JUSQU'A L'EKTBËE DÉFINITIVE DE RICHELIEU AU CONSEIL
Dès qu'elle sut la mort du roi, Marie de Médicis sortit éploréc de ses appartenons et remplit l'air de ses cris ; le roi ne meurt pas en France , lui répondit le chancelier, et par ce seul mot , prononcé sans émotion , il rappela la reine aux nécessités du moment. Ce n'était pas en effet une cour bien unie que celle de Henri IV, et l'on s'y rappelait trop encore les guerres précédentes pour que la reine n'eût pas à employer les plus grands ménagements. Le prince de Condé était heureusement hors du royaume, rebelle, pour ainsi dire, et son parti ne devait guères prétendre qu'à le faire rentrer en France ; le comte de Soissons eut pu revendiquer les droits que son titre de prince du sang lui donnait à la régence , car le jeune roi avait à peine huit ans ; on résolut de le devancer. Les ducs d'Épernon et de Guise entrèrent dans le parlement l'épcc nue à la main et im-
posèrent aux membres effrayés à ce point qu'ils firent décerner la régence à Marie de Médicis ; dans la crainte cependant qu'on ne prétendit dans la suite que cet édit n'avait été extorqué par la force, on réunit le lendemain le parlement et on lui fit confirmer sa délibération delà veille. Le comte deSoissons, moyennant quelques faveurs , parut ne pas user de ses droits, et à son retour des Pays-Bas, le prince de Condé, voyant raccord qui régnait entre tous les seigneurs de la cour , resta également paisible ; le seul qui perdit au changement de règne fut le vieil ami du Béarnais , Sully, qui fut bientôt dépouillé des diverses fonctions qu'il avait remplies avec tant de zèle. La régente garda pour elle la charge de grand'maitre d'artillerie et nomma pour veiller aux finances un conseil composé de plusieurs seigneurs.
On ne tarda guères à remarquer aussi une réaction politique ; Marie de Médicis, après avoir fait exécuter l'assassin Ravaillac et rendre les derniers honneurs à son mari , porta ses vues vers l'alliance Espagnole ; déjà même sous le règne précédent elle s'était mise à la tête d'un nombreux parti de mécontents. A sa cour affluaient les Guises et les vieux ligueurs qui n'avaient pu pardonner à Henri d'être un si bon roi. Cependant comme l'armée était prête , et qu'il ne lui manquait qu'un chef , Marie n'osa d'abord déclarer ses projets et elle en donna le commandement à La Châtre; mais à peine ce maréchal s'était-il emparé de Juliers et avait-il ouvert ainsi une route pour porter la guerre au centre des états Autrichiens qu'il fut rappelé sous le prétexte du sacre du jeune roi. Cette cérémonie eut lieu à Rheims selon l'usage , et ne fut guères remarquable que par les discussions que les seigneurs eurent entr'eux ; parmi ceux-ci il s'en trouvait un , Italien de naissance qui , par son adresse , faisait chaque jour de nouveaux progrès dans l'esprit de la régente ; marié à Léonora Dori dite Galigaï , confidente intime de Marie de Médicis , il prenait part à toutes les faveurs ; dépositaire en quelque sorte de l'autorité royale , il s'était enrichi sans peine et avait changé son nom de Concini pour prendre le titre de
marquis d'Ancre, d'une terre qu'il avait achetée en Picardie ; le duc de Bouillon lui vendit sa charge de premier gentilhomme , et les gouvernements d'Amiens, de Péronne, de Bourg en Bresse, de Dieppe et du Pont de l'Arche furent la récompense de ses complaisants services. Ce n'était pas encore assez pour la régente : par ses soins le marquis d'Ancre, quoiqu'il n'eût jamais porté les armes, obtint le bâton de maréchal de France : c'était alors l'usage qu'un avocat déclarât en séance publique du parlement les titres que le nouvel élu pouvait avoir à cette faveur ; cette fois on abolit l'usage , car , dit un auteur contemporain , le marquis d'Ancre n'avait de quoi faire parler de lui en présence de tant d'illustres personnes.
