CHAPITRE VIII
DEPUIS Ei A. MORT DE CIHL»EBERT
JUSQU'A liA BATAILLE DE TESTHV.
A la mort de Childebert , Brunehaut s'emparant dos deux royaumes , donna l'Austrasie à Théodebert et la Bourgogne à Thierry. Elle avait résolu de garder pour elle la régence générale, mais craignant une révolte des Leudes , elle préféra se retirer en Austrasie où elle partagea le pouvoir avec les maires du palais , qui dès ce moment eurent le commandement des armées. La Gaule Franke était donc gouvernée par deux femmes et trois enfans , et l'on pouvait croire que la lutte qu'ils étaient obligés de soutenir contre les grands ne leur aurait pas permis de penser à s'agrandir ; il n'en fut pas cependant ainsi. Frédégonde , sans doute plus sûre de la fidélité de ses sujets , assembla une armée nombreuse et vint revendiquer la part qui revenait à Clotaire dans le partage du royaume laissé par son oncle Gontran. On se prépara à la guerre ; cette fois la victoire^fut aux Neustriens (bataille de Latofao 596) , mais la raort^de Frédégonde , qui suivit de près , les empêcha
de continuer leurs succès , et bientôt ils furent complètement défaits par les Austrasiens à Dormille. Brunehaut profita de quelques instants de trêve qui suivirent, pour mettre les Etats de ses fils à l'abri des invasions étrangères ; aux Abarcs, elle donna une forte somme d'argent , renouvela le traité que Childebert avait conclu avec les Lombards et une ambassade fut envoyée au Pape. La vieille reine fut moins heureuse à l'intérieur, voulant intimider les Leudes de i'Austrasie et gouverner seule les Etats de son fils Théodebert , elle osa faire assassiner Vintrio, le plus puissantde ce pays; mais une révolte terrible lui fit sans doute regretter le meurtre de ce maire; elle s'enfuit en toute hâte déguisée en mendiante ; son fils excité par les seigneurs mécontents la condamna à l'exil, et à grande peine elle put , aidée par un serviteur fidèle nommé Didier, gagner les Etats de son autre fils Thierry, où elle fut reçue à bras ouverts (600.) Elle y apporta le môme désir de dominer ; bientôt , en effet Bertoalde , homme d'un grand mérite , perdit la place de maire du palais et Brunehaut choisit pour le remplacer un certain Protadius que la postérité lui a donné pour amant et qui était un des nombreux Gallo-Romains qui formaient sa cour. Une guerre étant survenue entre Clotaire et Thierry, Protadius s'acquit quelque gloire dans la discussion des articles du traité que les trois rois signèrent à Compiègne (605.) Un autre moyen qu'employa Brunehaut pour consolider son pouvoir, fut la corruption , en vain les seigneurs firent fiancer le jeune Thierry à une princesse d'Espagne , la vieille reine parvint à l'en dégoûter, en l'entourant des plus jolies esclaves qu'elle put trouver ; en vain Columban et Didier s'élevèrent contre cette dépravation , l'un fut mis à mort sans égard à ses services passés et l'autre envoyé en exil. Dès-lors l'église unit sa cause à celle des Leudes , Brunehaut ne parut pas s'en inquiéter et étant parvenue à dominer son fils, à l'aide de moyens aussi vils et aussi condamnables , elle lui persuada d'attaquer son frère, qui disaitr-elle, n'était point fils de Childebert et Protadius fut chargé d'assembler une armée. Mais
les seigneurs jaloux qu'un plaid n'eut point été tenu pour décider cette guerre, murmurèrent et sur le refus que fit Thierry d'accéder à leurs désirs , poignardèrent Protadius dans la tente môme du roi et Ton en resta là de cette entreprise. La paix n'en fut cependant pas plus stable entre les deux frères ; à peine Brunehaut eutrelle vengé son amant par des meurtres secrets et raffermi sa puissance , en nommant pour maire un autre Gallo-Roraain , nommé Claude, qu'elle excita de nouveau son fils à la guerre. Thierry y consentit encore et après s'être assuré de la neutralité des Neustricns , il marcha contre son frère Théodebert et lui fit éprouver deux défaites consécutives. (Bataille de Toul et de Tolbiac 6 H .) Brunehaut était vengée , mais elle fut terrible dans sa haine ; le fils de Théodebert , encore enfant , fut poignardé , lui-mémo eut la téte rasée et fut jeté dans un cloître où bientôt il périt , soit par le poison , soit par toute autre cause et Thierry réunit ainsi les deux royaumes. Il se préparait à porter la guerre en Neustrie lorsque la mort l'arrêta dans ses projets à l'âge de vingt-six ans. Des quatre enfans en bas âge de Thierry, Brunehaut choisit l'alné et le présenta au peuple , mais les Austrasiens étaient las de sa domination , Clotaire avançait à grands pas appelé par Arnoul et Pépin , les plus puissaus seigneurs de l'Austrasie et des défections nombreuses laissaient chaque jour de grands vides dans les rangs de l'armée royale. Brunehaut ne perdit point courage , elle marcha au devant desNeustriens jusque près de Chàlons-sur-Marne et prépara tout pour le combat. Warnakèrc la trahissant au moment décisif, lui ôta tout espoir de vaincre, elle se résolut à fuir, mais bientôt arrachée de sa retraite, elle fut conduite devant Clotaire , qui après lui avoir reproché le meurtre de dix rois ou fils de rois, ordonna qu'elle fût attachée par ses cheveux blancs aux crins d'un cheval indompté et poussa la cruauté jusqu'il jouir de son supplice. On voit encore dans l'église de St-Martin-lez-Autun le tombeau de cette reine; il consiste en un grand coffre de marbre blanc et noir, soutenu par quatre petits piliers; on y trou-
va lors de l'ouverture en 1632 , des cendres , des ossemens , une molette d'éperons et quelques morceaux de charbon.
Par le meurtre des quatre fils de Thierry, Clotaire réunit les trois royaumes Francs qu'il partagea en trois mairies ainsi qu'on en était convenu à l'avance ; Warnakère occupa cette charge en Bourgogne , Radon en Austrasie et Gundoland en Neustrie; l'église réclama aussi des privilèges, des immunités , elle obtint la permission d'élire ses évêques et de les choisir parmi les prêtres seuls et non parmi les laïcs, ainsi qu'il arrivait souvent. A la suite du décret qu'il rendit pour approuver les décisions du Concile assemblé à Paris , Clotaire abolit tous les nouveaux impôts et fit d'autres règlements très-importants. Peu de temps après, il partagea l'Empire avec son fils Dagobert (617) et lui donna pour maires Pépin et Arnoul, qui avaient puissamment contribué à dépouiller Brunehaut de sa puissance; ils gouvernèrent si paisiblement sous son nom, que les barbares , dit Frédégaire , chroniqueur du temps , venaient en fouie se soumettre à lui. Clotaire mourut onze ans plus tard , après un règne calme dont la Gaule avait grand besoin , pour se remettre des dissensions qui avaient éclaté entre les fils de Clovis et qui avaient fait de ce beau pays, un vaste champ de carnage (511-628.) Il laissait deux fils, Dagobert qu'il avait déjà associé à l'Empire et Charibert , jeune prince, que son âge empêcha de gêner les vues ambitieuses de son frère. Aidé par les Leudes d'Austrasie , Dagobert se fit déclarer seul roi et reconnaître par la Neustrie indécise ; alors touché de compassion à la vue de Charibert dépouillé , peut-être craignant de donner un prétexte aux révoltes incessantes des Leudes , il détacha de ses vastes Etats une partie de l'Aquitaine , en forma un petit Etat et donna à son frère le titre de roi de la Gaule méridionale. Les Aquitains fatigués des enfans de Clovis espérèrent recouvrer leur indépendance sous un roi qui était bien à eux , surtout après que Charibert eut fait une alliance avec les Vascons ou Basques , un des peuples les plus riches et les plus vaillans du Midi. Toulouse fut choisi pour capitale ,
trois ans après , le jeune roi soumit la Gascogne et étendit quelque peu son royaume, mais la mort vint l'arrêter au milieu de ses conquêtes. Il laissait trois fils dont deux furent sauvés par les Vascons et le troisième mis à mort , dit-on , par l'ambitieux Dagobert qui s'empara ainsi de tout le royaume de son père et des trésors amassés par l'infortuné Gharibert; mais Baronte qui avait été chargé de cette mission , en garda pour lui une grande partie (631.)
