JUSQU'AUX TBAITKS DE FLEIX ET DE COUT» A S
Le dernier acte de Charles IX avait été de déclarer sa mère régente du royaume jusqu'au retour de son frère le roi de Pologne. Ennuyé déjà de ses nouveaux états, Henri, autrefois duc d'Anjou , saisit avec empressement cette occasion de les quitter ; d'ailleurs il n'était pas fait pour plaire aux graves hommes des bords de la Vistule , et il ne voulut rien tenter pour se les attacher. Cependant les commencements de son règne avaient été heureux ; bien fait de sa personne , aimant à l'excès les plaisirs et les fêtes, il avait assisté à toutes celles qui avaient eu lieu pour célébrer son arrivée en Pologne, et avait plu par l'aisance de ses manières Françaises ; mais lorsque ses sujets le virent sans cesse renfermé dans son palais avec quelques courtisans qui avaient partagé sa bonne fortune , les Polonais se demandèrent s'ils s'étaient donné un roi étranger pour en être mé-
prisés, et des plaintes s'élevèrent de toutes parts. De nouvelles causes vinrent encore augmenter la mésintelligence qui régnait entre le roi et le sénat. Samuel Sborowski provoqua en duel Jean Penczinski , castellan , et blessa à mort Wapowski aussi castellan , ami de ce dernier , qui avait voulu amener un arrangement. Ce meurtre commis presque sous les yeux du roi , demandait une punition exemplaire. Henri se contenta de bannir du pays Sborowski sans prononcer contre lui la confiscation de ses biens et honneurs ainsi que le prescrivaient les lois Polonaises. Le sénat murmura ; Henri , sans en tenir compte, donna la Gastellanie vacante à l'un des parents du meurtrier, et la dignité de palatin de Gracovie à Pierre son propre frère.
Ce rat sur ces entrefaites qu'il apprit la mort de Charles IX : sans écouter l'avis des plus sages conseillers, sans même fnettre ordre aux affaires de l'état , il quitta un soir son palais et courut à brides abattues jusqu'à ce qu'il eût passé les frontières de son royaume ; il aurait pu donner pour cause l'agitation qui s'était manifestée en France ; en effet les calvinistes s'étaient joints au parti politique , et la mort de Gabriel de Montgommery que Catherine venait d'immoler à son courroux , (26 juin \ 574) en donnant plus de force à la coalition , nécessitait un prompt retour du roi. H n'en fut rien ; Henri ne put réprimer son ardeur pour les plaisirs ; à Vienne , en un mot, partout où l'on célébra son passage , il séjourna plusieurs jours , perdant un temps précieux , et dilapidant ses trésors. II arriva enfin en Italie ; sans écouter les rapports chaque jour plus effrayants qui lui venaient de France , il ne put résister aux belles fêtes qui lui furent offertes et dont il fut si content que, n'ayant plus d'argent par devers lui, il abondonna au duc de Savoie les villes de Pignerol, Pérouse et Saviglian, les seules places qui restassent aux Français de leurs glorieuses expéditions ultramontaines.
Arrivé à Lyon, Henri 1U décida, malgré l'avis de sages conseillers , qu'on continuerait la guerre et qu'on poursuivrait à outrance les calvinistes ; puis sans se mettre en peine de ce que
devenait son royaume, il passa des journées entières à essayer de nouvelles parures , ou à se promener sur la Saône dans des petits batelets , entouré de courtisans auxquels leurs mœurs efféminés avaient fait donner le nom de Mignons. Il alla ensuite à Rheims se faire sacrer, (1 5 février \ 575) et cette cérémonie, où règne ordinairement tant d'enthousiasme, se termina par des cris de haine et des vociférations. Contrairement à l'usage, le nouveau roi avait en effet, par un sentiment qu'on ne peut définir, refusé de toucher les écrouelles ; chaque pas que faisait Henri III lui aliénait les cœurs de ses sujets.
