SOUS LIS BKGNE DE CHARLES IX
Charles ÎX n'était âgé que de dix ans, et la régence fut donnée à Catherine de Médicis, ce qui amena un changement de politique. La reine-mère , dont la dissimulation Italienne venait au secours de son ambition, songea à se faire médiatrice entre les deux partis et à se maintenir au pouvoir parle concours des catholiques et des luthériens. Les Guises gardèrent leurs emplois, Condé vit son jugement cassé, le roi de Navarre fut appelé à présider le conseil de régence. Ce fut sous de tels auspices que s'ouvrirent les États d'Orléans ; on y demanda presque unanimement des adoucissemens aux peines portées contre les réformés. Une autre question très grave agitait les députés , c'était d'arriver à l'extinction de la dette qui s'augmentait chaque année, malgré les sages précautions des Guises et du chancelier de l'Hospital , mais cette dette était si élevée que les États n'osè-
rent se prononcer sur les moyens à employer pour la diminuer : il fut décidé qu'ils se réuniraient à ce sujet au mois d'août , après avôir pris l'avis des provinces qui les avaient envoyés.
Catherine, après être parvenue à dominer le conseil, paraissait pencher vers le parti de la religion réformée qu'on lui disait être le plus nombreux en France ; d'ailleurs les conseils du chancelier n'étaient guères propres à l'en éloigner. Son premier édit (21 janvier 4564) confirma celui de Romorantin , rendit la liberté aux calvinistes , accorda amnistie pour le passé et défendit les surnoms de huguenots et de papistes , si communs alors ; ces dénonciations divisaient le pays en deux camps et faisaient souvent couler un sang précieux dans des rixes sans importance. Mais les chefs des calvinistes avaient embrassé la réforme moins par conviction que pour déguiser leur ambition sous un prétexte religieux : aussi profitèrent-ils de l'appui qu'on leur prétait pour publier des manifestes et exciter le peuple à la révolte ; on en vit même émettre le vœu que St- André fût forcé, ainsi que les Guises et le connétable , de rendre les sommes qu'ils avaient touchées. Cette violence jeta le vieux de Montmorency dans les rangs catholiques ; peu après tous trois contractèrent une alliance offensive et défensive qui fut désignée même par les contemporains sous le nom de triumvirat. Pendant ce temps , Catherine n'en continuait pas moins de mettre à exécution ses projets de pacification générale ; elle était peut-être effrayée de cette nouvelle ligue et de la protection que Philippe II lui avait promise pour rétablir dans toute sa force le catholicisme. Plus ce dernier parti prenait de force , plus la régente cherchait à augmenter le crédit des chefs de la religion réformée ; par son ordre l'Hospital alla au parlement et y proposa d'aviser aux moyens d'arriver à une paix générale : mais depuis le supplice de du Bourg , ce corps, dont on avait éloigné plusieurs membres, était devenu entièrement papiste : aussi le chancelier fut loin d'en obtenir tout ce qu'il en avait espéré. Il lutta néanmoins pendant vingt jours article par article ; mais les seuls avantages qu'il remporta furent que la
connaissance dos crimes d'hérésie serait attribuée aux évêques, qae les peines portées contre les calvinistes seraient adoucies , c'est-à-dire , le bannissement substitué à la peine de mort , et qu'il serait défendu d'insulter les partisans de la nouvelle religion. La clause la plus favorable aux protestants était celle qui prohibait à tout homme de s'enquérir de ce qui se faisait dans la maison de son voisin. Mais dans l'administration des sacremens on devait se soumettre aux rites du catholicisme , et chaque infraction était regardée comme un cri me. La tenue même d'une assemblée religieuse était punie de la confiscation des biens. Aussi en sortant de l'assemblée , le duc de Guise disait que son épée ne resterait jamais au fourreau pour soutenir cet édit (26 juillet 4 564.)
Le chancelier savait aussi combien cette décision était favorable aux catholiques ; aussi employa- 1— il son crédit pour la faire annuler par des états-généraux , et apporta- t-il tousses soins pour qu'ils fussent à sa dévotion ; il les avait convoqués pour le 1** août à Pontoise, il les transféra à Saint-Germain. Il ! comptait beaucoup sur eux et espérait en obtenir quelques doléances conformes à ses intentions ; on était dans l'attente de ce que produiratt un colloque assigné à Poissy entre les ministres des deux religions, et on laissa, sans s'en inquiéter, les États -Généraux formuler leurs demandes. Elles contenaient cependant en germe un changement de religion. Les luthériens qui y étaient en majorité , demandèrent qu'on revit le dernier édit, et que , pour payer les dettes de l'État , on confisquât les biens du clergé , etc. , etc. Quant à ce qui était du gouvernement, les États approuvèrent sa formation ; de plus ils déclarèrent qu'il était nécessaire d'éloigner des affaires les princes lorrains et de convoquer un concile national à Poissy. Les membres de la noblesse et du Tiers - État votèrent ces doléances à l'unanimité ; l'autre ordre fit de plus grandes réserves et offrit une somme énorme pour éviter les confiscations.
