‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 51 sur 68 · COMMENCEMENT DES GUERRES D'ITALIE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DES GUERRES D'ITALIE

La position de Marie , unique héritière de Bourgogne , était critique ; ses finances en mauvais état , ses armées détruites par trois défaites consécutives la livraient sans défense à l'ambitieux Louis XL Aussitôt qu'il eût appris cette nouvelle , et il la sut vite par l'organisation des postes , dont il était l'inventeur, le roi envoya trois armées en Bourgogne et dans l'Artois. De plus, Olivier-le-Daim ou le Diable partit pour Gand avec la mission d'y fomenter des troubles. Le comté de Boulogne , s'étant donné au roi , fut mis sous la suzeraineté de la Vierge, pour que ce pays ne pût être réuni à l'Artois , et un parlement fut créé à Dijon ; Louis espérait ainsi s'attacher ces provinces. Cependant il y avait encore bien des hésitations ; les états répondaient à tout ce qu'on pouvait leur dire , que la Bourgogne n'était pas un fief masculin, puisque ce n'était que par les fem-

mes que ce pays était venu à la France, que d'ailleurs il y avait encore de plus proches héritiers que le roi. Il fallut cependant céder à la force. Louis XI avait envoyé des armées sur toutes les frontières ; à la tête de celle qu'il avait dirigée contre la Picardie et l'Artois , il obtint de rapides succès ; Arras , Cambrai et Tournai lui assurèrent la possession de la Somme, de l'Artois, de la Flandre et du Hainaut : on était las de cette domination Bourguignonne qui , sans égard pour les privilèges des villes , imposait continuellement de nouvelles taxes. Les cités Flamandes ne voulaient pas non plus se donner à la France, ni à l'Allemagne, car elles craignaient de perdre leurs franchises. Ce qu'elles voulaient c'était rester indépendantes sous un chef de leur choix ; elles demandèrent d'abord le prince de Clèves , jeune homme maladif et voluptueux qui n'avait rien pour plaire à Marie élevée dans l'opulence de la cour la plus fastueuse de cette époque. Mais les Etats revenaient difficilement sur leurs décisions ; sous le prétexte d'une lettre écrite au roi Louis XI et contraire à leurs intérêts, ils s'emparèrent des deux conseillers Hugonet et Imbercourt , les traînèrent devant leur tribunal et les condamnèrent à mort. En vain Marie , couverte de vêtemens de deuil, s'échappa de son palais et implora leur grâce ; quelques bourgeois prirent son parti , mais les autres plus nombreux forcèrent le bourreau d'exécuter la sentence , et Marie rentra dans son palais plus morte que vive , après avoir vu tomber les têtes de ses deux fidèles serviteurs.

C'est sur ces entrefaites qu'arriva Olivier paré du nom de comte de Meulan ; il réclamait au nom de son souverain une audience particulière de la duchesse, ayant à lui parler, disaitil, de choses qu'elle seule pouvait entendre. On ne voulut voir dans cet homme que le barbier Olivier, et toute la cour se prit à s'en moquer. Les armées du roi n'en avançaient pas moins , et s'emparaient chaque jour de nouvelles places; il fallut prendre un parti , et les Etats imposèrent pour époux à l'infortunée Marie, le duc de Gueldre, jeune homme qui était encore détenu dans les prisons de son père, pour avoir levé sur lui une main

parricide. Heureusement pour Marie, il fut tué des la première rencontre avec les Français , et elle accepta avec empressement l'alliance de Maximilien , fils de l'empereur, qui venait de se mettre sur les rangs pour obtenir sa main. Le mariage fut célébré à Gand \ 470 , et Louis qui craignait de s'attirer toutes les forces de l'empire, du moins dans ce moment, demanda une trêve qui fut conclue.

