‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 39 sur 94 · XV. — Le Burlesque · texte numérisé non relu

XV. — Le Burlesque

Il suffirait d'avoir nommé le burlesque, et de renvoyer à Boileau.si ce n'étaient trois observations relatives à l'origine du genre ;

— à son vrai caractère; — et à ses conséquences :

1° D'origine, il n'est pas français, ni gaulois ; — et Saint-Amant, Scarron ou d'Assouci ne continuent en rien la tradition de Rabelais ; — mais il est italien [Cf. Vianey, Mathurin Régnier, Paris, 1896] ; — et compliqué d'espagnol [Cf. toute la série des Romans picaresques].

Pour son vrai caractère on est tenté de l'associer à la préciosité. — ■ Voilure, dans ses petits vers [Cf. la pièce A une demoiselle qui

rius ou de son Othonl Mais, en revanche, tout ce qu'il y avait de jeune et d'ardent en a été frappé comme d'une révélation.

Dirai-je que Bossuet lui-même en est comme transformé? Le mot semblerait un peu fort; et cependant, si son éloquence n'a jamais fait de plus grand progrès que dans le passage de sa première manière à la seconde, entre 1653 et 1658, — du Sermon sur la bonté et la rigueur de Dieu au Panégyrique de saint Paul, — comment s'empêcher d'observer que ce progrès coïncide justement avec la plus grande vogue des Lettres provinciales?

avait les manches de sa chemise retroussées et sales, et la pièce A M1Ie de Bourbon qui avait pris médecine], a visiblement une tendance au burlesque ; — et d'un autre côté Saint-Amant et Scarron appartiennent à la société précieuse. — Les précieux raffinaient sur la nature et sur la vérité; — les burlesques font profession de les « outrer » l'une et l'autre; — mais tous ensemble ils sont de l'école dont nous avons cité plus haut la devise :

Chi non sa far stupir, vada alla striglia...

Ils veulent se faire admirer; — et leur moyen à tous est d'exciter l'étonnement.

Enfin une conséquence importante du burlesque a été de diviser le parti du libertinage : — d'un côté les Scarron ou les Saint- Amant, qui s'arrangeront de tout, pourvu qu'on ne contraigne pas leur humeur; — et de l'autre, ceux qui ne se soucient pas tant de la liberté de vivre à leur guise que de penser comme il leur plaît.

XVI. — Biaise Pascal [Clermont-Ferrand , 1623; -j- 1662, Paris].

1° Les Sources. — Mme Périer (Gilberte Pascal), Vie de Pascal, 1684; — Bayle, dans son Dictionnaire, article Pascal, 1696; — Condorcet, Eloge de Pascal, dans la collection de ses Œuvres, 1776; — Bossut, Discours sur la vie et les ouvrages de M. Pascal, 1779; — Sainte-Beuve, dans son Port-Royal, t. II et III; — Victor Cousin, Jacqueline Pascal, 1844; — Lélut, l'Amulette de Pascal,

C'est également l'exemple de Pascal qui a mis en liberté la pensée de Boileau, si, comme nous le savons, les premières Satires ont été composées entre 1658 et 1660, et d'autre part, si nous nous rappelons l'admiration que Boileau professera jusqu'à son dernier jour pour les Provinciales. A vrai dire, ce sont elles qui finiront par le rendre janséniste! Et en attendant, ce sont bien elles aussi qui ouvrent, ou, pour ainsi parler, qui dessillent les yeux de Molière; car l'Etourdi est de 1653, et le Dépit amoureux est de 1655 ; mais de quel chef-d'œuvre en son genre ces imbroglios à l'italienne sont-ils à leur tour suivis? Evi-

1846; — Gazier, le Roman de Pascal, dans la Revue politique et littéraire du 24 novembre 1877; — J. Bertrand, Biaise Pascal, Paris, 1891; — Ch. Adam, Pascal et Mu& de Roannez, Dijon,

Bauny, Somme des péchés qui se commettent en tous états, 1630;

— Caramuel y Lobkowicz, Theologia moralis ad clarissima principia reducta, 1643; — Escobar, Liber theologix moralis, 1656, Paris, 42e édition; — les Notices eu tête de la plupart des éditions des Provinciales; — les PP. Annat, Nouet et Brisacier, S. J., Réponses aux Lettres provinciales, 1657; — Daniel, S. J., Entretiens de Cléandre et d'Eudoxe, 1694; — Sainte-Beuve, Port- Royal, t. III.