Le colloque dont on s'était promis de si grands avantages n'eut aucun résultat ; Calvin n'avait osé y venir, malgré l'offre
d'un sauf-conduit; il avait envoyé à sa place Th. de Bèze, homme aussi violent que lui et maniant très adroitement la parole. Du côté des catholiques on comptait parmi les orateurs un légat que le pape effrayé avait envoyé fortifier ce parti , le cardinal de Guise dont les idées larges et généreuses en dévotion avaient généralement plu , et le général des jésuites Lainée. Les luthériens commencèrent cette joute religieuse : dans un fort long discours, de Bèze développa ses principes et expliqua en quoi ils s'éloignaient de la cour de Rome ; ses paroles furent d'abord bien accueillies , mais lorsqu'il eût nié la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , de violents murmures l'interrompirent , et quelques séances ne s'étaient pas encore écoulées qu'on en était déjà venu aux querelles et aux injures; rassemblée fut alors dissoute. Chacun des deux partis , comme du reste il arriva souvent dans ce siècle, revendiqua la victoire , tandis qu'au fait une seule personne pouvait se l'attribuer : c'était la reine Catherine; elle avait en effet amené catholiques et calvinistes à la prendre en quelque sorte pour arbitre , en plaidant devant elle , et c'était ce qu'elle voulait (septembre 4564.) D'ailleurs un fort intérêt la portait à contrebalancer cette ligue des catholiques où l'on voyait des princes si puissants, et par son conseil , Condé que les protestants regardaient comme leur chef, s'unit à elle contre les Guises ainsi que les principaux seigneurs de son parti. Quant au roi de Navarre , toujours frustré dans l'espoir de prendre part au gouvernement , séduit par les offres avantageuses que lui faisait le triumvirat de lui céder un équivalant aux terres de son royaume que Philippe II retenait , il se rattacha tout-à-fait aux catholiques et contracta publiquement une alliance avec eux.
Cette défection était contraire aux luthériens et pouvait leur porter un grand préjudice , car le roi de Navarre , malgré Tincapacité dont il avait donné des preuves et dont personne ne doutait, n'en était pas moins le chef de leur parti. L'Hospital obvia à cet échec en convoquant à St-Gcrmain des dépu-
tés des huit parlements de France, et en choisissant les membres qu'il savait être dévoués à la nouvelle religion. Par l'édit du 17 janvier \ 562 , il fut défendu aux calvinistes de prêcher contre les doctrines catholiques , d'empêcher la levée des dîmes, d'amasser des troupes ; mais cet édit suspendit les peines prononcées jusque-là contre les hérétiques et autorisa dans tout le royaume , excepté dans les villes fermées , l'exercice de la religion réformée , sans qu'on pût la troubler en aucune manière. Le premier pas était fait : on pouvait croire que la Frauce suivrait l'exemple de l'Angleterre. Mais le parti des Guises était nombreux ; de plus le parlement était composé de catholiques ; aussi ce corps refusa l'enregistrement , et ce ne fut qu'après avoir reçu deux lettres de Jussion qu'il finit par obéir à l'ordre du roi ; encore ne le fit-il qu'après avoir protesté contre cette volonté plus forte que la sienne (6 mars.) Des récriminations générales surgirent : catholiques et protestants coururent aux armes , qui pour attaquer cet édit , qui pour le défendre , et le sang ruissela jusque dans les rues de Paris.
Ces désordres ne pouvaient qu'augmenter les divisions qui existaient déjà ; du Nord au Midi , on n'osait se livrer aux travaux , même cultiver les champs sans avoir des armes dans le cas de surprise. Un de ces combats partiels fit éclater la guerre civile. Le duc de Guise s'était tenu éloigné de Paris pendant ces débats ; mandé par ses collègues du triumvirat , il revenait dans cette ville à petites journées, lorsqu'à Yassy une rixe survint entre ses gens et les luthériens. Ceux-ci célébraient l'office divin selon leur rite dans une grange voisine de l'église catholique , et leurs chants couvraient la voix du prêtre; alors quelques hômraes de la suite du duc de Guise, pénétrant dans le temple, voulurent imposer silence. On courut aux armes selon l'usage ; le duc lui-même ayant pris fait et cause tira son épée , mais une pierre l'ayant frappé à la joue le sang en jaillit. Alors les catholiques furieux refusèrent d'écouler aucun moyen de conciliation; soixante cadavres, plus de deux cents blessés servirent à leur vengeance. C'était une déclaration
de guerre , et dès ce jour , Condé en rassemblant ses troupes pouvait avec raison s'écrier : César a passé le Rubicon.
Catherine de Médicis , toujours conseillée par le chancelier de L Hospital, conservait encore l'espoir de prévenir la guerre : mais le pouvoir royal , sans argent , sans armée , ne pouvait réunir les deux partis. François de Guise , par ses talents et son influence , était devenu tout-puissant, et bientôt la régente reçut l'ordre de ramener le roi à Paris ; quant à elle , on lui permettait d'aller où elle voudrait , de quitter même le royaume, si elle le trouvait bon. Condé avait également résolu d'enlever la cour : mais lorsqu'il arriva, les troupes, envoyées par le duc de Guise pour protéger la marche du roi , lui imposèrent par leur contenance hardie , et déjà d'ailleurs Charles IX était à Paris. Dès-lors tout se prépara à la guerre : Condé et Châtillon furent nommés chefs des calvinistes , et les secours de l'Angleterre achetés par la reddition de Calais , ceux des Allemands à qui l'on abandonna le pillage des plus belles provinces, donnèrent une grande force à leur armée. C'était surtout dans le Midi que la religion réformée avait fait de rapides progrès ; on se rappelle l'inimitié de ses habitans contre les gens du Nord , les luttes sanglantes des Albigeois, les secours nombreux donnés aux Anglais , moins sans doute par esprit de nationalité que par haine pour les nobles qui partageaient les faveurs dont on les éloignait constamment. Ce fut là que la guerre civile fut plus sanglante , et les chefs des deux partis s'y signalèrent par des rigueurs excessives. C'était du côté des catholiques le féroce Montluc , sans cesse accompagné de deux bourreaux dont les bras nerveux suffisaient à peine aux victimes ; du côté des calvinistes le farouche baron des Adrets était aussi cité par sa cruauté, et tout catholique pris les armes à la main ou même suspecté de suivre les rites de cette religion était aussitôt mis à mort. En un mot il y avait une ardeur religieuse qui ne respectait rien : les plus beaux monuments croulaient en foule , et les corps des pendus bordaient les chemins.
