V. — Jean Racine [La Fené-Milon, 1639; f 1699, Paria
1° Lis Souhces. — La Correspondance de Racine, notamment avec Boileau, dans U plupart des éditions des Œuvres; — Louis Racine, Mémoires sur la vie de son père, 1747; — Sainte-Beuve, dans son Port-Heyal, livre VI, chap. 10 et 11 ; ^ Paul Mesnard, Notice biographique, en tète de son édition des Œuvres.
Saint-Évremond, Dissertation sur l'Alexandre, 1670; — Longepierre, Parallèle de Corneille et de Racine, dans Baillet, Jugements des savants, édition de 1722, I. V, n" 1553 [Le
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qu'il sait bien « qu'en France on ne considère que ce qui platt », que « c'est la grande règle et même la seule » pour ainsi dire, il s'est donc bien gardé d'y manquer! Mais il Q soin de dire ailleurs : « Ces badineries, — il parle de ses Fables et non de ses Contes, on pourrait s'y tromper, — ces badineries doDC ne sont telles qu'en apparence, et dans le fond elles portent un seni* très solide. Et comme par ta définition du point, de la ligne, de la surface et
de 168e]; — La Bruyère, dans ses Caractères, 1688; — Fonlenelle, Parallèle de Corneille et de Racine. 1693; — ahhé Granet, Recueil de plusieurs disserUtions [Cf. ci-dcasus, p. 127]; — les frères Parfaict, Histoire du ihf.âlre français. 1734-1749, l. IX, X, XI, XII; — Chateaubriand, Génie du Christianisme. 1802; — N, Lemercier, Cour» analytique de Littérature, 1810-1816; — Stendhal, Racine et Shakespeare, 1823 et 1825; — A. Vinct, les Poètes français du siècle de Louis XIV, cours de I844-184.Ï ; Paris, 1861; — Sainte-Beuve, Portraits littérairew, 1830; Port- Royal, et Nouveaux lundis, t. III, 1862, et t. X, 1866; — Taine. Essais de critique et d'histoire, 1858; — F. Dellour, les Ennemis de Racine au ivii* siècle, Paris, 1859; — P. Robert, la Poétique de Racine, Paris, 1890; — P. Brunetière, Histoire et littérature, t. Il; Éludes critiques, t. I; et les Époques du théâtre français, 1893; — J. Lemaitre, Impressions de théâtre, 1886-1896; — G. Larroumet, Racine, dans la collection des Grands Écrivains français, Î898.
Marty-Layeaui, Lexique de ta langue de Racine. Paris, 1873, au tome VIII de l'édilioD Mesnard.
2" Les Débuts de Racine. — Sa famille. — Si I'od se douterait qu'il est le compatriote de La Fouttioe ? — et à ce propos de la théorie des a milieux n. — Son éducation )i Port-Royat; — et que seul ou presque seul des grands écrivains de son temps il y a bien appris le grec ; — et que cela se voit dans son œuvre, où il faut noter d'abord qu'il n'entrera pas moins d'esprit et de a virtuosité a que de génie. — Son goût précoce pour les romans; — ses premières poésies ; — la Promenade de Port-Royal, — et à cette occasion, du sentiment de la nature au ivii' siècle. — La Nymphe de la Seine, 1660; — le séjour de Racine à Uiès; — les Stances à Parlkénice, 1661-1662 [Cf. la pièce de Voiture :
303 MANUEL DE l'hISTOIRE DB LA UTTÉRATURE FRANÇAISE
par d'autres principes très familiers, nous parvenons à des coDuaissances qui mesurent enfin le ciet et la terre, de même aussi, par les raisonnements et les conséquences que l'on peut tirer de ces Fables, on se forme le jugement et les mœurs et on se rend capable des grandes choses, u Ai-je besoin de montrer qu'à son tour si Molière n'a jamais formé le dessein de a corriger » les mœurs ou de les « épurer », son Tartuffe, son Misanthrope, ses
idit. Ubicini, d» 9] ; — VOde sur la convalescence du roi et la Benommée aux Muses. — Qu'aucune de ces pièces ne semblait présa^r un poète dramatique; — et qu'eu d'autres temps Racine peut-être n'eflt été qu'un élégiaque; — ou un romancier. — Compatriote, ami de jeunesse, et allié de La Fontaine [par M"" Héricarl, femme de La Fontaine], il eût même versé comme lui dans la préciosité; — ai ce n'avaient êlé l'amour des comédiens; — les réunions do Mouton blanc; — la soif d'une réputation que le théâtre donnait plus bruyante alors qu'aucun genre littéraire; — les faci^ lités que lui offrit l'amitié de Molière; — et une ardeur intérieure de passion ou de génie qui ne pouvait se contenter de sentir modérément [Cf. Sainte-Beuve, Port-Jtoyal].
