiquer une partie de la dot de Jacqueline, mais Philippe avait eu la précaution de se faire reconnaître par cette princesse pour son successeur et, après sa mort arrivée en 1 428 , il se mit de suite en possession de ses états.
Leduc de Bedfort avait été vivement chagriné de ces mésintelligences ; il savait combien il lui importait de ménager le duc de Bourgogne , et voyait avec peine ce puissant prince se retirer à l'écart. Voulant de suite frapper un grand coup , il fit avancer ses troupes devant Orléans et en fit le siège. C'était la place la plus importante qui tint encore pour Charles VII ; aussi ses serviteurs résolurent-ils de tout employer pour l'empêcher de tomber aux mains des Anglais. Quant à Charles, renfermé dans la petite ville de Chinon , il perdait un temps précieux en fêtes et en plaisirs, et chantait son amour pour la belle Agnès Sorel. Cette jeune fille, dit la tradition, résolut de ranimer l'ardeur belliqueuse de son royal amant, et un jour qu'un magicien lui avait prédit en présence de Charles qu'elle serait reine de France : je vais trouver Henri , dit-elle , puisque c'est lui qui maintenant possède votre royaume sans que vous songiez à l'inquiéter. Vrai ou faux , ce discours hardi produisit peu d'effet , car on ne voit nulle part que Charles se soit en rien inquiété de la puissance Anglaise.
La bravoure du célèbre Dunois , bâtard du feu duc d'Orléans , avait quelque peu relevé le courage de la noblesse Française ; sa victoire de Monta rgis (4 426) avait eu du retentissement , et l'avait fait redouter des vainqueurs. Il fut moins heureux au combat de Gen ville où le comte de Clermont , la Fayette, la Hire et les plus illustres chevaliers s'étaient donné rendez- vous pour arrêter et surprendre un convoi de farine et de poisson que le duc de Bedford envoyait aux troupes occupées au siège d'Orléans, et qui n'était protégé que par une escorte de quinze cents hommes. D'abord l'artillerie Française fit merveilles et causa de grands ravages dans les rangs ennemis; mais les jeunes seigneurs, ennuyés de ce rôle inactif, neutralisèrent les effets du canon, en se jetant, l'épée à la main, au plus fort de la mêlée. L'attaque s'exécuta avec confusion ; elle fut facilement repoussée; un grand nombre de ces étourdis chevaliers mordit la poussière et une nouvelle défaite porta le découragement parmi les sujets fidèles (M février 1429.) Les
Orléanais attendaient avec impatience l'issue de ce combat , car c'était pour eux une question de délivrance : réduits à la dernière extrémité ils résolurent d'ouvrir des propositions de paix ; ils voulaient remettre leur ville au duc de Bourgogne qui la tiendrait comme neutre, jusqu'au retour du duc d'Orléans , alors prisonnier en Angleterre ; mais Bedfort répondit insolemment qu'il n'avait pas battu les buissons pour qu'un autre eût les oiseaux , et les conférences furent rompues : ce chef espérait du reste que bientôt la ville serait obligée de se rendre à discrétion.
Charles n'avait plus d'autres ressources que de se retirer dans le Midi , et d'attendre des jours meilleurs : son armée était presque détruite , ses places forcées, le clergé s'était donné à l'ennemi , il ne lui restait plus aucun espoir. Mais le peuple tenait encore pour le roi ; que lui importaient en effet les noms de Bourguignons ou d'Armagnacs , si , après tout , il était soumis au joug étranger ; le peuple , disons-nous , restait encore, et ce fut de son sein que sortit la libératrice de la France. Quelques mots sur cette héroïne.
