CHAPITRE XLIII
DEPUIS E.A flORT DE HENRI III
JUSQU'A L'BITRÉK DE HBNHI IV A
La mort de Henri m , aussitôt qu'elle fut connue à Paris , y excita les transports d'une joie bruyante et mal contenue ; mademoiselle de Montpensier sauta au cou du messager qui lui annonça cette nouvelle , monta de suite dans son carrosse et aux acclamations de la multitude elle criait de rue en rue : le tyran est mort, vive Jacques Clément. Dans les églises le nom de cet assassin fut béni à l'égal d'un saint : on lui éleva des autels, et les plus fougueux prédicateurs prononcèrent l'éloge de son martyre ; on redisait comment , tombant sous les coups des royalistes, il avait étendu les bras en croix et était mort comme Jésus-Christ pour racheter Israël. Le peuple naguères désespéré courait aux armes, disant qu'il ne voulait pas, pour roi, d'un relaps et d'un excommunié. Echo de ces bruits tumultueux, la Sorbonne se hâta de s'assembler, et dans un manifeste
qu'elle s'empressa également de publier , elle déclara que l'obéissance à un hérétique était une hérésie. Mayenne , chef de la ligue, était désigné généralement par les Parisiens comme successeur du faible Henri III , et il est hors de doute que si le duc de Guise n'avait payé de sa vie son ambition, il se serait assis sur un trône qu'il avait si long-temps souhaité. Mais Mayenne n'avait rien de son frère , pas même son désir de grandeur ; il voulut réfléchir , et pour gagner du temps il fit déclarer roi le cardinal de Bourbon (7 août.) Sans doute c'était Mayenne qui était appelé à gouverner, mais ce n'en était pas moins une grande faute , puisqu'il reconnaissait ainsi les droits de la maison de Bourbon. Quant à Charles X , tel était le nom que l'on donna au nouveau roi , il ne fit guères d'autre acte d'autorité que de rendre, le 45 décembre 1 589, un édit par lequel on cesserait , à partir du i *' janvier suivant, de frapper des francs et des demifrancs au nom de Henri II , et on commencerait à fabriquer à son nom des ecus et des demi-écus au soleil, des quartcïécus, etc., aux mêmes conditions que sous le règne précédent. Tandis que les Parisiens se livraient à la joie , la division éclatait dans l'armée royale : les uns refusaient d'obéir à un hérétiqueet voulaient que sur le cadavre de son prédécesseur il abjurât le calvinisme ; mais Henri IV , sans être profondément attaché à aucune secte religieuse , savait bien que cette abjuration n'avancerait pas ses affaires, qu'au contraire on l'accuserait d'avoir sacrifié sa foi et ses croyances à son ambition. En vain il demanda du temps , assura les catholiques de son respect pour l'église Romaine et promit de se faire instruire ; en vain dans un mouvement d'enthousiaste fidélité Givry s'était écrié , vous êtes le roi des braves , sire , et ne serez abandonné que des poltrons ; des défections nombreuses , à la tête desquelles on voyait le duc d'Epernon , vinrent affaiblir ses forces ; d'autres seigneurs, tels que Biron, connaissant les embarras qui entravaient la marche du gouvernement , mirent leur dévouement à prix. Ainsi réduite , l'armée royale fut forcée de lever le siège de Paris , et de se retirer en Normandie.
Henri voulait passer en Angleterre et réclamer les secours que lui avait promis la reine Élisabeth, mais on lui représenta que cette démarche serait interprétée comme une fuite , et il se rendit à ces raisons.
L'armée des Ligueurs , conduite par Mayenne en personne , s'était mise à la poursuite des calvinistes espérant , disait-elle , ramener Henri IV lié et garrotté ; le bruit courut qu'entouré de toutes parts, le Béarnais allait être pris et conduit à Paris; plusieurs bourgeois louèrent même fort cher des fenêtres pour assister à ce spectacle. Pendant ce temps les deux armées en étaient venues aux mains près de la petite ville d'Arqués , où Henri IV avait établi un camp retranché ; il n'y eut pas positivement une bataille rangée , mais une foule de petits combats où Mayenne vit déjouer ses projets par l'intrépidité et l'esprit militaire du roi (septembre 4589). Mayenne fut contraint de se retirer , et il se dirigea sur Amiens pour opérer sa jonction -avec le duc de Parme.