Les deux premières tragédies de Racine : la Thébaîde, 1664, — et Alexandre, 1665; — elles lui suscitent de nombreux ennemis; — autant qu'autrefois le Cid à Corneille, et Corneille lui-même au premier rang, — Les ennemis de Racine sont aussi ceui de Boileau et de Molière. — Racine a beau passer du théâtre de Molière à l'hôtel de Bourgogne, et Corneille de l'li6tel de Bourgogne an théâtre de Molière, les situations demeurent les mêmes. — Brouille de Racine avec les maîtres de Port-Royal ; — et qu'en écrivant aa Lettre à l'auteur des Visionnaires, 1666, il semble prendre publiquement contre eux le parti de Tartuffe [Cf. , dans la seconde lettre, le passage sur Tartuffe, qui laisserait peu de place au doute, si la lettre avait été imprimée]. — Comment la lutte s'établit entre deux écoles ou deux systèmes dramatiques [Cf. d'Aubignac, la Pratique du théâtre, 1657]; — et comment la coïncidence du succès A' Andromaque, 1667, avec l'échec A'Attila rend l'opposition plus Tive encore. — Britannicua , 1670, et les critiques de Robinet, de Boursault, de Saint-Évreroond [Cf. sa lettre à M. de Lionne]. — Madame, duchesse d'Orléans, exaspère la rivalité des deux poètes en les mettant aux prises sur le sujet de Bérénice; — et, k cette
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Femmes savantes sont ta pour nous répondre qu'h tout le moiDs il a bien prétendu les k modifier n ou les « façonner »? C'est comme si l'on disait qu'aucun grand écrivain de ce temps n'a séparé l'idée de l'art de l'idée d'une certaine fonction ou destination sociale. Bien loin d'affecter, comme avant eux les précieuses ou les grands écrivains de l'âge précédent, le mépris du vulgnire, et de répéter avec eux :
L, de U cruanW de son étourderie; — et combien cette frivole et perfide Henriette est heureuse d'être protégée par son Oraison funèbre. — La Préface de Bérénice, 1670; — et comment ou y saisit enfin l'opposition radicale des deni Poétiques.
3" La Poétique de Racihb.
A. La théorie de l'invention. — Corneille avait ëcrit dana ]« Préface de «on Héraeliu» [édit. Marly-Laveaux, V, 147] : b Je ne craindrai pas d'avancer qae le sujet d'une belle tragédie doit n'èlre pas vraisemblable ■ ; — et Racine lui répond : a U n'y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie * [ëdil. Mesnard, II, 367]. — Conséquences de ce principe. — 1° Les actions rares, eitraordinaires et a complexes a de Corneille remplacées par des actions simples, n chargées de peu de matière o, et d'eipérience quotidienne [Cf. le Cid, Horace^ Rodogune, Héraclius d'une part, et de l'autre. Andromague, Briiannicas, Bérénice, Bajaset]. — Peu d'hommes se sont trouvés dans la situation d'Horace ou de Rodogune, — mais beaucoup de femmes ont connu celle d'Hermione on celle de Bérénice, invitus invitant. — Une comparaison plus décisive encore est celle d'Andromaque avec Pertharite, qui sont le même sujet; — ou de Bajazet avec Floridon [Cf. Segrais, les Divertissements de ta princesse Aurélie]. — 2° L'imitation de la réalité vivante se substitue aux combinaisons du romanesque. — Du mot de Fontenelle sur les caractères des personnages de Racine, « qui ne sont vrais, dit-il. qae parce qu'ils sont communs a ; — et qu'en roulant critiquer Racine on ne saurait mieux le louer. — Les héros de Racine nous ressemblent; — son invention est plus hardie que celle do Corneille de tout ce que ses sujets ont de plus ordinaire ; — de plus voisin de nous ; — de plus semblable i ce qui se passe autour de nous tous les jours. — D'une erreur de Taine à ce sujet [Cf. Essais de critique et d'histoire] — et que, de Corneille et de Racine, c'est bien Corneille
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SM MANUEL DE l'hISTOIRB DE LA LITTI^HATUnn PBANÇAISB
Rien ne me pUIl, hors ce qai peut déplaire Au JDgemeDt da rude populaire;
ils ont essayé, oomme l'explique admirablemeat Ls Fontaine, d'élever ce « populaire » jusqu'à eux; ils ont écrit pour « tout le inonde; n et dans quelque sens enfin que l'on prenne l'expression, — car elle a plusieurs sens, -^ jamais plus que la leur aucune doctrine
qui esl le a précieux u. — 3° La matière même de l'inrention se déplace. — 11 ne s'agit plus d'ajouter à la réalité, de l'embellir, de lui « donner le grand goût » ; — mais, de la mieux voir et de la mieux rendre. — Prédilection singulière de Racine pour les sujets déjà traités [Cf. les Époques du théâtre français]; — et comment il y troure moyen d'inventer. — Que Molière et que La Fontaine ont entendu l'inveotioD de la même manière ; — et c'est de quoi leur en veut Fontenelle quand, comme il le dit de Racine, il les trouve « bas à force d'être naturels ».
B. De la psychologie et de l'art de Racine; — et avant tout qu'ils ne font qu'un; — ■ comme le n système dramatique o de Corneille et la I qualité de son imagination s. — La peinture des caractères, objet principal de Racine [Cf. Molière, dans la Critique de l'École des femmes, et Boileau, dans VÊpitre à Seignelaj-]. — Importance Douvetle donnée dans la tragédie nan passions de l'amour; — comme étant les plus o communes u ou les plus généralevde toutes; — comme étant les plus e naturelles », et peutêtre les plus tragiques [Cf. le mot d'Aristote sur Euripide, qu'il appelait TpaYixt^TaTDt] ; — comme étant celles enCn qui sur un fond d'identité manifestent le mieux la diversité des caractères. — Il y a en effet moins de manières d'être « avare i qu'il n'y en a d'être « amoureux a; — l'amour d'Hermione diffère de celui de Bérénice, et l'amour d'Iphigénie de celui de Phèdre; — mais l'amour de Nérou ne diffère pas moins de celui de Titus, et l'amour d'Achille de celui de Xipharèe. — Erreur de Voltaire à ce sujet [Cf. son Temple du goût]. — Comment de cette diversité de la peinture des caractères se dégage un système dramatique nouveau, — fondé, comme l'a très bien vu Saint-Évremond [Cf. en Dissertation sur l'Alexandre], sur la subordination des situations aux caractères. — Comparaison A cet égard de Sodogane et de Bérénice. — Comment toutes ces choses se tiennent, — et se ramènent
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LA MATIOXALISATtON DE LA LITTERATHRB S06
De différn davantage de ce que nous avons depuis lors appelé le paradoxe de l'art pour l'art.
