‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 63 sur 68 · BIS · texte numérisé non relu

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d'Espagne pour en jouir lui et ses successeurs sous la mouvance de la couronne ; Philippe acheta cet avantage par la reddition de Calais , Douliens et le Catelet , qui furent pour toujours réunis à la France.

Débarrassé de cette guerre, Henri put porter tous ses soins vers l'administration de son royaume ; peu de jours même avant que la paix fût publiée, il avait rendu l'éditde Nantes, (1 3 avril \ 598) en quatre-vingt-douze articles, non compris cinquante-six secrets qui fixa l'état politique des protestants. Cet édit, basé sur ceux de Poitiers , de Bergerac et de Fleix , rendu dans la ville dont il porte le nom , pendant un voyage que Henri IV fit en Bretagne, était l'œuvre de quatre hommes habiles ; Schomberg, Jeannin, de Thou et Colignon y travaillèrent, soit ensemble, soit séparément , pendant près de deux ans. Le roi accordait aux calvinistes le libre exercice de leur religion, mais seulement dans les lieux où elle était déjà établie ; ils devaient néanmoins s'assujétir aux observances de Y église Romaine, ne point travailler publiquement les jours de fêtes , ni refuser de payer les dîmes , ni troubler les cérémonies catholiques ; à ces conditions ils pouvaient jouir des mêmes privilèges que les autres sujets , leurs malades entrer dans les hôpitaux , et leurs enfans prétendre à toutes les places de l'état. Il devait de plus y avoir dans chaque parlement une chambre qu'on appela depuis la chambre de Véditqm remplaçait les chambres mi-parties dans les parlements de Paris et de Rouen. Elle jugeait en dernier ressort les procès où les calvinistes étaient parties principales et l'un des conseillers dont elles se composaient devait appartenir à la religion réformée. Ces chambres ne furent supprimées qu'en 4660. Par les articles secrets, les protestants avaient un certain nombre de places de sûreté et 88,000 francs tous les ans pour en payer les garnisons. Le parlement refusa d'enregistrer cet édit, mais le roi , en ayant fait venir les membres au Louvre , obtint ce qu'il désirait.

Henri IV n'avait encore aucun enfant légitime à qui il put laisser le trône qu'il avait conquis avec tant de peines, et les

seigneurs de sa cour l'engageaient à solliciter du pape l'autorisation d'un divorce ; mais Marguerite de Valois , avait ressenti un violent chagrin de l'amour qu'Henri IV portait à Gabrielle d'Estrées , la compagne de ses malheurs comme de sa gloire ; elle se persuada avec raison que le roi voulait faire asseoir sa maîtresse sur le trône et elle s'opposa de toutes ses forces à ce projet. Elle était appuyée par Rosny, l'ami de Henri IV et son plus fidèle conseiller , qui voyait avec peine l'intérêt de la France sacrifié à une intrigue amoureuse. La mort subite de Gabrielle mit fin à leur inquiétude. Le roi, à cette triste nouvelle, conçut un violent chagrin : on disait publiquement que sa mal tresse avait été empoisonnée, et il jura de la venger , mais il ne put découvrir l'auteur du crime. Puis après un mois, comme tout s'oublie vite à la cour, il contracta de nouveaux engagemens de cœur avec la belle et fière Henriette d'Entragues. Elevée dans la dissimulation et incapable de ressentir un amour désintéressé , Henriette , aussi jolie que Gabrielle , mais plus rusée et plus hardie , ne tarda guères à obtenir du roi des titres et des honneurs ; Henri IV la fit marquise de Verneuil et donna l'ordre à Sully de trouver immédiatement 4 00,000 écus. Ce n'était pas encore assez pour Henriette ; elle arracha du roi une promesse de mariage dans le cas où elle lui donnerait un fils dans l'année. En vain Sully, dans l'espoir d'ouvrir les yeux de son royal ami , lui représenta les malheurs inévitables qui résulteraient de cette union ; en vain ce sage conseiller porta l'audace jusqu'à déchirer la promesse écrite par le roi ; Henri s'enfonça de jour en jour dans un amour qui devait lui causer de vifs chagrins. Disons cependant à sa louange que , voulant récompenser la noble franchise de Rosny, il lui donna la charge de grand maître de l'artillerie (43 novembre 4 599) ; cette place était alors vacante par la démission d'Antoine d'Estrées.