Garasse, Doctrine curieuse des beaux esprits, 1623; — Et. Périer, Préface [anonyme] de la première édition des Pensées, 1670; — Voltaire, Remarques sur les pensées de M. Pascal, 1728- 1734; — Boullier, Sentiments sur la critique des Pensées de Pascal, 1741; — Condorcet, son édition des Pensées, 1776; — les Notices en tète des éditions des Pensées, depuis celle de Frantin, Dijon, 1835, jusqu'à celle de M. Guthlin, Paris, 1896;

— A. Vinet, Etudes sur Biaise Pascal, 1833-1844 [réunies en un volume sous la date de 1848J; — Victor Cousin, Études sur Pascal, Paris, 1842, 1844; — Sainte-Beuve, Port-Royal, t. III; — abbé Maynard, Pascal, sa vie, son caractère et ses écrits, Paris, 1850; — G. DreydorfF, Pascal, sein Leben und seine Kàmpfe, Leipzig, 1870; — Gory, les Pensées de Pascal considérées comme apologie du christianisme, Paris, 1883; — Edouard Droz, Etude sur le scepticisme de Pascal, Paris, 1886; — Sully Prudhomme,

demment Molière, Boileau, Bossuet ont lu les Lettres provinciales. Mais, quand nous n'en aurions pas la preuve, il resterait qu'en achevant de purifier l'atmosphère littéraire du temps, et d'en balayer les derniers nuages qui l'obscurcissaient encore, les Provinciales ont au moins, en le rendant possible, préparé tout ce que nous allons voir leur succéder maintenant de chefs-d'œuvre. A micôte ou à mi-chemin de l'emphase de Balzac et de la préciosité de Voiture, qui procédaient aussi bien l'une et l'autre de la même prétention d'orner, d'embellir, de déguiser la nature, elles ont fondé l'école du naturel; et,

La philosophie de Pascal, dans la Revue des Deux Mondes, juillet, oct. et nov. 1890.

2° L'Homme et l'Écrivain. — Diversité des opinions que l'on s'est formées de Pascal. — Les uns [Voltaire et Condorcet] n'ont vu guère en lui qu'un « fanatique », ou pour le moins un « sectaire » ;

— d'autres en ont fait un « mystique » ; — et d'autres [Sainte- Beuve] un quasi romantique, incroyant ou croyant par accès. — Il y en a aussi qui l'ont attaqué sur son « scepticisme » [Cf. V. Cousin, Etudes sur Pascal; et en sens opposé, Droz, Etude sur le scepticisme de Pascal, p. 18 et suiv.], — et, à ce propos, de la quantité d'idées fausses que V. Cousin a jetées dans la circulation littéraire. — Que la diversité de ces interprétations ne procède :

— que de l'état de mutilation où nous sont parvenues les Pensées;

— de l'erreur que l'on commet en y voulant voir une espèce de « confession » de Pascal, tandis qu'elles ne sont que les matériaux d'une « Apologétique » ; — et du peu d'attention que l'on donne à la succession des époques de la vie de Pascal.

Naissance de Pascal. — Sa famille; — son éducation; — précocité de son génie [Cf. J. Bertrand, Pascal]; — son Traité des sections coniques, 1639; — sa machine arithmétique, 1642; — ses expériences sur le vide, 1646 ; — et que tout cela suffit à caractériser en lui ce don de grande invention qu'on lui a ridiculement disputé [Cf. une diatribe de Nodier, dans ses Questions de littérature légale], — Sa conversion au jansénisme, 1646; — et sa première grande maladie [Cf. Lettres et opuscules de Mmo Périer, Paris, 1845] ;

— premiers rapports avec Port-Royal. — La vie mondaine de Pascal, 1649-1653; — sa liaison avec le chevalier de Méré et le duc de

par une de ces ironies fréquentes dans l'histoire, il se rencontre ainsi que, de tous nos grands écrivains, c'est celui dont l'intransigeance morale a été le plus hostile à la nature, — et même à la raison, — qui néanmoins a le plus fait pour diriger nos Molière et nos Boileau, j'y ajoute maintenant nos La Fontaine et nos Racine, dans la voie de « l'imitation de la nature » et du respect des « droits de la raison ».

