XIV. — La comédie de 1640 à
1° Les Sources. — Les frères Parfaict, Histoire du théâtre français, t. VI, VII et VIII; — Léris, Dictionnaire des théâtres; — de Puibusque, Histoire comparée des littératures française et espagnole, Paris, 1843; — L. de Viel-Castel, Essai sur le théâtre espagnol, dans la Bévue des Deux Mondes, 1840, 1841, 1846; — V. Fournel, les Contemporains de Molière, Paris, 1863-1875.
Goujet, Bibliothèque française, articles Scarron, t. XVII, et Quinault, t. XVIII ; — Morillot, Scarron, sa vie et ses œuvres, Paris, 1888; — G. Reynier, Thomas Corneille, Paris, 1892.
2° La Transition de Corneille a Molière. — De l'utilité de la statistique; — et que rien ne la vaut pour démontrer que l'histoire de la littérature et l'histoire littéraire sont deux. — De 1640 à 1660, en vingt ans, il s'est joué, ou imprimé plus de deux cents tragédies, tragi-comédies, comédies ou pastorales; — et combien en demeure-t-il? — ou de combien d'auteurs avons-nous conservé les noms»? — Entre le Menteur et les Précieuses ridicules, il semble donc qu'il n'y ait rien... qu'un trou; — et de là, l'honneur que l'on fait au Menteur d'avoir ouvert les voies à la comédie de Molière. — Ce qu'il faut penser de celte allégation [Cf. les Époques du théâtre français]. — Qu'il s'est pourtant passé quelque chose entre
exigences de la polémique, et quelque grand intervalle qu'il y eût de la satire directe et personnelle à la plus haute éloquence, l'auteur le franchissait avec une agilité dont c'est le cas de dire qu'elle « ravissait » le lecteur. Aucune comédie n'avait paru « aux chandelles » qui fût aussi réjouissante. Aucune parole qui fût plus éloquente n'était tombée même du haut de la chaire. Si d'ailleurs à la corruption des mœurs, au relâchement croissant de l'ancienne discipline, on reconnaissait la nécessité d'opposer une morale, non pas certes nouvelle, mais plutôt oubliée de quelques uns même de ceux qui avaient pour
1640 et 1660; — et qu'il y a moyen de le dégager de la statistique elle-même.
La tragédie continue de gagner du terrain; — et de ces deux cents pièces elle en réclame à peine moins de la moitié pour elle;
— dont Horace, Cinna, Polyeucte, Pompée, Rodogune, Héraclius, pour ne rien dire de Théodore ou de Pertharite; — et bien audessous, mais à un certain rang encore, le Saint Genest, 1646; le Wenceslas, 1647; le Cosroès, 1649, de Rotrou; — le Saùl, 1639, et le Scévcle, 1646, de Du Ryer; — la Mort de Sénèque, 1644; la Mort de Crispe, 1645; la Mort du Grand Osman, 1647, de Tristan l'Kermite. — Cependant, de son côté, la tragi-comédie recule, qui ne compte pour la même période que cinquante pièces seulement;
— et, ce qu'elle perd ainsi de son domaine, c'est la comédie qui s'en empare. — Exactement, d'après les frères Parfaict, de trenteneuf pièces [1639-1646] la tragi-comédie tombe à seize [1646-1653], puis à douze [1653-1660], tandis que la comédie monte de dix-huit à vingt-cinq et de vingt-cinq à vingt-huit. — Conclusion : les espèces franches refoulent, et vont bientôt anéantir, l'espèce hybride ou douteuse.
