‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 38 sur 74 · VI. — Charles Perrault [Paris, 1628; -)- 1703, Paris · texte numérisé non relu

VI. — Charles Perrault [Paris, 1628; -)- 1703, Paris

1" Les Soubceb. — Perrault, ses Mémoires, publiëa pour la première fois en 1759; — P. Clëment, Lettres, Instructions et Mémoires de Colberl, notammeat t. V; — Niccron, dans ses Hommes illustres, t. XLIII ; — d'Alembert, Éloge de Chartes Perrault, dans ses Éloges académiques ; — Sainte-Beuve, Charles Perrault, dans ses Causeries du Lundi, t. V, et Nouveaux Lundis, t. 1; — Cb. Giraud, Lettre critique, en tCte de son édition des Contes de Fées, 1864; — Anède Bariue, les Contes de Perrault, dans la Revue des Deux Mondes du 1" décembre 1890.

a« L'HOMMH ET LÉCBITAIB.

A. Le Premier commis des Bâtiments . — La Famille de* Perranlt; — les Boileau et les Perrault; — Pierre Perrault, le traducteur de la Seeehia rapita, 1678 [Cf. Racine, dans la préface de ion Iphigénie]; — Nicolas Perrault, Claude Perrault, l'arcbitectemédecin [Cf. Fontenelle, Éloge de Claude Perrault]; — Charles Perrault; — »ea premières éludes et sea premiers vers; — le ■ travestissement i> dn VI" livre de l'Éniide; — et i ce propos de la renaisaance du burlesque. — Colbert fait de Perrault le secrétaire de l'Académie des inscriptions ; — Perrault lui sD^ère l'idée de la première Académie

le sens des autres, et d'être de l'avis de quelqu'un » ; et toutes ces critiques il les a méritées. Sa tragédie A^Aspar ne nous est connue que par l'épigramtne de Racine; mais nous avons ses Églogues, nous avons ses Lettres galantes du chevalier d'Her"* ; et que veut-on que Boileau ait pensé de ce petit morceau : « On nous a dit, monsieur, que vous devenez philosophe, mais d'une philosophie la plus extraordinaire du monde. Vous ne croyez plus qu'il y ait de couleurs!... J'en parlais un jour à M°" de B... qui est de vos amies, et qui en vérité a regret à votre raison. Elle étranglerait Descartes, si elle le tenait. Aussi faut-il avouer que sa philosophie est une vilaine philosophie : elle enlaidit toutes les dames. S'il n'y a donc point de teint,

Chapelain 1 la a Liste des bienfaîta du Itoi d. — Le contrôleur des Bâtiments; — ses travaux; — il inspire à son frère l'idée de la colonnade du Louvre; — ses dëgoAts et sa retraite. — Let piècEB de circonstance. — Le Saint Paulin, 1686 ; — et i cette occasion, de ta reDaissance de l'ëpopée. — Le Siècle de Louis le Grand, 1687; — et des deux litres de l'ouTrage à notre attention, qui sont : — d'avoir donné à Voltaire l'idiîe du Siècle de Louis XIV; — et d'avoir déchaîné la querelle des Anciens et des Modernes.

B. L'Apologiste des Modernes. — Les Parallèles des Anciens et des Modernes, 16S8-1696. — Émotion qu'eicitent ce* dialogues; — Boileau et Perrault; — Perrault et La Bruyère; —le but de l'œuvre et la thèse de Perrault [Cf, ci-deasouB La. Querelle drs AnciEHs El DBS MoBERHEs]. — Politesse et courtoisie de Perrault dans la discussion. — Qu'il y a d'ailleurs de fort bonnes choses dans les Parallèles. — Comment il faut les lire; — en ne lui imputant que les opinions de l'Abbé de ses Dialogues. — Réconciliation de Perrault et de Boileau. — La publication des Hommes illustres de ce siècle. 1696-i:O0.

C. L'Auteur des Contes de fées; — et que d'Alembert dans son Éloge n'en a pas fait Beulcment mention; — ce qui est une omlBsion fâcheuse ; — Cendrillon et le Chat botté demeurant le meilleur de l'oeuvre de Perrault;— et, de 1680 i 1715, aucun genre n'ayant été plus fécond que celui des Contes de fées. — De quelques émules . de Perrault! — M"" d'Aulnoy, l'auteur de l'Oiseau bleu —

:.bv Cookie

S3S MANUEL SE L HISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAlSR

que deviendront les roses et les lys de nos belles I Vous aurez beau leur dire que les couleurs sont dans les yeux de ceux qui les regardent et non dans les objets; les dames ne veulent point dépendre des yeux d'nutrut pour leur teint; elles veulent l'avoir à elles en propre, et s'il n'y a point de couleur la nuit, M. de M... est donc bien attrappé, qui est devenu amoureux de M'" D. L. G. sur son beau leint, et qui l'a épousée. » Voiture n'a rien écrit de plus précieux ni Balzac de plus affecté. Mais ce que ni Balzac ni Voiture n'out connu, c'est l'art d'envelopper ainsi de préciosité ou d'aOectation une vérité scientifique ; et là est l'originalité de Fontenetle. Il met positivement le cartésianisme en madrigaux, l'astronomie, la physique,

M"* de la Force; — M"' Lhéritier [Cf. BUr ces dames et quelques autres l'BUCoire littéraire des femmes françoises. par l'abbé de la Porte, Paris, 1769]; — et s'il ne convient pns di; rapprocher de ce goAt pour les Contes de fées, — celui qu'on tëmoigae égitlcment pour les Contes orientaui ? — La traduction des Mille et une Nuits, 1704-1708. — Si les Contes de Perrault méritent les i^logcs qu'on en a fait? — La naïveté des Coules de Perrault n'existe que dans l'imagination de ceux qu'ils amusent ; — le mot de La Fontaine sur Peau d'âne; — agrément original des sujets de Perrault; — et sécheresse du style dont il les a lui-même revêtus.

3" Les ŒuvBEs, — Les OEuvrea de Perrault se composent ; 1' d'un certain nombre de pièces de circonstance, telles que le Diteoars sur l'acquisition de Dunieri/ue par le Roi, 1663, ou le Parnasse poussé à bout, sur la difficulté de décrire la conquête de Ui Franche-Comté. i^^S;— 2» de son Poème sur la Peinture, 16SS; de son Saint Paulin, 1686; de son Siècle de Louis le Grand, 1687; — 3° de ses Parallèles, cinq dialogues en quatre volumes, publiés, ainsi qu'il a été dit, de 1688 k 1696; et auiquels il faut joindre, comme tendant au même but, son recueil des Hommes illustres, 1696-1700; — et enfin, 4» de ses Contes de fées, qui sont:— Za Belle au bois dormant, le Petit Chaperon Rouge, la Barbe bleue, le Chat botté, les Fées, Cendrillon, Riquet à la houppe, le Petit Poucet, en prose; — et GriselidU, Peau d'âne, et ûs Souhtiili ridicules, en vers.