En France, le roi poursuivait son œuvre : Nemours, convaincu d'avoir pris part aux complots du comte de St-Pol , fut condamné à mourir sur l'échafaud, et ses enfans placés dessous furent couverts de son sang. Les seigneurs voyaient bien que leur temps était passé, et tous fuyaient dans leurs terres, le plus loin qu'ils pouvaient de la puissance royale. Réné reçut de nouveau l'Anjou , mais à la condition que cette province , au lieu de passer à sa fille , deviendrait le partage de son neveu , et , que dans le cas où il n'aurait pas d'enfants , comme on pouvait le prévoir , il y aurait retour à la couronne. Tranquille à l'intérieur, Louis XI consolidait aussi sa puissance par des alliances extérieures ; un traité fut signé avec l'Angleterre par lequel les deux rois se promettaient protection mutuelle envers et contre tous. Louis XI attendit dès-lors que Maximilien rompit la trêve.

Le prince Allemand voyait avec peine que l'héritage de sa femme eut été ravagé ; il convoitait l'Artois dont le roi s'était emparé à la mort de Charles-le-Téméraire et qu'il ne paraissait pas disposé à rendre. Maximilien n'avait d'autres moyens que d'employer la voie des armes ; aussi déclara-t-il la trêve rompue. Mais grâce à la valeur et à l'adresse de Ghaumont d'Amboise , Louis XI s'empara promptement de la Franche-Comté ; ce chef ramena ensuite son armée contre les forces Allemandes; pendant tout un jour on combattit à Guinegatte , et la victoire resta indécise. Ce fut cependant le seul événement de cette guerre qui dura trois ans, si l'on en excepte la prise de 80 vaisseaux Flamands et Hollandais , qui furent conduits dans les ports de Normandie. La mort de Marie de Bourgogne (U82) mit

naturellement fin à cette guerre ; par le traité d'Arras , il fut convenu que l'on unirait la fille de Maximilien au dauphin , et que toutes les places qui appartenaient alors aux Français, formeraient la dot de cette princesse.

Maintenant Louis XI pouvait jouir de son œuvre ; du Nord au Midi il n'était si puissant seigneur qui osât lever la tête , et partout la justice était rendue au nom du roi. Retiré derrière les murs épais de Plessis-lez-Tours , environné d'une garde étrangère, tant il savait être haï de ses sujets, il n'en déploya pas moins une activité extraordinaire ; il se faisait rendre compte des moindres affaires, et à mesure qu'il sentait ses forces diminuer, il voulait tromperies autres par des négociations de plus en plus embrouillées. Sa grande crainte était qu'on ne sût sa santé affaiblie, et lui qui n'avait jamais aimé le luxe, dépensait maintenant des sommes énormes en achats de chevaux et de vêtemens somptueux. A genoux devant les médecins, leur demandant en grâce de prolonger sa vie de quelques jours , cet homme bizarre n'ayant de confiance en personne, pas même aux saints qu'il avait si souvent trompés (\ ), n'en sentait pas moins sa mort prochaine. Alors il s'entoura de nouvelles reliques , se fit oindre du Saint-Chrême dont on osait à peine verser une goutte sur le front royal à la cérémonie du sacre : mais tout était inutile , et ses forces l'abandonnaient chaque jour. Il voulait à tout prix un miracle : on lui parla de François de Paule , de ce religieux célèbre par ses vertus et si simple qu'il avait refusé les plus beaux présens. Le roi eut un moment d'espoir ; le pape se plia à cette folie de vieillard , et par deux brefs il ordonna au saint homme d'aller assister le royal mourant. Pour être vrai , nous devons cependant dire que les médecins ayant averti Louis qu'il n'avait plus que peu de temps à

(1) Louis XI portait ordinairement un chapeau couvert de petites images de plomb représentant les saints en qui il avait le plus de confiance, et il ne commençait jamais aucune entreprise sans avoir promis de riches dons en présence de ces figures ; nous devons ajouter qu'il n'exécutait pas toujours fidèlement sa parole.

vivre ,*il reprit toute sa lucidité , et se mit à parler d'affaires comme aux beaux jours de son activité. La régence fut confiée à sa fille chérie Anne de Beaujeu et à son mari. Louis s'entretint long-temps avec eux et leur donna d'utiles conseils sur la manière dont ils se devaient conduire. Il fit venir son fils et lui recommanda les gens de sa cour surtout ceux de bas étage, puis ayant appelé le saint reb'gieux que le pape lui avait envoyé, il rendit l'esprit entre ses bras le 30 août 1 483.