Quoiqu'il en soit, Rosny n'oublia pas l'intérêt du ror, et s'étant rappelé que ce prince avait, dans un moment de détresse, emprunté au duc de Florence une somme considérable , il obtint que des ambassadeurs seraient envoyés pour demander la

main de sa fille Marie de Médicis. A cette nouvelle, Marguerite, depuis long-temps retirée au château d'Uzèsen Auvergne, consentit au divorce, et le pape permit la dissolution de ce mariage sous le vain prétexte de parenté entre les deux époux. Henri se rappelait avoir vu un portrait de Marie et se réjouissait d'une union qui l'affranchirait de Henriette d'Entragues ; mais huit ans s'étaient déjà écoulés et Marie de Médicis n'avait plus cette fraîcheur que le roi avait admirée. Les noces ne s'en firent pas moins à Lyon, au milieu d'un grand concours de peuple.

Henri IV profita de son séjour en cette ville pour négocier avec Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie , la restitution du marquisat de Saluées , dont ce prince s'était rendu maître pendant les troubles de la ligue. Le duc vint en France , mais il ne put rien obtenir du roi ; il fut plus heureux près des principaux seigneurs et surtout de Biron dont le hautain orgueil devait causer la perte ; il se l'attacha tout-à-fait en lui promettant la main d'une de ses filles, et Biron reconnut dès-lors la suprématie de l'empereur. Mais sur ces entrefaites Henri IV ayant déclaré la guerre au duc de Savoie et ordonné de commencer les hostilités , Biron n'osa encore se déclarer ouvertement et bientôt Charles -Emmanuel perdit toutes les places qu'il possédait au-delà des Alpes (4604 .) Néanmoins , par le traité qui fut signé entre la France et lui , il fut décidé qu'il garderait le marquisat de Saluées , mais qu'il donnerait en échange la Bresse, le Bugey et les deux rives du Rhône jusqu'à Lyon. Cette entrevue avec le duc de Savoie fut fatale à Biron ; choqué des propos que ce duc prétendait tenir du roi, le maréchal , qui peu de temps auparavant avait fait à Henri IV l'aveu de ses fautes, s'enfonça plus avant dans la trahison; il s'engagea à ramener la France aux divisions territoriales du règne de Charles VI ; chargé d'une mission d'Henri IV pour Elisabeth , il partit peu après pour l'Angleterre. Sa trahison n'était plus un secret pour la reine ; prenant son bras , elle le conduisit à un balcon d'où l'on découvrait la place de Londres, et lui fit voir l'échaiaud sur lequel était monté le comte

(TEssex son favori ; puis elle lui dit : si j'étais à la place de mon frère , il y aurait des têtes coupées aussi bien à Paris qu'à Londres.

Pendant ce voyage Lafin , confident de Biron , apprit au roi le complot dans lequel avait trempé son maître ; questionné par Henri IV au moment même de son retour, le maréchal, ne sachant pas qu'il était découvert , refusa à plusieurs reprises de se justifier : Je suis venu à la cour , disait-il , pour demander justice de mes accusateurs et non réclamer un pardon. Il résista à toutes les sollicitations qu'on put lui faire et le soir il expiait son crime dans les cachots de la Bastille. Henri ne se contenta point de ce châtiment ; les pairs ayant refusé , sous divers prétextes, d'instruire le procès d'un maréchal de France, il ordonna au parlement de procéder à cette accusation , et traîna sur la sellette du criminel son camarade d'Arqués, d'1vry et de Fontaine-Française ; cruel pour la première fois de sa vie, il fit porter contre lui un jugement de mort et le mit à exécution. En vain la famille de Biron se jeta à ses genoux et les baigna de larmes ; en vain le maréchal lui-même fit valoir pour sa défense près de quarante blessures reçues au service du roi , en vain il nomma comme chefs du complot des seigneurs encore plus puissants que lui, Henri avait oublié les services rendus au Béarnais, et la tête du maréchal tomba sur l'échafaud ; seulement il accorda à la famille que l'exécution ne se ferait pas en place de Grève mais dans l'enceinte de la Bastille (34 juillet 4602.)