Ce fut avec étonnement qu'on apprit à Paris les premiers
succès des calvinistes ; on ne pouvait croire qu'ils avaient pris les armes et s'étaient emparés de places aussi importantes que Rouen et Orléans; cependant chaque jour venait confirmer les détails de la veille et apprendre une nouvelle victoire. Condé ne faisait guères que se présenter devant les villes, et les troupes Allemandes que lui avait amené Dandelot , frère de Coligni , inspiraient tant de craintes que les portes s'ouvraient aussitôt. On redisait dans les rues que les protestants faisaient de rapides progrès, qu'ils s'étaient emparés coup sur coup de la Ferté-Alais , Dourdans , Étampes , etc. , que leur but était de ruiner Paris et de détruire de fond en comblé cette puissante cité. Quoiqu'il en soit, ces succès causèrent un tort inappréciable à la religion réformée ; en effet , tant qu'on l'avait cru faible , on avait plaint et protégé ses partisans ; des prosélytes nombreux l'avaient embrassée avec ardeur par esprit de nouveauté ; mais quand on connut les vues ambitieuses de Condé et des chefs qui commandaient sous lui , lorsque ce prince eut refusé des conditions avantageuses , c'est-à-dire , le libre exercice, quoique caché , de sa religion, et déclaré qu'il ne consentirait à la paix que dans le cas où le gouvernement passerait entre ses mains ; une réaction catholique montra la faiblesse des nouveaux sectateurs. De plus le duc de Guise sortit à leur rencontre ; il avait promis de venger dans le sang la mort du roi de Navarre qu'une balle calviniste avait tué au siège de Rouen. La rencontre des deux armées eut lieu près de Dreux (49 décembre 1562) ; le combat fût acharné et la victoire vivement disputée ; Condé , à la tête de ses chevaliers , ayant percé le centre de l'armée royale , vint attaquer les bataillons Suisses ; mais ce n'était pas chose facile d'enfoncer cette masse hérissée de piques, et l'ardeur Française s'amortit contre elle. Alors le duc de Guise , qui avait conservé l'élite de ses troupes décida du sort de la journée par une violente attaque ; la prise de Montmorency par les calvinistes et celle de Condé par les catholiques furent un des principaux résultats de cette journée. Huit mille hommes restèrent dans cette bataille , l'une des plus
sanglantes de cette époque, mais cette perte était plus sensible aux calvinistes, dont les forces pouvaient difficilement se renouveler , qu'aux catholiques qui avaient pour eux le roi , et qui , par son appui, ralliaient de nombreux partisans.
Coligoi, après avoir rassemblé les débris des divers corps de huguenots, repoussa ceux qui voulaient le poursuivre, et fit, au petit pas et en bon ordre, sa retraite sur Neuville. Il s'enfonça ensuite dans la Normandie pour recevoir du Havre les secours que lui avait promis la reine Élisabeth ; il espérait ainsi entraîner à sa suite le duc de Guise qui venait d'être nommé pour la troisième fois lieutenant-général du royaume; mais ce chef prévit les desseins de ses ennemis , et , malgré les murmures de son armée, il alla mettre le siège devant Orléans, où les réformés avaient établi le centre de leur puissance. L'attaque fut poussée avec vigueur , malgré le courage de Dandelot qui défendait cette place ; déjà les calvinistes avaient essuyé de nombreuses défaites, déjà plusieurs bastilles enlevées faisaient prévoir une prompte issue , lorsqu'un gentilhomme de l'Angoumois, Jean Poltrot de Méré, l'un des plus violents sectateurs de la nouvelle doctrine , excité par les fanatiques discours des ministres calvinistes, attendit Guise au coin d'un bois, près du château de Corney, l'ajusta à six pas de distance et le tua d'un coup de pistolet. Cet assassinat fut reçu aux acclamations les plus vives des protestants , et dans les églises mêmes on n'eut pas honte de comparer ce meurtrier à Judith tranchant la tête d'Holopherne. Goligni lui - même ne put se défendre d'en té moigner ouvertement sa joie, et, accusé d'avoir excité l'assassin, • il se défendit si mollement que dès -lors sa participation au crime parut prouvée pour tous. Quant à Poltrot de Méré arrêté dès le lendemain, il fut livré au parlement qui le condamna à être déchiré avec des tenailles, et tiré à quatre chevaux.