Chaque nouvelle faveur accordée au courtisan était l'objet des murmures des seigneurs ; pour étouffer leurs plaintes, l'Italien ne rougit pas de dilapider ces millions amassés avec tant de peine sous le règne précédent , et les seigneurs se gorgèrent sans honte de ces dépouilles ; puis quand le trésor fut vide , quand Concini n'eut plus de quoi acheter leur silence , ils se déclarèrent contre lui , et la révolte recommença. On parlait à la cour d'une fête superbe, où les seigneurs devaient rivaliser de luxe ; elle devait avoir lieu à l'occasion de la double alliance de la France et de l'Espagne par les mariages du jeune roi Louis XIII avec l'Infante , et de la fille aînée de France avec l'Infant d'Espagne ; ce fut le 25 avril \ 6*2 que le conseil fut assemblé pour en délibérer : à cette proposition Condé prit la parole, et s'opposa de toute sa force à une alliance qu'il regardait comme nuisible à la France et contraire aux volontés du feu roi. Guise seul osa répondre au prince du sang ; puis, par une hardiesse étonnante et digne de ses ancêtres , fermant le débat , sans même se donner la peine de réfuter les raisons qu'avait présentées son adversaire , il fit déclarer cette double union utile et avantageuse au royaume. Le prince irrité se retira en Guyenne , et dès-lors les mécontents trouvèrent à sa cour un asile assuré. La confédération reçut chaque jour de nouveaux accroissements , et enfin les conjurés prirent les armes , après
avoir publié un manifeste dans lequel ils annonçaient hautement qu'ils ne faisaient la guerre que pour le bonheur du peuple. Villeroy , qui avait servi sous quatre règnes , voulait que la régente écrasât les seigneurs avant qu'ils aient eu le temps de fortifier leur parti , mais Concini ne voulut pas montrer son impéritie dans le commandement des armées , et il fit proposer des mesures de douceur. On retrouva encore quelques sacs d'argent dans le trésor ; les pensions, les charges et les faveurs furent prodiguées aux chefs des révoltés pourvu qu'ils déposassent les armes ; seulement ils mirent dans leurs conditions que Ton assemblerait les États, et qu'ils prononceraient sur l'utilité de la double alliance avec l'Espagne ( traité de Ste-Ménéhould, 4 5 mai 4 61 4.) La reine fit ensuite, dans un parlement assemblé le 2 octobre, déclarer le roi majeur, et Louis XIII demanda à sa mère de vouloir bien lui continuer ses bons soins.
Ce fut le 26 de ce mois que les États s'assemblèrent à Paris , et qu'ils furent appelés à haranguer le roi : le clergé et la noblesse se tinrent debout, et le tiers-état, représenté par Marion, prévôt des marchands , se mit à genoux pour marque de sa déférence ; on y voyait des hommes nouveaux qui devaient plus tard jouer un grand rôle et parmi eux il faut ranger Armand-Jean-Duplessis de Richelieu , appelé depuis peu d'années à l'évêché de Luçon : le clergé le choisit pour orateur , mais rien dans sa conduite ne put faire deviner le futur premier ministre. Les États ne purent s'entendre sur aucune question : la noblesse demandait que les charges cessassent d'être vénales , le clergé voulait que l'on reçut en France les décrets de discipline du concile de Trente , et le tiers-état , dont le cahier était le plus gros , s'élevait avec force contre la multitude de pensions qui grevaient le peuple. A peine les États étaientils séparés que personne ne songea plus à leurs doléances ; ils ne furent plus d'ailleurs assemblés jusqu'en 4 789 , mais les rôles furent changés, et le tiers-état, que les autres ordres n'avaient pas voulu admettre comme frère cadet , mais qu'ils regardaient comme leur valet, parla cette fois en maître.
