‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 57 sur 74 · V. Hugo dans · texte numérisé non relu

V. Hugo dans

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œuvres que nous venons de citer; et bien moins encore de tant d'autres qu'il nous serait facile d'énumériT. Ce qui n'empêche qu'il y ait pour les curieux de ibrt belles éditions de Lemierre [en Œuvres choisies], Ptiris. 1811, F. Didot; — de Laharpe, en OEurres complètes [moins le lycée], Paris. 1820-1821, Verdière; — et de Ducis [Œuvres complètes, 3 vol., et Œuvres posthumes, 1 vol.], Paris, 182Ô, Kepveu.

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de Néron. Gi-imm, qui présageait en 1768 « une révolution imminente et inévitable », déclare en 1770 que « jamais la tranquillité publique ne fut mieux assurée «. C'est aux applaudissements de la littérature qu'en 1771 le chancelier Maupeou opère son coup d'État contre les parlements. Les gens de lettres sont devenus les soutiens du pouvoir. Lorsque Louis XVI monte sur le trône, en 1774, les Encyclopédistes et les Economistes se réconcilient au ministère, en la personne de Malesherbes et de Tnrgot. Les voilà maîtres des aCTaires; et il faut maintenant les entendre se moquer des jeunes gens « qui se croient en sortant du collège obligés d'apprendre aus puissances à diriger leurs Etats! »

A ta faveur de cet apaiscment,il se produit un mouvement curieux, et on dirait qu'avant d'abandonner ses

VII. — AndrÂ-Haiie de diénier [Conslaatinople, 1762; + Paris, 1794].

1° Les Sources. — H, de Latouche, Notice, en tète de l'ëdition de 1819; — Sainle-Bcuïe.^aiAuriB^éjme/- et André Chénier, 1829, dans son Tableau de la poésie française au XVI^ siècle; Portraits littéraires. 1839, t. I; Portraits contemporains, 1844, t. V; Causeries du lundi. 1851, t. IV; el Nouveaux lundis, t. III, 1862. — A. Michiels, Histoire des Idées littéraires au XIX' siècle, 1843; .1— Becq de Pouquières, Notices, en lète de son édition des Œuvres, )o-8^ 1862; et Documents nouveaux, Paris, 1875. — G.-L. de Chénier, Notices et Notes de son édition des (/Havres, Paria, 1874; — Caro, La fin du j.vin<> siècle, t. II, 1880; — Anatole France, la vie littéraire, t. I, 1888, et t. II. 1890; — Ém. Faguet, XVflI' siècle; — J. Ilaraszti, La poésie d'André Chénier. traduit du hongrois par l'auteur, Paris, 1892; — L. Bertrand, La fin du classicisme elle retour à l'antiijue. Paris, 1897.

2° Le Poète; — el que, bien que son oeuvre n'ait paru qu'après sa mort, — c'est pourtant le lieu d'en parler; si beaucoup de ses contemporains l'ont en partie connue; — ou imitée môme, comme Millevoye; — et si les traits essentiels en sont caractéris- ; du classicisme, — dont VHistoire de

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sus MANUEL DR L HISTOinB DB LA LtTTERATUnB FRANÇAISE

positions démantelées, l'esprit classique se ramasse et se concentre pour livrer un dernier combat. Il essaie le peu de forces qni lui restent encore contre a l'anglomanie », dont « les progrès effrayants n lui semblent également menacer « ta galanterie des Français, leur esprit de société, leur goût pour La toilette », — et leur littérature. Voltaire écrit : « Quelques Français transportent cbez nous une image de la divinité de Shakespeare, comme quelques autres imitateurs ont érigé depuis peu à Paris un Vauxhall, et comme d'autres se sont signalés en appelant les aloyaux des roastheef... La cour de Louis XIV avait autrefois poli celle de Charles II, aujourd'hui Londres nous tire de la barbarie. » La Harpe lui fait écho dans sa Correspondance littéraire. Les traductions du grec et du latin abondent, s'opposent à celles de Shake-

l'art, de Caylus; — la peinture de Dn\id; — et le Voyage dn jeune Ânackarsis de r.ibbé Bartln^lcmy subsistent comme autant de témoins. — Rien de plue faux en conséquence que de voir dans Andri! Chénier un a précurseur du romantisme ï ; — et au contraire la juste idée que noua devons nous former de lui, — ce n'est pas seulement celle d'un Boileau ou d'un Malherbe inspires; — mais d'un Eonsard [Cf. cependant E. Bourcicz. Les Mccurs et ta Société polie à la cour de Henri II, Livre H, Paris, 1886]; — qui aurait lu Voltaire, Montesquieu, BuiToni — BufToa surtout peut-être; — et plus moderne enfin de deux siècles entiers que

Les Élégies de Chénier [Cf. H. Foiez, l'Élégie en France depuis Pu rny jusqu'à Lamartine, Paris, 1898), — et qu'elles sont tien de leur temps, pour la phraséologie dont l'idée s'y enveloppe; — pour la manière dont elles sont placées sous l'invocation des Lycovia, des Camille et des Fanny; ~ pour le caractère impersonnel ou objectif que le poète s'est efforcé d'y observer; — pour la sensualité qu'elles respirent; — et eulin pour une espèce d'amoureuse férocité, — qui trahit le voisinage des Liaisons dangereuses. Les Élégies de Chénier sont d'un plus grand poète que celles du chevalier de Parny, mais elles soat bien de la même famille; — et d'un tour, à la vérité plus latin et plus grec; — mais cependant

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LA DEFORMATION DE l'iDÉAL CLASSIQCB 36»

Bpeare et d'Ossiao. Les Géorgiques de l'abbé Delille, en 1769, avaient fait événement, et Voltaire les avait déclarées, — avec les Saisons de Saint-Lambert, il est vrai, et après VArt poétique, — a le meilleur poème qui eût honoré la France ». De 1770 à 1789, il paraît quatre traductions, deux en vers et deux en prose, de Y Iliade et de l'Odyssée. L'archéologie même et l'érudition, que le Discours préliminaire de rErtcyclopédie condamnait naguère si dédaigneusement, redeviennent à la mode. Un jeune écrivain, dans les notes qu'il griffonne aux marges de son exemplaire de Malherbe, décide que, « même quand nous traçons des tableaux et des caractères modernes, c'est d'Homère, de Virgile, de Plutarque, de Tacite, de Sophocle, d'Eschyle qu'il nous faut apprendre à les peindre ». Il écrira bientôt en vers :

marqudes aai m£meB aignea; — quand encore on n'y retrouve pas des traiU de P. J. [Gentil] Bernard; — et de l'abbé Delille :