Le prince de Condé , à la nouvelle de la mort du duc de Guise, se laissa séduire par les offres trompeuses de Catherine de Médicis, et voulant être plus promptement à même de profiter de la mort de son frère et de celle du duc, il signa la paix
d'Amboise. Cet accord , qui ne plut à personne , accordait aux seigneurs hauts-justiciers calvinistes , le libre exercice de leur religion dans toute l'étendue de leurs seigneuries , aux nobles dans leurs châteaux, et leur attribuait une ville à leur gré par bailliage ; ils devaient de plus aider de leur force et de leur argent à chasser les Anglais du Havre ; cette ville ne tarda pas à être reprise (28 juillet) ; de plus une taxe fut mise sur les biens ecclésiastiques pour payer ce qui était dû aux Allemands venus au secours des luthériens, et le roi déclara que Condé n'avait agi que pour le bien du royaume (19 mars 4563.)
Cette paix ne pouvait être long-temps ni fidèlement observée ; catholiques et calvinistes refusaient de la ratifier , et si la guerre civile s'était un moment ralentie, il était facile devoir que les chefs n'avaient d'autre but que de réparer leurs pertes pour la recommencer avec plus de vigueur. D'ailleurs le prince de Condé , à qui l'on avait fait espérer la lieutenance générale du royaume , s'était vu frustrer dans son espoir , et la reinemère s'était empressée défaire déclarer le roi majeur. Sous le prétexte de connaître les désastres de la guerre et de soulager la misère du peuple , elle traînait de ville en ville son fils et toute la cour ; en même temps et après s'être assuré que dans les provinces le parti catholique était le plus fort, elle retranchait chaque jour quelques-uns des privilèges accordés à la religion réformée par le dernier édit de pacification.
Ce fut sur ces entrefaites que Catherine arriva à Bayonne, elle était désireuse, disait- elle, de revoir sa fille Isabelle, femme de Philippe II , et elle resta six semaines dans cette ville , trompant tous les regards par des fêtes somptueuses et passant la nuit à travailler avec le duc d'Albe. C'est là qu'un traité fut conclu entre l'Espagne et la France pour ruiner toute religion , autre que le catholicisme ; mais cette alliance ne put être assez secrète pour que les protestants n 'en fussent avertis. On alla même jusqu'à répandre le bruit que Catherine voulait rassembler en un seul lieu tous les calvinistes et les y mettre à mort ; aussitôt ceux-ci , publiant libelles sur libelles , s'effor-
cèrent de prouver qu'il est licite de tuer un roi et une reine qui mettent obstacle à la réforme de l'Évangile. De plus , lorsqu'ils apprirent que six mille Suisses venaient par ordre du roi de passer les Alpes pour les combattre, et que les mêmes mesures étaient prises contre leurs coreligionnaires d'Allemagne , ils coururent aux armes , et la seconde guerre civile commença avec une furie que l'on ne peut décrire. (Septembre 4567.)
Le premier exploit des protestants fut la prise d'Orléans , qu'ils avaient livré lors de l'édit de pacification ; mais ce n'était pas dans le but de s'emparer de quelques places sans importance qu'ils avaient pris les armes, et mieux eut valu pour eux surprendre la cour qui était alors à Meaux , enlever le roi et légitimer ainsi leur révolte. Goligni tenta cette entreprise et ses troupes investirent Meaux ; Catherine surprise crut ne pouvoir mieux faire que de gagner du temps , et pendant qu'elle neutralisait les efforts des réformés et suspendait leurs attaques en leur offrant des conditions avantageuses , elle pressait l'arrivée des Suisses ; enfin à minuit on vit les étendards de ces alliés , et le lendemain le roi placé au milieu d'eux gagna sa capitale. Trop faible pour pouvoir forcer leurs rangs , Gondé les fatigua par des attaques continuelles , à tel point que le roi, ne se croyant plus en sûreté dans leurs rangs , fut forcé de fuir par un petit sentier qui le conduisit jusqu'aux portes de Paris. Irrité d'avoir été ainsi poursuivi par ses sujets , il conçut une haine que rien ne put jamais adoucir.
Les calvinistes étaient trop faibles pour surprendre Paris, et d'ailleurs , découragés par le mauvais succès de leurs entre prises , ils n'osaient tenter ce coup hardi ; Coligni , comptant sur le caractère changeant de Catherine , espéra , en plaçant ses tentes dans les plaines de Saint - Denis , pouvoir lui imposer et obtenir d'elle des conditions avantageuses. 11 n'en fut rien cette fois ; la reine connaissait les forces de l'armée royale commandée par le vieux connétable , et d'ailleurs elle voulait par une action décisive ruiner à jamais le parti descal-
vinistes ; elle donna à ses troupes Tordre d'engager le combat. Goligni disposa sa petite armée avec une grande habileté, profita de toutes les fautes de ses ennemis et fut sur le point de remporter la victoire ; on combattit jusqu'au soir , l'obscurité seule sépara les deux armées ; les catholiques retournèrent à Paris , ils ramenaient avec eux le corps du connétable ; quant aux chefs calvinistes ils gagnèrent la Lorraine pour y opérer leur jonction avec les secours qui leur arrivaient de l'Allemagne ; ils comptaient beaucoup sur ce renfort, mais ces troupes composées de soldats indisciplinés, refusèrent de marcher jusqu'à ce qu'on eût acquitté leur solde ; Gondé n'avait jamais payé ses troupes : elles étaient composées de gentilshommes que leur bravoure portait à prendre les armes , et qui n'avaient jamais songé à vendre leur épée , mais leurs ressources commençaient à s'épuiser. Néanmoins ils se cotisèrent tous et fournirent la somme demandée ; l'enthousiasme religieux venait d'inspirer une de ces actions généreuses qui peuvent seules reposer de toutes ces scènes de sang. A l'aide de ce secours, Condé tint la campagne, délivra Orléans qu'assiégeaient les catholiques et vint mettre le siège devant Chartres. Le pillage de cette ville avait été promis aux troupes Allemandes dont on craignait la défection. Catherine n'avait pas d'armée à opposer aux calvinistes , car la mort du connétable avait jeté un grand effroi parmi ses partisans ; elle résolut de traiter , et le duc de Biron , ainsi que le seigueur de Mesme , se chargèrent de réconcilier les deux partis ; ils y réussirent et la paix fut signée à Lonjumeau (23 mars 4 568.) Parmi les principales conditions étaient cellesci : L'édit d'Amboise était rétabli, les huguenots devaient lever le siège de Chartres et remettre leurs conquêtes : le prince Casimir s'engageait à ramener en Allemagne ses troupes dont la solde restait à la charge de la reine.
