‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 53 sur 68 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

DES SCIENCES , DES LETTRES ET DES ARTS , JUSQU'AU RÈGNE DE FRANÇOIS I".

L'histoire des sciences, des lettres et des arts peut se diviser en quatre parties bien distinctes ; la première comprend tout le moyen-âge et s'étend jusqu'au règne de François Ier , période d'étude et de travail où se forme la langue Française , où s'ébauchent les grandes choses des siècles suivants , où se créent aussi des chefs-d'œuvre inimitables , où s'élèvent les monumens les plus remarquables de l'histoire archéologique. La seconde comprend tout le seizième siècle, nouvelle période d'étude, retour vers les siècles antérieurs, débordement de l'influence Italienne. La troisième est plus connue sous le nom de siècle de Louis XIV, âge d'une perfection marquée aux deux extrémités par Corneille et Voltaire ; enfin la dernière période est une époque de décadence où , comme sous François 4 il y a retour vers les anciens, imitation du moyen-âge en architecture, étude des trouvères et des poètes anciens, époque qui n'a encore rien produit , mais qui indique une fermentation d'esprit dont il

doit nécessairement sortir de grandes choses, époque glorieuse pour les sciences où chaque année marque un progrès et recule les limites de l'ignorance humaine.

Et pour commencer aux premiers siècles de notre histoire , les Druides nous ont laissé peu de choses; des traditions incertaines qu'on doit chercher dans les chants du moyen-âge ; on sait à peine leur religion, et cependant grande était Vidée qu'ils concevaient de leur divinité ; rarement en effet ils élevaient des temples ; un immense bois sacré , des pierres énormes qu'on retrouve en maints endroits , pierres qui ont bravé les efforts de dix-huit siècles et qui sont encore un objet de craintes pour les paysans, tels sont les restes de la religion des Druides et de leurs sanglants sacrifices. Ici deux pierres perpendiculaires supportent une énorme pierre plate (Dolmen) ; là un grand nombre de pierres droites (Menhirs) sont fichées en terre et disposées circulairement autour d'un autre Menhir plus élevé (Cromlech.)

L'époque de la conquête Romaine est plus riche ; des écoles se formèrent à Autun , Marseille , Lyon , Toulouse , Arles et Vienne. Ces établissemens ayant été détruits dans les guerres religieuses qui dévastèrent les Gaules pendant cette période, Constance Chlore les rétablit , et entr'autres l'école d'Autun qu'on avait surnommée l'Athènes des Gaules ; des professeurs furent envoyés à grands frais d'Italie et parmi eux Eumène, né à Autun , attaché à l'empereur comme maître de la mémoire sacrée, brilla par sa profonde érudition. Mais l'empire Romain, pour nous servir de l'expression d'un historien moderne, croula comme un immense colosse aux pieds d'argile ; les barbares envahirent les Gaules, portèrent le pillage au milieu des cités et dévastèrent les écoles qui en faisaient la gloire. Cet état de ruine et do dissolution dura quelque temps ; enfin le clergé comprit que c'était à lui qu'était réservée la gloire de réédifier ce qui avait déjà existé , mais que le malheur des temps avait détruit , et aux écoles municipales et impériales succédèrent celles épiscopales et de cathédrales ; les plus importantes furent

cellesde Paris, Poitiers, Luxeuil, St-Vandrille, St-Bertin, Arles, Arras, Gap, etc. On y enseignait la théologie ; la grammaire et le latin classique n'étaient étudiés que par un petit nombre et on regardait cette langue comme étrangère. Grégoire de Tours qui a écrit en latin, Grégoire le meilleur auteur et le plus exact historien de ces siècles reculés, s'accuse de ne pas bien connaître toutes les règles de la grammaire. On apprenait encore plusieurs langues, car Gontran se trouvant à Orléans en 585 y fut harangué en latin , en grec , en hébreu et en arabe. Les monumens les plus remarquables que nous a laissés l'époque Mérovingienne sont , outre l'histoire ecclésiastique des Francs par Grégoire de Tours, des annales, des chroniques, des vies de saints et quelques fragmens de poèmes, ou pour être plus exact , des légendes en vers.

D'ailleurs les guerres civiles qui marquèrent les dernières années de cette période, les invasions des peuples du Midi nuisaient à l'étude, et lorsque Pépin fut sacré roi, il ne restait plus que le souvenir de ces belles écoles qui avaient été en honneur pendant plusieurs siècles ; il était réservé à Gharlemagne de relever ce qui avait précédemment existé. Peu de règnes furent aussi agités que celui deCharlemagne, et cependant quand on étudie les nombreux capitulai res de cet empereur , qu'on observe le temps qu'il donna aux belles lettres , on voudrait croire que, constamment renfermé dans son palais d'Aix-la- Chapelle, il ne prit souci que de ces deux branches d'administration; « l'éloquence de Charlemagne , dit en effet Eginhard , » l'annaliste de ce siècle, était abondante, il pouvait exprimer » avec facilité tout ce qu'il voulait, et ne se contentant point de )> sa langue maternelle, il s'était donné la peine d'en apprendre » d'étrangères. Il avait appris si bien le latin qu'il pouvait par- » 1er en public dans cette langue avec autant de facilité que » dans la sienne propre ; il comprenait mieux le grec qu'il ne » pouvait l'employer lui-même. » A l'âge de trente-deux ans . il reçut de Pierre Pisan ou de Pise des leçons de grammaire et de langue latine ; Alcuin, né à York , lui apprit les élémens de

rhétorique, de dialectique et d'astronomie; c'était cette science, qu'après la théologie, Charlemagne préférait aux autres. Pour relever les écoles qui avaient autrefois existé en grand nombre dans les Gaules, ce roi fonda l'école palatine qui le suivait partout dans ses expéditions et à la té te de laquelle se trouvait Alcuin. Ses trois fils , sa sœur , sa fille Gisla , ses principaux conseillers se pressaient en foule aux leçons qui y étaient professées. On y parlait de toutes choses , d'histoire , d'astronomie , de poésie , de mathématiques , de théologie surtout ; ces entretiens , dont quelques fragmens sont venus jusqu'à nous, paraissent puérils quand on ne se reporte pas au siècle dans lequel ils ont été faits. On dit que Charlemagne , dans l'année qui précéda sa mort, corrigea avec des Grecs et des Syriens les quatre Évangiles de Jésus-Christ. Il contribua aussi à rendre général l'usage du chant grégorien ; par ses soins deux Italiens doués d'un grand talent de chanterie vinrent en France et s'établirent l'un à Metz et l'autre à Soissons : c'était assez pour donner l'élan , et bientôt les villes de Lyon , Cambrai , Toul et Dijon eurent leurs écoles de chant ecclésiastique.

Malgré les encouragemens- que Charlemagne donna aux artistes , l'architecture resta en arrière du mouvement intellectuel, et ne produisit aucun monument qui ait survécu à ce siècle ; bien plus t quand il fit construire le palais et la basilique d'Aix-la-Chapelle , il fallut faire venir, à grands frais de Ravenne, les colonnes et les mosaïques qui décoraient la résidence des derniers empereurs Romains. On dit que Charlemagne conçut aussi le projet d'unir par un canal le Rhin et le Danube, mais on ne voit pas qu'aucun essai ait été tenté.

Comme la période Carlovingienne peut être étudiée presque entière dans la personne de Charlemagne , que son œuvre tomba avec lui , et que pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici , elle ne put lui survivre sous ses faibles successeurs , nous croyons devoir résumer cette époque , en empruntant à M. Guizot un tableau des hommes célèbres qui parurent sous cet empereur.

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