<c Quels furent les résultats politiques de ce règne ? dit M. de » Lacretelle (1 ) dans un contraste qu'il établit entre ce roi et » Louis IX. Il porta les coups de hache les plus fermes et les » plus retentissans au système féodal, et par là délivra la » France d'un régime cruel et brutal ; mais à la cruauté se » joignit l'ingratitude, puisque la noblesse venait de délivrer la » France du joug étranger. Louis XI abattit l'arbre de la féo- » dalité , parce qu'il avait peur d'en être écrasé. C'est un bû- » cheron qui porte la cognée dans un chêne pour profiter de » ses dépouilles , mais non pas pour fertiliser le terrrain qui » est stérile sous son ombrage. Il inventa la poste, mais comme » un nouveau moyen de despotisme. Il tenta de réunir dans » un code unique les mille réseaux des coutumes qui enlaçaient » la France dans des replis de chicane et d'interprétation ; » mais c'était pour tenir dans une de ses mains toute la justice » du royaume et Dieu sait comme il l'administrait. Il fit périr o plus de quatre mille personnes sur l'échafaud. »

Ce jugement sévère est cependant celui qu'ont porté les contemporains et que la postérité a ratifié. Ce règne sera toujours en effet une des sombres pages de nos annales et cependant peu de rois firent autant pour la France : la Bourgogne , l'Anjou, le Maine, le Barrois, la Provence, les villes de la Somme , l'Artois en grande partie , le Roussillon , la Cerdagne , le comté de Boulogne réunis à la France sont les utiles résultats desapolitique.

(1) Dictionnaire de la Conversation, tom. 95, pag. 453.

Charles VIII , successeur de Louis XI , était entré dans sa quatorzième année et , dans quelques mois , allait obtenir sa majorité. Mais c'était un enfant faible et débile , que son père avait laissé vivre dans une profonde retraite, sans prendre soin de lui faire donner l'instruction qu'on était en droit d'exiger d'un fils de France. Le vieux roi n'avait fait ni testament , ni aucun acte authentique qui indiquât que son intention était de conférer la régence à Anne de Beaujeu. Cependant cette princesse s'était emparé du pouvoir et paraissait ne vouloir le partager avec personne ; on put alors prévoir que cette régence , malgré le peu de durée qu'elle devait avoir, serait troublée par les guerres civiles.

Louis XI , en effet , n'avait tellement abaissé la féodalité qu'elle ne relevât la tête pendant la minorité d'un enfant chétif et ignorant. Elle avait encore pour elle de grands noms : le duc de Bourbon, quoique frère de Madame de Beaujeu , régente du royaume , avait été trop aigri pour ne point prendre part à la révolte. Bientôt une ligue se forma; on comptait parmi ses chefs le duc d'Orléans , à qui Louis XI avait en vain fait prêter le serment de ne se mêler en rien aux affaires de l'état, Dunois, le plus brave des chevaliers de France , le duc de Bretagne dont les vastes états avaient été si souvent enviés par le feu roi , et Maximilien lui-même qui n'avait été qu'à regret dépouillé de l'Artois : quoiqu'il fût étranger, on ne voulut voir en lui que le successeur du duc de Bourgogne , et il fut déclaré chef de cette ligue. Anne eut peur ; sans doute elle avait bien compris toute la politique machiavélique de son père , mais ce n'était qu'une femme , et il était bien permis de trembler a l'approche d'un si grand orage. Pour s'attacher le peuple, elle lui remit une partie des impôts et licencia six mille Suisses qui lui étaient dévoués , mais dont les bourgeois avaient sans cesse à se plaindre. Les cages de fer et les cachots s'ouvrirent et les prisonniers du règne précédent furent surpris de voir finir leurs tourments. De gré ou de force, Anne convoqua à Tours les États généraux , et déclara s'en remettre à leur décision au sujet