Les FragmentH de VHermèa; — et qu'il n'est pas malaiié d'y reconnaître les mêmes caractères, — et d'en signaler d'autres qui sont également du xviii* siècle. — Tout imprégné des idées de BuiTou. André Cbénier s'y fût montré l'interprète enthousiaste de la philosophie de son temps; — et déjà le poète de la o concurrence vitale B. — Il y eût eipliqué, comme Voltaire et comme Con. dorcet, l'origine des religions; — en les accusant de la plupart des maux qui ont désolé l'humanité; — et en reprochant aux a prêtres u de les avoir exploitées. — Ealiu, dans son troisième chant, disciple de Condillac, — il eOt développé la doctrine de la « sensation transformée u ; — proclamé d'ailleurs la tendance invincible de l'homme a k la vertu et à la vérité ■ ; — et terminé par un hymne à la > science b [Cf. Condorcet. dans son Esquisse des progrés de l'Esprit humain]. — C'est la pure philosophie des Encyclopédistes; — et sans doute Chénier l'eût développée autrement que son ami Le Brun; — mais il n'y en a pas de plus éloignée

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S70 MANUEL DE l'hiSTOIBB PB LA LITTERATDRIi FRANÇAISE

De ce cortège de 1« Grèce Suivez les banqueta séducteurs ; Maii fuyez la pesante ivresse De ce faux et bruyaot Permesse Que du Nord uébuleuz boivcat les dors chanteurs !

Boileau lui-même eAt-il pu mieux dire?

Sera-t-oD peut-être surpris qu'en témoignage de cette renaissance de l'esprit classique nous rappelions ici l'auteur du Barbier de Sèville et du Mariage de Figaro} En effet, c'est à peine un homme de lettres que Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais ; c'est un homme d'affaires, de quelles affaires, souvent, ou même à l'ordinaire! et certes, si quelqu'un n'a pas beaucoup pratiqué les anciens, c'est hien lui. On ne les rencontre pas dans les sociétés qu'il fréquente. Mais il n'eu est que plus intéressant, et surtout son exemple plus significatif. Car aussi longnon seulement de celle des procbaius romantiques ; — maie de celle même de Rousseau.

Les Idylles d'André Chénier; — et que ce n'est pas saus doute l'iuspiralicn de VOaristys, ou Relie du Jeune malade, — qui diffère de l'iaspiration de l'Hermès ou des Élégies; — telle du moins qu'elle vient d'être définie. — Mais, comme André Cbéoier remonte directement aux sources grecques ; — et qu'il a le sens profond de l'alexandrinisme; — sinon de la haute antiquité, sopliocléenae, pîndarique, homérique ; — il y retrempe le vers iDcoosislant et décoloré qui est autour de lai celui de ses émules ; ~ sans qu'il y ail rien là de contradictoire aux idées de son temps. — Ou plutAt, et semblable en tout le reste à ses contemporains, — il ne s'en distingue que par une lutelligence plus subtile de ce classicisme dont ils ont perdu le sens; — et pour avoir en lui réconcilié cette admiration de leur temps, — et ce sentiment de l'art qu'exprime le vers devenu proverbial :

Sur dea pensera nouveaux faisons des vers antiques.

Qu'aussi bien les doctrines de Chénier sont entièrement conformes an caractère de son œuvre, comme le prouvent — ses pro< le stations contre ■ l'auglomanie • :

temps qu'il a suivi les traces de Diderot et de Sedaine, dans son Eugénie, doDt il a placé la scène ea Angleterre, 1767, et dans ses Deux amis, 1770, il n'a fait que de médiocre besogne. Mais voici qu'en revanche, après ces Mémoires dont la verve excite la jalousie de Voltaire ; — et auxquels, pour être classiques, il ne manque en vérité que d'être de bon goût, et surtout de bon ton, — 11 s'avise de reprendre, lui troisième, le sujet des Folies amoureuses et de VEcole des femmes, le tuteur de l'ancienne comédie, dupé par l'éternelle ingénue; il l'encadre dans le décor espagnol, celui du roman de Le Sage, du théâtre de Scarron, et en l'écoutant on songe à Gil Bios : c'est le Barbier de Sécille, 1775. Il récidive en 1783 : c'est le Mariage de Figaro. Et que son Figaro soit lui-même, Pierre- Augustin, dépeint au vif, avec son abseùce entière

Lbi potles anglaii

Tristes coinme lenr ciel (oujoura ceint de nuages EnQéa comme )a mer qui blanchit leurs rÎTagei, Et lombrea el pesants;

et bien mieux encore la quatrième de ses Épitres à Le Brun; — ou encore son Poème de l'Invention; ~ dont il faut dire que les leçons sont exactement celles de Boileau; — mais d'un Boileau B plus libre o; et surtout plus instruit; — qui s'intéresserait à plus de choses, — et peut-Étre aussi d'un Boileau moins bourgeois. — Comparaison à cet égard du Poème de l' Invention avec y Art poétique ; — et avec la Défense et Illustration de la Langue française [Cf. nolamment vers 299-390]. — Bien loin de voir ea Chénier le " premier des romantiques », il faut donc reconnattre en lui le n dernier des classiques n; — et s'il eût vécu, la direction de la littérature n'en eût peut-âtre pas été tout à fait modifiée ; — parce que la pente était d'ailleurs trop forte ; — mais c'est assurément en lui que les disciples et les imitateurs littéraires de Rousseau eussent trouvé leur plus redoutable adversaire.