Née à Domremy , d'une famille d'honnêtes cultivateurs , Jeanne d'Arc se fit de bonne heure distinguer par une solide piété qui l'empêchait même de se livrer aux jeux de son âge , ainsi lorsque ses jeunes compagnes tressaient , sous l'arbre des fées , des guirlandes de fleurs pour s'en parer , la jeune bergère formait des couronnes qu'elle déposait sur l'autel de la Vierge. Dès l'âge de cinq ans , elle entendit des voix venues d'en haut qui l'avertirent que Dieu avait sur elle des desseins, et ces apparitions se multiplièrent lors qu'elle avança en âge. Le village où elle demeurait , quoique placé sur les limites des états du duc de Bourgogne , était entièrement dévoué aux Armagnacs ; aussi des rixes fréquentes ensanglantaient son territoire; mais ces discordes ne faisaient qu'animer Jeanne à devenir la libératrice de la France. N'osant faire part de ses projets à ses parents, elle choisit pour confident un de ses oncles, et en obtint d'être conduite vers le sire de Beaumanoir, gou-
verneur de la province. D'abord rebutée par ce guerrier , qui ne croyait pas que des secours venus d'aussi bas pussent sauver le royaume, traitée de songe-creux par les chefs de son parti , elle insista avec tant de force qu'elle obtint d'être envoyée vers le gentil dauphin; c'était ainsi qu'elle appelait Charles VII. Une escorte lui fut donnée ; c'est tout ce que voulut faire pour elle Beaumanoir. L'air noble de Jeanne imposait au point que, dans un siècle si licencieux , nul n'osa lui manquer d'égards. Si la jeune bergère de Domremy avait eu de la peine à convaincre le sire de Beaumanoir , elle éprouva bien d'autres difficultés lorsqu'à la cour elle demanda des hommes pour faire lever le siège d'Orléans. Elle triompha cependant de la pusillanimité de Charles , du découragement des guerriers , et de toutes les épreuves auxquelles on la soumit. Déclarée inspirée de Dieu et de la Vierge , ce qui lui valut dès-lors le nom de Jeanne la Pucelle , elle obtint des troupes , se fit donner l'épée de Fierbois qu'elle dépeignit d'avance et dont elle désigna la place ; alors déployant son étendard , elle commença le cours de cette vie si glorieuse et si extraordinaire.
Il était temps que ce secours arrivât , car Orléans était réduit à la dernière extrémité , et s'attendait chaque jour à subir les conditions du vainqueur. Grand fut l'étonnement des assiégés, lorsqu'ils apprirent qu'un convoi , conduit par une jeune fille de seize ans , entrerait bientôt dans leurs murs. Plus grande encore fut leur surprise, lorsqu'ils virent Jeanne d'Arc traverser les rangs Anglais sans être attaquée et tenir de point en point les promesses qui leur avaient été faites. Les assiégés reçurent ce renfort comme une grâce surnaturelle, et Jeanne ranima bientôt leur ardeur. En trois jours seulement , les forts occupés par les Anglais furent repris , et bientôt eux -mêmes , battus sur tous les points , n'eurent d'autres ressources que de lever le siège d'Orléans , après avoir perdu sept mois devant cette place. De retour près du roi , la Pucelle lui rendit compte de ses victoires et l'engagea à aller se faire sacrer à Rheims. Ce projet paraissait téméraire dans des circonstances où le moin-
dre échec suffisait pour ruiner la royauté : on parlait d'attaquer la Normandie, et le duc d'Alençon, qui eût profité de cette expédition, l'appuyait de toutes ses forces. Jeanne parvint à faire résoudre le sacre du roi. La première place qui arrêta la marche de l'armée royale fut celle de Jargeau où s'était renfermé le brave Suffolck et où il avait juré de s'ensevelir ; mais que ne peut la valeur Française excitée par une puissance qu'elle croit surnaturelle ? Jeanne , toujours au premier rang , s'approcha des murs de la ville et y appliqua son échelle ; une pierre la renversa , et un long cri de joie , poussé par les assiégés, apprit cette triste nouvelle aux Français et les glaça d'épouvante : c'était la seconde blessure que recevait leur héroïne , car son sang avait déjà rougi les murs d'Orléans ; mais Jeanne se releva : à moi mes amis , dit-elle , les Anglais sont à nous : elle pénétra en effet dans la ville , y fixa son étendard , et bientôt les principaux chefs devinrent ses prisonniers. Talbot tenait la campagne avec l'élite