Ce châtiment, quelque rigoureux qu'il fût , n'empêcha point de nouveaux troubles d'éclater à la cour. L'adroite Henriette d'Entragues avait réussi à se faire appeler au Louvre par la reine elle-même qui se plaisait dans sa conversation ; mais bientôt Marie de Médicis dut regretter sa trop grande bonté ; caresses outrées , bouderies, caprices de toutes epèces, Henriette fit usage de ces armes , sur le faible cœur de son amant , pour perdre sa royale maîtresse. Grand fut l'embarras du roi placé entre deux femmes dont Tune était digne de son estime,

car elle était enceinte, et dont l'autre était aimée de toute la violence de son cœur ; on dit qu'il eût un moment le projet de renvoyer l'Italienne pour couronner sa maîtresse, mais Marie de Médicis lui donna un fils (Louis XIII) le 27 septembre 1604 , et par là assura bien plus sa puissance que n'aurait pu le faire les plus sages ordonnances ; d'ailleurs Henri commençait à se lasser de tous les caprices de sa hautaine maîtresse , et il résolut de rendre froideur pour froideur.

Henriette , qui elle aussi venait de mettre au monde un fils , surprise d'une conduite si étrange, doubla ses bouderies, mais sans obtenir aucun résultat ; alors elle demanda la permission de se retirer en pays étranger , ce qu'à son grand étonnement le roi lui accorda. Henri IV, en effet, pensait qu'elle voulait chercher un asile à la cour d'Angleterre, et il n'y voyait qu'un moyen de se débarrasser d'une femme qui avait usé toute la sensibilité de son cœur ; mais Henriette , qui n'avait jamais aimé , voulut frapper un grand coup pour se venger de ce qu'elle appelait l'affront royal ; elle communiqua ce projet à l'ambassadeur d'Espagne qui , y voyant un moyen de servir utilement son maître, lui offrit son appui. Henri, sans connaître à fond lesdesseins des conjurés, comprit qu'on machinait quelque chose contre lui , et il exigea des d'Ëntragues la remise de la promesse de mariage qu'il avait signéeà Henriette et que celle-ci, dit Mézerai, faisait sonner bien haut , la montrant à quiconque voulait la voir ; il l'obtint, mais après avoir lutté long-temps avec une force de volonté dont on ne l'aurait pas cru capable : dès-lors les d'Ëntragues , furieux de ce nouvel outrage , résolurent de ne plus rien épargner. Ayant inutilement tenté d'enlever le roi , ils formèrent une vaste conspiration dans laquelle entrèrent les anciens amis de Biron et Charles de Valois, duc d'Angouléme ; ils voulaient renverser le trône, puis , revendiquant les droits de l'enfant d'Henriette , le faire couronner au préjudice du dauphin. Ce complot fut découvert à temps. Henri , furieux d'avoir été ainsi la dupe d'une intrigue amoureuse , en fit saisir les chefs ; d'Ëntragues fut chargé de fers, et Henriette

vit des gardes à sa porte. Le parlement instruisit le procès , mais soit que la mort de Biron eut inspiré des regrets sincères au vainqueur d'Arqués et d'Ivry , soit que son cœur ne fût pas encore sourd aux suggestions de sa mattresse , il fit tratner le procès en longueur et finit par pardonner février 4605.)