3" Lis Œuvres. — Les Œuvres d'André Chënier se composent : ]o de ses Poésies, formant trois groupes principaux : Idylles, Élégies, Poèmes ou fragments de Puèmea, et dont on doit consulter

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373 HANDEL DB l'hisTOIRB DB LA UTTËRATaHE FRANÇAIBB

de scrupules et son fonds de gaieté, ou qu'on y veuille voir un « précurseur de ta Révolution », ce qu'il est de plus et avant tont, c'est Frontin, c'est Crispîn, c'est Scapio, c'est le valet de l'ancienne comédie, c'en est le dernier et le plus amusant. N'est-ce pas comme si nous disions qu'aussitôt qu'il a repris les traces de Regnard et de Molière, ou plutôt de la tradition, Beaumarchais a trouvé le succès qu'il avait en vain demandé à l'imitation de Sedaine et de Diderot? Et qu'y a-t-il de plus caractéristique du mouvement dont nous essayons de préciser la nature? Laissant toujours à part les derniers pamphlets de Voltaire et les derniers volumes de l'Histoire naturelle de Buffon qui sont des « suites », on ne trouve, en dix ans, de 1775 à 1785, que deux « nouveautés » qui survivent, et ce sont deux comédies, qui peuvent d'ailleurs

au moins qnatre éditions : l'ëdition H. de Latouche, Paris, 1819, l'édition Becq de Pouquières. Paris, 1S62, Charpentier; — l'éditiou G. de Cfaénier, Paris, 1S74, Lemerre; — et la dernière édition de Becq de Pouquières. Paris, 1S88, Charpentier; —2° de ses Œuvre» tn proie, qui toutes ou presque toutes ont trait à la politique; — 3° dW Commentaire sur Malherbe, assez peu étendu, mais eitrîmement important; et qui a pnru pour la première fois en 1842, Paria, Charpentier, dans l'édition usuelle des Œuvres de Malherbt.

VIII. — Oeorges-Louis Lederc de Buffon [Montbird, 1707; •t- 1788, Paris].

1' LebSoubcbb. — Grimia, Correspondance littéraire; — Hérault de Séchelles, Voyage à Montbard, P«ris, 1785; — Vicq d'Aiyr, Discours de réception, 1788; — Condorcet, Éloge de M. le comte de Buffon. dans la collectiou des Œuvres de Condorcet, t. III; — Cuvier, Rapport historique sur les progrès des sciences naturelles, Paris, 1810; — Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon, Paria, 1844; et Des Manuscrits de Buffon, 1859.

Correspondance inédite de Buffon , recueillie et annotée par Henri Nadault de Buffon, Paris, 1860.

Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. IV, 1851, X, 1854, et XIV, 1860 ; — Emile Montégut, Souvenirs de Bourgogne, 1874,

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LA DÉFORMATION DB l'iDÉAL CLASSIQUE 173

avoir toutes les autres qualités ou défauts que l'on voudra, mais dont l'inspiration est « classique ».

Vers le même temps, et moins heureuse en ce sens qu'elle ne nous a rien laissé, je ne dis pas qui soit comparable au Barbier de Séville ou au Mariage de Figaro, mais dont on soutienne aujourd'hui la lecture, it semble que, comme la comédie, la tragédie retourne à ses premières origines. Après avoir fait le tour du monde, cherché des sujets au Mexique, au Pérou, en Chine, au Malabar, jusqu'en Nouvelle-Zélande, et exploré dans toutes les directions, pour eu tirer du nouveau, l'histoire nationale, elle finit par en revenir aux Grecs et aux Romains, avec ses Coriolan, ses Virginie, ses Hypermneatre et sea Phi/octète. On reconnaît que la « simplicité des anciens peut encore instruire notre luxe, car ce mot convient assez, dît La-

P«ris; — F. Hëmon. Éloge de Suffon, Paris. 1878, — N. Michaut. Éloge de Buffon, Paria, 1878; — O. d'HaussonvilIe, le Salon de M"' Neeker, Paris. 1882; — Emile Faguet, Xyia* «iècU, Paris. 1890; — De LaDessan, Introduction en tête d'uae nauTelle éditioD des Œuvres de Buffon, 1884; — Edm. Perrier, la Philoaophie zoologique avant Daiwin. Paria, 1884.

2'' Le Saïahx et le Pbilobophx :

A. La Jeunesse de Buffon. — Son origine et sod ëdacatîou. — Le t milieu * dijonaais dans la première moitié du kviii< siècle [Cf. Th. Foisaet. te Président de Brosses, 1842; et Em. de Broglîe, les Portefeuilles du Président Bouhier, 1896], — Le duel d'Angers, — et la liaison de BuITod avec le duc de Kingston [Cf. DeanoIreBterres, Épicuriens et Lettrés au xthi» siècle, 1879]. — Voyages de BulToD. 1730-1732 [Cf. aa Correspondance]. — Son premier Mémoire à l'Académie des aciences; — sa nomination d'adjoint dans la section de mécanique; — et aa traduction de la Statique des Végétaux de Haies. 1735. — Sa nomination d' n Intendant du Jardin du Roi s. 1739. — Il ae tourne tout entier du cAlf de l'histoire naturelle ; — où il apporte, avec la liberté d'esprit et l'étendue de curiosité d'un homme de son temps. — l'équilibre de son tempérament bourguignon; — qui n'est pas sans quelques analogies avec celui de Bosauet; — son génie d'assimilation; — l'ampleur

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3■^i MANUEL DE L'HISTOIRB DB LA LITTËRATDRB FRANÇAISE

Harpe, à nos tragédies que nous avons quelquefois un peu trop ornées ». On s'avise que « notre orgueilleuse délicatesse, à force de vouloir tout ennoblir, peut nous faire méconnaître le charme de la nature primitive ». Et on conclut que sans doute a il ne faut pas imiter les Grecs en tout, mais dès qu'il s'agit de l'expression des sentiments naturels, rien n'est plus pur que le modèle qu'ils nous offrent dans leurs bons ouvrages » [Cf. Laharpe, Cours de littérature, partie I, livre I, chap. 5]. Mieux encore! on dirait que la tragédie reDue vers sa source, pour s'y retremper ; et rien ne ressemble davantage à sa lutte contre le mélodrame des Diderot, des Mercier, ou bientôt des Guilbert de Pixérécourt, que la lutte autrefois soutenue par la tragédie cornélienne contre la tragi-comédie des Rotrou, des Mairet, des Hardy. Les hommes de la Révo-

de son imagination; — et la noblesse de son style. — Les trois premiers volumes de l'Histoire naturelle.

Du style de BufTon ; — s'il mérite la Tivacité des critiques que l'on eo a faites; — et des plaisanteries d'un goât douteai que l'on en fait encore; — pour quelques phrases un peu pompeuses;

— ou quelques touches un peu brillantes? — Les collaborateurs de BuBbn : Daubenlon, Beiou, Guéoeau de Moulbeillard; — et comment il les corrige [Cf. Flourens, Manuscrits de £a/fon]. -^ On lui a reproché d'autre part [Cf. Ém. Montégut. Souvenirs de Bourgogne], — aa froideur en présence de quelques-unes des grandes scènes qu'il a décrites Ou imaginées; — et ou pourrait être lente de dire que ces critiques se compensent ou s'annulent.