Les confédérés profitaient de toutes ces fautes et voyaient leur parti se grossir de tous les mécontents ; dans l'assemblée tenue à M il ha u , aux mois de juillet et d'août de l'année précédente (1 574) les politiques et les calvinistes s'étaient engagés à prendre ensemble les armes jusqu'à ce qu'on eût accordé le libre exercice de la religion réformée et rendu la liberté aux maréchaux deCossé et de Montmorency qui gémissaient dans les prisons de la reine-mère. En vain Catherine avait essayé par tous les moyens possibles de traverser ces conférences , elle avait échoué, et Damville, gouverneur du Languedoc, second fils du connétable de Montmorency , n'ayant pu obtenir du roi la liberté de son frère ainsi qu'il l'avait demandée, y accéda et fut déclaré chef des confédérés. D'autre part Condé , qui était toujours en Allemagne, pressait les princes de ce pays de fournir du secours à leurs coreligionnaires Français. Il écrivit aux églises réformées de s'imposer une taxe , promettant avec cet argent de lever une armée assez redoutable pour effrayer le roi. Le duc d'Alençon , homme faible dont il eût fallu ménager l'orgueil , blessé des railleries outrageantes de son frère et séduit en môme temps par les offres brillantes des confédérés, prit part à un complot qui ne tendait à rien moins qu'à renverser Henri III et à le nommer à sa place. Plus tard il parvint à s'échapper de la cour , vint en toute hâte se joindre à Damville et se laissa déclarer chef de la révolte. Les armées royales mal commandées se firent battre coup sur coup
aux sièges des petites villes de Livron et de Lusignan, et furent forcées de rester dans Pinaction par l'incurie des chefs. Depuis long-temps en effet on n'avait vu de semblables divisions ; les principaux nobles cherchaient à faire montre de leur puissance , s' entourant de chevaliers qui juraient par leur nom et qui étaient prêts au premier signal à tirer la dague pour l'honneur de leur maître. Quant au roi, personne ne paraissait s'en soucier ; on parlait des Guises , des Montmorency , du roi de Navarre , etc. ; et on laissait Henri III présider à la toilette de sa jeune et belle épouse, Louise de Vaudemont, et s'occuper à l'aise de petites intrigues amoureuses.
Cependant les Allemands s'avançaient conduits par Condé , le meilleur chef de guerre de ce temps depuis la mort de l'amiral , et cherchaient à opérer leur jonction avec le corps d'armée que commandaient le duc d'Alençon et Henri de Navarre; ce prince avait pu enfin s'échapper d'une cour où ses moindres démarches étaient épiées. Heureusement pour le roi , le duc de Guise se trouvait dans son gouvernement ; à la nouvelle de l'arrivée des étrangers , il rassembla ses vassaux , ses amis , les poursuivit jusqu'à Château - Thierry , les défit et revint montrer à la cour la glorieuse blessure qui lui fit donner le surnom de Balafré.
Mais cotte victoire était loin d'être aussi complète que le voulaient bien dire les catholiques ; Condé , qui avait profité de l'expérience de Coligni , ayant réuni les débris de son armée , opéra sa jonction avec le duc d'Alençon, et le mit ainsi à la tête de trente mille hommes. D'autre part le roi de Navarre, dans l'église de Tours, déclarait n'avoir cédé qu'à la force et rétractait l'abjuration qu'on lui avait arrachée lors de la St- Barthélémy. L'armée des confédérés , redoutable par le nombre et la bonne tenue , se trouvait avoir trois princes du sang à sa tête ; de plus on se fatiguait d'un roi qui ne savait s'occuper que de parures et qui courait les foires et les rues , insultant les bourgeois et jouant de la dague avec eux.