Les Étals s'étaient vaguement exprimés sur les alliances contractées avec l'Espagne ; cependant comme ils n'y avaient pas porté opposition , c'était plus qu'il n'en fallait à la régente pour passer outre. Mais les princes , qui avaient dépensé l'or au prix duquel on avait acheté la paix, recoururent aux armes et tinrent la campagne. Le moment était bien choisi : le roi devait aller à Bordeaux recevoir l'infante Espagnole , et un heureux coup de main pouvait le livrer aux seigneurs révoltés; Concini comprit le danger , et voulant s'attacher de Guise , il le fit nommer généralissime des troupes , et lui confia la garde du roi ; il avait d'ailleurs auprès de Louis XIII un confident dont il se croyait sûr : c'était Albert de Luynes , aîné d'une famille noble de Gascogne , mais qui n'avait d'autre fortuno que son épée. Le maréchal d'Ancre lui donna le soin des faucons et autres oiseaux de proie , pour lesquels Louis avait un goût très prononcé , et bientôt le jeune gentilhomme posséda toute la confiance du roi. D'Ancre croyait donc son crédit bien assuré.
Parti de Paris à la tête des troupes royales , Louis XIII traversa son royaume , sans cesse poursuivi par ses propres sujets. Arrivé à Bordeaux , il y épousa solennellement Anne d'Autriche (25 décembre 4645) et la déclara reine de France en présence de son armée. Mais le retour paraissait plus difficile ; le prince de Condé et ses partisans tenaient la campagne , et le roi ne pouvait éviter leurs attaques ; on résolut de traiter avec eux , et des conférences furent ouvertes d'abord à Fontenay-le-Comte en Poitou , et ensuite à Loudun. Le maréchal de Brissac, Villeroy, de Thou, de Vie et de Ponchartrain y représentaient le roi ; le prince de Condé s'y rendit aussi avec les principaux chefs de son parti , les ducs de Mayenne , de Longueville , de Bouillon , de Sully , de Rohan et de Soubise. Les articles furent tous à l'avantage des conjurés : six millions leur furent donnés pour payer les frais de cette expédition ; le roi les déclara bons et fidèles serviteurs , et cinq places de sûreté furent accordées au prince de Condé. La reine-mère promet-
tait, on outre, de faire droit aux remontrances des États et du parlement (6 mai 1616.)
Sur ces entrefaites le ministère fut changé ; Sillery, Villeroy et Jeannin furent disgraciés et Richelieu fut appelé au conseil. Le maréchal d'Ancre disposait de la faveur du roi et ne paraissait nullement s'inquiéter des menaces dont il était l'objet de la part des seigneurs ; deux de ses valets, ayant frappé un cordonnier, furent aussitôt saisis par la populace et pendus au premier poteau ; le ministre lui-même eut été la victime de la fureur populaire , s'il ne l'avait évitée par une prompte fuite. Résolu d'imposer aux plus mutins par un coup d'éclat , Goncini fit saisir et jeter en prison le prince de Gondé qui continuait à Paris d'exciter le peuple à la révolte. Puis, craignant que les seigneurs ne gagnassent l'esprit du roi pour obtenir la grâce de ce prince, il confina, pour ainsi dire, Louis XIII dans son palais , et ne lui laissa d'autres promenades que le jardin des Tuileries ; c'est ce qui le perdit. Albert de Luynes, qui avait jeté un regard d'envie sur la faveur du maréchal, fit encore ressentir plus vivement au roi la contrainte qu'on lui imposait, et lui montra qu'il n'avait d'autre moyen de s'en délivrer qu'en immolant le maréchal d'Ancre ; le baron de Vitry, capitaine des gardes , reçut l'ordre de l'arrêter ; il s'y prit de telle sorte qu'il tomba percé de trois balles. Le cadavre de Goncini fut enterré sans pompe ; le peuple le déterra cependant , le traîna à travers les rues qui avoisinent le Pont- Neuf et le brûla devant la statue de Henri IV; on dit que parmi cette populace il se trouva un homme qui eut la barbarie de faire cuire le cœur sur des charbons et de sien rassassier à la vue de tous. Quant à Vitry , le roi, dans un transport de joie enfantine , lui témoigna sa reconnaissance , et lui donna lo bâton de maréchal de France ; ce n'était malheureusement pas la première fois que cette dignité était ainsi profanée.