— Mais il cat plus vrai de dire qu'elles se concilient; — et que le style de Buffon, parce qu'il est naturellement ample, — et qu'il s'égale sans efTort aux plus grands sujets, semble être un peu au-dessous de ce que nous ea attendions dans ces sujets; — ce qui est une raison pour que dans les moindres, — et notamment dans les descriptions, — nous le trouvions trop majcatucui; — et supérîeur en quelque sorte à la dignité Je son objet. — Il s'anime d'ailleurs quand il le faut ; — et, pour ne rien dire de ses qualités de nombre, d'exactitude et de couleur, — il a plus d'one fois atteint jusqu'au lyrisme [Cf. IHiatoire naturelle del'homme]i —

LA DéFORHATIOH DB L'idÉAL CLABBtQUB 3?l

lutioD, après cela, feront un pas de plus en arrière, et on te sait, ce n'est pas les Romains de Balzac ou de Corneille qu'ils croiront ressusciter dans la vie publique, ce seront les Grecs et les Romains de Plutarque, — ou d'Amyot,

Cependant un autre écrivain, un poète, et le seul en son temps qui ait eu le sentiment de l'art, remonte plus haut encore, jusqu'aux origines du classicisme; et c'est vraiment Ronsard qui revit dans André Chénier. On aimerait parler longuement et à loisir d'André Chénier. Mais son œuvre est posthume, et nous ne pouvons l'envisager ici que comme représentative de l'état des esprits, ou de quelques esprits de son temps. Au moins pouvons-nous dire que, comme Ronsard, il a été tout latin et tout grec; et comme Ronsard, mais avec une conscience plus claire des raisons de son choix, c'est aux erotiques latins, c'est aux

et plus d'une Tois au ton de l'épopi^e [Cr. les Époque» de la nature], B. Les Époque» de la pensée de Buffon. — Du goût de Buflbn pour les hypothèses; — et comment ce goût, en se combinaDt nvec jes exigences de l 'observation de la nature, — et les acquititious BnccessiveH de l'étude, — semble avoir mis quelque coofusiou dans les idéea de BulTon. — De 1748 k 1759 il fait la guerre aux « classiGcations > ; — qu'il sent bien qui sont artificielles ; — sans rondement dans la nature; — comme n'étant alors que purement mnémotechniques; — et qu'il juge de plus dangereuses, — comme risquant de ravir k l'homme la rojauld de la terre [Cf. 1. 1, édition de l'Imprimerie royale, p. 4, et t. IV, p. 433]. — De \k l'ordre qu'il suit dans la distribution de sa matière; — passant dea ant' maux « domestique* u aux animaux ( sauvages u ; — et des ani'

l'Europe an reste de l'ancien continent; — et de l'ancien continent au nouveau; — ce qui revient à subordonner l'évolution entière de la nature i la formation de l'homme; — et au développement de la civilisation. - Mais de 1757 à 1764, en étudiant les animaux du nouveau monde, — et en fondant, chemin faisant, la géographie zoologique, — il s'aperçoit que lea aninianx du nouveau monde ne sont pas les mêmes que ceux de l'ancien; — que, s'ils ne sont pas les mêmes, ils sont cependant analogues; — et qu'ils

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poètes d'Alcxiindrie que son industrieuse imitation est allée. Comme Ronsard, il a cru que toute beauté, toute perfection était a enclose » dans les chefs-d'œuvre des anciens, et par suite, comme Ronsard, il a donc cm que toute invention, tout génie même ne consistait qu'à vêtir sa pensée de ces formes immortelles.

Sur des pensera noaveaux, faisona des vers antiques.

Païen comme Ronsard, aussi profondement païen dans ses Idylles que l'auteur des Hymnes et des Sonnets à Cassandre, c'est comme lui, Ronsard, qu'il a aimé, qu'il a senti, qu'il a conçu la nature. Sensuel et voluptueux comme Ronsard, sa mélancolie, comme celle de Ronsard, n'a guère été que celle des grands épicuriens. Et pourquoi ne diraiton pas qu'il a été plus Ronsard que Ronsard, s'il représente de plus que Ronsard la réaction contre Malherbe et la

sont enCa généralement plus petits. — Il ne voit alors de moyen de l'expliquer que de recourir ù t'influence du climal, de la nourritare, de la concurrence des espèces entre elles; — et d'attribuer k la nature une plasticité plus (grande qu'il n'avait fait jusqu'alors. — C'est le moment où ses idées ressemblent le plus i ce que seront un jour celtes de Daririn; — et quoique d'ailleurs il persiste toujours à faire de l'homme un être â part dans la nature [Cf. sa nomenclature des singes]. — EnGn de 1764 à 1787 de nouvelles idées lui viennent encore ; — qu'il oppose à celles de Rousseau [Cf. t. VI et VU]. — Il domine malmenant de plus haut sa matîÈre. — Les vues nouvelles abondent dans son ceuvre. — Il écrit les Époques de la nature; — et n mesure qu'il est plus convaincu de la petitesse de l'homme dans la nature ; — de l'humilité de notre condition; — et de la généralité des lois qui nous gouvernent, — on dirait qu'il sent davantage le prli de la société; — ce qui le remet d'accord avec les idées générales de ses contemporains; — et avec cette religion de l'humanité dont ils s imbus.

C. L'Influence de Buffoa. — C'est le mon enseignements qu'il leur a donnés; — et d'abord, au point de Tue purement littéraire, si son Discours sur le style, — qui n'est

LA DÉPOnMATION DE [.'iDl^Al. CLASSIQUE STT

protestation du lyrisme contre l'éloquence? Et c'est pourquoi, si le classicisme eât pu être sauvé, il l'eût sans doute été par le fils de la Grecque. Mais quoi I le classicisme pouvait-il être sauvé?