LA NATIONALISATIO.V DE LA LITTÂBATUBB IN

l'histoire naturelle ; et sous ce point de vue les Entretiens sur la pluralité des mondes sont un chef-d'œuvre unique en son genre. Galamment et tout doucement, ils font entrer pour la première fois dans la littérature tout un ordre d'idées ou de faits qui jusqu'alors y étaient demeurés étrangers. Des préoccupations nouvelles commencent de hanter les esprits. Fonteneilc s'ingénie à les entretenir; il y réussit; très répandu dans le monde, elles deviennent, grâce à lui, la matière des conversations mondaines; et, grâce à Iui,que manque-t-il encore à la victoire du cartésianisme ou de la science même? Tout justement et uniquement ce qu'y vient ajouter la querelle des anciens et des modernes.

Ils ont pam pour la première fois, séparémeal, en Hollande, de 169i à 1701 ; et en □□ volume, chez Barbio, soub le nom de Perraalt d'Armancour, fiU de Charles Perrault, en 1697-1698.

Lee ëdîtiona modemes en sont innombrables.

L'Oiseaa blea, qu'on y joint fréquemment, est de M"" d'Aulnoy; et Finette ou l'Adroite Princesse, de M"' Lhdriller.

VII, — Jean de la Bruyère [Paris, 1645; f 1696, Versailles].

1" Les Sources. — Suard, Notice sur la vie et les écrits de La Bruyère, 1781, et en lète de plusieurs éditions modernes. — Walckenaer, Élude sur La Bruyère, en lête de son édition des Caractères, Paris, 1845; — Sainle-Beuïe, dans ses Portraits littéraires, t. 1; Nouveaux Lundis, t. 1 et t. X; — A. Vinel, Moralistes français des ivi» et xtii» siècles, Paris, 1859; — Edouard Fournier, la Comédie de La Bruyère, Paris, 1866; — Etienne Allaire, La Bruyère dans la maison de Condé, Paris, 1886.

2» L'Homme et l'Écritain.

A. Le Moraliste. — Origines de La Bruyère; — ses éludes, — et que seul des grands écrivains de son temps il a su quatre ou cinq langues, dont l'allemand; — sa famille et ses années de jeunesse [Cf. Servois, Notice biographique]. — Il est nommé Iri^sorier des finances dans la généralité de Caen; — il entre dans la maison de Condé comme précepteur du jeune duc de Bonrhon, 1684. — Ce qu'on voyait chez les Condé [Cf. Saint-Simon, dans ses Mémoires].

:.bv Cookie

UO MANUEL DB l'hISTOIRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISB

Un homme d'esprit et de mérite, Charles Perrault, — qui n'a d'autre tort que d'avoir débuté, comme Scnrron, pnr « travestir > Virgile, et aussi de se moins connaître en bonnes lettres qu'en n bâtiments », — voulant flatter son roi d'une manière un peu nouvelle, n'en a pas trouvé de meilleure que de nommer son siècle le Siècle de Louis le Grand : et, en effet, n'avons-nous pas le siècle d'Auguste et le siècle de Périclès? Mais, est-ce bien assez de dire que le siècle de Louis XIV n'a rien qui le cède à ceux de Périclès et d'Auguste? Perrault ne le croit pas. Le siècle de Louis XIV n'égale pas seulement les siècles de Périclès et d'Auguste; il les surpasse! et d'autant que le maître lui-même est au-dessus d'Au-

— Liiiaons de La Bruyère avec Boaanet; — et avec Bollean, — Du prétendu n roman ■ de La Bruyère; — et que l'hialoire Htté' rsire n'en a rien à tirer. — Si La Bruyère, en formant le cJesHein de aon livre, a'eat inspiré de la Galerie de Portraits de M"* de MontpeasierP — on des ■ portratta > répandua dans lea romans de M"° de Scndéry? — Invraisemblance de cette supposition, — Qu'en revanche il est plein de La Rochefoucauld; — de Pascal; — et de Malebraocbe [Cf. Auguaie Damien, Étude sur La Bruyère et Malebraïuhe, Paris, 1866], — Si les Caractères de Thëophraatc n'ont été pour lui qu'uD prétexte; — ou s'il s'eat mépris sur leur valeur littéraire; — comme Boileau sur Lougin, el son Traité da sublime?

— La première édition des Caractères, 1688; — et qu'à peine contient-elle une demi-douzaine de portraits; — ce sont lea Maximes qui dominent;— et La Bruyère n'est dans ce premier essai de son livre qu'un émule de La Rochefoucauld.

S'il y a c un plan * dans les Caractères ; — et qu'en tout cas Boileau ne l'y avait point vu; — et qu'il est certain que. si le chapitre da Mérite personnel était après le chapitre de l'Homme; — ou le chapitre de la Conversation avant le chapitre du Cœur; — oa ne voit paa noo plus que l'économie du livre en fût altérée. — Mais que cela ne prouve point que le chapitre des Esprits forts ne soit qu'uue pure précaution; — et, au contraire, ea un certain sens, on peut aoutenir, avec l'autenr, que tout le reste du livre y tend. — Le protégé de Bossnet, le futur auteur des Dialogues sur

:.bv Cookie

LA KATlOMALISATIOlf DE LA LITrinATCRB Ml

guste et de Périclés, d'autant Boasaet, par exemple, est-ïl au-deaaus de Démosthène, Molière au-deaaus de Plaute ou de Téreace, Racine au-dessus d'Euripide, la France audesaus d'Athènes ou de Rome, et généralement les modernes an-dessus des anciens. Ainsi commence ou s'émeut la dispute, sans que Perrault lui-même en ait envisagé les suites. 11 n'avait songé qu'à flatter son prince; et, content d'avoir fait acte de bon courtisan, il en fût resté là, si les partisans des anciens ne l'avaient comme obligé de voir elair dans son paradoxe. C'est en effet l'idée de progrès, vague encore, diffuse ou éparse, à peine consciente de soi, mais c'est bien elle, qui circule dans les Parallèles des ancien» et dea modernes. En vain Racine,

U quiititme, a Tonlu faire oeuTre d'apologiste ; — on tout an moins de moraliste; — et c'est au surplus ce qui resBort de la lecture suivie de la première édltiou du livre; — comme du Dîtcours sur Théophraate. — La Bruyère a voulu du même coup opérer contre les Modernes et contre les Libertins, — comme s'il eût entrevu la solidarilë de leur cause; — - répondre au Siècle de Louis le Grand de Perrault; — en même temps qu'aux Entretient sur la pluralité des mondes; — et cette double actualité l'a peutêtre, dans les premières éditions de son livre, autant servi que son talent.

B. L'Artiste. — Mais il j avait un t artiste » eu La Bruyère; — nous dirions aujourd'hui un styliste; — bien plus encore qu'un moraliste; — et noUi en trouvons U preuve dans cette étrailge parole : — c Moyse, Homère, tlaton, Virgile, fiortce ne BOnt aii desaus des autres écrivaina que par leurs ihtagei. t — Bi)il«ti), qui eût été volontiers de cet avis, y avait Inis du moine la restrîetioti :

AvaDl donc que d'écrire, appreaes à peaser.