de la régence. D'ici là un conseil choisi parmi les princes devait l'aider à gouverner ; pour se les attacher , elle les combla de faveurs sans prendre garde que c'était leur donner plus de force. Le duc de Bourbon reçut l'épée de connétable, le duc d'Orléans obtint les gouvernemens de l'Ile de France et de la Champagne. Puis , pour que la réaction contre le règne précédent parût bien prouvée aux yeux de tous , elle choisit trois des ministres , que Louis XI avait pris dans les rangs les plus infimes , et les abandonna à la colère du peuple. Olivier-le- Daim, accusé d'avoir trompé une femme qui avait payé de son déshonneur la vie de son mari , fut pendu aux acclamations de la populace ; Doyac fut traité en vilain pour avoir manqué de respect à son suzerain, fut poursuivi de rues en rues, battu de verges et enfin eut l'oreille coupée par le bourreau. Quant à Coictier , le médecin du feu roi , on se contenta de lui faire rendre l'argent que Louis XI lui avait donné avant sa mort ; il put ensuite se retirer sans être inquiété.

Enfin le 1 5 janvier 1 484, les États s'ouvrirent à Tours, et les deux cent quarante-six députés, qui les composaient , procédèrent aussitôt aux réformes demandées : sous le prétexte d'arriver plus aisément à ce but, ils se partagèrent en six sections représentant chacune un pays où les trois ordres étaient confondus. D'abord ce furent des récriminations sans fin contre le règne précédent : le clergé demandait qu'une prompte ordonnance rétablit la pragmatique sanction qui du reste n'avait jamais cessé de fait : le tiers État voulait la diminution delà taxe , l'abolition de la gabelle, le licenciement des troupes étrangères. Puis les États exigeaient le renvoi des ministres , la restitution des biens confisqués , le rétablissement des prérogatives , en un mot la destruction de l'œuvre accomplie par Louis XI. Anne de Beaujcu, fine et adroite comme son père, dirigeait les États sans y paraître. Elle eut soin de faire rejeter ces demandes sous le prétexte que l'on devait d'abord songer «ila régence. Les princes, effrayés de quelques tendances républicaines qui avaient été manifestées dans rassemblée , (car on

ne parlait de rien moins que de nommer douze conseillers pour gouverner le royaume) prétendirent que les États ne devaient pas procéder ainsi , et que la régence appartenait de droit aux princes du sang. A quoi Philippe Pot, seigneur de Laroche, conseiller du feu duc de Bourgogne , répondit par un très -beau discours où l'on trouve déjà des tendances vers cette liberté qui fit accueillir le protestantisme. Enfin il fut décidé que la garde du roi appartiendrait à M. de Beaujeu ; qu'il n'y aurait pas de régent, mais qu'un conseil serait formé des anciens ministres auxquels on adjoindrait quelques notables; que le roi serait appelé à le présider le plus souvent possible , et qu'en son absence le duc d'Orléans le remplacerait ; dans le cas où ce prince ne pourrait y assister , il serait remplacé par le duc de Bourbon, ou le sire de Beaujeu.Le roi seul avait le droit de signer les ordonnances. Par ce moyen Anne de Beaujeu gardait son pouvoir en ayant soin de tenir éloignés de Paris les ducs d'Orléans et de Bourbon. Les États rédigèrent ensuite leurs cahiers de réforme. Le clergé réclamait à grands cris la pragmatique sanction ,1a noblesse voulait être remise dans ses prérogatives, et le tiers État demandait la diminution des impôts. De plus, on décida d une voix unanime que les votes appartenaient à l'assemblée réunie, et qu'on ne permettrait la levée d'aucune taxe qu'après avoir vu les rôles des impositions. Cette condition était dure ; il fallait néanmoins la subir ; on en créa de faux. Mais les États, ayant découvert la perfidie , voulurent aussitôt remédier au mal. Anne de Beaujeu n'avait plus besoin d'eux ; elle eût voulu au contraire s'en débarrasser à tout prix ; elle fit tant qu'elle amena la division parmi eux, entrava la marche de leurs discussions et les États se séparèrent après avoir prouvé à la France leur faiblesse et la force qu'avait prise le gouvernement du roi. Avant leur séparation ils accordèrent 1,500,000 livres, savoir : 1 ,200,000 payables pendant deux ans, et pas davantage ; 300,000 livres une fois payés à titre de don , pour subvenir aux frais du sacre du roi.