Nous ue le croyons pas, et pour plus d'une raison, dont la première est celle-ci, qu'il avait vécu cent cinquante ans. Rien d'humain n'est éternel,' et quelque effort qu'il fasse pour fixer son objet sous l'aspect de l'éternité, tout idéal d'art participe de la caducité de l'espèce. En second lieu, si le classicisme — on l'a vu, ou du moins nous avons essayé de le faire voir — ' ne s'était déterminé dans sa forme que pour des raisons sociales autant que littéraires, il était inévitable qu'il mourût de l'exagération de son propre principe, ou, en d'autres termes, qu'il suivit la fortune de la société dont il avait été l'expression. C'est à peu près ainsi que le génie des grands malque son Discours de réception i l'Académie fraoçaise. — a vraiment la portée qu'on lui attribue quelqueroig? —^ Qu'en tout cas il y en a deux phrases que l'on interprète mal, et presque i contresens : > Le style est Ikomme même u ; — par où Buffon a loulu dire que les idées étant i. tout le monde, — l'expression est le seul moyeu que nous ayons de nous les approprier; — et la phrase où il recommande à l'écrivain de n'user que des o termes les plus généraux a. — Lea termes les plus généraux ne sont pas du tout en effet les termes vagues ou abstraits, mais les termes a non techniques a; — et de dire, avec Buffon, que la manière d'écrire est ce qu'il y a de plus personnel à tout écrivain, — ce n'ebt pas do tout dire que l'écrivain soit tout entier dan» son style. — II y a des écrivains dont le caractère a différé de celui de leur Htylc; — et nous en avons cité plus d'un exemple.

Aussi bien sont-ce surtout les idées de Buffon qui ont agi sur les contemporains, — ou, pour mieux dire, les conséquences de ses idées; — si nul n'a fait plus ou autant que lui, — pour nous pénétrer du sentiment de la petitesse de notre planète, — et de celui de l'inlinité du monde; — d'où ne pouvaient manquer de résulter la ruine du fondement même de l'humanisme, — en tant qu'il jtait lié à la supposition qui faisait de l'homme le cher-d'<ïuvre

ÏIS MANUEL SE L HISTOinB DE LA LITTBRATDHB FBAKÇAISS

très de la peinture italienne n'avait pu préserver leur art d'aboutir à la rhétorique des Carrache, et, dans un monde tout nouveau, le naturalisme hollandais de succéder à leur humanisme. Et si enfin le classicisme français, dans ses chefs-d'œuvre, n'avait été, pour ainsi parler, qu'une projection de l'esprit français sur le plan de la littérature générale, on ne conçoit pas comment il eût pu éviter d'être refoulé dans ses propres frontières par le progrès même de cette littérature, et ainsi de mourir de son propre triomphe. Idéal commun de l'Europe entière pendant cent cinquante ans, le classicisme ne pouvait durer qu'autant que cette Europe elle-même ; mais cette Europe venant à se défaire, il ne se pouvait pas que le classicisme ne se déformât, ne se désorganisât, et ne disparût finalement avec elle.

Rendons -nous -en bien compte en effet : il y avait

de la asture; — et de la terre le centre du monde. — Une autre conséquence de la diflusion des idées de BuDbn; — presque plus importante; — comme tendant au reDouvetlement de la méthode; — a été de substituer les sciences natorelles comme type de la science aux sciences malhématiquea; — c'eat-à-dire les résultats de l'eipérienee et de robservatioD i ceux du calcul ou de la mcdilation; — et par là de susciter; — avec une curiosité nouvelle, qu'on pourrait appeler la curiosité biologique; — une manière nouvelle de penser; — dont les effets ne sont pas encore épuisés [Cf. Ernest Hieckel, Histoire de la création naturelle, trad. française, Paris, 1874].

3* Les Œuvres. — On a eu le tort, dans toutes les éditions de BulTon, y compris la première [Paris, 1749-180i], de vouloir remplir le titre qu'il avait choisi lui-même pour son grand ouvrage; et ainsi de confondre son œuvre avec celte de ses continuateurs, pour en Former un Cours complet d'Histoire naturelle. II importe donc ici d'opérer la séparation et de n'attribuer à Buffon que sa part dans les 127 volumes de l'ëditioii Sonnini, 1798-1807; — ou dans les 90 volumes de l'édition donnée de 1752 Ù 1805 ; - ou dans les 44 volumes in-4'' de la première. Kllc comprend :

La Théorie de la terre; l Histoire de l'homme et l Histoire des

LA DÉFOnMATlON tlli I.IDÉAL CLASSIQUE 379

quelque chose de contradictoire dans le rêve d'André Chénier. Sur des <i pensers nouveaux » on ne fait pas de « vers antiques », et lui-même en est la preuve, s'il y a certes des « vers antiques » dans le Mendiant ou dans VOaristys, mais où ; sont les « pensers nouveaux »? Pareillement, on ne prend pas non plus la tragédie de Corneille ou de Racine pour modèle quand on a cessé de sentir ou de penser comme eux. On ne leur dérobe point le secret de leur forme en leur abandonnant le food de leurs idées. C'a été la grande erreur de ceux qu'on pourrait appeler les néo-classiques ou les pseudo-classiques du temps de la Révolution, — Marie-Joseph Chénier, Gabriel Legouvé, Népomucène Lemercier, combien d'autres encore, • — qui n'ont pas, certes, manqué de talents ni d'idées, et dont les rapsodies ne le cèdent cependant, pour la médiocrité de la forme ou la misérable

quadrupèdes, 15 vol. i[i-4°, en collaboration avec DaubeDtoD pour la partie anatomique, 1749-1767.

h'Histoire des oiseaux, 9 vol. ia-k", en collaboration avec l'abbé Bexon et Guéneau de Monlbeillard, 1770-1783.

Les Époques de la nature, 177B.

Ij'Histoire des minéraux, 5 vol. iD-4'', en collaboration avec André Thouin. 1783-17B8.

EnQn Bept Tolumes de Supplément» pobliés, les deux premier! en 1774-1775, — le troisième en 1776, — le quatrième en 1777, — et les trois demiers en 1782-1789. — La meilleure édition est celle de M. de Lanessan, Paria, 1884, Le Vasseur.