Pendant ce temps , Henri IV, qui venait de recevoir des secoure d'Angleterre (cinq mille fantassins Anglais et Ecossais), résolut d'étonner ses adversaires par une entreprise hardie. Il partit , le \ 9 octobre , avec vingt mille fantassins , trois mille chevaux , quatorze pièces de canon , et les Parisiens se berçaient encore de l'espoir de remporter la victoire , que déjà les troupes royales investissaient de nouveau leur ville. Les faubourgs furent livrés au pillage , sauf les églises que le roi protégea , car il voulait montrer son respect pour la religion catholique (1 novembre 1589). Deux jours après , Mayenne rentra cependant dans Paris. Trop faible pour résister aux Ligueurs , le roi donna l'ordre de la retraite , et ses troupes prirent leurs quartiers d'hiver dans les provinces fidèles. Néanmoins Henri IV avait fait un grand pas ; il venait en effet d'être recounu par l'Angleterre , les provinces unies , la Suède , le Danemarck, et même par des puissances catholiques telles que Venise , les ducs de Mantoue et de Ferrare. On disait que le pape aussi penchait à la paix.
Les succès de l'armée royaliste furent encore plus grands l'année suivante (1590) ; Mayenne avait obtenu un nombreux secours d'Allemands et d'Espagnols et comptait dix mille hommes de plus que Henri IV , qui en avait à peine onze mille , ce fut en vain ; il croyait poursuivre l'armée royale , et il fut étonné de la trouver fortifiée sur les bords de l'Eure près de la petite ville d'Ivry (1 4 mars \ 590). Le combat dura à peine deux heures ; l'habileté avec laquelle Biron avait rangé les royalistes , l'intrépidité du roi , l'enthousiasme du soldat, déterminèrent facilement la victoire. Henri IV , avant d'engager l'action , s'était écrié : « Mes compagnons, Dieu est » pour nous : voici ses ennemis et les vôtres ; voici votre roi ; » donnons à eux. Si vos cornettes vous manquent , ralliez-vous » à mon panache blanc : vous le trouverez toujours au chemin » de l'honneur et de la victoire. » On aurait pu, en effet, le remarquer au milieu des bataillons les plus épais : comme un simple soldat , Henri payait de sa personne et ne reculait devant aucun danger. Mayenne avait mal fait ses dispositions ; sa plus grande force consistait dans les reitres, mais ces soldats, en général peu disciplinés, avaient l'habitude de se glisser entre la cavalerie , et, après avoir porté leurs coups, de venir se remettre en ordre derrière ce rempart. Le vicomte de Tavannes, qui avait été chargé de ranger en bataille l'armée des ligueurs, n'avait point prévu cette manœuvre , ni mis assez d'intervalle ; les reitres se replièrent sur le corps de lanciers que commandait Mayenne et y portèrent le désordre. Henri , à qui ce mouvement n'avait pas échappé , s'avança , et dès lors les ligueurs furent mis en fuite ; les Suisses, encore rangés en bataille, furent reçus à quartier, mais les reitres furent impitoyablement massacrés : « Main basse sur l'étranger , et sauvez les Français, » criait Henri , et cette parole contribua encore à accréditer sa réputation d'humanité. Davila porte à six mille hommes la perte de l'armée de la ligue. La victoire d'Ivry était la plus J>eUe et la plus complète depuis le commencement de la guerre civile , et Henri se posait dès lors en chef invincible.
Pendant que Mayenne courait en toute hâte presser les secours du duc d' Albe, Nemours, qu'il avait laissé pour gouverner Paris, songea à atténuer le coup de cette victoire; il s'adressa à t'un des plus fougueux prédicateurs de la ligue , et celui-ci, ayant pris pour texte de son discours : Dieu châtie ceux qu'il aime , annonça la défaite d'Ivry avec tant d'éloquence , que personne dans l'assemblée ne se laissa aller au découragement ; l'union fut de nouveau jurée , et la Sorbonne déclara qu'on ne pouvait obéir à un hérétique , quand bien môme il se convertirait , quand bien même le pape lui pardonnerait ses fautes. Les duchesses de Nemours et de Montpensier parcoururent les rues, et leur présence excita encore l'enthousiasme du peuple. La mort du cardinal de Bourbon qui arriva sur ces entrefaites passa inaperçue ; il fut résolu que rien ne serait changé jusqu'à l'assemblée des états-généraux , et que ceux-ci décideraient à qui le trône appartiendrait.