Le meurtre du maréchal d'Ancre (24 avril 1647) fit éprouver à la reine - mère une disgrâce à laquelle elle devait
s'attendre , elle fut reléguée à Blois et le château de cette ville devint sa prison ; Richelieu partagea d'abord son sort , mais comme il inspirait encore des craintes au nouveau favori , il fut envoyé à Avignon où il chercha dans Vétude les distractions dont avait besoin son esprit déjà excité par l'ambition. Quant à la maréchale d'Ancre , on commença aussitôt son procès ; après avoir glissé très - rapidement sur les concussions, les rapports avec l'étranger et autres crimes qui étaient , pour ainsi dire , patents, on l'accusa d'avoir entretenu un commerce illicite avec des Juifs ; puis des témoins vinrent déclarer qu'elle était magicienne , et que des charmes seuls avaient pu lui donner sur la reine-mère le crédit dont elle avait joui. La maréchale sourit d'abord à ces imputations; mais quand elle vit les juges préciser les questions et revenir sur leurs premiers interrogatoires, elle se prit à pleurer, prévoyant le triste sort qui lui était réservé ; ce n'était pas une accusation ordinaire, et les débats le firent voir , la magie fut en effet de tout temps le crime de ceux que l'on voulut perdre. La maréchale fut condamnée au feu, et l'on confisqua ses immenses richesses au profit de l'État (8 juillet.)
Pour s'attirer la faveur populaire , de Luynes avait d'abord rappelé les anciens ministres, le chancelier Sillery, Villeroy et Jeannin , et le peuple , qui se rappelait le bonheur qu'il avait goûté sous leur sage administration , salua leur retour d'acclamations empressées. Mais plus sûr de son pouvoir , le jeune favori ne tarda guères à rejeter les ménagements qu'il s'était d'abord imposés. Il prit pour lui , contrairement à l'arrêt de confiscation , les riches dépouilles de Concini , enrichit ses deux frères, leur fit épouser de riches héritières, et leur donna tant de puissance que tout se faisait par les de Luynes. Lorsque le peuple connut cette nouvelle conduite du favori, il en montra son mécontentement ; une vive réaction agita le royaume et la reine-mère , rendue à la liberté par les soins du duc d'Épernon , vit de nombreux courtisans grossir sa suite. D'Angoulême où elle s'était retirée, elle écrivit à son fils , pour
l'assurer de son dévouement , ot pendant ce temps elle levait des armées et se préparait à la guerre civile. De Luynes de son côté cherchait des appuis et des partisans ; par ses soins le prince de Condé fut mis en liberté. Cependant le ministre n'osait tenir la campagne contre Marie de Médicis ; Richelieu, gagné dernièrement à la cour, fut chargé de ménager un traité de paix entre la mère et le fils. Reçu sans défiance à Angoulôme , il gagna peu à peu l'esprit de la reine , et l'amena à diminuer les prétentions qu'elle avait fait valoir lors de sa délivrance. Elle obtint le gouvernement d'Anjou , augmenté des villes de Ghinon , Angers et Pont de Gé ; une entrevue eut lieu entre la mère et le fils au château de Courcienne (5 septembre \ 609) et Marie de Médicis se rendit dans son gouvernement , espérant que bientôt un ordre du roi la rappellerait à la cour. Son attente fut trompée, et elle put apprendre dans sa retraite les nouvelles faveurs que Louis XIII se plaisait à accorder à son favori ; créé duc et pair, comptant sur l'appui du prince de Condé, de Luynes n'avait que foire de ménager une reine sans crédit , et il la laissa dans la retraite qu'elle s'était choisie. Mais Marie se rappelait avoir aussi commandé et ne voulut pas se contenter du gouvernement qu'elle avait demandé d'abord ; sa cour d'Angers devint le refuge de tous les mécontens ; partisans des Espagnols , ligueurs , en un mot tous les seigneurs qui n'avaient point part à la faveur royale, prenaient le parti de la reine-mère et lui formaient une suite nombreuse. Dès-lors l'altière Italienne crut n'avoir plus rien à ménager, et elle publia un manifeste avant de prendre les armes. Luynes s'attendait à cette conduite , et l'armée royale comptait dans ses rangs de nombreux et fidèles défenseurs. Louis était jeune, plein d'ardeur : il en prit le commandement, et par quelques avantages (combat de Pont de Cé) força bientôt sa mère à demander la paix : il lui accorda les mêmes conditions^ju'à Angouléme (15 août 4620). Le duc d'Éjlternon se hata également de traiter, et le roi ne vit plus aucun ennemi en armes dans son royaume. Une escarmouche de moins de
deux heures , dit du Plessis Mornay, avait dissipé le plus grand parti qui eut été en France depuis plusieurs siècles ; c'est , ajoute Bazin, qu'il manquait à la révolte un chef unique et une tête habile.