IX. — Jean -Antoine -Nicolas Caritat, marquis de Condorcet [Ribemont, 1743; f 1794, Bourg-la- Reine].

1" Lïs Source*. — Papiers de Condorcet, à la bibliothèque de l'Inslitut: —F. Arago, Biographie de Condorcet, en tête de son édition des OEuvres. Paris, 1847-1849;— Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. III, 1859; ~ Charma. Condorcet, sa vie et ses feuvres, 1863; — Ch. Henry, Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot, Paris, 1883; — M. Gilîet, l'Utopie de Condorcet, Paris, 1883; — F. Picavet, Les Idéologues, Paris, 1891 ; — D' Robinet,

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pauvreté du fond, qu'h l'éloquence verbeuse des Robespierre el des Saint-Just. lis ont fait seulement moins de mal. Et qu'on ne dise pas que les lettres (c se taisent o parmi les discordes civiles! Ni le théâtre, ni la librairie n'ont chômé durant la tourmente révolutionnaire, ni sans doute la tribune. Mais, avec une méconnaissance entière de la diversité des temps et des conditions de la parole ou de la littérature, on a considéré que l'on pouvait encore emprunter des formes aux générations dont on ne partageait plus les idées, et que les maîtres qui n'étaient plus des « maîtres à penser » pouvaient encore servir de « maîtres à écrire ». Et c'est pourquoi, tandis que le classicisme achevait lentement de périr, si l'on cherche quels hommes, en cette fin de siècle, continuent d'agir sur l'opinion, nous en trouvons jusqu'à trois qui n'ont entre eux que ce trait de commun d'avoir rompu résolument

Condorcet, sa vie et son auvre, Parit, 1895; — GdîIIoÎb, Madame de Condorcet. Paris, 1896.

2" Le Philosophe; — et que peut-être oe l'a-t-ou pae encore imparlialemcDl jugé; — ei de tous les encyclopédistes, — et même de tous les Girondins, avec lesquels il fut proscrit, — Condorcel esl presque le seul qui n'ait pas proGté d'une espèce d'am- DÏalie qu'on accorde : — aux premiers, pour les ■ persécutions • dont ils n'ont pas d'ailleurs élé l'objet [CI., ci-dessus, les articles relatifs à l'entreprise de V Encyclopédie] ; — et aux seconds pour n'avoir pas eu le temps de se montrer tels qu'ils étaient [CF. Edmond Biré, la Légende des Girondins]. — Si l'explication ne s'en trouverait pas dans ce fait que le a marquis de Condorcet s a été infidèle à ses origines? — que sa mémoire a été mal gardée, et mal soutenue par l'aimable femme qui portait son nom [CF. Guillois, Madame de CondorceC\'i — et aussi qu'avec des parties de talenf. il en a eu de sottise? — On n'a jamais en effet joint ensemble plus de fanatisme et plus de crédulité; — de naïveté même; — et masque nnlurellemenl, sous plus de science et d'intelligence, moins de réelle originalité. — Qu'après cela, pour ne rien dire de ses travaux scientifiques proprement dits, — son édition des Pensée» et son Éloge de Pascal, 1776, ainsi que sa grande édition

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avec le passé : ce sont Condorcet, BuffoD, et Bernardin de Saint- Pierre.

On a dit de Condorcet « qu'il était le produit supérieur de la civilisation du xviii* siècle » et, sans doute, c'est bien en lui que se résume le meilleur et le pire à la fois de la doctrine, encyclopédique. On pourrait encore l'appeler, si ces deux mots ne hurlaient pas d'être, comme on dit, accouplés ensemble, un Fontenelle fanatisé. Disciple de Voltaire et ami très particulier de Turgot, membre de l'Académie française et secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, je ne crois pas que ses travaux scientifiques témoignent de beaucoup d'originalité ni d'érudition, et on ne l'a jamais pris pour un grand écrivain. Nous n'en vivons pas moins encore de lui, si c'est lui qui a vraiment organisé notre système d'éducation dans ses Mémoires sur VinsU-ucUon publique, dont on n'a,

de Voltaire, — dite ëdition de Kehl, et doot Beaumarchais JUit

l'entrepreDCur, — sont dEux des té moi fanages les plus int<! ressaut s qu'il y ait de l'étal des esprits k la veille de la Révolution française; — et qoe, de ce seul fail, Condorcet en lire une vuleur t représentative a considérable, — Qoe, d'autre p.irt, son action se continue toujours parmi nous ; — s'il b éié le véritable organisateur ou inspirateur de notre systènie d'instruction publique; — et qu'à cet égard, pour mesurer la valeur de ses idées, il suffit de les comparer A celles de son ami Cabanis, par exemple. — C'est l'esprit de Condorcet qui règne encore dans nos programmes d'études. — Enfin, son Esquisse d'une histoire des progrès de l'esprit humain; — qui fait honneur à son courage et ù la force, 00 plutût à la sérénilé de son caractère; — s'il l'a rédigée, comme l'on dit < sous le couteau de la guillotine » ; — demeure une œuvre capitale dans l'histoire de l'esprit moderne, — non seulement françiiis, mais européen; — pour la précisioD de contour, l'étendue de diiTusion, et la vigueur d'impulsion, — qu'elle a donnée i l'idée même de Progrès.

3' Les Œuvres. — Si nous uégligeons les Œuvres scientifiques de Condorcet, ses OEuvret Économiques, et ses Œuvres politiques, lesquelles, en raison d'une originalité de fond et d'un mérite de

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pour en sentir toute la supériorité, qu'à faire la comparaison avec ceux île son ami Cabanis, par exemple ; et puis, il est l'auteur de ce livre fameux : l'Esquàse d'une histoire des progrès de l'esprit humain, qui n'est peut-être pas l'expression la plus éloquente que l'on ait donnée de l'idée de progrès, mais qui en est l'une des plus persuasives. Les contemporains ne s'y sont pas mépris, et la Cod< vention nationale a bien su ce qu'elle faisait quand le 13 germinal an III [2 avril 1795] elle en a décrété, sur le rapport du a sage b Daunou, l'impression par ordre, et la distribution « dans toute l'étendue de la République ». Et en eifet quand on prend, comme Condorcet, le progrès scientifique pour mesure du progrès, qui ne serait frappé de tout ce que nous savons aujourd'hui et qu'on ne savait pas autrefois? L'Esquisse de Condorcet a fondé la religion de la science, et transmis ainsi jusqu'à nous, sous

forme qui leur mBoquent absolument, oe SBOraient être cooaidéréea comnie appartenant i l'histoire de la littérklure, noua n'avons i retenir de lui que :

1° Sea Éloges académiques, parmi lesquels il jr en a de très intéresBanta ;

2° Son Éloge de Biaise Pascal; — aa Vie de M. Turgot; — et ses Notes pour le Voltaire de l'édition de Kehl, reproduites pour la plus grande partie dans l'édition Beuchot;

3° Son Esquisse d'une histoire des progrès de l'esprit humain;

4° Ses Mémoires sur l'instruction publique ; et

5° Sa Correspondance.