Mais si la première s'est déterminée et, comme disait Aristote, a reconnu sa vraie nature dans les chefs-d'œuvre de Corneille, la seconde hésite entre deux ou trois directions; — et on sait où est la source des larmes; — mais on ignore encore le moyen de provoquer le rire. — Thomas Corneille [1625; -j-1709] cherche le succès dans la complication romanesque des aventures; — Philippe Quinault [1635; -J- 1688], dans l'alliage d'un réalisme de détails qui sent son origine populaire ; — et d'une fadeur de galanterie qui fait prévoir
mission de l'enseigner, les Provinciales la contenaient. Et enfin et surtout, — je ne parle qu'au point de vue de la littérature, — si l'on aspirait au naturel, et qu'on y tendît sans y pouvoir atteindre, si l'on s'était trompé jusqu'alors sur les moyens d'y toucher, les Provinciales étaient ensemble le signal et le modèle attendus. « Le premier livre de génie qu'on vît en prose, a dit Voltaire, fut le recueil des Lettres provinciales » ; et, un peu plus loin, il y rapporte l'époque de « la fixation de la langue ». On ne saurait mieux dire, mais on peut en dire davantage; et une autre époque date également des Provinciales,
ses opéras; ■ — Paul Scarron [1610; -j- 1660], dans ce que Molière appellera la turlupinadc, ou dans l'énormité de la caricature, à moins que ce ne soit dans l'obscénité. — Tous les trois continuent d'ailleurs d'emprunter leurs modèles à l'Espagne. — Boni Japhet d'Arménie, 1652, est une adaptation d'une comédie de Moreto ; — Les Rivales, 1653, ne sont qu'une reprise des Pucelles de Rotrou, qui passent elles-mêmes pour être empruntées à Lope de Vega ;
— Le Charme de la voix, 1653, est une imitation d'une comédie de Moreto. — Il semble que tous ces auteurs aient « des yeux pour ne point voir » et « des oreilles pour ne point entendre »; — et de là cette conséquence, que tout ce théâtre n'a, en un certain sens, d'intérêt que pour les curieux.
Il accoutume toutefois le public à dissocier les éléments de son plaisir pour l'éprouver plus vif et plus complet; — et en effet ce n'est que dans le roman de Rabelais qu'on rit d'un œil en pleurant de l'autre. — On ne voudra bientôt plus du mélange des genres;
— et c'est un premier pas vers le naturel. — La langue aussi devient plus naturelle; — elle s'assouplit, elle se diversifie; — Thomas Corneille a de l'abondance; Quinault de la fluidité; Scarron souvent a de la verve; — et, à ce propos, comparaison du comique de L'Ecolier de Salamanque ou de Dom Japhet d'Arménie avec celui de Ruy Blas et de Tragaldahas. — Enfin il n'est pas jusqu'au goût du burlesque qui n'exige une certaine observation; — s'il ne saurait y avoir de bonnes caricatures que celles dont on reconnaît la ressemblance avec leurs modèles.
3° Les Œuvres : — de Scarron : Jodelet ou le maître valet, 16'i5; — Les trois Dorothces, 1646; — de Th. Corneille : Les
plus importante encore, qui est celle de la fixation des caractères de la littérature et de l'idéal classiques.
Le soleil est levé, retirez- vous, étoiles!
Si ce vers de Scudéri n'était quelque peu ridicule, ce serait le moment et le lieu d'en faire une juste application. Le « naturel » des Provinciales n'a produit sur les hommes de la génération précédente, tels que le vieux Corneille, aucune impression; et, après six ou sept ans de bouderie, quand l'auteur du Cid reparaîtra sur la scène, en 1659, ce sera avec son Œdipe, bientôt suivi de son Serto-
Engugements du hasard, 1647; — Le Feint Astrologue, 1648; — de Scarron : L'Héritier ridicule, 1649; — de Th. Corneille : Don Bertrand de Cigarral, 1650; — L'Amour à la mode, 1651; — de Scarron : Dom Japhet d'Arménie, 1653; — de Th. Corneille : Le Berger extravagant, 1653; — Le Charme de la voix, 1653; — de Quinault : Les Rivales, 1653; — de Scarron : L'Écolier de Salamanque, 1654; — de Th. Corneille : Les Illustres Ennemis, 1654;
— de Quinault : L'Amant indiscret, 1654; — de Scarron : Le Gardien de soi-même, 1655; — de Th. Corneille : Le Geôlier de soimême, 1655; — de Quinault : La Comédie sans comédie, 1655; — de Scarron : Le Marquis ridicule, 1656.
La meilleure édition de Scarron est celle d'Amsterdam, en sept volumes, 1752, chez Wetstein; — de Thomas Corneille, celle de Paris, en cinq volumes, 1748, chez David; — et de Quinault, celle de Paris, chez la VVB Duchesne, 1778, en cinq volumes.