des troupes Anglaises, et son armée venait encore d'être grossie d'un nombreux secours que lui avait envoyé Bedford. Les Français, quoiqu'ayant opéré , grâce à Jeanne d'Arc, leur réunion avec le connétable , étaient inférieurs en nombre, et d'ailleurs leurs précédentes défaites leur inspiraient une défiance telle qu'ils n'osaient plus se mesurer en rase campagne avec leurs adversaires. Jeanne d'Arc triompha de toutes les répugnances, commanda l'attaque , et bientôt la victoire de Patay, où Talbot luimême futfait prisonnier , augmenta sa réputation et jeta l'effroi dans les rangs ennemis. En vain Troyes voulut fermer ses portes ; la Pucelle parut devant ses murs , et Charles y fit avec elle une entrée triomphante. Rheims chassa la garnison Bourguignonne et s'empressa de recevoir son souverain avec toute la pompe possible. Enfin le gentil dauphin fut sacré, M juillet \ 429 , et à ses côtés la jeune héroïne , tenant son étendard blanc semé de fleurs de lys avec cette devise : Jésus, Marie , priait pour la gloire de la France et le bonheur du roi. Après la cérémonie, elle se jeta aux genoux de Charles et le conjura , les
larmes aux yeux , de lui permettre de retourner garder les troupeaux de ses parents. Ce n'était pas là le compte des grands seigneurs ; ils voulurent exploiter à leur profit l'enthousiasme qu'avait produit Jeanne d'Arc dans les rangs des soldats : on lui refusa sa demande. La pauvre jeune fille pleura ; sa confiance n'était pas moins grande qu'auparavant , mais elle se sentait inquiète et irrésolue. Bientôt l'épée de Fierbois se brisa entre ses mains , un jour qu'elle en châtiait des soldats et des filles publiques ; ses voix se turent; en un mot tout lui annonçait que sa mission glorieuse était terminée.
Traînée presque de force au siège de Paris , elle continua cependant de se signaler par sa bravoure, et conduisit les soldats au plus fort de la mêlée , où les chevaliers envieux de sa gloire l'eussent laissée périr. Ce fut encore pour elle un bien vif chagrin de voir la jalousie des grands la poursuivre. En vain pour la consoler le roi donnait des lettres de noblesse à sa famille , changeait le nom de d'Arc en celui de Lys , rien n'y faisait ; elle prévoyait avec raison sa fin prochaine. S'étant en effet jetée dans Compiègne assiégé , elle fut prise dans une sortie , et le gouverneur eut la lâcheté de ne rien tenter pour la délivrer (1430.)
Aigris encore par de nouveaux revers , les Anglais jurèrent de tirer une éclatante vengeance de celle qu'ils regardaient comme la cause de tous leurs malheurs ; en vain Jeanne allégua son innocence , sa pudeur, sa virginité ; un tribunal inique se forma, et on trouva des prêtres assez vils pour vendre leurs consciences. Accusée tour-à-tour de sortilèges, de prostitution , que sais-je ? de tous les forfaits dont on n'oserait charger une personne infâme , Jeanne n'opposa que ses larmes et ses prières. Ses juges eux - mômes furent émus ; ils tremblaient de répandre le sang d'une vierge , et l'infortunée Jeanne fut condamnée à une détention perpétuelle. Mais pour Bedford, ce supplice est trop doux ; tant que vivra cette héroïne , il craindra son bras même enchaîné , et le tribunal s'assembfa de nouveau. Les vêtements de femme furent enlevés à Jeanne ; les
geôliers qui commirent celle soustraction n'eurent point honte de venir témoigner qu'ils l'avaient vue couverte d'habillements d'hommes , et ces juges qui , peutr-ètre , avaient conseillé ce moyen pour la faire paraître de nouveau à leur barre , eurent la lâcheté de condamner cette infortunée à périr dans les flammes. Ils espéraient, sans doute , effrayer la pauvre fille de seize ans; mais Jeanne avait vu trop souvent la mort pour la craindre; elle versa en effet quelques larmes de regret pour cet heureux temps de sa vie où , simple bergère , elle tressait des guirlandes de fleurs pour l'autel ; à la vue des flammes , elle les sécha promptement et mourut sans crainte , en prononçant les doux noms de Jésus et de Marie. En vain les conseillers^ de Henri écrivirent à toutes les cours pour flétrir la vertu de l'héroïne de Domremy ; le blâme fit justice de cet inique jugement , et il n'y eut qu'en Franœ où , plus tard , la poésie osa souiller cette vie si pure.