La meilleure édition des Œuvre» de Condorcet, ou la seule, pour mieux dire, est celle qu'en a donnée Arago, Paria, 1847-18^9, Pirmin Didol.

X. — Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre [Le Havre, 1737; + 1814, Eragny].

1° Lba Soubces. — Aimé Martin, Essai sur la vie et le* ouvrages de Bernardin de Saint-Pierre, en tête de son édition dea Œuvres, Paria, 1818 et 1826; — Correspondance de Bernardin de Saint- Pierre, publiée par Aimé Martin, et précédée d'on Supplément aux

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LÀ DéFOHMATION DB L'IDÉaL CLASSIQDB 3S3

une forme pour ainsi parler portative et maniable, tout ce qu'il y a d'erreur et de vérité contenues et mêlées dans la doctrine encyclopédique.

C'est à répandre aussi cette religion de la science que le grand BufTon a contribué par son Histoire naturelle. Les encyclopédistes lui avaient parcimonieusement mesuré leurs éloges, et, pour ne rien dire de Grimm, dans sa Correspondance, c'est presque une caricature de l'homme, et une caricature haineuse que ce plat Marmontel nous en a tracée dans ses Mémoires [Cf. Marmontel, Mémoires, livre ViJ. Mais une génération nouvelle s'était déjà montrée plus juste. Les Époques de la nature, dès 1778, avaient mis BuBTon à son rang; c'est de lui qu'André Chénier se fût inspiré dans son Hermès; et je veux bien que l'abbé Delille n'ait réussi qu'à le ridiculiser dans ses Trois Règnes, mais telle n'était pas assurément son intention.

Mémoires de sa vie, par 1« même, Paris, 1S26 [On ae souviendra eo coDBultaDt ce Supplément, comme en lisant X'Easai d'Aimé Martin, qu'il avait épousé la veuve de Bernardin de Saint-Pierre] ; — Villemain, Littérature française au iviii' siècle; — Sainle- Beuve, Portraits littéraires, t. I; Chateaubriand et son groupe littéraire, t. I; et Causeries du lundi, t. VI; — Arvède Barine, Bernardin de Saint-Pierre, dans la collection des Grands Écrivains français. Paria, 1891; — Fernand Maury, Étude sur la vie et les ceuvres de Bernardin de Saint-Pierre. Pari», 1892.

2o L'UomiE ET L'EcBiïiiM. — Sa famille et son édncation; — sa jeunesse aventurière; — aes voyagea eo Allemagne, ~ en Hollande, — en Russie. — Un enfant chéri doa dames [Cf. Maury, Essai, etc.]. — Il part pour l'Ile de France [Maurice] en qualité d'iogënieur des colonies, I7eS. — Son retour en France, 1771; — sa course au mariage, ou plutAt ik la dot; — et sa liaison arec Jeau- Jacques Rousseau. — Il publie aa relation du Voyage à l'Ile de France, 1773; — qui lui vaut d'être admis dans la aociété de M"" de Lespioasse, — et de M" GeoiTrin ; — où il lie connaissance arec o les philosophes a ; — dont il devient promptement l'advoi saire, pour cause d'incompatibilité d'humeur; — et aussi parce que d'Alembert ne lui obtiont (lau de Targol une pension et une

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3S4 MANUEL DB LIIISTOIHE DB LA LITT&nATUIIB PRANÇAISB

Buffon avait eu d'ailleurs cette bonne fortune qu'ayant laissé son œuvre inachevée, ses collaborateurs l'avaient continuée, Daubenton, Guéneau de Moatbeillard, Lacépède, Lamarck, en attendant bientôt les Cuvier et les Geoffroy Saint-Hilaire. Une science nouvelle était née de lui : la science de la vie. Autant que des découvertes de Buffon lui-même, elle allait maintenant s'enrichir, elle s'enrichissait tous les jours de la discussion de ses hardies hypothèses. Et découvertes ou hypothèses, comme elles tendaient toutes à déposséder l'homme non pas précisément du rang (qui demeurait toujours le premier), mais de la souveraineté qu'il s'attribuait dans la nature, elles ne pouvaient manquer tôt ou tard de produire des effets analogues àceuxde la découverte de Newton quand, cessant d'être le « centre du monde », la terre était devenue l'une des a petites planètes » d'un système qui

place. — Il publie les Études de la nature, 1784; et Paul et Virginie, 17S7. — Son rôle pendant les premières années de la Révolution; — et sa nomination d'Intendant du jardin du Roi, 1792. — Son mémoire sur la « nécessité de joindre une ménagerie au Jardin des plantes a. — La réorgiinisation du n Muséum u le pme de ses fonctiona. — ■ Il est nommé professeur de morale à l'École normale [Cf. sur l'École normale, Picavet, les Idéologues, Paris, 1891, et le Livre du Centenaire de l'École normale, Paris, 1895].

Importance littéraire du rôle de Bernardin de Saint-Pierre; — et qu'il représente éminemment trois choses : — les commencements de Vexotisme dans la littérature descriptive; — la réaction du sentiment contre les abus du rationalisme; — et la traneformation du style algébrique en style concret, vivant et coloré. — Ses Relations de voyage; — et comment elles élargissent l'horizon cntr'ouvert par Rousseau dans sa Nouvelle Bêloïse. — Les deacriplions du Voyage à l'Ile de France, 1773, et celles des Jardins de l'abbé Delille, 1782. — Opposition des deui manières; et comment Bernardin de Saint-Pîerre achève et complète BuITon. — Si le principal mérite de Paul et Virginie n'est pas dans la nouTCauté do décor, — et que resterait-il de l'idylle un peu niaise de la quinzième auuée, — si l'on en Al,iit la séduction et le rharme des

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n'en est qu'un lui-même entre une inanité d'autres [Cf. E. Hreckel, Histoire de (a création naturelle, ch. I et II],

Bernardin de Saint-Pierre a-t-il pressenti quelques-unes de ces conséquences? Un petit roman, Paul et Virginie, qui a fait verser, lui aussi, plus de larmes qu' « Iphigénie en Aulide immolée », défend seul aujourd'liui sa mémoire. Mais il vaut plus et mieux que cela! Moraliste sensible, et sincère, quoique d'ailleurs égoïste, homme h projets, homme à succès, dont les galanteries sont mêlées d'un onctueux et déplaisant patelinage, c'est un admirable écrivain que Bernardin de Saint-Pierre; et on ne sait pas assez de que! agrément et de quel éclat de coloris, dans ses Etudes de la nature, ou de quelle délicatesse et de quelle infinie variété de nuances il a diversifié la langue de la description : on aurait envie de dire : « la palette ». Il a aussi voulu protester contre le ratiopaysages qui l'encadrent ? [Cf. Sainte-Beuve, Chateaubriand et soa groupe littéraire, t. I, 8" et 9* leçons.]