Le duc d'Orléans , d'abord content de la puissance que lui

avaient faite les États généraux de Tours , ne tarda guères à s'apercevoir que c'était un leurre auquel il s'était laissé prendre, et que la véritable régente était toujours Mmc de Beaujeu. Aussitôt il reforma la ligue des seigneurs mécontens et se pré^para à la guerre civile ; mais cette fois Anne était sûre d'avoir pour elle le peuple. Ce fut lui qu'elle opposa à la féodalité. Les Gantois étaient révoltés ; elle les encouragea dans leur rébellion et leur envoya des secours en hommes et en argent. La Bretagne aussi était divisée; les seigneurs du pays s'étaient soulevés contre le favori du duc , et n'attendaient que le départ du prince d'Orléans , qui avait cherché un asile à cette cour , pour mettre à exécution leurs projets. Anne promit également de les appuyer , comptant ainsi opérer une diversion. Et en effet le duc était à peine revenu en France commencer cette guerre, que ses résultats firent nommer la Folle, que le favori, malgré la protection de son maître , avait été publiquement mis à mort. Quant à Maximilien il s'empara de Lens et de Thérouanne ; mais son armée, composée en grande partie de Suisses , s'était laissé séduire par les offres du roi de France. Le duc d'Orléans fut le plus malheureux ; poursuivi par les troupes royales , il se vit contraint de recevoir garnison dans toutes les villes de son apanage et d'exiler son conseiller intime , le redoutable Dunois (4 485.) A l'extérieur, Henri , de la maison de Lancastre , fut soutenu par la France dans sa lutte contre Richard III , qui , par ses meurtres nombreux , s'était aliéné le cœur de ses sujets ; il triompha et Charles VIII eut sur le trône d'Angleterre un allié reconnaissant.

Personne ne s'était laissé prendre aux traités signés après la guerre folle , car les conditions en étaient trop rigoureuses pour être fidèlement exécutées. Par l'entremise de Dunois il se forma une troisième ligue que l'or de l'étranger devait consolider. Les ducs de Bretagne, de Bourbon et d'Orléans, en un mot tous les seigneurs puissans y prenaient part , et Anne se vit en peu de temps entourée d'un cercle d'ennemis redoutables. Le parti des mécontens se grossit encore de Lescun , gouverneur de

la Guyenne, et il disposa ainsi de tout le midi. Mais les armées royales étaient fortes et puissantes , et d'ailleurs le peuple murmurait de se voir toujours la victime des guerres civiles. Dans le Nord et dès le commencement de la campagne , des Querdes pénétra dans l'Artois, s'empara de St-Omer et de Thérouanne, tandis que par ses intrigues il faisait révolter les villes les plus fortes et empêchait ainsi Maximilien de quitter ses états; une autre armée s'opposa à l'envahissement des Bretons, tandis qu'une troisième, conduite par le roi en personne et la régente, alla porter le ravage dans les plaines du Midi. Cependant cette campagno n'avait amené aucun résultat décisif , et les deux partis avaient conservé toutes leurs forces ; il n'en fut pas de môme de la suivante (1487.) Après s'être emparé d'Ancenis, Fougères et Chateaubriand , La Trémoille, à la tête des troupes royales , se mit à la poursuite des coalisés , et les deux armées en vinrent aux mains près de St-Aubin. Ce fut la ruine des princes ; près de dix mille hommes tués ou faits prisonniers , le duc d'Orléans captif , assurèrent la tranquillité de la régente. Anne de Beaujeu fut cruelle dans sa victoire ; son beau-frère fut traîné de cachots en cachots, et le duc de Bretagne n'obtint la paix qu'à de rudes conditions. Il promettait de rendre hommage et de jurer fidélité à Charles Vin, ne pouvait marier aucune de ses filles sans son consentement , recevoir dans ses états aucun étranger ou ennemi du roi; pour garants de sa parole les états de Bretagne s'engagèrent par serment ; et de plus cinq de ses principales villes devaient recevoir garnison jusqu'à l'entière exécution de cet accord (Traité de Sablé 4 488.) La mort du duc François II vint changer l'état des affaires en faisant tomber ses états sur la tête d'Anne de Bretagne ; cette princesse était alors âgée de quatorze ans.