Cette conduite cruelle nuisit beaucoup aux intérêts de l'Angleterre r en vain Bedford , voulant à toute force exciter le zèle des Bourguignons , céda son titre de régent à Philippe-le-Bon ; le coup était porté ; l'esprit de nationalité commençait à se faire sentir , et on pouvait présager une paix prochaine. C'est sur ces entrefaites que l'on couronna à Paris le jeune roi de France et d'Angleterre. Ce prince fit son entrée aux acclamations d'une populace soudoyée, et donna ensuite un repas sur la fameuse table de marbre. Malgré tout, le peuple se détachait de plus en plus de l'alliance Anglaise ; il se plaignait de l'isoment dans lequel on laissait la reine-mère , car il ne voulait pas voir en elle la cause de tous ses maux. De plus il avait comparé le peu d'ordre de cette fôte où les conseillers et les membres du parlement s'étaient trouvés assis pêle-mêle avec des petits bourgeois , voire même avec des ouvriers , il l'avait , dis-je , comparé à ces grandes solennités des Valois et ne s'était pas caché pour faire entendre des murmures ; mais déjà le jeune roi avait repassé le détroit, et il ne rev intplusen France.
Hors de Paris, les affaires des Anglais ne prospéraient pas
davantage ; Charles avait enfin secoué cette molle vie de Chinon , et, le casque en tête , la lance au poing , il reprenait pas ii pas son héritage, frappait aux portes des villes et les forçait lorsqu'on lui en refusait l'entrée. L'échec que ses troupes avaient éprouvé à Bullegneville (4 juillet 4431) n'avait eu aucune suite fâcheuse , tandis que le duc Philippe ruinait ses états et s'épuisait en efforts superflus. Ce prince comprit enfin que son titre de régent lui était plus onéreux que glorieux et , sans consulter personne, il conclut une trêve de deux ans avec Charles, en même temps qu'il faisait ouvrir à Auxerre des conférences pour la paix générale. C'était ce que craignait Bedford ; aussi eut-il soin de faire valoir de hautes prétentions ; il ne demandait rien moins que l'exécution du traité signé à Troyes, c'est-à-dire la déchéance de Charles. L'assemblée, comme on peut le croire, fut bientôt dissoute ; le duc de Bourgogne eut cependant assez de crédit pour faire décider que les ambassadeurs se réuniraient de nouveau à Arras.
Enfin ce célèbre congrès s'ouvrit en \ 435 ; jamais on n avait vu si noble et si illustre assemblée ; l'Europe entière y avait envoyé des représentai : le concile , le pape y avaient député leurs légats , et les victoires de Lahire et de Xaintrailles contribuaient à la pacification générale. Les ambassadeurs Anglais arrivèrent enfin ; fidèles à leur rôle d'opposition , ils montrèrent des prétentions plus élevées que jamais et les Français ayant refusé de s'y soumettre , ils partirent espérant faire encore dissoudre cette assemblée. Il n'en fut rien ; d'ailleurs la mort du duc de Bedford avait brisé le dernier lien qui attachait le duc Philippe aux Anglais ; il se fit relever de ses serraens et dicta de dures conditions que le malheur des temps fit accepter presque comme une grâce. Le roi déclara que le duc Jean avait été méchamment mis à mort , et que son âge seul l'avait empêché de venger ce meurtre : le lendemain un service solennel fut célébré dans la riche abbaye de St-Vaast où avaient eu lieu les conférences ; les ambassadeurs de France y assistèrent et s'humilièrent devant le duc Philippe jusqu'à
ce qu'il eût pardonné la mort de son père ; il se fit de plus affranchir de tout hommage et réclama les comtés d'Auxerre et de MAcon qui lui furent cédés , ainsi que plusieurs villes sur la Somme , mais celles-ci pouvaient être rachetées comme elles le furent en effet. A ces conditions , le duc de Bourgogne promit de joindre ses armées à celles du roi de France et de l'aider à chasser les Anglais du continent.