Henri 111 comprit bien que sa position était mauvaise , il
voulut à tout prix désarmer les ennemis qui le serraient de plus près , et par la paix de Loches , de Beaulieu ou de Monsieur, (car elle porta ces trois noms) , il accorda d'immenses avantages aux confédérés (mai 4576.) Ils avaient le libre exercice de leur religion partout où les seigneurs le permettraient, pouvaient enterrer leurs morts dans les cimetières et jouir de toutes les prérogatives auxquelles avaient droit de bons et fidèles sujets. La St-Barthélémy était blâmée, les enfants des victimes exemptés de l'arrière-ban s'ils étaient gentilshommes , et de la taille s'ils étaient manants. La mémoire de Goligni était réhabilitée , les prêtres mariés ne pouvaient être poursuivis, et il leur était loisible de tester. Comme garants de ces conditions les religionnaires devaient être jugés par des chambres où siégeraient au moins la moitié des membres de leur secte ; on leur livrait de plus, entr'autres places de sûreté , Beaucaire, Périgueux y Aiguës -Mortes, Nyons et Issoire. Les chefs étaient comblés de présents : le duc d'Alençon recevait V Anjou, le Berri et la Touraine en toute souveraineté ; Condé , le gouvernement de Picardie ; le prince Casimir, la solde de ses troupes , la seigneurie de Château-Thierry, une compagnie d'hommes d'armes et une pension ; c'était un véritable démembrement de la France au profit des calvinistes.
Cet accord devait nécessairement faire crier les catholiques , c'est ce qui arriva ; de toutes parts on se plaignit d'une paix si honteuse , qui , d'un seul trait de plume , effaçait les sanglants avantages de la St-Barthélémy. On disait aussi que le roi , malgré les belles processions qu'il commandait et auxquelles il assistait en grande dévotion , n'était pas assez catholique pour le peuple de France ; ce qu'on voulait, c'était, disaient les pamphlets , un homme jeune et pieux qui eût été blessé pour la religion catholique et qui fût de race royale. On désignait ainsi le duc de Guise , que sa blessure avait rendu l'idole du peuple et qu'on faisait descendre en ligne directe de Pépin , père de Charlemagne. De toutes parts des associations se formèrent pour le maintien de la foi et l'extinction des calvinis-
tes. Déjà des essais de ligue avaient été tentés , on s'était réuni pour s'opposer aux huguenots, mais jusqu'alors on n'avait point généralisé les démarches ; il n'en fut pas de même cette fois. Née en Picardie , dans une des provinces les plus pieuses de la France , à l'instigation de d'Humières, gouverneur de Péronne, de Roye et de Montdidier, qui craignait de perdre son emploi , si Gondé possédait tranquillement la Picardie , la ligue ne tarda pas à faire de rapides progrès ; quiconque n'y accédait aussitôt, disait le manifeste (\) , était regardé comme mauvais politique et poursuivi comme tel ; les ligueurs devaient consacrer leur argent et leur vie au maintien de la religion catholique , et à la défense du roi , pourvu qu'il revint sur la paix dite de Monsieur : ils juraient de plus obéissance à un chef qui n'était pas encore nommé, mais que tous savaient bien être le duc de Guise, et ils ne pouvaient se faire juger par les tribunaux sans obtenir son autorisation.
La France se trouvait encore partagée comme aux premiers temps du royaume Franc ; le nord combattait pour sa foi , sous un chef à lui , sans s'inquiéter s'il luttait ou non contre le roi ; le midi défendait ses privilèges et mettait en avant les princes du sang ; le nord était comprimé par une seule volonté , assujéti à un pouvoir éminemment conservateur; le midi était divisé dans ses chefs , divisé dans ses opinions. Ici le duc de Guise est seul chef et ne doit compte de ses actions à personne ; pourvu qu'il écrase le calvinisme peu importe ou non qu'il renverse le faible Henri III et se mette à sa place, comme autrefois Pépin et Childéric III. Là , c'est le duc d'Alençon nommé duc d'Anjou depuis la dernière paix qui ne veut que des honneurs et quelques avantages particuliers ; c'est le roi de Navarre dont on ne connaît encore que les désordres amoureux , et enfin Gondé , le seul chef aimé des calvinistes , Gondé jaloux de ses rivaux en pouvoir , opposé aux vues républicaines de la Ro-
(4) On peut voir cet acte dans d'Aubigné Hv. III c. 3. Le sire d'Haplaincourt parcourut la province pour le faire signer.
chelle , et qui peut-être a déjà envié le titre de roi du midi. C'est cependant de cette faction que sortira le pacificateur, mais pour arriver à ce but il devra se transformer , et , quoique poussé par le midi , adopter les opinions du nord. Quant à Henri III, personne n'y songe, les catholiques outragent sa majesté, les calvinistes réclament l'exécution du traité signé et le paiement des sommes promises. Contre ces récriminations, Henri eut recours aux États-Généraux , et il les convoqua à Blois, espérant y trouver un esprit de modération qui lui permettrait d'étouffer du même coup la ligue et la confédération calviniste.