Cette paix n'avait contenté personne : les catholiques s'en plaignaient parce que leurs adversaires avaient eu , disaient-ils , des conditions trop avantageuses ; les protestants , de leur côté, paraissaient peu disposés à la tenir, car ils n'avaient au-
cun garant de la parole royale : aussi fut-elle appelée , d'un commun accord , boiteuse etmcd-~assise} moins peut-être par allusion aux principaux pacificateurs , Biron qui était boiteux et de Mesme seigneur de Malassise , que parce qu'il était facile de prévoir qu'elle ne pouvait durer et que ce n'était là qu'une suspension d'armes. Si l'on en croit les Mémoires de Ta vannes, ce chef reçut l'ordre de s'emparer des princes , mais craignant de porter la main sur de si hauts personnages , il préféra les avertir de cequi se tramait contre eux et leur donner les moyens de fuir. A cette nouvelle les calvinistes coururent aux armes , et de nombreux succès dans l'Aunis , la Saintonge, le Poitou et l'Angoumois montrèrent l'importance que prenait chaque jour ce parti ; ses chefs attendaient encore de nouveaux renforts tant des Béarnais que des Allemands , lorsque l'armée royale , commandée par le duc d'Anjou , frère du roi , les surprit près de Jarnac et les força à combattre. Gondé et Goligni n'étaient point préparés à la bataille : déjà même ils avaient donné l'ordre de la retraite, lorsque, vivement attaqués et presque entourés par les catholiques , ils furent contraints de revenir sur leurs pas. Condé n'était pas homme à éviter le danger ; quoique blessé grièvement la veille par une chute de cheval , et portant le bras en écharpe, il n'en commanda pas moins l'attaque et fut toujours au premier rang. Le succès ne couronna cependant point son audace ; il eut la douleur de voir plier ses bataillons ; abandonné de tous , il rendit son épée à Gibar Tisson , seigneur de Fissac et d'Argence à qui il avait précédemment sauvé la vie. Sur ces entrefaites , survint Montesquiou capitaine des gardes du duc d'Anjou , qui le tua de sangfroid , dans l'espoir sans nul doute de se rendre agréable à son maître (mars \ 569.)
Cette victoire , lorsqu'elle fut connue à Paris , y causa une grande' joie : le duc d'Anjou fut appelé le sauveur de la patrie ; le combat de Jarnac fut vanté à l'égal des plus illustres faits d'armes et l'on envoya à Rome les drapeaux qui y avaient été pris. On ne fut cependant pas long-temps sans voir l'exagéra-
tiontles libellistes catholiques : Coligni , comme à Dreux , avait rallié les fuyards, opéré sa jonction avec douze mille Allemands que lui envoyait le prince Casimir , et relevé le courage de ses troupes en confiant le commandement au jeune prince Henri de Béarn; sa mère l'avait amené dans les rangs calvinistes pour le préserver des embûches que lui tendaient ses ennemis . L'armée des princes, ainsi qu'on appelait les confédérés , ne tarda pas à reprendre l'offensive ; les catholiques , divisés entr'eux pour le commandement que les principaux chefs réclamaient , échouèrent aux divers sièges de Jarnac , de Cognac et de St.- Jean d'Angely et de nouveaux désastres les affaiblirent dans le Limousin et le Béarn ; Montgommery arracha cette province aux efforts réunis de l'Espagne et de la France et la remit sous l'obéissance de la reine de Navarre. Mais les calvinistes n'avaient obtenu ces avantages que par l'aide des Allemands : cette troupe indisciplinée , s'il en fut , les empêcha de recueillir le fruit de ces victoires et refusa de marcher jusqu'à ce qu'on eût payé sa solde. Coligni voulait faire le siège de Saumur et intercepter, en se rendant maître de la Loire , toutes les communications entre l'armée royale et la capitale ; mais ce mauvais vouloir l'empêcha de mettre ce projet à exécution et il se vit forcé d'attaquer Poitiers. Cette ville était très-forte et son circuit était de plus de deux lieues ; aussi après avoir perdu un temps précieux sous ses murs , Coligni profita de ce que l'armée royale avait investi Chatellerault pour lever le siège. Après avoir repoussé i'avant-garde , qu'il lit reculer jusqu'à Chinon , Coligni jeta dans la place un secours qui ranima l'ardeur des habitants , et s'avança dans les plaines de Moncontour. Le duc d'Anjou ne tarda guères à l'y suivre ; la bataille s'engagea le lundi 3 octobre 1569 avec acharnement, mais, après deux heures de combat, les catholiques vainqueurs n'avaient plus qu'à poursuivre les vaincus. Dix mille calvinistes restèrent sur le champ de bataille; canons; bagages, drapeaux, tout fut pris. Le pape Pie V, à cette nouvelle , crut le moment venu d'étouffer à jamais la religion réformée ; il excommunia
Elisabeth et fit prêcher contre l'Angleterre une croisade dont il devait prendre le commandement.