Du Blyle de La Bruyère; — et que tout en manquant de conttnuîté, — I) ne laisse pas d'être néanmoins oratoire ; — en fee sens qae les Caractères sont le répertoire de la rhétorique classique. — Ni ancna des * tDonvements i : interrogation, exclamation, aua-

:.bv Cookie

341 HANVEL DB l'hiSTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAIS!

La Brayère dans ses Caractères, 1688-1696; Boileau dans ses Réflexion» critiques sur Longin, 1694, essaient de réagir ou de résister. On leur répond assez spirituellement qu'eux-mêmes prouvent par leurs ouvrages cette supériorité qu'ils s'irritent qu'on accorde aux modernes, a Combien, s'écrie Perrault, le public n'a-t-il pas préféré aux Caractères du divin Tbéophraste les réflexions du Moderne qui nous en a donné la traduction! u [Cf. Parallèles, etc., troisième dialogue, 2' édition, 1693], Les jeunes gens, les femmes se rangent en nombre du côté des modernes, sans parler des « Quarante », qui ne sont pas six en tout du parti de Racine et de Boileau. Pareillement les a gens du monde ». Car, si l'on veut.

peDBiou, digreasioa, îpterpellalion, adjuratiop, c'y manque; — ni aucune des c iSgures i : litote, hyperbole, synecdoche, catachrése ou prosopopée; — ni, depuis l'ironie jusqu'à l'emphase, aucune des ( modalitéa i ou dea modulations cataloguées dans lea traitt!».

— Maie que cette rhétorique est sauvée de ses propres excès ; — par sa tendance au réalisme; — ou à l'exacte imitation de ta nature; — et à ce propos du ■ naturalisme > de La Bruyère. — Combien il est soucieux de faire le tour de ses modèles; — de noter en Vax ce qui les distingue individuellement les uns des autres; — et de faire que leurs portraits ne conviennent qu'à eux.

— Les clefs de La Bruyère; — et, sans préjuger de ses iulentioiis de satire personneUe, — qu'elles témoignent de la véracité de ses peintures. — Qu'une autre preuve s'en trouve dans son pessimisme ; — et, à ce propos, retour sur la liaison du pessimisme et du réalisme: — si La Bruyère est plutôt triste, — c'est pour avoir taché de rendre, — et pour tes rendre, de voir les choses telles qu'elles sont. — On peut d'ailleurs le soupçonner de les avoir vues plus laides; — ou plus ridicules qu'elles ne sont; — afin d'en tirer de plus beaux effets de style; — et ainsi d'avoir été ramené, par les artifices même de sa rhétorique, — à l'exagération qu'il voulait éviter.

C. Le Satirique. — De l'intérêt de cette question pour en résoudre une autre; — qui est celle de la portée philosophique du livre de La Bruyère. — De la parole càèbre ; • Un homme né

D8 LA LITTlillATURE 343

disent-ils tous, exnminer les choses daos la rigueur, n'estce pas nous, en vérité, qui sommes les a anciens »? Nous savons plus de choses que nos pères, et nos fils eu sauront plus que nous. Assez et trop longtemps a des hommes revêtus de noir et le bonnet carré en tête noue ont proposé les ouvrages des anciens, non seulement comme les plus belles choses du monde, mais comme l'idée même du Beau »1 Le moment est venu de nous émanciper de cette servitude. On s'en émancipe donc, et de cette émancipation, trois conséquences en résultent.

La curiosité se déplace ; et de la connaissance ou de la fréquentation des œuvres des anciens elle se porte tout entière vers l'observation des choses voisines, réelles, et

chrétieo et rranfiiH se trouve contraint dans la satire >. — La quatrième édition des Caractères, 1689; — et de la hardiesse croÏEsante de La Bruyère, jusqu'à la neuvième, 1696. — Mais qu'il Tant faire attention que, n'épargner personne, c'est presque anasi n'attaquer personne, — Quand ou raille également les hommes et les femmes; — les gens de la cour et ceux de la ville; — les partisans et les gens de Justice; — les dévots et les libertins; — on est sans doute un pessimiste, — - mais non pas un révolutionnaire [Cf. Taine, Nouveaux essais de critique et d'histoire]. — Cette obeervalioD une fois faite, on peut et on doit convenir ; — que les indignations de La Bruyère ont assurément quelque chose de plas profond que celles de La Fontaine; — qu'il s'est moins aisément arrangé que Molière de la société de son temps; — et qu'on voit percer une pitié chez lui qui n'est pas dans Boileau. — C'est l'idée d'humanité qui commence à se faire

De quelques autres mérites des Caractères; — et en particulier de quelques portraits et de quelques narrations; — qui aunonceot la prochaine fortune du roman [Cf. Lesage, dans sou Diable boiteux] — Le livre de La Bruyère fait la transition du caractère tel qu'on l'entend dans la comédie de Molière, — aux caractères tels qu'on les entendra dans le roman de mœurs. — Les ennemis de La Bruyère. — Il leur répond dans son Discours de réception à l'Académie, 1693, — et dans la Préface qu'il met i ce Discours. —

144 MANUEL DE l'histoire DB LA LITTÉRATUIIB FRANÇAISE

conte mporaioes. C'est la revanche des Femmes savantes. a C'est une chose presque infinie, — écrit Perrault dans son cinquième et dernier Dialogue, — que les découvertes que l'on a faites en notre siècle » ; et, de fait, si les historiens de notre littérature, en général, ont mal daté le triomphe du cartésianisme, de trente ou quarante ans trop t6t, ils ont en revanche daté de trente ou quarante ans trop tard ce que l'on pourrait appeler l'avènement de l'esprit scientifique (Cf. sur ce point F. Cournot, Considérations sur la marche des idées, X. I, livre III), A vrai dire, la réorganisation ou le renouvellement de l'Académie des sciences, en 1699, est une date presque aussi importante, dans l'histoire de l'esprit français, que

Il essaie d'y définir a le plan » de aon lÎTre; — mais no peu tard, comme autreFoia La Rochefoucauld, dans \' Avertistement de bcb Maximes ; — et il réussit bien à montrer que tous les autres citapitres se subordonnent au dernier; — mais DOD pas qu'il y ait entre eux un ordre, ou une gradation, ou un rapport perpétuel à son idée principale. — Qu'il vaut d'ailleurs la peine de noter que celte idée principale est déjà a toute laïque s; — la religion de La Bruyère étant d'un degré moins chrétienne que la religion de Malebranche; — si mSme on ne peut l'appeler une religion purement naturelle. — Des Dialogues sur le quiétisme; — et qu'ils n'ont rien ajouté à la gloire de La Bruyère.

3° Les Œuvkeb. — Nous avons énuméré toutes les ^S'ocre* de La Bruyère.

Les éditions à consulter sont, depuis la première, celle de 1688, rééditée de nos jours dans le Cabinet du bibliophile, Paris, 1866, tontes les éditions qui ont suivi, jusqu'à la neuvième iaclusivement, celle de 1696.