Dès- lors chacun pensa à se rendre maître de ce vaste duché, le seul grand fief qui existât encore ; l'état de détresse, dans lequel se trouvait la belle Anne de Bretagne , excitait toutes les ambitions ; les principaux seigneurs de ce pays briguaient sa main et appuyaient leurs prétentions d'une troupe de vassaux.

Maximilicn se mettait également sur les rangs et faisait valoir la promesse de Dunois ; mais sa force était dans l'appui de l'empereur qui avait fait craindre son intervention. Henri VU de son côté soutenait Alain d'Albret. Un seul point réunissait ces divers concurrens : c'était une haine commune contre la France et le désir d'abaisser sa puissance alors la plus redoutable de l'Europe. Le roi d'Angleterre lui-même, quoique lui étant attaché par reconnaissance , avait été forcé par ses sujets de se déclarer contre elle ; Madame , ainsi qu'on appelait la régente, ne se laissa pas effrayer et continua ses succès en Bretagne. Enfin l'héritière Anne , obsédée de toutes parts et craignant même pour sa personne, fit choix de Maximilien et l'épousa par procureur (1490.) Cette union ne changea rien aux résolutions déjà prises : les armées royales n'en pénétrèrent pas moins dans le duché, et les places les plus fortes furent assiégées. De plus , d'Albret et Dunois , voyant qu'il n'y avait plus rien à espérer pour eux, songèrent à traiter avec la France. D'ailleurs le roi Charles VIII était devenu homme , et sa sœur avait le bon esprit de se retirer derrière lui ; il avait délivré dernièrement le duc d'Orléans et fait sa paix avec lui. Alain d'Albret racheta les bonnes grâces de son souverain en livrant la puissante ville de Nantes , qu'il avait occupée pendant ces troubles ; Dunois promit son entremise pour faciliter le mariage du roi avec l'héritière de Bretagne.

Quant à la belle duchesse Anne, elle se voyait réduite presque à la seule ville de Rennes, et son union avec le roi des Romains n'empêchait pas les obsessions de ceux qui voulaient la voir devenir reine de France ; long-temps elle résista, elle se regardait comme engagée, et il ne fallut rien moins pour la décider que l'approche des troupes Françaises. Trois armées en effet envahirent ce pays ; l'une ferma le chemin d'Angleterre où Anne voulait chercher un refuge ; quant aux deux autres, elles poursuivaient activement la conquête de cette province. Anne, se voyant abandonnée de son mari , ouvrit les portes de Rennes où le roi la fiança sur-le-champ; il l'épousa peu après à Langeais

cnTouraine. Aux termes du contrat, elle abandonnait ses droits sur la Bretagne , et cette province ne pouvait être distraite de la couronne. Dans le cas où Charles mourrait jeune, Anne devait épouser son successeur, ou, s'il était marié , le plus proche héritier de la couronne (décembre 4491.)

Maxi milieu , furieux qu'on lui enlevât sa fiancée et qu'on lui renvoyât sa tille , entra aussitôt en campagne. Il échoua devant Amiens , mais s'empara par surprise d'Arras où Louis XI, par des cruautés sans nombre , avait fait haïr le nom de Français. De plus Henri VU venait de passer la mer , mais il ne put s'emparer de Boulogne ; cette attaque n'avait donc rien qui pût effrayer Charles VIII ; mais ce prince frivole et léger rêvait une expédition en Italie ainsi que la conquête du royaume de Naples sur lequel il prétendait avoir des droits à cause de Réné d'Anjou ; il prodigua donc l'or , amassé avec tant de peines par son père et sa soeur, pour se débarrasser au plus vite de ses ennemis. Moyennant 745,000 écus d'or payables en quinze ans, Henri VII, par le traité d'Etaples, (novembre 4 492) , promettait de retirer ses troupes ; Maximilien se contenta de la cession de l'Artois et de la Franche-Comté (mai 4493) ; Ferdinand d'Aragon, à qui on venait de rendre la Cerdagne et le Roussi lion , au mois de janvier de la même année, s'engageait à ne contracter d'alliances ni avec l'Angleterre ni avec l'Allemagne. Charles , débarrassé de ces ennemis , songea au plus têt à pénétrer en Italie.

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