On a soulevé là-deeaus la question de savoir si « les caractères de grandeur qui distinguent le plus singulièrement le xvti' siècle ne tiendraient pas à la marche générale de la civilisation européenne plutôt qu'à l'influence et aux destinées de la France? n Et, en effet, la question valait la peine d'être posée. Si d'ailleurs on y répondait,
au principe cle la vraiseniblaiice . — Observations i ce sujet; — el, encore une fois, qu'il y a des écoles qui ont Tonde l'art sur « Taltération des rapports réels des cbosea d.
C. Le sljle de Racine; — et 1° qn'il est égnlement sous la loi du principe de la vraisemblance, — pour son degré de naturel, — et à ce propos d'une observation de Sainte-Beuve : n Le style de Racine, a-t-il dit, et sauf l'élégance toujours observée du contour, côtoie volontiers la prose n. — Justesse et fécondité de la remarque. — Il n'y a pas en effet de prose plus simple; — on pourrait presque dire plus nue que celle de Racine [Cf. son Abrégé de l'histoire de Port-Soy al]; — et c'est celte prose elle-mEmequi, dans son théâtre, se colore, se nuance, s'anime, s'échauffe et s'enflamme de la passion de ses personnages, — 2° Que cette simplicité du style de Racine en fait un instrument d'analyse psychologique incomparable; — et, de là, la complexité des sentiments qu'il exprime avec « les mots de tout le monde a :
s que je [aisnia couler [Bhit.J.
Que cette manière d'écrire est précisément l'inverse de celle des précieux; — qui disent des choses fort simples d'une manière très compliquée. — 3° Que d'ailleurs cette simplicité ne nuit ni à l'élégance, ni surtout à la hardiesse; — et que Racine est l'un des écri- Toins les plus audacieui qu'il y ait; — ses alliances de mots; — ses n raccourcis b d'idées [Cf. P. Meanard, Étitde sur le sljle de ICacine]. — Autres qualités du style de Racine ; — harmonie, mouvement, couleur, plasticité [Cf. Epoques du théâtre français] ; — et que le soin qu'il met à les dissimuler nous ramène encore en finissant au principe de la vraisemblance.
k" hk SECONDE Vie de R*ci:ce. — Dégoûts que lui procurent son
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Ï06 SIAXtBL DB l'histoire DE LA LITTÉBATtinE PEAMÇAISE
comme l'auteur même de la question [Cournot, Considérations sur la marche des idées dans les temps modernes, t, I, Paris, 1872], que « le privilège de la France de Louis XIV consiste à s'être trouvée placée dans des circonstances oii son mouvement propre était dans le sens du mouvement général de l'Europe... de manière à la rendre Vinterprèie ou le véhicule des idées communes i, on aurait jeté sans doute une vive lumière sur
Mithridale, 1673; — son Ipkigénie, 1675; — et enfin aa Phèdre, 1677 [Cf. Dellour, les Ennemis de Racine, et AmMiSc Renée, les Nièces de Mazarin]. — Les deux Phèdre. — Si la hardiesse même des tragédies de Racine o'a pas élé l'une des causes de l'acharnemeot de ses enuemis contre lui? — On refusait de reconnaître la vérité des peintures qu'il traçait de l'amour; — et, parce qu'elles étaient trop « vraies t, on les trouvait a excessives d. — Une citation de Subliguy : « Je trouverais M. Racine fort dangereux, s'il avait fait cette odieuse criminelle (Phèdre) aussi aimable et autant à plaindre qu'il en avait envie s. — - Que l'on n'a pas assez appuyé sur re caractère de la tragédie de Racine; — mais qu'il l'a bien reconnu lui-m.*me; — qu'en sollicitant pour sa Phèdre l'approbation du graD,d Arnauld, c'est une a absolution » qu'il lui a demandée;
— et que, l'ayant obtenue, il ne s'en est pas contenté. — La dtïposition de la Voisin dans l'affaire des Poisons {Cf. Ravaisson. Archives de la Sastitle, \1, 51]. — Le motif le plus intérieur de la conversion de Rncinc a été l'horreur de ses propres fictions;
— et c'est pour cela qu'à partir du jour où il a eu quitté le théâtre, ne se souciant même plus des rééditions de ses propres pièces; — il s'est renfermé dans ses fonctions d'historiographe et ses devoirs de père de famille.
Mais que, dans cette retraite, bien loin de s'affaiblir, son génie se soit fortifié en e'épurant, c'est ce que suffisent à prouver son Esther, 1689; —et son Aihalie, 1691. — Dans quelles conditions ces deux pièces ont été composées. — Qu'il est remarquable qu'en choisissant le sujet A'Esther, Racine soit revenu â un sujet traité cinq ou six fois avant lui sur la scène française. — Succès A'Esther
de Racine. — Les variations de M"°« de Sévigné [Cf. les Lettre» de 1690]. — Jugement dédaigneux de M"" de La Fayette, dans ses Mémoires. — Athalie, 1691. — Redoublement des critiques, — et
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[ DB LA LITTéRATURB 307
nn temps de l'histoire de notre littérature, et particu- Hërement on en aurait assez bien expliqué la rapidité de propagation. Mais il resterait à montrer comment ou pourquoi la France s'est trouvée investie de cette « prérogative »; et, sans entreprendre ici cette recherche un peu longue, n'est-il pas permis de penser que le caractère de notre littérature, celui de la civilisation française du temps de Louis XIV, et l'influence enfla de Louis XIV
I dégoûts cle Racioe. — FaDt-il Tolr dans Athalie, Ayee Boileau et avec Yoltaîre, « le plus bel ouvrage s de Racine? — Les dernièreB aDoées de Racine. — Racine historiographe et Racine courtisan. — Son intervention dans la querelle des anciens et des modernes. — Son détachement de ses propres œovrea [Cf. la lettre à Boileau, datée du 4 avril 1696]. « 11 y a longLcmpa que Dien m'a fait la grâce d'être asse£ peu sensible an bien et au mal qu'on peut dire de mes tragédies, et de ne me mettre en peine qne du compte que j'aurai à lui en rendre quelque jour, e — Il se rapproche de Port-Royal; — et c'est sans doute pour cette raison qu'il encourt la disgrâce du roi [Cf. Louis Racine, Mémoire* tur la vie de son père]. — Sa mort, le 21 avril 1699.