Louis XIII rendit alors un édit pour réunira toujours le Béarn et la Basse-Navarre à la couronne, ériger le conseil de cette province en parlement et faire restituer les biens ecclésiastiques dont les huguenots jouissaient depuis 4569. Déjà en 1617 le roi avait tenté d'obtenir ces divers résultats ; cette fois Bassompierre reçut l'ordre de faire passer la Garonne à ses troupes et, le 25 octobre de la même année, Louis XIII entra dans Pau. Aussitôt les calvinistes coururent aux armes , puis , sans écouter la voix de leurs chefs, ils se convoquèrent en assemblée générale à la Rochelle pour la fin de l'année. En vain le roi chercha à s'y opposer ; cette défense ne servit qu'à les aigrir davantage, et le 10 mai 1621 , ils publièrent un manifeste que l'on pourrait appeler leur profession de foi politique. Les sept cents églises , que la réforme possédait en France , étaient divisées en dix-huit cercles. ; la levée des impôts, l'administration intérieure , en un mot, tout ce qui regardait la paix ou la guerre avait été l'objet de réformes ; quarante-sept articles formaient ce règlement , et excepté ces mots le tout sauf l'autorité du roi, on eut pu croire qu'ils cherchaient à se gouverner par eux-mêmes et sous un chef à eux. Aussitôt l'armée royale se réunit de nouveau ; le duc de Luynes, qui craignait de voir s'élever près de lui une puissante influence , prit l'épée de connétable , quoiqu'il fût incapable de s'en servir ; puis , pour réparer en quelque sorte la honte de ce choix , il créa une place de maréchal général des camps et armées du roi , et l'accorda à Lesdiguières qui toute sa vie avait fait la guerre et que des suffrages unanimes appelaient à cet honneur. Cependant l'impéritie du connétable fut nuisible à l'armée royale, et, après s'être emparée de Saumur et de St-Jean-d'Angely , elle éprouva sous les murs de Montauban un échec qu'on rejeta de toutes parts sur le duc de Luynes ; celui-ci ,
voulant réparer la défaite qu'avaient essuyée le roi en personne et six maréchaux de France , préparait de nouveaux plans de campagne , mais il fut saisi d'une fièvre si violente qu'il put à peine résister quatre jours , et il expira le \ 5 décembre \ 624 , à l'âge de trente -deux ans. Quelques auteurs , et entr'autres Voltaire , prétendirent que le roi commençait à se lasser de son courtisan , mais rien n'autorise à penser qu'il eût songé à briser un joug devenu nécessaire ; d'ailleurs le gouvernement du duc de Luynes était en général assez doux , et son attachement aux vieux usages fut cause que plus tard le peuple rendit à son nom une partie de la justice qu'il lui devait.
Louis XIII , débarrassé de son courtisan, revint à Paris où de nombreuses intrigues empêchaient qu'on ne songeât à la guerre; on savait en effet combien l'esprit du roi était faible et le besoin qu'il avait d'être dominé ; l'épée de connétable avait été donnée à Lesdiguières, mais nombreuses encore étaient les faveurs que le roi avait à distribuer ; la reine-mère voulait à toute force faire entrer dans le conseil Richelieu qu'elle regardait comme sa créature et pour qui elle venait d'obtenir le chapeau de cardinal. Fatigué de ces incessantes prières , le roi s'était retiré à Tannée où , par de nouvelles victoires , il eut bientôt fait oublier le désastre de Montauban ; la paix fut signée à Montpellier , et ce traité n'apporta d'autre changement aux droits que les calvinistes avaient acquis par l'édit de Nantes que la défense de tenir, sans la permission expresse dirmonarque, des assemblées dans tout autre but que celui de régler les affaires ecclésiastiques. Les calvinistes en outre durent démolir leurs fortifications et ne conservèrent comme places de sûreté que Montauban et la Rochelle (20 octobre 4622.)