Dagobert régnait donc seul ; il avait juré d'abaisser deux pouvoirs qui grandissaient à côté et aux dépens du sien , les Leudesetles évêques'; il avait même résolu de mettre à mort Pépin , son premier ministre , mais il n'osa frapper ce grand coup. Pour diminuer la puissance des Leudes , il quitta l'Austrasie où ils dominaient, et parcourut son vaste empire , rendant lui-même la justice , accompagné de son fidèle orfèvre Eloi. Cette tournée valut au roi le titre de bon et de débonnaire qu'on lui transmit d'âge en âge ; le peuple le suivait en foule , applaudissait à ses arrêts et le prenait pour juge de ses différens. Ce fut dans ce voyage que Dagobert conçut l'amour des arts , qu'il donna des ordres pour la construction de l'abbaye deSt-Denys; il ne tarda guère à la rendre la plus riche de toutes les Gaules et lui donna en un seul jour, jusqu'à vingtsept villes ou villages. Il fut distrait de ses soins par la guerre contre les Wénedes. Leur roi nommé Samon avait pillé quelques caravanes Frankes et refusé de réparer le mal commis , il avait même poussé la violence jusqu'à dire à Sichaire, l'envoyé de Dagobert : Si vous êtes les serviteurs de Dieu, nous sommes les chiens de Dieu et puisque vous agissez continuellement contre lui , nous avons reçu la mission de vous déchirer à coups de dents. A cette nouvelle, le roi leva trois armées , mais les Austrasiens sachant le peu d'affection que leur portait Dagobert, s'étaient laissés vaincre et avaient même attiré les Wénedes dans l'Empire. Après avoir inutilement tenté d'acheter la paix , Dagobert remit aux Saxons le tribut de cinq cents vaches que depuis le règne de Clotairc ils devaient chaque
année aux Francs, , à la condition de défendre les frontières contre les Wénedes (632.) Ils s'y prirent mal et Dagobert voyant sans cesse de nouvelles invasions et de nouveaux désastres, prit le parti d'accéder aux demandes des Austrasiens et de leur donner pour roi son fils Sigebert et pour maires Ghunibert , évêque de Cologne et le duc Adalgise. (Assemblée de Metz 634. ) L'année suivante , Dagobert eut d'une de ses nombreuses concubines un fils qu'il nomma Clovis et à qui tous les seigneurs do la Neustrie jurèrent fidélité. Les Leudes Austrasiens prêtèrent également le serment qu'après la mort de Dagobert , nul d eux ne prendrait les armes pour troubler le jeune Clovis dans ses royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Le roi lut ensuite son testament ; il contenait beaucoup de donations pieuses , surtout en faveur du monastère de St^Denys , qu'il aimait d'une affection toute particulière. Ce testament nous a été conservé dans une vie de Dagobert Ier, dont l'auteur inconnu était probablement un moine de ce couvent.
Ce roi, après avoir mis ordre aux affaires de son royaume, pardonné aux Gascons qu'il avait vaincus , fait une trêve stable avec les Bretons , ne pensa plus qu'à mourir en chrétien. Lorsqu'il sentit que sa fin était prochaine, il appela près de lui iEga , lui recommanda Clovis ainsi que la reine Nantechilde et le nomma maire de Neustrie. Ses dépouilles mortelles furent déposées à St-Denys (637.)