Henri IV devait profiter de sa victoire et venir fondre sur Paris, car dans cette ville était la force de la ligue ; mais soit qu'il ne crût pas ses troupes assez nombreuses , soit qu'il voulût s'assurer une retraite, il perdit un temps précieux à's'emparer de Chevreuse, Montlhéry, Gorbeil et autres petites places des environs de Paris ; il arriva cependant devant cette ville le 8 mai 4 590 et en forma aussitôt le blocus à la tête de douze mille hommes d'infanterie et de trois mille chevaux. La place était forte, bien approvisionnée , et les bourgeois, excités par les prédications, ainsi que par les discours fanatiques des Seize, étaient prêts à supporter les horreurs d'un long siège. Leur zèle était encore ranimé par les processions que faisaient les prêtres, l'épée nue à la main ; on jurait devant l'autel de Ste-Geneviève de s'ensevelir sous les ruines de la ville plutôt que delà rendre.L'armée royale avait ri de toutes ces marques extérieures d'une dévotion outrée ; mais lorsqu'ils virent ces mêmes hommes défendre les remparts avec l'acharnement que peut donner le zèle religieux , les chefs parurent étonnés , et il ne fallut rien moins que les lazzis de Henri IV pour les retenir.
Cependant la famine se faisait sentir dans la ville : les boucheries commençaient à se vider et déjà on exposait en vente la chair des chevaux et d'autres animaux; cette disette augmenta encore ; en vain l'ambassadeur d'Espagne ouvrit les portes de son hôtel et nourrit, tant qu'il le put, un certain nombre de familles ; en vain les duchesses de Nemours et de Montpensier firent fondre leur vaisselle et vendirent leurs bijoux ; en vain le légat du pape joignit, aux secours fournis par son maître, sa propre argenterie, ces ressources précaires ne pouvaient diminuer l'horreur du siège. Les pauvres furent obligés de se nourrir des herbes arrachées dans les rues désertes ; on fit de la farine avec des ossements humains et une mère se rassasia des entrailles de son fils. Malgré tout on ne parlait pas de se rendre; quoiqu'Henri, touché de cette misère , eût envoyé des secours à son pauvre peuple, il n'était pas moins regardé comme la cause de ces maux, et la haine qu'on lui portait s'en était accrue.
Sur ces entrefaites le duc de Parme vint à la tête de ses troupes , força Henri de lever le siège et emporta d'assaut la ville de Lagny. L'armée royale espérait pouvoir réparer dans une bataille rangée les désastres que la venue de ce chef lui avait causés, mais le duc de Parme ne voulut pas courir les chances d'un combat qui ne pouvait lui procurer aucun avantage ; après avoir ravitaillé Paris, il retourna en bon ordre, campant dans les endroits les plus fortifiés et défiant ainsi la fougue de Henri IV. Celui-ci, voulant faire oublier cet échec, tenta coup sur coup deux surprises sur Paris ; mais la misère avait été trop grande pour que le peuple se livrât à une joie si prompte : on découvrit ces attaques et Henri désespéré courut mettre son armée en quartiers d'hiver ; quant à lui il se retira en Normandie , voulant ainsi se rapprocher de l'Angleterre d'où il tirait une grande partie de ses forces.