Ces troubles n'avaient pu agiter le roi au point qu'il ne prît aucune part aux utiles réformes qui s'opérèrent sous son règne ; renfermé des journées entières avec son conseiller Sully, il méditait sur de sages et utiles projets, et l'avantage du peuple était toujours le mobilo de ses actions. Son vœu le plus cher était que chaque cultivateur pût mettre la poule au pot le dimanche , aussi l'agriculture fut-elle l'objet de ses soins ; on sait en effet ces paroles de Sully : le labourage et le pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée , les vrais mines et trésors du Pérou. Des règlements sages protégèrent le paysan contre les seigneurs et les agens du fisc, et des canaux facilitèrent le transport des denrées ; les étangs se comblèrent, les forêts s'éclaircirent, et un grand nombre de terres incultes furent cédées à l'agriculture. La navigation , jusqu'alors négligée, fut favorisée ; Henri fut le premier qui conçut le projet d'unir les deux mers par un canal , et l'on est surpris de la grandeur de cette pensée dans un siècle où les travaux s'exécutaient si lentement. Cependant malgré plusieurs essais, Henri ne laissa à sa mort aucun vaisseau. On lui doit l'embellissement de St-Germain et deFontainebleau ; Paris s'agrandit par ses soins; le Pontr-Neuf fut achevé ; le Louvre relevé, et de nombreux couvents tels que capucins, carmélites et feuilletons, etc, éprouvèrent sa générosité. Le commerce, presqu'éteint par le malheur des temps, prit une nouvelle croissance. En 1 604 une compagnie se forma et obtint une exemption de droits sur les marchandises qu'elle apporterait de ses deux premiers voyages aux Indes. Elle fut de plus nantie d'un privilège exclusif pendant quinze ans, et réunit des capitaux et des navires pour y faire des envois et en tirer des denrées. Des mûriers furent plantés, Lyon tissa de la soie, le cuir doré s'acheta

dans des fabriques Françaises , et rétablissement des Gobelins rappela ces beaux jours où Beauvais et Arras étalaient au monde surpris le luxe de leurs tapisseries.

Mais ce fut surtout vers les finances que se portèrent les soins du roi et de son ministre. Un énorme déficit , de lourdes charges que s'étaient imposées Henri IV pour acheter les ligueurs , une mauvaise administration avaient non-seulement épuisé le trésor, mais encore ruiné le peuple ; par des travaux qu'il surveilla ou fit lui-môme , par de nombreux voyages dans les provinces , Sully n'eut pas de peine à s'apercevoir des vices de l'organisation financière de la France ; de cent cinquante millions , trente à peine entraient dans les coffres du roi ; Sully parvint à réformer ces abus. Pour soulager le peuple 7 il lui remit 20 millions dus pour les années précédentes et deux millions pour l'année présente (1598.) En vain les traitans firent entendre de vives plaintes , Sully résista , et sûr de l'appui de son roi , il continua l'exécution de ses projets ; les fermes furent louées selon leur valeur et les comptes passèrent tous indistinctement à son contrôle; le nouvel intendant introduisit un si bel ordre dans l'organisation financière qu'il parvint en dix ans à acquitter deux cent millions de dettes , et qu'il mit en réserve, dans les caveaux de la Bastille, trente millions d'argent comptant. Cette confiance que le roi accordait à un sujet ne pouvait manquer d'exciter un grand nombre de jalousies , et plusieurs fois il se forma des ligues pour perdre le premier ministre; la plus redoutable fut celle de 1604 : le complot était si bien préparé qu'un moment le roi crut Sully coupable , et lui montra de la froideur. Déjà les courtisans se réjouissaient d'une chute prochaine, mais l'esprit droit de Henri IV et sa bonne fortune lui montrèrent bientôt les embûches qu'on lui avait dressées. A la vue de sa cour il prit le bras de Sully, puis, l'ayant mené à l'écart , il lui avoua les craintes qu'on était parvenu à faire germer dans son cœur ; à ce récit le premier ministre tomba aux pieds de son roi, mais Henri lui dit avec bonté : relevez- vous , ils croiraient que je vous

pardonne , et il l'embrassa en présence des seigneurs surpris^ en rassurant de son amitié à la vie, à la mort.