On ne saurait guère imaginer de génie plus différent de celui de Molière que le génie de Racine , à moins peut-être que les rapports ne soient plus difficiles encore

Roarmez. — Le prétendu roman de Pascal. — Si Pascal a été «joueur», comme le veut Sainte-Beuve; — « beau, souffrant, plein de langueur et d'ardeur, impétueux et réfléchi, superbe et mélancolique », comme le peint Cousin; — ou, comme le croit un autre encore, s'il a rêvé de jouer un personnage politique [Cf. Derome, dans son édition des Provinciales]. — Que nous n'avons pas besoin de ces suppositions pour comprendre qu'il se soit occupé du calcul des probabilités; — qu'il ait écrit le Discours sur les passions de l'amour, en admettant qu'il en soit l'auteur; — et ceux que Nicole nous a résumés sous le titre de Discours sur la condition des grands. — La seconde conversion de Pascal, 1654; — et qu'il faut l'entendre du passage d'une religion plus libre en ses pratiques à une religion plus exacte. — Ses visites à Port-Royal. — Influence que prend sur lui sa sœur Jacqueline [Cf. V. Cousin, Jacqueline Pascal, notamment les deux lettres de la sœur Sainte-Euphémie [Jacqueline] à Mme Périer, p. 240 et suiv.]. — S'il faut placer à cette époque l'Entretien avec M. de Saci; — l'invention du haquet; — celle de la brouette; — l'idée des omnibus. — Conversion définitive et entrée à Port-Royal, 1655. — Le miracle de la sainte Épine, mars 1656 [Cf. Jacqueline Pascal]. — Si Pascal n'a pas conçu dès lors le dessein de ses Pensées, et si l'occasion des Provinciales n'est pas venue le traverser? — Avantages de cette hypothèse. — Elle explique à la fois la croissante audace des Provinciales à partir de la sixième et de la septième; — et, dans les dernières, l'étroite soudure, et trop inaperçue, qui se fait de la conclusion des Provinciales au dessein général des Pensées.

a préciser entre la nonchalance épicurienne de La Fontaine et la sévérité bourgeoise de Boileau. Cependant ces quatre grands hommes ne s'en sont pas moins, non seulement connus et appréciés, mais aimés; et l'hôtellerie sans nom où se rencontrèrent, un jour de l'année 1548, Ronsard et Du Bellay, n'est pas plus célèbre dans l'histoire littéraire que ce cabaret classique du Mouton blanc, où se réunissaient Ariste et Gélaste, Acanthe et Polyphile. Qu'y avaitil donc de commun entre les quatre amis? Deux ou trois idées seulement, pas davantage, mais deux ou trois idées fécondes. Ils croyaient tous les quatre que le principe de

La question de fait dans les trois premières Provinciales, — et qu'elle est de peu d'importance. — - Comment Pascal, en changeant de tactique à partir de la quatrième lettre, a posé la vraie question, la question de fond, — et sur son vrai terrain. — Il s'agissait de savoir qui prendrait la direction de l'opinion, jésuites ou jansénistes; — et plus généralement laquelle des deux triompherait, d'une morale presque mondaine, ou d'une morale intransigeante [Cf., dans les Pensées, le fragment intitulé : Comparaison des premiers chrétiens et de ceux d'jaujourd'huï\. — ■ Qu'il se pourrait que Pascal, en ayant raison d'attaquer les excès du probabilisme, eût toutefois eu tort d'envelopper la casuistique dans ses railleries; — et que ce tort est bien plus grave que d'avoir, comme il l'a fait, « arrangé » quelques citations. — Car, pour quelques citations dont on peut discuter l'exactitude entière, il en eût trouvé vingt autres; — mais s'il conquérait à sa sévérité quelques âmes très pures, il risquait d'en irriter de moins pures, qui sont aussi des âmes [Cf. Sainte-Beuve, Port-Royal, livre III, dans son chapitre sur la morale des honnêtes gens]. — Les Provinciales, de la quatrième à la quinzième inclusivement, ont failli ruiner le crédit moral des jésuites; — mais quelque chose de la religion même y aurait également péri; — si le dessein des Pensées futures ne transparaissait déjà dans les trois dernières.