Nous Dotis bornerons k citer, parmi tes éditions modernes — l'édition Walckenaër, 1845; — l'édition Destailleur, 1854; — et l'édition G. Servais, dans la collectioa des Grande Écrivains de la France, Paris, 1665-1878. Hachette.

Deux éditions n classiques d méritent «uasi d'être mentionnées : — l'édition Hénardinquer, 1849, 1864, 1872, 1890, Delagrarej — et l'édition Rébelliaa, 1890, Hachette.

celle de la fondation de l'Académie française, en 1635, et non moins significative. Que Boileau rime donc, s'il lui plaît, sa Satire des femmes :

Bon! c'est cette savante

Qu'estime Roberval et que Sauveur fréquente;

la géométrie n'en intéresse pas moins désormais jusqu'aux femmes; et le spectacle d'une a dissection », que Molière trouvait si comique, lorsqu'il le faisait offrir par Thomas Diafoirus à l'Angélique du Malade imaginaire, est maintenant 1' o attraction » oJi le sexe court en foule. Ce qui paraît naturel, c'est d'être, comme le dit l'anatomiste Du Veroey, présentant à la duchesse du Maine

VIII. — François de Sallgnao de la M otbe Fénelon [château de Fénelon, près de Sarlat, 1651 ; -j- 1715, Cambrai].

1" Les Sourcbs. — La volumineuse Correspondance de Pënelon, faisant «oite & Tédition de VersailleB, 1820-1830, et complétée par un asseï grand nombre de Lettres, publiées souslesdates de 1849, 1850, 1853, 1869, 1873 et 1892.

La Harpe, Éloge de Fénelon, \11\ ; — d'AIemberl, Éloge de Fénelon, 1774; — cardinal de Bausset, Histoire de Fénelon, 3' édition, 1817; — abbé Gosselin, Histoire littéraire de Fénelon, 1853; — Sainte-Beave, Causeries du Lundi, t. Il, 1850, et t. X, 1854; — P. Jaaet, Fénelon, dans la collection des Grands Écrivains français, Paris, 1892; — R. Mahrenliolz, Fénelon, ein Lehensbild, Leipzig, 1896,

O. Douen, l'Intolérance de Fénelon, 2* édition, Paria, 1875.

Tabaraud, Supplément aux histoires de Bossuet et de Fénelon, Paris, 1822 ; — A. Bonnel, la Controverse de Bossuet et de Fénelon sur le quiétisme, Mâcon, 1850; — Algar Griveau. Étude sur la condamnation da livre des ifaximes des saints, Paris, 1878; — Guerrier, Madame Guyon, sa vie et sa doctrine, Paris, 1881; — Crouslé, Fénelon et Bossuet. Paris, 1894; — abbé Tli. Delmout, Fénelon et Bossuet, Lyon, 1896.

Emmanuel de Broglie, Fénelon à Cambrai, Paris, 1884,

Voyez encore, avec précautions, les Mémoires de Saint-Simon',

:.bv Cookie

ne MANUEL DE l'hISTOIKE DE LA LITTÈHATVRB FRANÇAISE

M"' de Launny, a la (îlle de France qui conoatt le mieux le corpB humain »; et, au contraire, ce qu'on trouve éti'iingc, c'est qu'il se rencontre encore, pour admirer Pïn* darc, des hommes qui se croient du jugement et du goût. Nous sommes les gens de maintenant! et ce qu'il nous faut avant tout connaître, c'est le monde où nous vivons, dont nous sommes. Que peuvent en savoir? que peuvent là-dessus nous apprendre Aristote, qui était de Stagyre, et Cicéron, qui était d'Arpinum?

On ne tarde pas it voir l'eOet de ces idées nouvelles, ou, pour mieux dire, de cette nouvelle orientation de la curiosité, jusque chez les partisans eux-mêmes de l'antiquité, dans les Caractères de La Bruyère, par exemple, ou dans

— los Lettres de li duchesse d'Orléans; — et La Beaumelle : Mémoires et Correspondance de Madame de Maintenon.

2° L'IloHHE ET l'ËcRiTAiN. — D'uD écrivaiii de plus qui ne ressemble point à son sljle; — et qu'autant il y a de douceur ou d'oDCtioD même dans le Téiimaque, autiat le vrai Fénelon fut dur. tmployable et cassant. — Si l'on ajoute, à ce trait essentiel, une très hante idée de soi-mËme, de sa race, et de sa dignité personnelle ; ~ une préciosité naturelle qui ae traduit par le goût des opinions rares et aingulières ; — enfin une espèce d'iniïncérilé dont il o'a presque pas conscience; — on aura le premier Pénelou, — dont le second ne s'est dégagé que très tard; — et oo ne l'aara pas tout entier, le personnage étant étrangement complexe et ondoyant; — mais on aura de quoi le comprendre; — et de quoi ramener i une sorte d'unité, sa vie, son rAle et son ceuTre.

A. La jeunesse de Fénelon. — Sa famille; — ses premières études: Cahora. le collège du Plessis.et le séminaire de Saim- Sulpice. — Ses lettres de jeunesse [à Bossnet. à la marquise de Laval]; — et qu'elles sont marquées aux aigncs de la préciosité.

— Il est nommé directeur des Nouvelles catholiques. — S'il en faut croire Saint-Simon sur les intrigues de l'abbé de Fénelon pour se pousser? — et qu'en règle générale, il est toujours prudent de commencer au moins par ne pas croire Saint-Simon. — A-t-îl seulement jamais vu Fénelon? — Qu'en tout cas Louis XIV

:.bv Cookie

LA KATtOMALlSAtlON I»B LA LITTÉRATURE H)

le Télémaque de Fénelon, qui datent respectivement, la dernière édition des Caractères, de 1696, et le Télémaque de 1699. C'est La Bruyère qui a essuyé le premier les attaques ou les railleries des modernes ; et, pour Féaeloo, jusqu'à son dernier jour, il restera fidèle aux anciens. Mais à quoi s'intéresse effectivement La Bruyère? Il nous l'a dit en propres termes, dans un endroit bien curieux de son livre, qui n'est pas un livre, mais un recueil d'observations, d'observations directes et d'observations précises sur ses contemporains. « Il se fait dans tous les hommes des combinaisons infinies de la puissance, de la faveur, du génie, des richesses, des dignités, de la noblesse, de la force, de l'industrie, de la capacité, du vice, de la

a commeDc^ par se dé&er de Fénelon ; — qa'il n'a jamais, en dépit de BCB premiera Buccèa oratoirea [Cf. le Sermon pour la fête de l'Epiphanie, 16S5], — appelé i prêcher i la cour; — et anqael, après les succès de sa « Mission de Saintonge >, 1686-1687, — il n'a jamais voulu conférer ni l'évéché de Poitiers, — ni celui de la Rochelle. — Comment Fénelon a triomphé dea préTentions dn prince; — par l'intermédiaire du duc de Bcauvillicre; — par l'intermédiaire de M"' de Mainlenon; — et par l' intermédiaire enfin de Bossuel. — Il Tait partie de l'entourage ordinaire de BoHsuet.