Les dernières années du règne d'Henri IV furent paisibles et glorieuses : Sully , envoyé en Angleterre , rapporta de Jacques 4", successeur d'Elisabeth, un traité favorable à la ^France (1604); par l'intervention du roi, le bon accord régna de nouveau entre le pape et les Vénitiens , et Henri s'attacha ainsi deux alliés dont il comptait bientôt employer la puissance ; en 4 609 les provinces unies , protégées par la France , obtinrent de l'Espagne une trêve de douze ans qui leur donna les moyens • d'accroître un commerce qui faisait déjà leur plus grande force- Il est temps de parler du plan ambitieux qu'avec son fidèle Sully le roi avait conçu pour écraser la maison d'Autriche encore redoutable par sa puissance , et rétablir l'équilibre Européen ; ce projet, que de nombreux historiens ont traité d'idéal r était d'une exécution beaucoup plus facile qu'on ne le veut croire , et il est rare d'en voir un mieux combiné et plus travaillé. Une grande ligne était tracée sur la carte : d'un côté la maison d'Autriche avec ses nombreux états et sa puissance envahissante, de l'autre la France, l'Angleterre , les provincesunies, celles du Nord , Venise , le pape même ; l'Europe devait être divisée en quinze provinces , dominations ou royaumes , tels que le Pontificat , l'empire d'Allemagne , la France , l'Espagne, la Grande-Bretagne, la Hongrie, la Bohême , la Pologne, le Danemarck, la Savoie, Venise, la République Italienne, les Pays-Bas et la Suisse ; quant aux Turcs et aux Russes oa devait les rejeter en Asie , à moins qu'ils ne consentissent à l'exécution de ce projet. Puis, pour prévenir les guerres entre voisins, chaque état devait envoyer un certain nombre de députés à une réunion annuelle où seraient réglés les différends et les prétentions ; c'était aussi dans cette assemblée qu'on lèverait les subsides pour faire la guerre aux Turcs et protéger les frontières de l'Europe. Quoi qu'il en soit , la maison d'Autriche s'émut d'un projet qui pouvait lui être si fatal, et le roi d'Espagne envoya des ambassadeurs resserrer les traités qui

Punissaient à la France; il voulait corroborer cette union par des mariages , mais le roi ne consentit à aucune des conditions, et les envoyés Espagnols se retirèrent sans avoir rien pu conclure.

Cependant pour commencer la guerre, il fallait un prétexte ; la mort du duc deClèves en servit ; sa succession était revendiquée par les maisons d'Autriche et de Brandebourg ; de ce côté s'étaient rangés les princes protestants et Henri leur promit son appui. Dès-lors il prépara tout pour une guerre qu'il devait diriger en personne, et il se réjouit de pouvoir reprendre sa vieille armure.

L'Espagne profita de cette occasion pour accuser encore le roi de fausseté dans sa conduite ; à entendre les partisans de Philippe Ul , et il y en avait encore plusieurs en France , Henri ne faisait la guerre à l'Espagne que pour renverser la religion catholique ; dans le cas où il serait vainqueur , il relèverait les temples protestants et Ton verrait une St-Barthélémy calviniste ensanglanter la France. Dupe de ce bruit , le peuple faisait retentir les églises de ses vœux pour que Dieu changeât ce dessein du bon Henri ; le pape lui écrivit pour le dissuader d'un projet qui devait faire répandre tant de sang innocent. Une nouvelle faiblesse du roi vint , en diminuant son crédit , fournir de nouvelles armes à ses ennemis ; il venait de marier le prince de Condé, que jusqu'alors il avait regardé comme ' son fils, à la fille du connétable de Montmorency ; puis son faible cœur avait été touché des charmes de cette belle mariée , et il ne put cacher son amour ; la princesse ne fit que rire de la puissance de ses attraits , mais Condé savait combien était violente cette passion , et il s'enfuit à Bruxelles emmenant sa femme avec lui. Quelques auteurs prétendirent, et le bruit en courut à la cour, que le roi n'avait levé une si belle armée que pour enlever la princesse ; mais il est peu probable qu'Henri , occupé de projets si importants , eut été assez faible pour dépenser les épargnes de son ministre , et verser le sang de ses soldats dans le seul but do satisfaire une aussi indigne faiblesse.