La première édition des Pensées, 1670; — et les enrichissements successifs du texte : — en 1727 [lettre de l'cvèque de Montpellier à l'évêque de Soissons], — en 1728 [Mémoires de littérature et d'histoire du Père Desmolets], — en 1776 [édition Condorcet], — en 1779 [édition Bossut], — en 1841 [rapport de V. Cousin], — en 1844 [édi-

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l'art consiste essentiellement dans l'imitation de la nature, et, à ce propos, je me suis efforcé de montrer, en plus d'une occasion, que, ce qu'ils admiraient dans les anciens, c'était la fidélité de cette imitation [Cf. V Evolution des genres, t. I, Paris, 1889]. Ils ne les admiraient pas du tout d'être les anciens, et ils l'ont dit assez clairement : « Les anciens sont les anciens et nous sommes les gens de maintenant » ; mais ils les admiraient « d'avoir bien attrapé la nature », sans doute comme étant plus près d'elle : Novitas tum florida mundi! Ils croyaient, en second lieu, que, si l'imitation de la nature est le principe

tion Faugère], — en 1879 [édition Molinier]. — Peut-on rétablir le dessein de Y Apologie de Pascal? — Tentatives en ce sens de Frantin, 1835; — Faugère, 1844; — Astiô, 1856; — Rocher, 1873; — Molinier, 1879; — Guthlin, 1896. — Qu'elles ont toutes échoué, comme elles échoueront toutes, en tant qu'il s'agira de mettre à leur vraie place les fragments du livre inachevé. — Mais on peut s'en former une idée générale; — dont l'esprit est donné par 1 esprit même de YAugustinus; — si les Pensées de Pascal sont les fragments d'une apologétique janséniste. — Joignons maintenant à YAugustinus, parmi les lectures de Pascal : les Essais de Montaigne; la Sagesse de Charron; YEpiclète et la Sainte Philosophie de Du Yair; les Lettres et les Traites de Balzac. — C'est ce qu'il a comme ajouté de mondain [on veut dire de propre à persuader le monde] aux raisonnements de YAugustinus. — H y a ajouté, de son fonds plus personnel encore, son intention de convertir les « libertins », — qu'au courant de sa vie mondaine il avait eu l'occasion de fréquenter [le chevalier de Méré, par exemple] ; — et sa conviction d'avoir été, dans le miracle de la sainte Épine, l'objet d'un décret nominatif de Dieu. — Si nous tenons compte après cela de la succession des dates, soit : 1654, Y Entretien avec M. de Saci; — 1655, l'entrée à Port-Pioyal; — 1656, le miracle de la sainte Epine; — 1657, les dernières Provinciales; — et 1658 ou 1659, l'exposition du plan de son Apologie tel que nous l'a transmis son neveu Etienne Périer, nous pouvons nous figurer le dessein de Pascal à peu près de la manière suivante :

Tout en nous et autour de nous nous crie notre misère; — et, dans la débilité de notre machine, — comme dans les vices de l'or-

ou le «commencement» de l'art, cela veut dire sans doute en bon français qu'elle n'en est pas l'objet ou la « fin », et que l'écrivain manque à sa mission ou à sa fonction, qui ne se propose pas en quelque mesure, comme le dira bientôt Bossuet, de « perfectionner la nature » : il n'a pas dit de « l'embellir » ! Et ils croyaient enfin que le moyen le plus sûr d'atteindre ce but, ou, — si l'on me permet cette expression un peu pédantesque, — de dégager cette « fin » de ce « principe », était le perpétuel souci de la forme ou du style.