Coligni, toujours redoutable même après une défaite, engagea la reine d'Angleterre à s'unir à ses coreligionnaires d'Allemagne et, après avoir rallié les débris de son armée, il s'avança résolument en Bourgogne à travers le Forez : sa troupe était grossie à chaque instant de la noblesse des provinces qu'elle traversait , et les seigneurs couraient en foule se ranger sous la bannière d'un chef aussi habile. Catherine , désespérant de triompher par les armes d'une secte si nombreuse et si intrépide, ne voulant pas livrer le sort de sa capitale aux chances d'un nouveau combat, fit des propositions qui furent acceptées, et la paix fut signée à St-Germain-en-Laye le 8 août \ 570. On y accordait le libre exercice de la religion réformée dans les villes où il existait déjà et dans deux autres par province ; les calvinistes pouvaient prétendre aux emplois , ouvrir des écoles , porter leurs malades aux hôpitaux et récuser, dans leurs procès contre les catholiques, un certain nombre de juges dans les parlements ; de plus comme garanties de la parole royale on leur abandonnait les villes de La Rochelle, Montauban, Cognac et la Charité, à la condition de les rendre dans le même état au bout de deux ans.
A la nouvelle de cette paix le parti catholique murmura ; à l'en croire , on n'eût pas dû accorder des conditions aussi avantageuses aux vaincus de Jarnac et de Moncontour, mieux eut valu les poursuivre à outrance. Ce fut bien pis encore quand il vit le roi accabler de faveurs les chefs calvinistes et les appeler avec instance à la cour. C'était surtout Coligni que Charles eut voulu voir près de lui ; ce prince avait formé le projet de gouverner par lui-même , de se délivrer de la politique fallacieuse de sa mère, et, pour arriver à ce but , il avait résolu de s'entourer des plus sages conseillers du royaume , quelque fussent d'ailleurs leurs croyances. Mais les calvinistes étaient si peu habitués à être traités avec tant de ménagement qu'ils crurent qu'un piège était caché sous ces dehors de dou-
ceur. Golîgni , retiré à la Rochelle , cherchait tantôt un prétexte , tantôt un autre pour se dispenser de se rendre à la cour. Cependant lorsqu'il vit le roi contracter une alliance avec Elisabeth d'Autriche , fille de l'Empereur Maxirailien II , prince tout dévoué aux protestants , et que Henri de Béa en lui-même lui eut écrit que les traités allaient être resserrés par son mariage avec la sœur du roi , il se laissa persuader et vint à Paris. Charles IX le reçut à bras ouverts, l'appela son père, et lui prodigua les marques du plus vif attachement. C'est alors qu'on proposa de soutenir la révolte des Pays-Bas et d'envoyer en ce pays les calvinistes Français. Si ce projet avait été accepté franchement , ce règne sanglant devenait un des plus glorieux do nos annales ; les Espagnols, pressés à la fois par l'Angleterre et la France , se voyaient contraints de baisser leurs prétentions.
C'est une rude tâche pour les historiens que de chercher si Charles agit avec franchise a l'égard de Coligni , ou si la dissimulation Italienne de sa mère put lui inspirer une conduite aussi coupable. D'un côté on a peine à croire que ce jeune roi de vingt - un ans ait osé changer d'un seul coup la politique d'un gouvernement , et que pour arriver à ce but il ait cherché un appui auprès des calvinistes moins nombreux et moins puissants que les Guises , de ces mêmes calvinistes entre les mains desquels il avait failli tomber à Meaux et qu'il n'avait pu éviter que par la fuite. Les deux avis comptent de nombreux défenseurs et des preuves nombreuses ont été citées à l'appui d'opinions contraires. Quoiqu'il en soit , ce point ne nous parait pas encore éclairci , disons plus , il ne pourra jamais l'être. La politique de Catherine est plus facile à analyser ; ce qu'elle voulait, c'était la destruction l'un par l'autre des chefs des deux partis et sa propre élévation sur leurs ruines.