Il n'en fut rien ; la ligue étendait au loin ses racines et était déjà un arbre trop fort pour qu'on pût le renverser facilement. Les États composés des plus ardents catholiques ne se laissèrent nullement toucher des avances que fit le roi ; en vain présidat-il lui-même la séance d'ouverture , en vain , dans un discours sage et mesuré, proposa-til de chercher les moyens de conciliation ; l'assemblée lui répondit tout d'une voix qu'il devait d'abord éteindre le calvinisme, et publier en France le concile de Trente. Battue sur ce point , elle n'en demanda pas moins que ses décisions eussent force de loi. Effrayé de la tournure que prenaient les États, Condé en appela de nouveau à Dieu et à ses armes victorieuses, et la guerre recommença avec vigueur ; seulement le duc d'Anjou , qui n'espérait plus rien obtenir , se tourna contre ses anciens amis et commanda l'armée royale. Inutile de dire que le duc de Guise lui fut donné comme lieutenant-général. Quant à Henri III , ne pouvant arriver à ses fins, il prit le seul parti qui convint à sa faiblesse ; il se fit déclarer chef de la ligue, et s'applaudit d'une action qui le livrait ainsi à son ennemi, car le duc de Guise était l'âme de la ligue , c'était pour lui qu'elle avait été faite, et sous le titre de lieutenant , il conduisait le royaume.
Pendant ce temps , la guerre se traînait avec lenteur , ou pour mieux dire se passait en défis , en embûches ; plus de beaux faits , plus de sièges de villes importantes ; en vain on
cherche au milieu de cette multitude de petits combats, ou n'y trouve qu'intrigues et toujours intrigues ; c'est Catherine de Médicis qui persuade à Damville de changer de parti , et lui donne le commandement d'une armée royale. Une autre fois elle neutralisera les efforts du roi de Navarre en lui conduisant sa femme à qui elle a donné un nombreux cortège des plus belles filles d'honneur qu'elle a pu trouver , et tandis qu'Henri de Béarn et ses capitaines se laissent prendre à ce leurre , elle leur enlève une ville (La Réeole) pendant un bal. D'ailleurs le duc de Guise, ayant fait déclarer la guerre pour se rendre l'ami du peuple , avait fait refuser les subsides pour montrer l'incapacité du roi. Un traité seul pouvait sauver le royaume, Henri le savait, il y apporta tous ses soins et fit signer à Poitiers la paix du roi , comme il se plaisait à l'appeler, et, à vrai dire , c'était son œuvre. (Septembre 1577.) On y déclara la prépondérance de la religion catholique, mais la réformée ne perdait aucun de ses anciens avantages. La liberté de conscience subsista, seulement on réduisit à neuf le nombre des places de sûreté dont jouissaient les calvinistes ; on leur permettait d'avoir des troupes et on leur accordait des juges établis exprès pour eux dans chaque parlement. A ces conditions , ils devaient payer les dîmes, restituer les biens d'église dont ils s'étaient emparés et chômer extérieurement les jours de fêtes catholiques. Henri IU déclarait que la St-Barthélémy avait ensanglanté la France à son très grand regret et déplaisir , et il profitait de cet édit pour casser et annuler « toutes ligues, associations et confré-
3 ries , faites et à faire sous quelque prétexte que ce soit
» défendant expressément à tous nos sujets de faire dorénavant » aucunes cotisations et levées de deniers, fortifications, enrô- » lements d'hommes , congrégations et assemblées , sous peine » d'être punis rigoureusement comme contempteurs et infrac- » teurs de nos ordonnances. »
Cet accord fut publié en soixante-quatre articles, sans compter quarante-huit autres secrets, par lesquels les prêtres, religieux ou religieuses , ayant contracté mariage , no pouvaient
réclamer aucune succession, ni transmettre à leurs enfans que les biens meubles et les seuls immeubles acquis de père et de mère , mais ils ne devaient pas être inquiétés à cet égard. La paix de Nérac , signée dans le même temps , (28 février 4579) parut mettre fin à la guerre.