C'est cette communauté d'idées qu'on retrouve partout,

ganisation sociale, — ou comme encore dans l'impuissance de la raison; — nous ne trouvons que des motifs de désespérer. — D'où vient donc la protestation qui s'élève du fond de ce désespoir même? — l'exception qu'à ce titre nous constituons dans la nature ? — et l'invincible confiance que nous avons dans une destinée meilleure? — C'est ce que nous saurons si nous acceptons le dogme d'une chute originelle, — l'obligation qui nous a été imposée de l'expier, — et le dogme de la rédemption, — lesquels se trouvent être précisément les dogmes essentiels du christianisme. — Répugnons-nous peut-être à les accepter? — Considérons en ce cas que ces dogmes ont d'ailleurs été figurés par l'ancienne loi; — annoncés par les prophètes; — confirmés parles miracles; — qu'à défaut de notre raison, nous y pouvons toujours incliner nos volontés; — et qu'enfin il nous suffit d'y croire pour être aussi bons, et aussi heureux qu'on le puisse être en cette vie.

Qu'il n'y a pas un « seul » fragment des Pensées qui ne tende à établir quelqu'une des propositions précédentes; — mais que, pour bien s'en rendre compte, il faut songer que, dans la pensée de Pascal, son apologie était à la fois dirigée contre les libertins, — contre les philosophes, — contre les jésuites, — et contre les Juifs.

— Importance de cette observation. — De la valeur apologétique actuelle des Pensées de Pascal. — [Cf. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. III, aux appendices, et A. Gory, Les Pensées de Pascal considérées comme apologie du christianisme, Paris, 1883.] — De quelques faits nouveaux dont l'apologétique doit aujourd'hui tenir compte; — et, à ce propos, de la science des religions comparées.

— D'une confirmation singulière apportée à l'apologétique de

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dans les Satires de Boileau comme dans les Comédies de Molière, dans les préfaces de Racine comme dans les aveux de La Fontaine. Et rien n'était plus nouveau, si l'on ne regarde autour d'eux qu'aux idées de leurs contemporains, mais rien aussi ne l'était moins, si c'était bien le but qu'on s'était proposé depuis tantôt cent ans. Après un siècle de tâtonnements et d'efforts, pendant lequel on avait demandé tour à tour aux Anciens, aux Italiens et aux Espagnols les moyens d'atteindre ce que l'on ne voyait pas très clairement, on le voyait enfin, et

Pascal parle pessimisme de Schopenhauer ; — et par la doctrine de l'évolution [Cf. Brunetière, La Moralité de la doctrine évolutive, Paris, 1896]. — Que la valeur morale de l'apologie de Pascal subsiste tout entière en tant que la certitude rationnelle n'est pas la seule forme ou la seule espèce de certitude; — que l'homme ne naît pas bon; — et que rien d'humain ne s'organise sur des principes purement humains.

Du style de Pascal, — et qu'il n'y a rien en français qui soit au-dessus de quelques-unes des Provinciales ; — à moins que ce ne soient quelques fragments des Pensées. — Si la grâce, ou (pour ne pas avoir l'air de jouer sur les mots) si la tendresse et la douceur y manquent? — Mais qu'en tout cas, de la simplicité la plus familière à la plus haute éloquence, ce style remplit tout l'entredeux. — La « rhétorique de Pascal », — et qu'elle ne consiste pas à n'en point avoir du tout; — mais à en faire servir les moyens mêmes à leur destruction; — et à n'user de l'art que pour imiter plus fidèlement la nature. — Du sentiment de l'obscur dans la prose de Pascal; — de sa manière d'intervenir de sa personne dans la cause qu'il plaide; — - de la profondeur de sa sensibilité;

— et de la « poésie» qui résulte du mélange de tous ces éléments.

— De quelques autres qualités du style de Pascal : — sa concision tranchante; — sa plénitude, — et sa « densité ». — Le mot de Saint-Beuve : « Pascal, admirable écrivain quand il achève, est encore supérieur là où il fut interrompu ».