5° Les Œdvbeb. — On peut bien dire des tenvreB de Racine qne, si l'on met ft part les Poésies de la jeunesse, et quelques Bpigrammes; — toutes ou presqtie toutes extrêmement mordantes et malicieuses; — elles se réduisent aux onze tragédies que nous avons de lui, et à sa comédie des Plaideurs.
Les principales éditions en sont : — l'édition de 1697, Paris, chez Barbin, qu'il n'est pas certain du tout qne Racine ait revue lui-même; — l'édition de 1743, Amsterdam, chez J. L, Bernard, avec les remarques de l'abbé d'Olivct; — l'édition de 1S07, en 7 volumes in-8°, avec le commentaire de Laharpe, Paris, chez Agasse; — l'édition de 130S, en 7 volumes également, avec le commentaire de Geoffroy, Paria, chez Lenormand; — la série des éditions d'Aimé Martin, 1820, 1822, 1825, 1844, chez Lefèvre; — et l'édition P. Mesnard, dans la collection dea Grands Écrivains de la France, Paris, 1865-1873, Hachette.
VI. — Louis Bonrdaloue [Bourges, 1632; f 1704, Paris]. i* Les Sources. — M™» de Pringy, Éloge da P. Bourdaloue, dans le Mercure galant de juin 1704; — abbé Lambert, Histoire
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lui-même ne sont pas tant à ce point de vue même des effets que des causes? Peut-on dire <jue les idées de Pascal ou celles de Bossuet, par exemple, fussent « dans le sens du mouvement général de l'Europe »? Ne le diraiton pas mieux des idées de Locke ou de Grotius? Et, en France même, d'où donc aurait procédé la résistance, l'opposition qu'ont rencontrée les Molière, les Boileau, les Racine, et dont je répète que, sans l'intervention per'
littéraire du règne de Louis XIV, 1751, t. I; — Maury, Exsai aur l'éloquence de la chaire, 1777.
Vinet, Bourdaloue, dans le Semeur, 1843, et dans ses Mélanges;
— SaÏDle-Beuve, Causeries du lundi, t. IX; — J.-J. Weias, Bourdaloue, dans la Bévue des cours littéraires, septembre 1866;
— abbé Hurel, les Prédicateurs sacrés à la cour de Louis XIV, Paris, 1372; — A. Feugère, Bourdaloue, sa prédication et son temps. Paria, 1S74; — te F. Lauras. S. J., Bourdaloue, sa vie et ses œuvres, Paria, 1881; — abbé Blampignon, Étude sur Bourdaloue. eo Ute de eoa Choix de sermons du P. Bourdaloue, Paris, 1886; — H. Chdrot. S. J.. Bourdaloue inconnu, daDS les Éludes religieuses de 1S98.
Louis Veuillot, Molière el Bourdaloue, 1863.
2° L'Obïteur. — Absence de renseignements sur sa Jeunesse; — et manque de toute espèce d'événemeats dans sa vie; — sincérité de sa vocation ; — simplicité de son existence ; — et unité de son œuvre. — Ses débuts dans les chaires de Paris, 1669; — et du mot de Voltaire : » que Bossuet ne pssaa plus pour le premier prédicateur dès que Bourdaloue eut paru i. — Bourdaloue à la cour :
— Aventt de 1670, 84, 86, 89, 91, 93, 97, et Carêmes de 1672, 74, 76, 80, 82, 95. — Succès prodigicuir de Bourdaloue [Cf. les Lettres de jtf°" de Sévigné, passim, et le Journal de Dangeau], — Si ce succès doit être attribué au caractère eiciusivement moral et rarement dogmatique de sa prédication î — Eiagération de Nisard à ce sujet.
— Si la cause du succès de Bourdaloue est dans les i portraits > ou ( allusions » que coq tiendrai eut ses Sermons?— DifCculté de répondre à cette question, — Noua n'avons pas les vrais Sermons de Bourdaloue ; — mais ses Sermons retouchés, refondus et réduits plusieurs en un seul. — Les ( portraits > de Pascal, dans le Sermon sur la médisance; — et d'Arnauld, dans le Sermon sur la sévérité chrétienne; — et si ce sont vraiment des « portraits »?
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t* NATIONALISATION DR LA LITTAhATURB M»
eonnelle de Louis XIV, ils n'aurnicnt pas triomphé? Mnis ce qa'il importe surtout d'observer c'est que le « siècle de Louis XIV » n'a guère duré plus de vingt-cinq ans, ce qui est peu pour un siècle, si l'on ne regarde qu'au nombre des années, mais ce qui est beaucoup si l'on fait attention qu'il n'y a pas une de ces vingt-cinq années qui ne soit illustrée de quelque chef-d'œuvre. Nous n'avons pas plus tôt gravi l'un des versants de la colline.