— Il écrit pour lui, contre Malebranche, la Réfutation du Traité de la nature et de la grâce. — Sa nomination de précepteur des enfanta de France, 1689,

B. Ses premiers ouvrages. — Le Sermon pour la fête de l'Épia phanie, 1685, — et qu'il marque presque une époque de l'éloquence de la chaire [Cf. Fénelon orateur, par l'abbé Julien Loth, Rouen, 1875]. — Le Traité de Véducation des filles, 1686; — et, à ce propoB, du chemin accompli depuis Molière et ses Femmes savantes.

— Le Télémaque, 1693-1 694 P — et des principales questions qu'il soulève. — Quelle a été l'intention de Fénelon en l'éerivant? — N'y a-t-il pris qu'une satisfaction d'artiste à a défigurer a l'antiquité selon l'image qu'il s'en formait? -> ou s'il y ■ mis une intention de satire [Cf. la Lettre à Louis XIV] ? — à moina encore qu'il n'y ait tracé son programme de gouvernement? — Quelle part Fénelon a-t-U prise i la nublication de 1699? — et i cet égard d'une

us HA M] EL DE l'hIBTOIRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

fRÎblesse, de la vertu, de la stupidité, de la pauvreté, de l'i m puissance, de la roture et de la bassesse. Ces choses, mêlées ensemble en mille manières différentes et compensées l'une par l'autre, forment aussi les différents états et les différentes conditions. » Et ce sont, dirons-nous après lui, ces mille corabinaisous qu'il aime à démêler dans ses Caractères, les différentes conditions, les différents états, et Don plus o l'bomme en général ». Non seulement il peint d'après nature; mais c'est véritablement de « l'actualité n qu'il s'inspire, et toute son ambition n'est que de représenter au vif « les mœurs de son temps ». Telle est aussi la grande raison du grand succès de son livre. On y reconnaît les gens de son quartier. Voilà

phrase étrange du Mémoire où il bc disculpe d'y avoir pris la moindre part : — ■ il a mieux aimé, dit- il, le laisser paraître informe et défiguré que de le donner tel qu'il l'aiait fait n. — Si le copiste infidèle qu'il accuse de lui avoir dérobé son manuscrit n'a pas été bien inspiré de ne le publier qn'aprèi la nomination de Fèneloa m siège de Cambrai, 1695? — [Cf. L. Genay, Étude liuéraire et morale sur te Télémaque, Paris, 1876; et L. Boulvé, De l'hellénisme chez Fénelon, Paris, 1897,]

C. Le* grands combats. — L'affaire du quiétisme [Cf. ci-dessus l'article de Boskuet], — Difficultés de la situation de Fénelon. — Sa politique dilatoire; — et,BouB les apparences de la douceur, — sa résistance invincible. — Le fond de la controverse et la question de l'amour pur, ou désintéresBé. — Ce que la doctrine avait de séduisant pour l'âme aristocratique et singulière de Fénelon. — La politique s'introduit dans l'affaire. — Ambition de Fénelon;

— et qu'elle est surabondamment prouvée; — par sa Lettre à Louis XtV; — son Télémaque. et ses Tables de Chaulnes. — L'utopie de Fénelon ; — et son caractère rétrograde. — S'il faut regretter que son élève n'ait pas régné? — La condamnation du 12 mars 1699 et les Lettres patentes du 14 août. — L'eiil de Cambrai. — Du fond de son exil Fénelon continue d'entretenir des relations avec son parti [Cf. sa Correspondance avec le duc de Bourgogne], — et de dessiner le plan de son gouvernement futur,

— Son combat contre le jansénisme; — et du peu de scrupule

:.bv Cookie

tA DATIONALISATION DE LA LITTERATURE 249

Diphile, et roîci Théodecte\ On sait qui est Irène, qui Laïs, et qui Césonie. C'est ce qui amuse; c'est ce qui instruit; c'est ce qui nous apprend en combien de manières un bomme peut différer d'un bomme; et s'il se plaint après cela que a les grands sujets lui soient interdits », laissons passer cinq ou six ans encore, et Fénelon les aborde dans son Télémaque.

Je ne crois pas qu'il y ait de livre, de livre célèbre, et justement célèbre, où l'antiquité nous soit présentée sous de plus fausses couleurs que dans le Télémaque; noni pas même le Cyriis ou la Clélie de M'" de Scudéri, dont aussi bien il procède autant que de Sopbocle ou d'Homère. Bossuet le trouvait « indigne » d'un prêtre, et je

dont il y « ftit preove. — Qu'il est permis d'y voir une reraDche de sa déraite; — et en tout ca« tout un côté de sa politique. — Imprudence de cette politique; — si la destruction de Port-Royal o'a pSB moins contribué que la révocation de l'édit de Nantes k frayer les voies au libertinage. ~ Espérances que conçoit FëoeloD h l'époque de la mort du Uauphio [Cf. sa lettre du 14 aynl 1711];

— c'est à ce moment même qu'il rédige ses Tables de Chaulnes,

— Mort du due de Bourgogne [février 1712}. ■

D. Lea dernières années de Fénelon. — Uae fois tombées les espérances qui l'avaient soutenu pendant quinze ans, — il ne s'abandonne pas lui-même; — et au contraire il en accepte l'anénntissement comme un décret de Dieu aur lui [Cf. sa Correspondance, années 1712, 1713, 1714]. — Son mot au duc de Cbaulnea ; t O mon cber duc, mourons de bonne foi s [mara 1712]; — et on peut dire qu'à dater de ce moment, il ne fait plus que se préparer pasBioanément à la mort. — 11 essaie bien de se distraire; — et compose sa Lettre sur les occupations de l'Académie fraaeaite, 1714; — peut-ftre aussi retouche-t-il ses Dialogues de l'éloquence; — et son Traité de l'Existence de Dieu. — Il continue encore de combattre les restes du janséninme; — et administre admirablement son diocèse. — Mais il est touché à mort ; — et d'année en année, presque de mois en mois, riea n'est un plus beau spectacle que son dépouillement successif de lui-mfmc.

E. De quelques autres ouvrascs de Fénelon. — La Lettre sur le*

:.bv Cookie

9S0 MANUEL DE l'hISTOIRB BE LA LITTBRATCBE FRANÇAISE

crains bteo qu'il n'eût raison. Mais Hsez-Ie comme il fant le lire, en le remettant à sa date, et l'aspect en est aussitôt modifié. Comme La Bruyère, ce sont aussi des « portraits », et des « portraits contemporains » que Fénelon noas trace. Il est Mentor, et son Télémaque est le duc de Bourgogne. Il fait la leçon à son prince, et il la lui fait moins sur la morale que sur l'article du gouvernement.

Le conta (ait passer le précepte avec lui.