3° Les Œuvres. — Nous ne mentionnons ici que pour mémoire les OEuvres scientifiques de Pascal, parmi lesquelles nous citerons les Essais pour les coniques, 1640 ; — son Avis à ceux qui verront la machine arithmétique, 1645; — les Expériences touchant le vide,

les moyens n'en consistaient qu'à s'affranchir de l'imitation des Espagnols et des Italiens, pour se mettre, comme autrefois les Anciens, en face de la nature. « L'imitation de la nature, voilà le grand point, dira plus tard un peintre illustre, et toutes les règles ne sont faites que pour nous mettre à même de Vimiter plus aisément. » [Cf. une Conférence d'Oudry dans le Dictionnaire des Beaux- Arts de Watelet, t. I, Paris, 1760.] Une dernière coïncidence, de celles que l'on ne peut prévoir, et qui font, pour cette raison même, l'attrait changeant et toujours

1647 ; — son Récit de la grande expérience de l'équilibre des liqueurs, 1648; — son Traité du triangle arithmétique, 1654; — et les écrits relatifs à la Roulette, 1658 [Cf. A. Desboves, Étude sur Pascal et les Géomètres contemporains, Paris, 1878].

Les principales éditions des Provinciales et des Pensées sont : Des Provinciales : — les éditions originales, 1656-1657, dont les recueils factices présentent entre eux d'assez grandes différences; — la traduction latine donnée par Nicole, sous le nom de Wendrock, 1658; — l'édition de 1659, à Cologne, chez Nicolas Schouten; — l'édition Maynard; Paris, 1851, FirminDidot; — l'édition Derome, Paris, 1880-1885, Garnier; — l'édition Molinier, Paris, 1891, Lemerre ; — l'édition Faugère, Paris, 1886-1895, Hachette.

Des Pensées : — l'édition originale, Paris, 1669-1670, dont on connaît au moins cinq exemplaires assez différents; — l'édition de Condorcet, Paris, 1776; — l'édition Frantin, Dijon, 1835, Lagier;

— l'édition Faugère, Paris, 1844, Andrieux; — l'édition Havet, Paris, 1852, 1887, Dezobry et Delagrave; — l'édition Astié, Lausanne, 1857, Bridel; — l'édition Rocher, Tours, 1873, Marne; — l'édition Molinier, Paris, 1879, Lemerre; — l'édition Guthlin, Paris, 1896, Lethielleux ; — l'édition Michaut, Friburgi Helvetiorum, 1896; — et l'édition Brunschvicg, Paris, 1897, Hachette.

— Aucune de ces éditions ne reproduit la précédente, et il n'y en a pas une que l'on ne doive consulter pour des raisons particulières : théologiques, littéraires ou paléographiques.

On joint d'ordinaire aux Pensées quelques opuscules dont les plus importants sont : l'Entretien avec M. de Saci; — Trois discours sur la condition des grands ; — De l'esprit géométrique ; — la Préface du Traité du vide ; — et les Lettres à Mlle de Roannez.

nouveau de l'histoire, allait sauver ce principe des conséquences abusives qu'on en eût pu tirer en d'autres temps : Mazarin venait de mourir; Anne d'Autriche allait bientôt le suivre dans la tombe ; et Louis XIV venait d'inaugurer par trois ou quatre coups d'éclat son gouvernement personnel.

Il était jeune alors, le grand roi, galant et magnifique; et rien n'était moins compassé, moins solennel, moins pompeux que sa jeune cour, ne ressemblait moins à l'idée que l'on s'en forme sur le modèle de ses dernières années.

Cinquième Époque

De la « première » des « Précieuses ridicules » au début de la querelle des anciens et des modernes.