— Ls c bardiesse i cle Bourdaloue; — et qu'il ne semble point qu'elle nllpasaj l'ordiDaire de la chaire chrélieane en bdd tempa. — Il faut cherelier ailleurs l'explicatioa du succèa de Bourdaloue; — et on la trouve aisément :
A. Dans la rie/iesae de son invention oratoire. — Diversité dei plans dans les Sermons de Bourdalone, et, i ee propos, des Quatre êermone pour la TouMtaint, — on des trois Sermons : sur la Crainte de la mort, — sur la Préparation à la mort, — s«r la Pensée de la mort. — Beauté particulière de oe dernier sermon, — Séiririté delà métliode; — et, à cette occasion, du paradoxe de Féaelon daos ses Dialogues sur l'éloquenee. — Qn'il eit aussi puéril de leprocher & un «ermon d'Mre divisé d'ordinaire en trois points qu'A une tragédie de l'être en cinq actes ; — que Bourdaloue n'a d'ailleurs pas pensé qu'il convint de faire le bel esprit dans la chaire chrétienne; — et qu'on ne saurait trop diviser, distinguer et appuyer quand on se préoccupe avant tout, comme lui, d'Instruire et de ( moraliser t. — Les transitions dans l'éloquence de Bourdaloue; — et, plus généralement, de l'importance des transllioQS dans l'art oratoire ; — roœme servant à € Taire communiquer ■ les idées entre ellea; — i en établir la gradation naturelle; — et i les < changer t en idées voisines. — De la clarté touveraine, — mais sa rtoot continue, — que ces qualités donoeut anx sermons de Bourdaloue; — et qu'il j faut voir la première raison de son succès
B, Dans le caractère pratique de sa prédication. — Les sermons de Bourdaloue sont de ceux où abondent les règles précises de conduite. — [Cf. les Sermons sur les Devoirs des pères, — sur le Soin des domestiques, — sur les Divertissements du monde, — sur la Restitution.] — Il ne se contente pas de dire ce qu'il ne faut pas faire; - — mais il dit ce qn'il faut faire; — ses instructions sont concrètes, et ses conseils déterminés. — Comment Bourdalone
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qu'il en faut redescendre l'autre; et après tout, pourquoi nous en plaindrions-nous, si la vie ne consiste que dans le mouvement même?
En fait, le traité de Nimègue, en 1678, qui semble marquer l'apogée de la puissance de Louis XIV, commence précisément d'en annoncer le déclin. La galanterie des débuts du règne avait dégénéré en scandale public, et c'est en vain que les prédicateurs avaient tonné du haut
fl'iDSpire de Vaclualité [Cf. ie sermon lur l'Impureté]. ~ L« polémique contemporaine dans les Sermons de Bonrdalone [Cf. les Sermons sur la Sévérité chrétienne, contre le jansénisme; — sur VOhéisiance due à l'Église, contre le gallieaniame; — sur l'Hypocrisie, contre Molière et son Tartuffe]. ~~ Une dernière raison du succès de Bourdaloue se trouve :
C. Dans la nature de son éloquence et de son style. — Bourdaloue est le plus continûment éloquent de nos prédicateurs. — Par où l'on veut dire : — qu'il répand une lumière égale sur toutes les parties de son sujet; — que le mouvement ordinaire de son éloquence a moins de variété que d'ampleur; — et qu'il n'a presque point de traits ni de morceaux. — Simplicité du style de Bourdaloue. — Son dédain de toute rhétorique, — et si peut-être il ne l'a pas poussé au delà des justes bornes? — Que la manière de rbomme que l'on a justement appelé « la vivante réfutation des Provinciales ■ est la plus janséniste qu'il j ait; — après celle de Nicole ; — et que celte manière roèroe l'a servi en son temps. — Et qu'elle est trop exacte ; — ■ ou trop « raisonnable > pour notre goût contemporain; ~ mais qu'il ne faut pas qu'elle nous eacbe la lîneBse, — la profondeur, — et l'éteodue de sa psychologie. — Comparaison i ce propos des E»tai» de Nicole, et des Sermons de Bourdaloue; — admiration égale de M"" de Sévigné. — Que toutes ces raisons, qui expliquent le succès de Bourdaloue dans le sermon, — expliquent son infériorité dans l'Oraison funèbre, le Panégyrique et la prédication des Mystères.
En revanche, et pour les mêmes raisons, — que Bourdaloue demeure en français le vrai maître du développement oratoire; — si nul mieux que lui u'a su poser, diviser et ordonner un sujet; — le traiter selon sa coDstitution ; — et n'y rien ajouter d'extérieur ou de superflu. — Cette entière sincérité ne fait pas moins d'honneur à son caractère qu'A son talent, — Ou plutAt son talent et SOD
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LA NATIONALISATION DE LA LITTÉnATURE 3tl
de la chaire t Aux leçons de Bourdaloue Louis XIV «vait contioué de préférer celles de Molière :
Ud partage avec Jupiter
N'a riCD du tout qui déihonoiv...
MaiQtenant c'est l'eKcès ou l'enivrement de la puissance qui l'engage dans des entreprises au-dessus de ses forces. Son air de hauteur et d' « estime de soi n, qu'aucune
caractère ne font qu'un. — Témoignages que lui ont rendus B«a contemporains [Cf. Lauras, S. J., Bourdaloue, sa vie et ses œuvres]-
— et ton» ceui qui en ont parlé; — catholiques ou protestants.
3° Les Œuvrer. — Les Œuvres de Bourdaloue ne ae composent que de ses Sermons; — de fragments de ses Sermons, réunis par ses éditeurs sous le titre de Pensées; — et d'un très petit nombre de lettres.