L'année suivante il choisit le vicomte de Turenne et l'envoya en Angleterre, en Allemagne, et jusque dans les Pays-Bas demander du secours ; partout on avait peur de voir s'augmen-
ter la puissance de la maison d'Autriche déjà si riche , et on craignait que, par ses alliances, elle n'obtint la monarchie universelle ; aussi le vicomte de Turenne ramena une brillante armée avec laquelle Henri envahit Rouen. Charles , duc de Guise , venait de briser ses fers et s'était enfui du château de Tours où il était enfermé , mais au lieu de regretter son prisonnier , le roi dut se réjouir que sa fuite eût suscité un nouveau compétiteur au trône , compétiteur qui diviserait ainsi le parti des ligueurs; en effet lorsqu'ils apprirent cette délivrance, les Seize qui depuis long-temps voulaient dicter des conditions à Mayenne , les Seize appelèrent le jeune duc à leur tête et se donnèrent à lui. En un mot tandis que l'armée royale se consolidait chaque jour , les ligueurs se désunissaient de plus en plus, et le parti des politiques , secrètement attaché à Henri IV^ gagnait de nouveaux adeptes. Le roi d'Espagne avait cependant aussi un grand nombre de partisans , et Ton faisait courir le bruit du mariage de sa fille avec un prince delà maison de Guise. Paris était dans le trouble le plus grand; les Seize avaient en effet profité de l'absence du duc de Mayenne pour arrêter et faire exécuter plusieurs membres du parlement et à leur tête était le président Brisson ainsi que Larcher et Tardi ; ils prétendaient à tort ou à raison que ces magistrats entretenaient des communications avec le Béarnais , et voulaient lui livrer la ville. A dater de ce jour Jeannin et Villeroi leur devinrent également suspects. Pendant que ces choses se passaient à Paris, le roi , qui venait de resserrer ses traités avec les protestants étrangers , crut devoir revenir sur les édits de ses prédécesseurs , surtout sur le dernier (1 9 juillet 1 585) dont nous avons redit la sévérité , et qui interdissait le culte réformé dans tout le royaume. Cependant il n'osait pas non plus prendre hautement le parti des calvinistes dans la crainte d'éloigner les catholiques qui servaient dans ses rangs. Par un édit , signé le 24 juillet \ 594 , il se contenta de déclarer que les derniers édits, faits par les rois ses prédécesseurs sur les troubles du royaume, seraient inviolablement observés , ce qui ré-
tablissait complètement les concessions accordées par les traités de Bergerac et de Fleix.
Néanmoins Henri IV n'avançait pas beaucoup au siège de Rouen; cette ville avait pour gouverneur le brave Viilars- Brancas , un des plus vaillans hommes de son temps , et il avait juré de mourir sur la brèche plutôt que de la livrer. Bientôt après on apprit que le duc de Parme s'approchait ; Henri , à celte nouvelle , détacha quelques gentilshommes , et courut , à la tête de six mille chevaux , inquiéter l'armée ennemie, avec une bravoure qui faillit lui devenir funeste. Dans une rencontre près d'Aumale , le roi, à la téte de sa faible escorte , pénétra dans les bataillons les plus épais et vint si près de la tente du duc de Parme, qu'il vit ce vieux chef, en litière , porter des ordres aux généraux qui commandaient sous lui. A l'aspect de ce vieillard , Henri s'arrêta saisi d'admiration , et pendant ce temps l'armée ennemie l'entoura ; mais le duc de Parme donna des ordres pour arrêter l'impétuosité du soldat, interrogé le soir sur les raisons qui l'avaient décidé à en agir ainsi , il répondit qu'il croyait avoir affaire à un général et non à un chef d'aventuriers. Henri , en effet, doué d'une grande bravoure, aimait à se signaler par de hauts faits , qui le faisaient chérir du soldat. Cette fois il faillit payer cher sa gloire ; il n'échappa que par le dévouement des gentilshommes de sa suite, et après avoir reçu une blessure dans les reins. Quoiqu'il en soit , l'enthousiasme des troupes royales s'en était accru et Duplessis-Mornai n'était qu'un écho en écrivant au roi : « Sire, vous avez assez fait l'Alexandre, » il est temps que vous soyez Auguste ; c'est à nous de mourir » pour vous, et c'est là notre gloire ; à vous, sire, de vivre pour » la France ; et j'ose dire que ce vous est un devoir. » (4592.)P Les savantes manœuvres du duc de Parme forcèrent Henri de lever le siège de Rouen ; contraint de fuir une seconde fois devant les Espagnols , il s'attacha à leur poursuite et leur offrit le combat. Le duc de Parme n'était venu en France que pour délivrer Rouen , et se souciant peu de la vaine gloire-
d'un triomphe , il apporta tous ses soins à se fortifier de manière à ne pouvoir être attaqué. Il fut cependant surpris par les troupes royales à Caudcbec ; Henri espérait même prendre sa revanche dans cette ville , mais les lenteurs du maréchal de Biron, qui voulait, disait-on , continuer une guerre où il trouvait son avantage, ainsi que l'habileté du duc de Parme permirent aux Espagnols de s'échapper ; pressés par les troupes royales, ils passèrent la Seine sans être vus , mais ils perdirent leur général dans cette belle retraite, et Henri put avec raison se réjouir de sa victoire (1592).