I. — François [VI], duc de la Rochefoucauld [Paris, 1613; + 1680, Paris].

1° Les Sources. — La Rochefoucauld lui-même, dans ses Mémoires [Cf. Mémoires du cardinal de Retz et Lettres de Mme de Sévigné] ; — Sainte-Beuve, Portraits de femmes [Mme de Longueville, Mme de Sablé, Mme de La Fayette, M. de la Rochefoucauld], 1840; — V. Cousin, Madame de Sablé, 1858; — Éd. de Barthélémy, Les Amis de Mme de Sablé, Paris, 1865; — Gilbert, Notice sur La Rochefoucauld en tête de son édition des Œuvres, Paris, 1858; — d'Haussonville, Madame de La Fayette, Paris, 1891; — J. Bourdeau, La Rochefoucauld, Paris, 1893.

A. Vinet, Les Moralistes français au xvne siècle : La Rochefoucauld, 1837; — Prévost-Paradol, Etudes sur les moralistes français, 1865.

Interrogez plutôt les témoins des débuts du règne : Mrae de Motteville en ses Mémoires, Mme de La Fayette dans son Histoire de Madame Henriette, Montglat, Loret dans sa Gazette, Bussy dans son Histoire des Gaules, et Molière enfin, Molière lui-même, l'adroit Molière, dans sa relation des Plaisirs de Vile enchantée. Au sortir de la contrainte un peu mélancolique, chagrine même, du règne précédent, et au lendemain des agitations, puériles, mais pourtant

2° L'Homme et l'Écrivain. — Sa famille et es débuts dans le monde; — le liseur de romans. — 1^'Ami des femmes : — la duchesse de Chevreuse commence sa fortune; — qu'il compromet dans son aventure avec la duchesse de Longueville ; — il se console de ses ambitions déçues dans l'intimité de la marquise de Sablé; — et il termine une vie d'épicurien auprès de la comtesse de La Fayette. — A cette expérience des choses de l'amour et du grand monde ajoutez celle de la politique ; — ou du moins de l'intrigue; — et les qualités ou les défauts du grand seigneur homme de lettres, qui sont : — la supériorité d'aisance et de goût; — la préoccupation de n'être pas dupe; — l'indépendance d'esprit; — et quelque impertinence [Cf. Fénelon et Chateaubriand].

Comment s'est composé le livre des Maximes, — et qu'il est une quintessence de l'esprit précieux. — Les dîners de Mm0 de Sablé ses « potages » et ses « confitures » [Cf. Cousin, Madame de Sablé, p. 105 et suiv.]. — La fureur des Maximes dans le salon de Mme de Sablé. — Comment cette fureur procède, quant au fond, du même état d'esprit que les analyses psychologiques du roman de M,le de Scudéri; — et, quant à la forme, du goût régnant à l'hôtel de Rambouillet. — Premiers écrits de la Rochefoucauld : son Portrait par lui-même, 1659; — ses Mémoires, 1662; ■ — et, à ce propos, de l'état d'esprit d'un homme qui publie lui-même ses Mémoires de son vivant. — La préparation du livre des Maximes. — On le communique aux amis [Cf. Gilbert, dans son édition, t. I, Jugements des contemporains, p. 372-398]; — et on le donne même au public sans le lui donner [Cf. Willems, Etude sur la 1'" édition des Maximes, 1864]. — Si cette manière d'éprouver l'opinion était vraiment aussi fréquente qu'on l'a quelquefois prétendu ?

De la valeur des Maximes, et qu'on l'a étrangement surfaite. — La Rochefoucauld a-t-il un système ou seulement une « doctrine »?

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désastreuses, de la Fronde, une ardeur de divertissement, une avidité de jouir, une sorte de fureur de vivre s'était emparée de la cour, et du prince, et de la brillante jeunesse, hommes et femmes, qui lui faisait cortège. Dans ces jardins « enchantés » de Versailles et de Fontainebleau, — c'est Mme de Motteville qui les appelle ainsi, — mille intrigues se nouaient, se dénouaient, s'enchevêtraient, se contrariaient, qui faisaient gronder d'indigna-