Des intrigues sans nombre divisaient la cour de France ; c'étaient des orgies chez le roi , chez la reine-mère , des duels à toute outrance pour les causes les moins importantes , pour un propos offensant, et ces duels finissaient par dégénérer en combats de six contre six ou même plus. Puis , pendant la nuit , le roi et ses Mignons se déguisaient en femmes, couraient les rues, insultaient les bourgeois paisibles et se déshonoraient à tel point que de long-temps on n'avait entendu redire tant de désordres. Le lendemain pour en imposer au peuple et se montrer bon catholique, Henri , nu-pieds et un cierge à la main , suivait les processions jusqu'à ce que l'heure avancée du jour lui permît de recommencer ses orgies. Ce fut cependant alors qu'on institua l'ordre du Saint-Esprit (décembre 4578.) Le roi avait espéré réunir ainsi les nobles et s'opposer aux Guises dont le parti croissait chaque jour en force et en nombre. Mais la Majesté royale était devenue trop méprisable , pour qu'il put atteindre ce but ; c'est sur ces entrefaites que l'on apprit que la guerre avait recommencé dans le Midi.
Les catholiques étaient irrités des avantages qu'on avait accordés aux calvinistes, et ceux-ci craignaient qu'on ne vînt les leur ôter ; ce ne fut pas cependant cette cause , si l'on en croit presque tous les historiens, qui détermina ce nouvel appel aux armes. Depuis long-temps la belle Marguerite demeurait près de son volage époux sans qu'aucun nuage de jalousie se fût élevé entr'eux. Henri III, craignant que sa sœur ne se fit calviniste et n'entraînât avec elle beaucoup de partisans , écrivit au roi de Navarre pour le prévenir des désordres de sa femme ; il n'en fallut pas davantage pour irriter la reine de Navarre. Soudain sa cour , qui n'avait jamais retenti que des cris de plaisir, fut agitée, on n'entendit que le bruit du fer
et des armures ; les intrigues amoureuses firent place à la politique, et ce conseil, qui naguères ne jugeait que les fêtes et les préparatifs de danses et de festins , ne fut occupé qu'à disposer des marches et à étudier des sièges de villes. Marguerite employa le crédit que sa beauté, ses grâces, son esprit lui avaient donné sur les gentilshommes voisins , et bientôt elle les enrôla sous l'étendard de la révolte. Biais une guerre ainsi entreprise ne pouvait être sérieuse ; le seul exploit marquant fut , après cinq jours de combat acharné , la prise de Cahors par le roi de Navarre, et bientôt des conférences s'ouvrirent dans le château de Fleix en Périgord. Ici , comme dans tous les autres actes de ce règne, on retrouve la politique double de Catherine de Médicis ; pendant qu'on traite de la paix, elle fait signer une trêve pour un rayon de trois lieues à peine ; on n'y pense plus aux affaires sérieuses : catholiques et calvinistes reviennent à leurs intrigues amoureuses ; on ne songe qu'à de nouveaux plaisirs , et on oublie, au milieu de fêtes sans cesse renaissantes, les grandes préoccupations du moment. Mais malheur à qui se laisse entraîner hors du rayon prescrit pour la trêve , car là est encore la discorde avec ses cruelles fureurs; les champs de bataille sont jonchés de cadavres ; enfin heureusement les traités de Fleix et de Outras mirent fin à une guerre que n'avait excitée aucun motif honorable , qu'aucun exploit n'était venu relever dans l'opinion publique , et qui n'avait servi qu'à montrer la petitesse de ce règne. Calqué en tout sur lo traité de Bergerac, celui de Fleix (26 novembre 4580) n'avait d'autre motif que de terminer la guerre. Cependant la lassitude générale était telle que plusieurs années de paix suivirent. Henri ni confirma cet accord à Blois le 26 décembre et le parlement de Paris l'enregistra le 26 janvier suivant.