Sur ces entrefaites , la reine de Navarre mourut empoisonnée, et les protestants , déjà pleins de défiance r ne purent être calmés que par Coligni. L'amiral , en effet , dont l'esprit droit ne savait prévoir la trahison , séduit d'ailleurs par les faveurs dont
Je roi ne cessait de le combler , parcourut leurs rangs et les exhorta à la paix ; cependant il y eut rarement plus d'occasions de troubles et de divisions. Sous le prétexte des noces du roi de Navarre , car Henri de Béarn avait pris ce titre depuis la mort de sa mère, les chefs catholiques et calvinistes étaient venus à la cour suivis d'une nombreuse escorte. Les Guises entr'autres avaient amené avec eux un grand nombre de gentilshommes ; ils n'avaient pas même pris la peine de cacher leurs projets de vengeance , et ils menaçaient hautement l'amiral qu'ils regardaient , disaient-ils , comme le meurtrier de leur père au siège d'Orléans. Le peuple de Paris voyait aussi avec défiance ces guerriers dont il avait maintes fois redouté la vaillance , et , excité par les prédications frénétiques des plus fougueux prédicateurs catholiques , il faisait entendre des cris de menaces , disant qu'il était plus facile et meilleur d'étouffer tout le parti dans un seul massacre à Paris , que de le poursuivre sans cesse de ville en ville , de combats en combats. La reine Catherine n'était pas sans prendre part à cette agitation : faire assassiner Coligni par les Guises et faire venger sur eux cette mort par les protestants lui paraissait unchef-d'œuvre de politique. Long-temps le duc de Guise hésita , enfin il céda , et Coligni, au moment où il sortait du Louvre , fut frappé d'une balle meurtrière lancée par l'arquebuse de Maurevers. (22 août 4 572.)
À la nouvelle de cet attentat, Charles IX fit entendre de vives plaintes ; il se transporta aussitôt chez l'amiral : la blessure est pour vous, lui dit-il , mais la douleur est pour moi , et il donna les ordres les plus sévères pour saisir le meurtrier.
C'est ici que les auteurs les plus modérés accusent Catherine d'avoir conçu le plan de massacre tel qu'il fut exécuté le jour de la St-Barthélémy. ils disent en effet que , craignant le bon accord qui régnait entre le roi et Coligni , elle résolut à tout prix d'assurer son pouvoir en immolant ce dernier ; quant au roi, il résista long-temps aux instigations de sa mère et du duc de Guise. Fatigué enfin de leurs poursuites, effrayé de voir les calvinistes en armes demander vengeance à grands cris, il con-
sentit à l'assassinat de l'amiral à condition , dit-il , que dans sa perte seront entraînés tous les protestants, car je ne veux pas qu'il en reste un seul pour me reprocher ce meurtre. ïl n'en fallait pas davantage au duc de Guise pour se venger de Coligni ; le dimanche 24 août 4 572 , à deux heures du matin , il enfonça la porte de l'amiral et Le fit assassiner par un de ses gens. Puis, quand il se fat assuré que ce noble seigneur n'était plus qu'un cadavre, il se précipita dans les rues à la tête de ses partisans et aux cris de tue et de mort aux huguenots, ii inonda de sang la ville de Paris. Le roi et la reine de Navarre trouvèrent à peine grâce devant ces furieux ; on les traîna au Louvre et d'un ton sévère Charles ne leur adressa que ces mots : la messe ou la mort. On dit que lui-même , armé d'une longue .arquebuse, dirigeait ses coups sur les fuyards qui tentaient d'éviter la mort en traversant la Seine. Le lendemain et le jour suivant les massacres continuèrent , et plus de dix mille personnes furent immolées sans que ni le rang , ni l'âge, ni môme le sexe pussent donner des droits à la commisération.
La reine , nous l'avons dit , avait espéré envelopper le jeune duc de Guise dans le massacre ; dans cet espoir, elle avait écrit aux gouverneurs des provinces , leur donnant l'ordre de se tenir prêts à tout événement. Mais lorsqu'elle eût vu toute la populace de Paris prendre part dans ces querelles religieuses , -elle craignit d'être la victime du vainqueur, renchérit encore sur le zèle déjà si cruellement fanatique du jeune duc de Guise, et fit ordonner par le roi un massacre général de tous les huguenots du royaume. Quelques chefe eurent le courage de résister et, parmi eux, on doit citer lesMontmorency, Tannegui et le vicomte d'Ortey : nous commandons à de braves soldats et à des sujets fidèles, écrivirent-ils au roi, nous n'avons pu trouver parmi eux un seul bourreau. Mais ce qui surtout fera de la St.- Barthélémy une scène de deuil et une page affreusement sanglante, c'est la joie qu'en ressentit le roi : il se rendit au parlement, et fit retentir les églises de chants d'allégresse. A Rome on frappa des médailles pour rappeler ce grand événement, et
Philippe d'Espagne n'avait pas honte de comparer ce massacre et ceux des Pays-Bas, aux plus glorieuses victoires. Il croyait le protestantisme éteint , tandis qu'il avait puisé dans le sang une nouvelle force.