Qu'elle ne consiste, s'il en aune, qu'à s'en prendre aux hommes

en général des défauts de sa propre nature. — Les Maximes ne sont que le résumé de son expérience de la vie; — et l'expérience de La Rochefoucauld est bornée de trois côtés : — par sa grande ignorance; — par l'étroitesse relative du milieu où il a vécu; — ■ par son indifférence aux grandes questions. — Banalité de quelques-unes de ses Maximes [Cf. édition Gilbert, Max., 2, 31, 79, 132, 134, 174, etc.]. — Répétitions dans les Maximes [Cf. sur l'amour, 74, 76, 77, 136, ou sur la fortune, 53, 57, 58, 60, 165, 470]. — Absence de composition et d'ordre dans les Maximes. — Le style des Maximes et sa conformité avec l'idée du style précieux [Cf. 4, 115, 175, 252, 355, etc.]. — Si cette préciosité ne va pas jusqu'au galimatias [Cf. 69, 78, 97]? — Mais il en reste quelques-unes qui méritent la réputation qu'on leur a faite : — de réelle ingéniosité [Cf. 165, 182, 218]; — de vivacité [Cf. 19, 367, 370] — et surtout de netteté. — Comment cette dernière qualité, tout à fait rare jusqu'alors, a sans doute assuré le succès du livre.

Si La Rochefoucauld a été le collaborateur de Mme de La Fayette?

— Le mot du Segraisiana : « Mme de La Fayette disait de M. de La Rochefoucauld : « Il m'a donné de l'esprit, mais j'ai réformé son cœur ». — Les premiers romans de Mme de La Fayette : la Princesse de Montpensier, 1660; — Zayde, 1670; — la Princesse de Clèves, 1672. — Témoignage à ce sujet de Mrae de Scudéri [Cf. Correspondance de Bussy-Rabutin, éd. Lalanne, III, 340],

— et de ne pas confondre Mme de Scudéri, la femme de Georges, avec Madeleine, sa belle-sœur. — Qu'en dernière analyse, il est difficile de rien reconnaître dans la Princesse de Clèves qui porte la marque de La Rochefoucauld; — qu'il est seulement vrai que la Princesse de Clèves et les Maximes sont également, et en des genres un peu différents, des « fleurs » naturelles de l'esprit précieux ; — et qu'il n'y a ni dans les unes ni dans l'autre de trace

tion les pédants de vertu, ceux que Molière, du consentement du roi, peut-être, et en tout cas à son grand contentement, attaquait clans son Tartuffe. Il semblait, — dit un historien, dont je me reprocherais d'emprunter l'idée sans en reproduire aussi la phrase, « il semblait que la volupté s'empressât d'entourer de ses guirlandes et de couvrir de ses fleurs ce trône qu'elle se montrait jalouse de disputer à la gloire » [Cf. Walckenaër, Mémoires

de « cartésianisme » ; — mais qu'il est facile d'y en signaler du « jansénisme » [Cf. la préface de la première édition].

De la place de La Rochefoucauld dans la littérature de son temps; — et qu'il y a de l'abus à en faire « un grand écrivain ». ■ — Un « grand écrivain » est toujours abondant, fécond, et plus varié surtout que ne l'a été La Rochefoucauld. — Mais qu'en revanche, et dans tous les sens du mot, on peut l'appeler « un rare écrivain » : — rare en tant que stérile; — rare en tant qu'original; — et, là où il est bon, rare enfin en tant qu'exquis.

3° Les Œuvres. — Portrait de M. de La Rochefoucauld, dans la collection des Portraits de MUq de Montpensier, 1659; — Mémoires de M. D. L. R., Cologne, 1662, Vandyck; — Réflexions ou sentences, et Maximes morales. La Haye, 1664, J. et D. Stencker, réimprimé par M. Alphonse Pauly, Paris, 1883, D. Morgand. — L'édition vraiment « originale » n'en demeure pas moins l'édition de 1665, Paris, chez Barbin.

Nous avons encore de La Rochefoucauld quelques Opuscules ou fragments que l'on a joints, suivant leur nature, tantôt aux éditions de ses Mémoires, et tantôt aux éditions de ses Maximes; — et une centaine de Lettres.

La dernière édition qu'il ait donnée lui-même de ses Maximes est celle de 1678, contenant 541 maximes au lieu de 314; — la meilleure édition des Œuvres est celle de MM. Gilbert et Gourdault; Paris, 1868-1883, Hachette.

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