La philosophie de Bernardin de Silnt-Pierre ; — et qu'elle se réduit presque entièremcnl à l'idée de finalité. — Ses ongéralions à cet égard; — déjà dans les Études: — mais surtout dans les Harmonies; — lesquelles à la vérité n'ont paru qu'après sa mort,

— Du principe de ces eiagéralions, — et qu'en même temps que d'une connaissance plus intime de la nature, — elles procèdent de l'intention de réagir contre la philosophie du iviii" siècle.

— Comment elles ont conduit Bernardin de Saint-Pierre à s'inscrire en faut contre la science de son temps; — à subordonner la science à la morale; — et la morale eUe-mème 'a l'esthétique. — Qu'à cet égard comme à plusieurs autres, c'est par Bernardin de Saiot-Pierre que Chateaubriand se rattache à Rousseau; — le Génie du christianisme à la Profession de foi du vicaire savoyard;

— et la rénovation de l'idée chrétienne à la crise du sentimentalisme dans la seconde moitié du xviii° siècle.

Qu'ils marquent tous les trois aussi trois moments de la rénovation du slyle; — et, à co propos, de ne pas oublier que la composition des Éludes de la Nature [Cf. sa Correspondance. 1 et 11] semble être antérieure ù la publication des Confessions, et des Héveries

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nalisme étroit des encyclopédistes, et, à sa manière, sauver Dieu, sauver surtout la Providence, de l'anéantissement dont il les a vus menacés dans les esprits de son temps. Et il est vrai que de la façon qu'il s'y est pris, il a bien montré qu'il n'était pas ce que Ton appelait alors nne « tête pensante ». On ne connaît que trop l'usage et l'abus qu'il a fait des causes finales, et, pour nommer les choses de leur vrai nom, c'est jusqu'à la niaiserie qu'il a porté l'excès du sentimentalisme. Mais surtout il a eu le malheur d'avoir été précédé de Rousseau, et suivi de Chateaubriand. Toute son œuvre, en tant qu'une pensée s'y manileste ou essaie de s'y faire jour au travers de son verbiage, n'est qu'un développement ou une amplification de la Lettre sur la Providence; et toute son œuvre, en tant qu'il y revendique les droits du sentiment, n'est qu'une introduction ou une préparation

du promeneur solitaire. — Souplesse, précisioD et couleur du ityle descriptif de Beraardin de Saiul-Pierre. — Que ce sont bien les objels qu'il décrit, et non pas du tout, — on tout k fait aecondaî' rcœent, — les « états d'âme s qu'ils suscitent en lui. — Nouveauté, richesse, et « techaicité ■ de son vocabulaire. — De la nature de son pittoresque ; — et qu'elle consiste surtout dans la fidélité d'une imitation , — qui obtient des effets d'ensemble par des procédés de miniaturiBle.

Dernières années de Bernardin de Saint-Pierre; — et qu'il est encore un bon exemple de ces écrivains dont le caractère a élrangement dilTéré de celui de leur style [Cf. F. Maury, Bernardin de Saint-Pierre]. — Son enseignement à l'Ecole normale, 1795; — et sa nomination à l'Institut; — il travaille à la préparation de ses Harmonies de la nature. — Sa Mart de Socrate [fragment des Harmonies] et son Mémoire mr la nature de la morale, 1798. — Ses relations avec Bonaparte et avec Chateaubriand. • — Son second mariage: — et de l'utilité d'en connaître l'hietoire; — pour coanaitre le vrai caractère de l'homme ; — et comment Aimé Martin, son secrétaire et son successeur dans son propre ménage, — en a fait le « personnage respectable et vertueux u que l'on croit qu'il fut — La grande édition de Paul et Virginie. 1806 fiB-4", Didot

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; l'idéal classiqvb zst

au Génie du christianisme. Pareillement, son style, moins sobre, moins ferme, moins éloquent que celui de Rousseau, n'a pas l'éclat, la beauté, l'allure hautaine de celui de Chateaubriand. II n'est pas jusqu'à sa vie qui ne participe à la fois du caractère aventureux de celle de Chateaubriand et de Rousseau, mais sans avoir l'intérêt psychologique de la vie du second ni l'intérêt public ou presque politique de celle du premier. Et que ce soit, au reste, la faute des circonstances ou la sienne, on ne peut dire ainsi de lui ni qu'il termine une époque, ni qu'il en ouvre une autre. C'est à Chateaubriand qu'appartient cet honneur; c'est avec lui que commence une époque vraiment nouvelle; et pour une fois dans l'histoire, par le plus grand des hasards, il se trouve que l'ouverture en coïncide avec celle d'un siècle nouveau.

l'aîiié]; — elle préambule « contre les tyrans de la littérature et

3" Les Œuvhes. — Les Œuvres de Bernardin de Saint-Pierre se composent : 1° de ses Bomans qui sont : Paul et Virginie. 1787; — VArcadie, livre f, 17S3; — la Chaumière Indienne, 1790, suivie du Café de Surate; — Empsaël; la Prière d'Abraham, et les fragments de l'Amazone [posthumes, ainsi que les fragments de l'^readie, livres II et 111];

2"* De ses Éludes de ta nature, 1784, reprises, développées, complétées et eisgérées dans les Harmonies de la nature, qui n'ont paru qu'en 1815;

3' De ses œuvres politiques et d'un certain nombre d'Opuscules, dont les principaux sont : Les vœux d'un solitaire, 1790; — et son Essai sur Jean-Jacques Rousseau [1820] ;

4" De son Voyage à l'Ile de France, 1773, et d'un certain nombre de notes ou récits de voyage [Hollande, Prusse, Pologne, Russie].

La meilleure édition des Œuvres, très imparfaite et très însufQ- «ante, est celle d'Aimé Martin, en 12 vol. in-8°, Paris, 1826, Dupont, k laquelle il faut joindre une Correspondance, très incomplète aussi, en 4 vol., Paris, 1826, Ladvocat.

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