Il a des vues d'homme d'état, et elles peuvent bien être « chimériques », mais le rapport en est étroit avec l'état de la France de son temps. C'est donc aussi de « l'actua-

occupations de l'Académie /rançaite; — et qu'on y retrouve à la fois l'esprit rare et siagulier de Pénelon. — Sdd jugemeut sur la poésie française; — qu'il plaint d'être soumise aux lois de la versilîcatioa. — Son jugement sur Molière. — Son Projet d'un traité sur l'histoire. — Se» Dialogues sur l'éloquence [parus en 1718];

— et qu'ils contieDoent sur ou contre l'éloquence de la chaire toutes les objections que Voltaire reléTera soigneasement un jour;

— qu'à ce titre, ils sont d'un bel esprit plutôt que d'un ^v£que;

— et souverain émeut injustes en ce qui regarde Bourdaloue. — Fénelon est même déji de l'avis d'un critique de dos jours ; — et on lui ferait presque dire avec Edmond Scherer : < qne le sermon est un genre faux s. — Du Traité de l'existence de Dieu; — et, dans la première partie du livre, de l'influence du mouvement acientifique du temps. — Comparaison de la seconde partie avec les Entretiens sur la métaphysique de Malebranche; — et de la facilité qu'il y aurait d'en tourner pins d'une page «n sens du panthéisme.

On ne peut après cela se dispenser d'ajouter : — qne, si le style de Fénelon n'est pas * l'homme •; — et s'il ne lui ressemble qu'en ce qu'ils ont tous les deux de merveilleusement ondoyant; — nn charme très vif s'en dégage; — une sorte d'optimisme social; — et un sentiment très vif aussi de ce qne l'on appellera l'humanité.

— Fénelon est en effet très bon; — pour tons ceux qui sent sa supériorité; — et 11 est sussi très sensible. ■

:.bv Cookie

tA NATIONALISATION DB LA LITTÉRATURE M

lité n qu'il s'inspire. 11 tend vers un but, et ce but n'est pas éloigné, mais prochain; ni vague, mais précis. Comment donc les contemporains n'aurai ent-ils pas lu le Télémaque avec passion? n'y auraient-ils pas vu que c'était d'eux qu'il s'agissait? n'auraient- ils pas cherché à deviner sous les leçons du précepteur ce que serait le gouvernement de son royal élève? C'est ainsi que, comme les Caractères, le roman de Fénelon répond h ce besoin nouveau de connaître on de savoir. C'est le livre d'un réformateur, et quoique d'ailleurs l'idéal aristocratique de l'archevêque de Cambrai soit tout entier dans le passé, nous le savons bien aujourd'hui, mais personne alors ne s'en aperçoit. Il intéresse les hommes de son temps à

éndeiMDeat les caractères qui lui ont valu sa réputation de philosophe ou même de philanthrope [Cf. Lr Harpe, dans son Éloge, et le Pinelon de Marie-Joseph Chénier]; — ei ainsi, de lui comme de BoBSuel, on s'est formé une idée qui n'est d'ailleurs fausse qu'antant qu'on veut conclure de la nature de leurs écrits à celle de leur vrai caractère.

F. LsH Œuvres. — Elles se diTiaeDt, on plntdt on les a divisées, dans l'édition de Versailles, en cinq classes :

1" Ouvrages de théologie et de controverse, dont les principaux sont le Traité de l'existence et de» attributs de Dieu, 1712, 1718; — la Lettre à l'évêque d'Arras sur la lecture de l'Écriture sainte en langue vulgaire, 1707, 1718 ; — et la Réfutation du Traité de la nature et de la grâce, qui n'a paru pour la première fois qu'en 1820 [t. I. Il et ni]. — Les tomes IV, V, VI, VII, VIII et IX sont remplis parles dilTérents écrits de Fénelon sur le sujet du quiétisme, A l'exception des Maximes des saints; — et les tomes X, XI, XII, XIII, XIV, XV et XVI par ses écrits snr ou contre le

2° Ouvrages de morale et de spiritualité, comprenant : — les Sermons, dont les principaux sont le Sermon pour l'Epiphanie, 1685, et le Sermon pour le sacre de l'Électeur de Cologne, 1707; '-des Lettres sur divers points de spiritualité, 1718, 173S; — et, on ne sait trop pourquoi, le Traité sur l'éducation des filles, 1687 [t. XVII et XVUl].

:.bv Cookie

S6S MANUEL J>B l'hIBTOIRB DB LA LITTénATCHB PIIANÇAISB

eux-mêmes; et c'est précisément ce que lui demandait la coterie des modernes.

D'antres œuvres encore, dont le mérite littéraire est moindre, ne sont pas moins significatives de la transformation qui s'opère; et, dât-on nous reprocher un peu d'irrévérence, il y a plus d'intérêt encore et plus de vérité que d'irrévérence, à rapprocher du roman de Fénelon, et des Caractères de La Bruyère, la comédie de Dancourt. C'est dans le théâtre de Danconrt, dans ses n levers de rideau » comme dans ses grandes pièces, — dans son Moulin de Javelle, dans sa Foire de Besons, dans ses Vendanges de Suresne, comme dans son ChevaUer à la mode, dans sa Femme d'intrigues, dans ses

3° liecueil des Mandement» de Finelon, 1701 à 1713 [t. XVIllj.

4° Ouvrages de littérature, comprenant les Fables, an ooiabre de trenle-sii; — lea Dialogues des morts, vraisemblablement iroilés de ceui de Fontenelle, et pnbliéa succesBivement au oonibre de quatre en 1700, — quarante -sept en 1712, — soiiante-neof eo 1718, — Boiiante-qualorae en 1787, — et quatre -vin g t-nn ea 1823; — les Aventures de Télémagae, 1699 el 1717; — les Dialogues sur l'éloquence, 1718, et divers opuscules, dont la Lettre sur les occupations de l Académie française. 1716 [t. XIX. XX, XXI et XXII].

5" Écrits politiques, comprenant divers Mémoire» eoneernant la guerre de la succession d'Espagne; — l'Examen de conscience sur les devoirs de la royauté; — el l'Essai philosophique sur le gouvernement civil, qui n'est point de Fénelon, mais du chevalier de Ramsai, « d'après les principes de M. de Fénelon >, Londres, 1721 [t. XXII].

Il y faut joindre la Correspondance, en doute volumes, ainsi divisés : Correspondance avec le duc de Bourgogne [t.I]; — Lettres diverses [t. II, III, IV]; — Lettres spirituelles ou de direction [t. V et VI] ; — Lettres relatives au quiétisme [t. VII, VIII, IX, X, XI]. — Le tome XII contient une boone Revue des ouvrages de Fënelou; — et les Tables des trente-trois volumes.