A la mort de Dagobert il n'y eut huile contestation , les trésors furent partagés en trois parts pour les deux rois et la reine-mère et Pépin se retira en Austrasie , la mairie de ce pays lui étant donnée par moitié. La mort de Pépin et celle d'^Ega (639-640.) mirent fin à ces années de bonheur pendant lesquelles la Gaule respirait des guerres cruelles et des invasions nombreuses qui pendant presque un siècle avaient ruiné son territoire. Dans les dernières années du règne de Dagobert, Grimoald avait succédé à son père Pépin , mais à peine affermi dans son pouvoir, il fut obligé de se défendre contre les intrigues de quelques Leudes , jusqu'à ce que Othon l'un d'eux eut
péri sous le poignard du duc Leuthaire. Le pouvoir d'iEga fut partagé entre Erkinoald qui fut maire en Neustrie et Flaochat, en Bourgogne ; les Leudes de cette contrée lui firent jurer de respecter leurs privilèges. Telle est l'obscurité de ces temps , que l'on ne connaît point les gestes des deux rois ; si ce n'est un combat de Sigebert contre Radulphe ; on sait à peine les actions pieuses qui valurent à Sigebert le titre de saint , que la postérité lui a décerné. Ce prince mort en 650 , laissa un fils, Dagobert II, mais il répugnait à Grimoald d'être le premier sujet d'un royaume dont il croyait pouvoir être le maître ; il osa donc porter la main sur le jeune prince , le relégua dans un monastère d'Irlande , fit courir le bruit de sa mort , et prit la couronne pour un de ses fils. Les Francs , irrités d'une pareille audace , se révoltèrent en foule , les Austrasiens et les Neustriens prirent les armes contre lui, le vainquirent et Erkinoald fut seul maire du palais, c'est-à-dire, qu'il gouverna les trois royaumes au nom de Glovis II (650.) Le roi, persuadé qu'il devait la victoire à St-Denys, ouvrit la châsse où étaient conservées ses dépouilles , et dans son zèle inconsidéré , il osa porter la main sur les reliques et brisa le bras du saint , pour en avoir un os qu'il pût toujours porter sur lui en forme de scapulaire ; mais , disent les rares auteurs contemporains , il fut grandement puni de son impiété , en vain il fit amende honorable , en vain il remit la relique et il espéra apaiser , par des présens , le saint irrité , il mourut dans des accès de folies terribles , ou Ton reconnut sans peine le doigt de Dieu (cont. de Frédégaire) (654.)
Erkinoald ne jugea point à propos de diviser le royaume entre les fils de Clovis, il laissa les terres indivises , et continua de partager la puissance royale avec Bathilde, jeune esclave que le fils de Dagobert avait élevée jusqu'à ce pouvoir , sous les titres de régente et de maire du palais , et dans le fond gouverna seul , puisque la reine ne s'occupait que d'œuvres de piété. Cet état de choses dura jusqu'en 660 , époque où mourut Erkinoald; dès-lors les Austrasiens, sans cesse en haine et
en guerre avec les Neustriens , demandèrent pour roi un des jeunes princes, on leur donna Childéric II, jeune enfant qui commença cette longue suite de rois fainéans et Ulfoaid fut nommé maire. La Neustrie , ou pour mieux dire Ebroïn , choisit pour roi Glotaire, troisième du nom ; Bathilde garda le vain nom de régente jusqu'au moment où Ebroïn , jaloux de cette ombre de puissance et voulant être seul maître , la força de se retirer dans lejmonastère de Chelles qu'elle avait enrichi de ses dons et où elle passa loin du monde, les dernières années de sa vie (664-680.) «Ebroïn résolut alors de relever la royauté sans autre secours que celui de sa volonté; c'était un homme cruel à qui importait peu le choix des moyens , pourvu qu'il arrivât à son but; mais ce n'était pas seulement contre les Leudes qu'il avait à lutter, il y avait à leur tète un homme d'un esprit droit et hardi , c'était Léger, que l'église a toujours regardé comme un