La Rochelle se déclara en révolte ouverte , et ce fut en vain que Charles EX , en qui la fièvre de la St-Barthélémy était déjà passée, y envoya Lanoue protestant modéré et chéri des deux partis ; celui-ci exhorta les calvinistes à traiter , et , sur leur refus de l'écouter , il leur rappela qu'il avait perdu un bras à leur service et qu'il était prêt à perdre l'autre pour leur obtenir une paix honorable. Que ne venez-vous nous défendre, dirent-ils. Le roi , fatigué de ces guerres continuelles , le roi qui aurait sacrifié les deux religions à une joyeuse partie de chasse, y consentit, à la condition que , sur son ordre , Lanoue quitterait la ville. Dès-lors La Rochelle devint imprenable , car le roi de Navarre et le prince de Condé l'instruisaient des projets de l'armée royale : cette place profita de toutes les fautes , et elles étaient nombreuses. Catherine , ne voulant donner au duc de Guise aucun moyen d'augmenter un crédit déjà redoutable , avait confié le commandement de l'armée au duc d'Anjou qui la compromettait par son hnpéritie et ses étourderies. C'était en vain que la ville était cernée par mer , en vain elle avait essuyé ving-huit assauts , un arrêt fut porté contre quiconque parlerait de se rendre, car le courage des habi tans était encore grand , et les vides que le canon ennemi faisait dans les rangs étaient à l'instant remplis par les femmes. Que pouvait Catherine contre cette ferme volonté ? Elle eut recours de nouveau aux pacifications, et par celle signée sous les murs (le 6 juillet 4573) , elle accéda de rechef aux calvinistes de La Rochelle le libre exercice de la religion réformée, mais seulement dans les villes de La Rochelle , Montauban , Nîmes, « Ainsi , dit Tavan- » nés dans ses mémoires , d'un parti ruiné , dissipé et du tout » perdu , Dieu permit miraculeusement et pour nos péchés , » qu'il fut restauré, à la ruine de ce royaume et pour servir de » subjet aux troubles de la ligue. »
Un nouveau parti , composé des gens modérés et nommé les politiques , à la tète duquel se trouvaient les Montmorency , commençait à inquiéter la reine-mère et lui donnait déjà de l'ombrage. D'ailleurs, depuis quelque temps le trône de Pologne était vacant, et elle désirait y placer son fils chéri le duc d'Anjou. Élu à la presque unanimité des suffrages, il partit pour son royaume entouré de toute la gloire qui s'attachait au vainqueur nominal de Jarnac et de Honcontour ; mais l'état de santé de son frère lui faisait quitter à regret un royaume qui tôt ou tard devait lui revenir, et avant de passer la frontière il eut soin de faire assurer ses droits.
Catherine de Médicis avait espéré rentrer par surprise dans la Rochelle qu'elle regardait comme le boulevard de la religion réformée , mais , avertis par le roi de Navarre , les habitans la devancèrent et appelèrent aux armes tout le midi de la France. De plus l'Angleterre armait pour venger le meurtre de ses coreligionnaires , et les secours Allemands s'avançaient à grands pas. De toutes parts , excepté en Italie et en Espagne , la nouvelle du massacre avait été reçue avec une improbation marquée ; le parti politique , grossi du duc d'Alençon , venait de faire alliance avec les calvinistes ; les chefs devaient quitter la cour secrètement , et tous ensemble, se mettre à la téte de la confédération. Le duc d'Alençon 7 prince faible et incapable d'une haute entreprise , eut peur au moment de l'exécution ; il alla trouver la reine-mère et lui avoua le complot tramé contre elle et le roi. Saisi à l'instant même où il tentait de fuir, le roi de Navarre fut contraint de rendre compte de sa conduite en parlement. Heureusement pour lui la santé toujours chancelante du roi empirait à vue d'œil : blasé sur tout, effrayé des spectres sanglants que suscitait son imagination , il était en proie à une agitation violente qui faisait désespérer de ses jours. Le parlement n'osa , dans ces circonstances , faire tomber une téte aussi noble , et bientôt la mort de Charles IX , arrivée le 30 mai 1574 , changea la face des affaires.
Nous ne pouvons mieux terminer l'histoire de ce règne .
qu'en empruntant à l'abrégé de l'histoire générale des temps modernes par Ragon , les citations suivantes : « Qui n'eut pas » cru alors tout perdu? Mais le chancelier de l'Hospital veillait » pour la patrie. Ce grand homme , au milieu des troubles » civils , faisait parler les lois , qui se taisent d'ordinaire dans » ces temps d'orage et de tempête; il ne lui vint jamais dans » l'esprit de douter de leur pouvoir ; il faisait l'honneur à la » raison et à la justice de penser qu'elles étaient plus fortes que » les armes mêmes ; et que leur sainte majesté avait des droits » imprescriptibles sur le cœur des hommes , quand on savait
» les faire valoir De là ces éditsqui , dans leur sage pré-
» voyance , embrassent l'avenir comme le présent , et sont de- » venus depuis une source féconde où Ton a puisé la décision » des cas mêmes qu'ils n'ont pas prévus ; ces ordonnances, où » la force et la sagesse réunies font oublier la faiblesse du règne » sous lequel elles ont été rendues : ouvrages immortels d'un » magistrat au-dessus de tout éloge , qui sentait l'étendue des » devoirs et la force de la suprême dignité qu'il occupait ; qui » sut en faire le sacrifice , dès qu'il s'aperçut que l'on voulait » en gêner les fonctions , et d'après lequel on a jugé tous ceux » qui ont osé s'asseoir sur le même tribunal , sans avoir son cou- » rage ni ses lumières. » (Abrégé de l'histoire de France , par le président Hémult.) « La France n'a rien produit dont elle » doive plus s'honorer que cette antique magistrature qui , » même sous le pouvoir absolu , conservait l'image de la liberté » dans l'indépendance de la justice ; et l'Hospital , par son » génie et par le temps où il a vécu, est en quelque sorte le » chef et le modèle de cette génération de grands magistrats » que l'on vit se perpétuer pendant plus d'un siècle , comme » une sauve-garde publique, au milieu des factions, des coups » d'état et de la guerre civile. » (Mélanges historiques et littéraires de M. Villemain.)