IX. — La Querelle des Anciens et des Hodernes. 1* Lbs Orici.iks bi lA qvEBiLLB. — Trois vers d'Horace i

^.bvCoo^Ii:

LA NATIONALISATION D8 LA LITtAraTCRB UI

Agioteurs, — ' que la comédie de caractërea §e transforme en « comédie de mœurs »; et qu'est-ce que la « comédie de mœurs », siooD, dans ud cadre tout contemporain lui-même, la satire des ridicules du jour ou des sottises du temps? Elle est précisément le miroir où l'auteur comique nous invite à nous reconnaître ; et, nous, sous l'exagération convenue de la caricature — qu'aussi bien noue rapportons d'instinct aux nécessités de l'optique dramatique — ce que nous y cbercbons, c'est notre ressemblance. Mais, d'une telle comédie, quelle qu'en soit d'autre part la valeur littéraire, l'agrément en est donc fait, comme celui des Caractères, de la Bdélité de l'observation. On n en attend plus l'auteur à débrouiller

£tiu jiarealum, pfj'or avU, (util A'ot netfuioret, mox daturot

Progenitni ••ilioiiorem ;

— et qu'en dépit de Bodia [Cf. ci'dessna l'arlicle Bomn]; — de Bacon et de son De augaientia ; — de Descarles [Cf. Discours de la méthode, VI]; — et de Pascal [Fragmei'l d'an Traité du vide];

— Vidée que ces trois vers expriment a été, jusqu'aux eoviroDS de 1680, celle de i toutes les têtes pensantes d. — La vraie querelle, — comme beaucoup de choses considérables qui sont sortie! de commencements très humbles, — a sa triple origine : — l^dans les controverses relatives au « merveilleux chrétien s ; — qui ne pouvaient manquer d'amener la question de U supériorité du chriatianisme sur le pagnalsme [Cf. Desmarets de Saiiit-Sorliu, Préfaces de Clovis et de Marie-Magdeleine]; — 2° dans !e spectacle même des progrès réalisés par les sciences entre Descartes et Newton; — et 3° dans l'idée qu'eut Charles Perrault, pour mieux flatter Louis XIV, de lui sacrifier les Anciens en bloc. — La Séance de l'Académie française du 27 janvier 1687 [Cf. Rigaull, Histoire de la querelle des Anciens et des J^adernes], — Indignalion des partisans des anciens : La Fontaine, Boilcau, Racine.

— Pontenelle vient bu secours de Perrault daus sa Digression sur les Anciens et le» Modernes, 1688. — La première édition de» Caractères parait presque en même temps [le privilège est daté

une intrigue, ou à prouver une « thèse », mais à bien attraper ses modèles; -ce qui le conduit lut-méme à faire de l'actualité la maltresse du choix de ses sujets, comme de )a manière dont il les traite. Tel est bien le cas de Dancourt, qui n'a point de génie, dont le talent est mince, le comique peu profond, la plaisanterie souvent grossière, mais dont le théâtre abonde en détails de mœurs, en bouts de dialogues pris sur le fait, rendus an vif, et je n'ose pas dire en portraits, ce serait trop d'honneur, mais en silhouettes au moins de personnages qui s'habillent et qui parlent, qui marchent ou qui s'agitent, qui sentent et qui pensent à la mode de l'an 1700. Vienne maintenant un peintre plus habile, plus consciencieux

d'octobre 1687]; — el Perrault prend la rëaoLution d'écrire ses Parallèles, — doat le premier volume paraît en octobre de la même année. — Entrée de Fonteoelle à l'Acadéntie françaUe. 1691; — et de La Bruyère, 1693. — Boileau répond aux Parallèles par ses Réflexion» critiques sur Longia, 1694; — Perrault publie le dernier de ses Parallèles en 1696; — c'est celui qui traite de la aupériorilé des Modernes en matière de sciences ; — et la querelle semble apaisée par U Lettre à M. Perrault, 1701.

2* Inpohtakce dk là quibelle; — et du tort qu'on a eu de la réduire à «ne querelle de pédants. — Le livre estimable de Rigault iur ce sujet a besoin d'être complété par une leçon d'Auguste Comlc [Cf. Cours de philosophie positive, 1. III, 47* leçon] ; — et par l'opuscule de Pierre Leroux sur la Loi de continuité qui relie le xvii° au xtiii' siècle. — En effet, ce qui est en cause dans la querelle, c'est :

A. Au point de vue pédagogique, — si les Anciens demeureront les instituteurs éternels de l'humanité? ~- pour quelles raisons? — et en vertu de quel privilège ? — Ronsard était tout grec encore ; — et Malberbe purement latin; — il s'agit de savoir si le temps n'est pas venu d'être uniquement français ? — C'est ce que La Bruyère a finement démêlé dans son Discours sur Théophra$le; — en fondant l'empire de la tradition sur ce que les Anciens contiennent d'éternelle vérité; — comme étant plus près de la nature; — et comme ayant exprimé des idées dont n(

LA NATIONALISATION DB LA LITTénATURB 3U

Bortout, plus amoureux de son art, et qui fasse mieux, s'il le peut! Mais, en attendant, la comédie de Molière n'en est pas moins et dès lors menacée, ou déjà même entamée, comme la politique de Bossuet, comme l'esthétique de Boileau, et toutes les trois par le même patient, presque invisible, et subtil ennemi.

Cet ennemi que l'on pourrait appeler, si l'on le voulait, le mépris ou plat6t le dédain de la tradition, je préfère encore le nommer la fureur ou la rage de la nouveauté. Rien ne donne plus de piquant ou de « montant u aux œuvres littéraires qu'un air de nouveauté ! Mais le malheur est que la vérité, « pour avoir de la barbe au menton », comme disait Malebranche, ne cesse pas d'être

e «prés trois mille ans écoulés; — dftns ud si gracd cbsoget des mceurs, — des habitudes, — et de la manière même de ie. — Ed second lieu ;

B. Au point de vue philosophique; — il ; va de la qnestioa do progrès; — confuse ment, mais très certainement entrevue; — et dont OD a tort de Taire honneur à Turgot. — Passages précis des Parallèles : — [Cf. t. IV, p. 40] le progrès arithmétique. — (Cf. t. IV. p. 72) le progrès organique. — [Cf. t. IV, p. 119], l'évolution, ou le progrès par dilTérenciatioa ; — et qu'à cet égard c'est bien Perrault qui a emporté les convictions ; — que Pascal et Descartes n'avaient fait qu'ébranler.

C. Au point de vue esthétique ou littéraire ; — il s'agit de savoir si tes Anciens ont atteint la perfection ; — et posé des lois qu'on ne saurait transgresser sans détriment pour l'art; — ou, au contraire, si les genres littéraires ne doivent pas s'enrichir ou se transformer du fait seul du progrès du temps.