L'édition originale des Sermons on des Œuvres de Bourdaloue, préparée certainement en partie par lui, mais donnée par le Père Bretonnean, son confrère, a paru de 1707 ik 1734, chez Rigaud, directeur de l'imprimerie royale, et comprend ; — un volume pour VAvenl, 1707; ~ trois volumes pour le Carême, 1707; — deux volumes de Mystères, 1709; — deux volumes de Sermons de véture. Panégyriques, Oraisons funèbres, 1711 ; — trois volumes de Dominicales, 1716; — et enfin cinq volumes à' Instructions chrétieniut, Exhortations de retraite, on Pensée» diverses, 1721-1734.
Les meilleures éditions modernes sont: — l'édition de 1822-1826, Paria ; — et l'édition Gncrin, 1864, Bar-le-Duc.
Vn. — NicoUs Boilean-Despréanx [Paris, 1636; f 1711, Paris].
1° Les SouBces*. — Desmaizeaui, La vie de M. Deapréaux, Amsterdam, 1712 ; — Louis Racine, Mémoires sur la vie de son père, 1747, et en tète ou k la fin de plusieurs éditions de Racine;
— Cizeron Rival, Lettres familières de MM. Boileaa-Despréaux et Brossetle.'LyQa, 1770; — d'Alembert, Éloge de Despréaux, éa^as la collection de ses Éloges académiques, Paris, 1779; — Berriat Saint-Prix, Essai sur Boileau, Paris, 1830.
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familiarité désormais ne tempère et qui l'immobilise dans uiie attitude de solennité; ses abus de pouvoir; ses chambres de réuDion, sa grande querelle avec la cour de Rome, la révocation de l'Édit de Nantes; son intervention dans les choses d'Angleterre, la politique brutale et despotique de Lonvois indisposent, inquiètent, irritent l'opi- DÎOQ, soulèvent contre lui les armes de l'Eîurope entière. Et, dans l'inTatuation oii il est de sa personne, quand il n'a plus de Colbert pour diriger ses finances, de Tnrenne,
Sainte-Beuve, Portrait» littéraires, t. I; Port-Royal, Liv. VI, ch. m; et Caiaeriet du lundi, t. VI; — Philarète Cbasles, les yictime» de Boiteaa, ûtae !■ Revue des Deux Mondes, juin et août 1639 ; — F. Bruoetièrc. article Boileïu dsDs la Grande Encyclopédie, 1887; Notice en tite des Œuvret poétiques de Boileau, 1889; et rÉvolulion des genres, t. I, 1890; ~ P. Morillot, Boileau, dans la collection des Classiques populaires, 1891;
I.anaon, Boileau, dans la collection des Grands Écrivains français, 1892.
Delaporte, S. J., l'Art poétique de Boileau commenté par se» contemporain», Lille, 1888.
2' L'HOHHK BT L'ÉoKiviiH, — Origine et jeunesse de Botlean ; — le Palais en 1640 ; — grande robe, moyenne robe, petite robe. — Les ( études thëologiqnes > de Boileau; — eea études de droit;
— ses premières pièces; — la composition des premières Satires, 1660, 1661; — les Stances pour l'École de» femmes, 1662. — Liaison de Boileau avec Molière. La Fontaine et Racine. — Encore le Cabaret du Mouton blane\ — La Dissertation sur Joeonde. — Lecture dea Satires dans les compagnies. — Le recueil de Hollande, 1665. — Boileau se rësont de se faire imprimer, 1666.
— Émotion produite par les premières Satires [I, VI, VII, II, IV, 111, V] — et particulièrement dans la * Société précieuse *. — Répliques de Cotiu ; la Satyre des satyres, 16E6, — et de Bour- •ault. 1669. — Leur violeoce injurieuse. — Courage et persévérance de fioilean. — Le Discours sur la Satire, 166S. — Coalition des ennemis de Boilean. — Chapelaiu et les Perrault l'empêchent d'itre inscrit a sur la liste des bienfaits du Roi • ; — et essaient de l'empêcher d'obtenir le privilège nécessaire pour l'Impression de ses isnvres: — pendant que M. de Montausier le menace de voies de fait. — L'Épitre au Roi; — Boileau la fait présenter èm
de Condé, de Luxembourg pour diriger ses armées, de Lionne, enfin, ni de Pomponne pour diriger sa diplomatie, c'est le moment qu'il choisit pour se précipiter dans U guerre qui doit aboutir au funeste traité d'Utrecht.
Cependant, au dedans, tout s'assombrit aussi. La scandaleuse et tragique affaire des pois-jus entr'ouvre brusquement aux yeux comme un abîme d'ignominie [Cf. RavaissoD, Archives de la Bastille, t. IV, V, VI, VII, Paris, 1870-1875]. Si ta France en masse est mallieu-
roi par H"« de Montespan; — et i ce propos des services rendus aux geuB de lettres par M"* de Montespan, — qui expliquent, ■ana les excuser, les flatteries qu'ils lui ont tooa ou presque tous adreBbées. — Pouvaient-Ua être plua prudes que Vivonne, le frère de Is dame? — - et, vivant eui-mftmea comme ils faiBaieat (Cf. Lettres de M"^" de Sévigné, 1671] ; - lea accuserons-nous de € basseaae ■? — Publication des premières Épitrea; — de X'Art Poétique; et des premiera chants du Lutrin, 1674. — Le < sieur Despréaui ■ figure pour la première fois sur la i liste des bienfaits du Roi ■ en 1676; -^ il eat nommé pour « écrire l'histoire du Roi I, 1677; ~ et renonce au i métier de poésie i.