saint et qui n'avait point craint de reprocher ses cruautés, 'à Ebroïn au faite des grandeurs. Ebroïn avait pour Léger , dit un auteur contemporain , une haine particulière, parce qu'il ne lui payait aucun tribut de flatterie, qu'il ne pouvait le vaincre en éloquence , et aussi parce qu'il connaissait ce pontife pour intrépide contre toutes les menaces. Ebroïn, soit qu'il voulût éloigner un censeur incommodent puissant, soit qu'il désirât effrayer les Francs par une mesure jusqu'alors inouïe , rendit un édit par lequel nul des Bourguignons , s'il n'en avait reçu l'ordre ou une permission expresse, ne pouvait se rendre à la cour. Chacun se crut menacé , par cette mesure rigoureuse ; on pensa que de nouveaux impôts allaient être levés ; en un mot , on se persuada , avec raison , que Ebroïn voulait par là , garder pour lui seul la puissance royale. Ce fut bien pis encore lorsque Clotaire étant venu à mourir, à l'âge de vingt ans (670.) Ebroïn , au lieu d'assembler les grands et de les consulter sur l'état des affaires , prit Théodoric , un des plus jeunes princes, et le mit sur le trône. Les Neustriens et les Austrasiens s'assemblèrent de toutes parts et les Leudes s'avancèrent contre Ebroïn. En vain il espéra les intimider en leur
ordonnant de rebrousser chemin, ils résistèrent cette fois, offrirent à Childéric la couronne de Neustrie et marchèrent en avant. Le maire du palais , étonné de cette audace , s'enfuit aux pieds des autels, d'où il fut arraché avec violence. Les grands voulaient sa mort, mais Léger parvint à le sauver; on le relégua au monastère de Luxeuil pour y laver, par la pénitence , les crimes qu'il avait commis. Quant au jeune Thierry , lorsqu'on le présenta au roi les cheveux coupés , il répondit qu'il avait été injustement chassé de son royaume , mais qu'il n'avait d'autre juge que le Dieu du ciel; on l'envoya à St-Denys, mais il n'y resta pas toujours , comme nous le verrons plus tard.
Avant de se séparer , les Leudes avaient obtenu du jeune roi des concessions et des privilèges , de telle sorte que les commencemens de ce règne furent heureux et paisibles. Léger était tout puissant , et comme c'était un seigneur d'un esprit droit et juste, les promesses furent fidèlement tenues; mais Childéric, fatigué des incessantes remontrances que comme premier ministre et comme prêtre il lui adressait , résolut de s'affranchir de ce joug. Léger, au lieu de temporiser , éleva plus fort encore la voix ; il ne craignit point de blâmer l'union du jeune roi avec Blichilde , la fille de Sigebert , il fit valoir les défenses ecclésiastiques et prononça le mot de répudiation. Dès-lors , Childéric n'attendit plus que l'occasion de le perdre , et sous le prétexte d'une révolte , le fit arrêter et l'envoya captif au monastère de Luxeuil , où était déjà renfermé Ebroïn (672.) Pendant ce temps, une révolution s'opérait en Austrasie en faveur deDagobert 11 , ce fils de Sigebert 111 , dont Grimoald avait célébré les fausses funérailles, après l'avoir envoyé en Irlande, d'où il revenait par les soins d'un saint évêque nommé Wilfrid. Childéric , surpris , n'osa ni le reconnaître ni le renier, il lui céda quelques villes et lui donna le titre de roi ; la nécessité força le prince exilé à accepter ces conditions , qui plus tard lui permirent de reprendre tout l'Empire de son père. En effet, Childéric ayant continué ses cruautés et poussé la barbarie jusqu'à faire attacher au poteau et battre de verges un
puissant seigneur nommé Bodilon, les Austrasiens irrités résolurent de se venger. Quelques temps après , comme le roi traversait la forêt de Bondy avec la reine, alors enceinte , ils furent attaqués et mis à mort; un seul enfant échappa , ce fut Daniel qui grandit à l'ombre du cloître et fut plus tard couronné sous le nom de Ghilpéric (673.)