Ce fut au mois de janvier suivant que s'ouvrirent à Paris les États-Généraux ; on y remarquait peu de nobles mais un grand nombre de députés du Tiers-État, presque tous dévoués à l'Espagne. On y proposa l'abolition de la loi salique et la nomination au trône de la fille de Philippe II. Cette princesse devait épouser un des princes de la maison de Guise. Mais le parlement , quoique captif et estropié, selon les fortes expressions de Péréfixe, l'historien d'Henri IV , repoussa un acte si contraire à la nationalité , confirma Mayenne dans la lieutenance- générale du royaume, et dès-lors les États assemblés parurent rester dans le doute ; d'ailleurs Mayenne , jaloux à l'excès de son neveu, eût mieux aimé appeler le Béarnais dans Paris que de se soumettre à un prince de sa famille. Des conférences furent ouvertes entre les royalistes et les ligueurs , et bientôt une courte trêve donna aux deux partis un moment de repos qui leur était nécessaire.
Henri voyait chaque jour surgir de nouvelles difficultés , et ses meilleurs amis, même les calvinistes, l'engageaient échanger de religion, puisque c'était le seul moyen de pacifier la France ; d'ailleurs la division éclatait parmi les gentilshommes de son armée. Les nobles se fatiguaient d'une guerre sans profit pour eux et si différente de celles entreprises sous Henri IH ; car, sous ce règne, après chaque bataille, ils revenaient se reposer de leurs fatigues à une cour brillante et sous les yeux d'un roi qui payait chèrement leur service ; tandis que maintenant cha-
que siège suivait une bataille rangée ; toujours à cheval, Henri IV ne récompensait leurs fatigues qu'en les conduisant de nouveau àl l'ennemi ; et qu'eût-il pu leur donner dans un moment où il n'avait pas même assez d'or pour solder ses troupes ? Aussi l'armée royale tendait à se dissoudre et la gatté du roi ne pouvait faire renaître la joie dans le cœur de ses soldats ; heureusement pour lui , il s'était , depuis long-temps instruit dans la religion catholique et il songea à abjurer le culte réformé. Le 25 juillet 1593, à neuf heures du matin, il se rendit à St-Denis , et pria l'archevêque de l'admettre dans le sein de l'Église Romaine ; ce prélat , après avoir reçu ses serments , lui pardonna ses erreurs passées et le déclara catholique à la vue d'une foule immense où Ton remarquait un grand nombre de Parisiens que n'avaient pu retenir les expresses défenses des ligueurs. Ce fut un vrai jour de fête pour les Français, et Henri, par cet acte, vit s'applanir les difficultés qui l'éloignaient du trône ; aussi lorsqu'il eût été sacré à Chartres au mois de février suivant , on put prévoir qu'il ne tarderait pas à faire rentrer son royaume sous l'obéissance. De toutes parts les portes des villes s'ouvrirent devant le roi ; Vitry, gouverneur deMeaux , donna l'exemple, d'Alincourt remit Pontoise , le maréchal de la Châtre livra Orléans et Bourges , et par les soins de son gouverneur Ornano , la ville de Lyon reconnut l'autorité royale.
Il ne restait plus à conquérir que Paris , et encore un nombreux parti s'était déclaré dans cette ville pour le Béarnais ; en vain les ligueurs réunissaient tous leurs efforts ; la satyre mérrippée venait de leur porter un coup terrible ; les Parisiens se fatiguaient de la cruauté des Seize , et on parlait publiquement dans les rues de la grâce d'Henri IV, de ses manières affables et de sa bravoure. Enfin tandis que le duc de Mayenne était allé chercher des secours en Espagne , le maréchal de Cossé-Brissac profita de son absence pour livrer Paris moyennant 695,000 livres. Henri fit une entrée solennelle (22 mars 1594) par la même porte qui, six ans auparavant, avait vu la
fuite de son prédécesseur ; le peuple, accouru sur son passage, montra aux ligueurs que de ce jour ils avaient perdu tout pouvoir. Le roi alla d'abord à Notre-Dame rendre grâce à Dieu ; puis , pour montrer qu'il n'avait point gardé rancune des outrages qu'on lui avait fait subir , le soir môme de son entrée , il joua aux cartes, avec MUe de Montpensier.