3" Quelques copcséquehoks de l* querelle. ^- Elle a déplacé l'àge d'or de l'humanité; . — porté ainsi un coup sensible à la tradition ; — et acbsYé le triomphe du cartésianisme. — Quelles que soient en eDet les divisions des cartésiens, ils s'entendent tous en ce point : — > que la raison autorise l'optimisme; — ou que l'optimisme est seul raisonnable [Cf. à cet égard l'Éthique de Spinoza, les Entretiens de Malebranche, et la Théodicée de Leibniz]. — Une autre conséquence de la querelle a été de faire passer la littérature tout entière

:.bv Cookie

Sfi6 HAKUBL SB l'hISTOHIT DB LA LITT^RATURB FRANÇAISE

la vérité ; et d'un autre cdté n'est pas nouveau qui veut, quand il le veut, et parce qu'il le veut. Il nous faut également nous souvenir qu'en aucun temps la tradition n'est tout le passé, mais seulement et au contraire le peu qui en a survécu. La tradition, ce n'est pas Mévius ni Bavius, qui sont parfaitement morts, c'est Virgile et Horace, qui vivent. Et pourquoi vivent-ils ? Boileau l'a dit en fort bons termes : « C'est qu'en réalité l'estime que l'on fait d'eux ne se règle point par le temps qu'il y a que leurs ouvrages durent, mais par le temps qu'il y a qu'on les admire », et c'est qu'à vrai dire i « L'antiquité d'un écrivain n'est pas un titre certain de son mérite, mais l'antique et constante admiration qu'on a toujours eue pour

BOUB l'eiupir« de ta mode, qui n'est que la recherche de la nouveauté, CD fait d'idées comme d'habiU ou d'usages; — et, k ce propos, de l'abondance des femmes de Uttree à la lin du règne de Louis XIV : — M— Deshoulières [Cf. Sainte-Beuve. Une ruelle poétique soua Louis XIY, dans «es Portraits de femmes] ; — Mû» de Vaiedieu, M"« Bernard, M™ Duraod, M"" de la Force, M" d'Aulnoy, M»« Lhérilier, M"' de Murai [Cf. l'abbé de la Porte, Histoire littéraire des femmes, et Gordon de Percel (Lenglet du FresDoy), Bibliothèque des romans], — Et, de toutes ces conséquences, uue autre conséquence résulte à son tour, qui est la désorganisation de l'éloquence de la cbaire; — et de la tragédie;

— la parodie du lyrisme; — la tr an h formation de la comédie et du roDiBD.

X. — Jean-Baptiste HassUloa [Hyères, 1663; f 1742, Clermont-Ferrand] .

1* Lbs Soubcbs. — D'Alembert, Éloge de Massillon, dans ses Éloges académiques; — Maurj!, Essaisur l'éloquence de la chaire;

— abbé Bayie, Massillon, Paris, 1867; — abbé BUmpignoD, Masaillon, Paris, 1S79, et CÉpiscopat de Massillon, 1SB4; — F. Brunetière, {Éloquence de Massillon, Paris, 1881 [ — abbé Allais, Massillon, Toulouse, 1883; — M. Cohendy, Correspondances, Mandemente, etc., de Massillon, Clermont, 1883. .

2* L'ÉLOQUinci OK M&BaiLLon. — Du caractère • profane ■ des

ses ouvrages est une preuve aûre et iafaillible qu'on les doit admirer », (Cf. Réflexions critiques sur Longin, réflexion VII.) C'est le langage même du bon sens. Mais, en l'an 1700, Boileau n'est plus de ceux qu'on écoute, si même il n'est de ceux dont on se moque; et l'on ne se soucie plus, comme en son temps, de faire mieux, mais de faire « autrement » que ceux qui nous ont précédés. Le mot est de Mnssillon, à qui l'on demandait, fort impertinemment, s'il se flattait de Burpasser, en montant après eux dans la chaire chrétienne, les Bossuet et les Bourdaloue. « Je prêcherai autrement u, répondit-il à l'indiscret. Et — c'est une justice à lui rendre — il a tenu parole, il a prêché autrement, mais moins bien ; et de cette rage

Sermons de Maseillon; — et d«* défiati, mais aasti des qualités, qu'il faut entendre par ce mot. — Nul n'a au dire moins de choaea en plus de paroles ; — ni les dire d'ailleurs plus harmonieusement ; — et nul n'a plus abusé de tons les moyens de rhétorique; — mais nul aussi n'a su mieux s'en serrir ; — pour animer des vérités abstraites; — pour donnera son discours un air d' n élégance i on de distinction cootioue ; — et pour mettre enfin sa religion à la portée d'un auditoire de belles dames et de courtisans.

La même rhétorique se retrouve dans les plans des Sermons de Massillon. — U compose par le dehors; — et il faut entendre par \k qn'il dessine le plan de son sermon avant de bien savoir ce qu'il y mettra. — De la part d'ingénuité que ce genre de composition suppose; — et de la part aussi d'artifice. [Cf. les Sermons sur U Mort du pécheur et la Mort du Juste ou sur l'Enfant prodigue.] — Comparaison à ce propos des procédés de Massillon et des moyens de Bourdaloue. — De l'importance des détails dans les serinons de Massillou. — Affectation de préciosité.

Comment cette préciosité réagit jusque sur la doctrine; — et jette Massillon dans l'excès du rigorisme ; — ou dans celui de la complaisance. — Les mots l'entraînent au delà de sa pensée ; — comme quand il déclare que n l'ambition est le trait le plus marqua d'une Sme vile B ; — ou comme quand il eiagère les forces de ta nature pour le bien. — C'est ce que l'on veut dire quand on lui reproche de n'avoir été qu'un rhéteur ; — et il faut seulement ajouter que ce

:.bv Cookie

SS8 MANDBI. DB l'HISTOIBE DB 1^ LITTËnATDIIB FRANÇAISE

de nouveauté, dont il est un éloquent exemple, la suite est aussitôt ce qu'on pouvait prévoir : la décadence ou l'abaissement de tous les genres nobles ou élevés.

Quelques-uns de ces genres se sont-ils peut-être comme épuisés d'eux-mêmes, pour avoir trop produit, trop de chefs-d'œuvre en trop peu de temps? C'est la raison dont se paiera Voltaire ; et nous ne nierons pas qu'elle enferme une part de vérité. Les genres se fatiguent, ils s'épuisent, ils meurent, comme les espèces dans la nature, et, comme elles, quand les conditions nécessaires à leur développement viennent k faire défaut autour d'eux. Le génie même s'essaierait alors vainement li les ranimer. Mais bien plus sûrement encore meurent-ils quand ils se méconnaissent;

rhéteur est l'an des plus agréables qa'il ; ait ; — ce qui explique le snccès de aa prédication; — l'admiralion qu'affecteront pour lui les encyclopédistes; — et le charme réel qu'on éprouve i le lire.

3° Les ŒuTBea. . — Les Œuvres de Massillon compreaueut deux Avenls fondus en un seul, et formant ensemble dix sermons, — un Grand Carême, en quarante et Un sermons; — son Pelit Carême, dix sermons; et eu outre — huit aerniooB sur les Mystères ; — dis Panégyriques; — six Oraisons funèbres, dont celles de Louis Xlf et du Dauphin; — quatre Sermons de vélure, et enfin, — un certain nombre de Conférences, Mandements, Discours synodaux, etc.

Si l'on met à part les Oraisons funèbres, les douze sermons qui forment le Petit Carême ont seuls une date absolument certaine; ïli sont de 1718, et ont été prêches dans la chapelle des Tuileries, pour et devant Louis XV encore enfant.

La première édition authentique de Massillon est celle qu'en t donnée son neveu, le père J. Maasillon, de l'Oratoire, en 1745, e\. en l'abseace dea manuscrits, c'est celle que tous les éditeurs ont dfi suivre. [Cf. Sacy, Variétés littéraires et morales.]

Page 1