À la nouvelle de la mort de Childéric , les exilés revinrent de toutes parts , Ebroïn et Léger sortirent aussi du cloître après s'être juré amitié ; déjà Thierry II avait revendiqué ses droits à la couronne et s'était fait reconnaître par les Neustriens à la tête desquels était Léger. Ebroïn furieux , se retire en Austrasie où après avoir offert inutilement le trône de Neustrie à Dagobert , il prend un soi-disant fils de Clotaire III , le salue roi sous le nom de Glovis et aidé par deux évêques que leurs crimes avaient fait déposer, appelle les peuples à la défense du chef légitime. Le désordre fut si grand que l'auteur de la vie de St-Léger dit qu'on crut que la venue de l'Ante-Christ approchait. Léger était retourné dans la ville d'Autun sa métropole , il y fut investi , mais pour préserver ses peuples , il résolut de se rendre prisonnier à l'évêque de Ghâlons , qui lui fit crever les yeux. Ebroïn vainqueur dicta des conditions à Thierry, abandonna le roi de son choix et ayant mis un genou en terre , reconnut Thierry pour son souverain légitime ; celuici lui donna le titre et la puissance de maire et l'assassinat de Léger le laissa jouir en paix du fruit de ses crimes (678.)
Ebroïn marchait à ses fins ; Tasser vissement de l 'Austrasie , et la faiblesse du roi Dagobert ne le servaient que trop ; de nouveaux déchirements qui se renouvelaient sans cesse en Bourgogne arrêtaient toutes les entreprises qu'on aurait pu faire contre lui ; l'assassinat de Dagobert et peut-être aussi le meurtre de son fils Sigebert, en assurant définitivement la puissance aux descendants de Pépin de Landen et de Grimoald changèrent l'état des choses ; Martin et Pépin ne prirent point le titre de rois , ils n'en avaient pas besoin , mais ils n'élirent personne. Des deux parts on se prépara à la guerre et les armées en vin-
rentaux mains en un lieu nommé Loixi ; la victoire fut chèrement achetée , enfin , elle resta à Ebroïn , Martin fut pris et mis à mort et le maire du palais de Neustrie résolut de poursuivre ses avantages. Le poignard d'Ermanfroi, seigneur Franc, dont il s'était fait un ennemi , l'arrêta dans ses projets (684.) Telle fut la fin malheureuse d'un des hommes les plus remarquables de ces temps. La guerre n'en continua pas moins entre l'Austrasie et la Neustrie , la haine entre ces peuples était trop violente , les destinées des Gaules allaient être décidées. Berthaire, à la tête des Neustriens, Pépin , chef des Austrasiens en vinrent aux mains près de Testry en Vermandois. La victoire fut, cette fois , décisive pour les Austrasiens , Pépin prit le roi et retourna en son pays. Dès-lors les fils de Clovis n'apparaissent plus dans l'histoire que comme de pieux fainéans, pour qui le diadème est trop lourd. L'aristocratie l'emporte, les Leudes, après avoir arraché la puissance aux fils de Clovis , vont bientôt prendre aussi leur titre ; les petits Etats disparaissent peu à peu pour se fondre dans le vaste royaume de Charlemagne. Par la puissance de Clovis et la Valeur de ses fils , la royauté était devenue successive dans leur famille , lorsqu'elle s'en fut rendue indigne, les Leudes aidèrent Pépin à la renverser; peu importe, en effet , que pendant quelques années encore , ces fainéants prennent le vain titre de rois , s'ils n'en ont le pouvoir ; la race de Clovis est éteinte dès à présent et lorsque les descendants de Pépin le voudront , ils relégueront dans le cloître le dernier de ce sang.