A. La Critique de Boileaa. — Du mérite éminent de la critique de Boileau , qui est ; — d'avoir eulevé lenrs lecteurs aux Chapelain et aux Scarron; — d'avoir preeqae révélé Molière [Cf. lea Stancei SUT lÉeole de» femmes] ; — La Fontaine [Cf. la Dissertation sur /oconde]; - — Racine [Cf. le Dialogue sur les héros de roman], à eux-mftmea autant qu'au public; — et d'en avoir de hante lulte comme imposé l'admiration. — Haines que cette manière d'entendre la satire a naturellement soulevées ; — et comment Boileau y ■ fait tète; — sans avoir contre elles d'autre protection que sa probité [Cf. Discours sur la satire et Satire IX]. — Supériorité morale de Boileau [Cf. Satires 1. V, VIII, et Épîlrealll, V, VI] sur la plupart
— Son indépendance entière de situation, d'humeur, et de goût; — aa liberté de Jugement [Cf. Satire V. sur la Noblesse, et Épitres VIII et IX]; — et qu'elle va beaucoup plus loin qu'on ne croirait d'abord. — ^ Fécondité de sa critique, — et, à ce propos, si la 1 critique des défauts > ne suggère pas l'intelligence des qualités qni en sont le contraire? — De l'influence peraonnelle qne Boileau r Molière; — snr La Fontaine; — sur Racine; —
Slt MANDBL DE l'hISTOIHB DB LA LITTÉRATURK FRANÇAISB
re use ment complice de la révocatioD de l'Ëdit de Nantes, ce n'est paa seulement le commerce et l'industrie qu'on tarit dans leurs sources, en expulsant les protestants, mais c'est la moralité publique qui en est comme atteinte jusque dans ses fondements. La cour elle-même change de caractère. La Vallière expie ses amours dans les austérités du cloître ; Fontaages est morte, « blessée au service du roi » ; M*" de Montespan a dû quitter la cour; et & leur place & toutes, dans une condition dou-
et d'ane opinion de Sainte-B«nve A ce Bujel. — De l'Art poétique; — et comment il continue l'œuvre s critique a de Boileau [Cf. aotammenl le chani III]. — Les n règles u de l'épopée y sont k 1> fois l'éloge littéraire de Virgile et la satire de la Pucelte; — comme les « règles » de la tragédie y aoat ensemble l'apologie de la tragédie de Racine et la critique de celle de Corneille. ^- C'est encore ainsi que le Lutrin est la critique en action du Virgile travesti. — Comment une doctrine s'est naturellement dégagée de cette critique; — et quelle est cette doctrine?
B. La Doctrine de Boileau. — Que le point de départ en est l'imitation de la nature :
Jamai* ds la nalars il ne faut s'écarter ; —
et de là, comme dans la comédie de Molière, l'égale condamnation dn burlesque; — et de la préciosité. — Nouveauté du conseil à sa date si presque personne depuis tant d'années ne l'avait donné ; — il l'exception du seul Pascal. — Comment d'ailleurs le principe général de l'imitation de la nature est restreint dans la doctrine de Boileau; — par sou indifférence de bourgeois de Paris i la nature extérieure; — par le goAt qu'il tient de tes contemporains pour l'observation purement morale; — et par les exigences de la politesse ambiante.
Ne priientei jamais de basse circonstance.
De l'utilité de ces restrictions; — et de leurs dangers; — dont le plus considérable est de réduire l'imitation de la nature à ce qu'elle a de commun en tous les hommes ; — et par conséquent la nature elle-même i ce qu'elle a de plus abstrait. — Comment Boileau, qui
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LA NATIONAUSATION DB LA LITTÉnATUDB Stt
tcuse, qui tient ensemble de celle de la maîtresse, et de la femme de charge, ou de la gouvernante, c'est M"* de Maintenon qui règne, < Voilà l'état où les cboses s'en trouvaient à mon départ de France, en 1690, — nous dit uatémoin, l'envoyé de Brandebourg, Ezéchiel Spanbeim, — et qui, après tout, d'une simple demoiselle, vîeillei pauvre, veuve d'un auteur burlesque, la suivante de la maîtresse du Roi, d'une cour d'ailleurs la plus galante de CEurope, en a fait la confidente, la mal-
l'a bien seati, a essayé d'éviter ce danger; — en donoantà la forme rimporliDce qu'il lui a donnée :
et en prêchant rimitation des anciens ; — dont les oeuvres ne sont pas seulement des modèles  ses yeux; — mais encore constituent le trésor de l'expérience accnmulée des hommes ; — et sont comme autant de témoins de l'identité de la nature humaine sous les varialionB extérieures qui l'alTeclent. — Comment la doctrine deBoileau se couronne d'une morale ; — et combien sa morale est plus haute que celle des gens de lettres ses contemporains.