Cependant Marie do Médicis craignait que son volage époux n'oubliât ses serments dans les bras de ses maîtresses ; depuis long-temps l'affection que le roi lui avait portée était tout à fait éteinte, et sa conduite prouvait assez qu'il ne respectait en elle que la mère du dauphin ; aussi empioya-t-elle son crédit pour amener Henri à la faire couronner publiquement et assurer ainsi ses droits. Le roi éloignait chaque jour une cérémonie que, l'on ne sait pourquoi , il redoutait vivement ; il se décida cependant à accéder aux désirs de Marie de Médicis, et le 1 3 mai 4610, il la fît sacrer dans l'église deSt-Denis avec une magnificence que l'on n'avait pas vue depuis long-temps.

Le lendemain Henri était sombre et inquiet ; il se plaignait de rêves terribles qui avaient troublé son sommeil ; puis après un rapide dîner il annonça qu'il allait voir le duc de Sully alors malade ; une violente tristesse le préoccupait au point que Vitry, capitaine des gardes, offrit de l'accompagner ; le roi refusa, puis monta en carrosse avec le duc d'Épernon et plusieurs autres seigneurs. On sait le détail de cette triste mort, et il n'est pas un Français qui ne connaisse le naïf récit que les contemporains nous ont laissé de cet événement ; on ne peut cependant résister à redire en quelques mots une mort qui pouvait avoir des suites si fâcheuses. Au coin de la rue de la Ferronnerie, un embarras de voitures força le carrosse d'aller au pas ; pendant ce temps les pages et les valets de pied coupèrent au court et allèrent faire place à leurs maîtres ; soudain un homme s'élança et , avant qu'aucun des seigneurs ne l'eût aperçu , il plongea deux fois son poignard dans le sein du roi : Je suis blessé , s'écria Henri, et il porta la main à la plaie saignante. Le duc d'Épernon détacha alors son manteau , l'en couvrit , fit refermer les panneaux de la voiture, et le carrosse retourna au Louvre suivi du peuple qui exprimait par ses cris la plus vive tristesse ; quand on le descendit au palais , le roi n'existait plus : les médecins qui procédèrent à son autopsie déclarèrent que selon le cours de la nature , Henri IV devait vivre encore plus de trente ans (1 4 mai 171 0.)

Quant à l'assassin , s'il eût jeté l'arme meurtrière et se fût perdu dans la foule , il est probable qu'on n'eût pu le reconnaître ; il fut pris sur la borne où il était monté pour frapper le coup, et il tenait encore entre les mains le poignard ensanglanté : c'était un pauvre maître d'école d'Angoulêrae que le fanatisme avait armé , et qui croyait par ce crime rendre le bonheur à la France. Ravaillac, jeté dansles fers, refusa de nommer ses complices ; puis , quand les tortures eurent brisé son corps, il accusa tantôt le roi d'Espagne, tantôt les ligueurs, tantôt les jésuites ; d'Épernon , la marquise de Verneuil, la reine elle-même ne furent pas à l'abri de ses calomnies , et il expira dans les tourments sans avoir fiait d'autres révélations. Sans doute le fanatisme seul avait armé son bras : c'était le dernier fruit des farouches prédications qui pendant près d'un siècle avaient retenti dans les églises.

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