C. La Polémique de Boileau, contre les Modernes. — De l'utilité des polémiques pour nous obliger à voir clair dans nos propres idées. ~ La traduction du Trailé du sablime, 1674; — et les Réflexions critiques sur Longîn, 1694. — S'il n'entre pas dd peu de superstition dans l'admiration de Boileau pour les anciens? — et que £royail-il avoir mis de « pindarique » dans son Ode sur la prise deNamur. 1693? [Cf. son Discours sur l'Ode], -~ Qu'en tout cas la querelle a obligé Boileau de réviser ses principes ; — . et qu'il ne les a pas abandonnés; — mais qu'il ea a prolongé les conséquences ; — et mieuidéfini les applications. — haseptième Réflexion aur Longin, 1694. — De Is distinction que Boileau convient qu'il y a lieu de faire entre Lycophron et Homère ; — et de l'importance de cette distinction; — si de Ronsard à Corneille on avait justement I confondu » tous les anciens ensemble. — Qu'il a fait encore un pas déplus; — en déterminant les n conditions historiques a do la perfection des oeuvres; — qu'il » placées le premier dans la rencontre ou coïncidence du point de perfection des genres avec le
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tresse, et, comme on croit, L'épouse même d'un grand monarque » [Cf. Ézécbiel Spaaheim, Relation de la Cour de France en 1690- Paris, 1881], Épouse ou maltresse, la vieille demoiselle n'imagine qu'un moyen d'assurer à la fois et de se faire pardonner sa fortune, lequel est d'aSecter la dévotion et la pruderie. Altri tempi, altre cure! Sa grande affaire est de diriger le roi dans les voies du salut. Elle le dirige; et Nanon, sa servante, la gouverne. Les beaux jours sont pnsïésl C'est
point de maturité de la langue, — Les deraières œurres de Boileau : les trois dernières ÉpUre», 1695; — la préface de l'édition de 1701, contenant la Lettre à M. Perrault; ~ et les trois dernières Satires, 1694, 1698 et 1705.
De Boileau comme poète, — ou plutôt comme écrivain ; — ses aveux à cet égard [Cf. Satires II, à M. de Molière, et XII, sur l'Équivoque, et les Épiires VI et X]. — Si l'on se douterait, i le lire, de la parenté de la Satire et du Lyrismeî — Combien son art est plus étroit que sa critique; ^-et surtout moins hardi. — Les qualités qui lui manquent sont aussi celles qui manquent trop souvent A Molière; — élévalion, distinction et grâce; — lesquelles ne sont pas seulement quelques-unes des qualités essentielles du poète; — mais aussi les qualités i aristocratiques ■ du style; — et à cette occasion que, tout en combattant les précieuses, — il eût pu recevoir d'elles plus d'une utile leçon. — En revanche, et comme aussi Molière, il a les qualités <c bourgeoises », — et premièrement, dans les limites de sa vision, le sens de la réalité pittoresque [Cf. le Repas ridicule, la Satirt de* Femme*, les quatre premiers chants da Lutrin]; — il a encore La plaisanterie vulgaire, mais souvent mordante; — et il a en&n, à un haut degré, le don d'enfermer sa pensée dans le raccourci du proverbe; — qui est le don tout simplement de mettre l'expérience commune soua une forme portative. — Les mêmes qualités et lea mêmes défauts se retrouvent dans sa prose [Cr. sa Correspondance, son Discourt tur la Satire, ses Préfaces] — avec moins de contrainte; — et quelque chose de prîme-sautier on de brusque; — qui est la vive peinture de son caractère; — et qui lui fait honneur.
3° Les Œuvbes. — Les Œuvre* poétique* de Boileau se composent — de ses Satire*, au nombre de douze ; — de ses ÉpUre», va nombre de doiixe également; — de bod Art poétique, en qaatre
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il peine, — après Ryswick et te mariage de Savoie, — si la vivacité de la duchesse de Bourgogne réveillera quelque étincelle des splendeurs éteintes. Quoique le roi vive toujours, et quand il vivrait dix ans, quinze ans, vingt ans encore, le règne est terminé! Plus de ris ni de jeux désormais; une tristesse morne; et insensiblement, sur les restes de ce qui fut « la cour la plus galante de l'Europe », se tisse et s'étend le voile terne, opaque, et lugubre de l'ennui.
chants; — de son Lutrin, en eU ohaate; — et enfin de quelque! Poésies diverses, dont l'Ode sur la prite de Namur, et nn certnio nombre d'Épigrammes.
Ses (Mavres enprose comprenneat: — la Dissertation sur Joconde et le Dialogue sur les kéroa de roman, qu'il n'a point publiée luimême; — sa traduction du Traité du sublime, — ses Réflexions critiques sur Longin; — les Préfaces dea différentes éditions de ses Œuvres, 1666, 1674, 1675, 1683, 1685, 1694, 1701; — et un volume entier de Lettres dont les plus intéressinteB sont les Lettres à Racine et les Lettres à Brossette.
Les premières ëditioas des Satires, et notamment celle de 1666, contiennent d'assez nombreox passages qui ont été supprimés, transposés ou modifiés dans les éditions suivantes. Et il est saus doute intéressant de savoir que, d'un autre côté, la première édition de la Satire des femmes, qui est de 1693, ne contenait pas le célèbre portrait dn lieutenant criminel Tardieu ;
Mail pour mieux mettre ici leur craaie en tout son Inatre...
Boileau l'avait relraDcbé, aur le conseil de Racine. Mais d'une manière générale les éditions qui font foi pour le teite de Boileau n'en demeurent pas moins l'édition de 1701 ; — et dans nue certaine mesure, l'édition de 1713, qu'il eemble bien qu'il ait préparée luimftine pour l'impression.
Les meilleures éditions posthumes sont : l'édition Saint-Marc, Paria, 1747, en cinq volumes ; — l'édition Berriat Saint-Prix, Paris, 1830; — et l'édition Gidel, Paris, 1880.
Mais à la ville, aussitôt, les coteries se reforment. Molière est mort et Racine converti. Boileau, chargé d'écrire l'histoire des campagnes du prince, ne se sent pas de joie « d'être engagé dans le glorieux emploi qui l'a tiré, dit-il, du métier de poésie »; il se tait. Et voici qu'aussîtât les victimes qu'ils croyaient les uns et les autres avoir tuées ressuscitent; elles Tont de nouveau les agréables; et la préciosité renaît. M"" Deshoulières en tient école, et, soutenus par elle,
Avec impUDité les Pradons font des versl
SixiÂHB Époque
De la cabale de « Phèdre <> à la publication des « Iiettres persanes ».