XV. — Le salon de M'"<^ de Lambert
10 Les Sources. — Lettres choisies de M. de la Rivière, Paris, 1751 ; — Fonlenelle, Élojj,e de >/'"'' de Lambert', — Mémoires de M"^^ ^q Staal-Delaunay, de d'Argenson, du président Hénault; — D'Alembert, Eloges de Sacy, de Sainte- Aulaire, de ï^a Motte; — Sainte- Beuve, M"'*' de Lainhert, au t. lY des Causeries du lundi; — Desnoireslerres, les Cours galantes; — Cli. Giraud, la Maréchale de Villars; Paris, 1881 ; — Lescure, Etude en tète de son édition des Œuvres de M'"*' de I^an)ljerl, Paris, 1883; — l'inimanucl de Broglie, Les mardis et les mercredis de la marquise de Lambert, dans le Correspondant des M» et 25 avril 1895.
2** La Uk.naissa.n» i: di; i.a. Piii'.ciositi: ; — et qu il y faut voir, comme à son origiin', nne protestation des femmes contre la grossièreté du langage; — lindccence des moîurs; — et la tendance au naturalisme. — Anne-Marie Tliért'se de Marguenat de (>onrcelles, marquise de Lamhrrl [ 16'i7, -{- 1733) ; — sa jeunesse; — son mariage et ses premiers écrits. — Sa « correspondance « avec Fénelon. — Les Avis d'une mire n son (ils et les Avis d'une mère à sa fille. — M"" de Lambert s installe à lliùtel de Nevers, 1698 [aujourd'hui la Bibliothèque nationale]; — et se donne à elle-même le rôle do protectrice des lctlr<'s. — Ses mardis et ses mercredis. — (^omme si l'hôtel de Uamhoniil<>t jadis, les gens de lettres s'y mêlent aux
leur tour, achèvent d'épurer la langue de tout pédantisme, et la pensée même de Tespèce d'orgueil dont elle se nourrit dans sa solitude. C'est pourquoi cette pensée d'une part, et de l'autre cette langue, deviennent la plus ressemblante image qu'il y ait de l'esprit français, si cet esprit, comme nous avons taché de le montrer, est surtout un esprit de « sociabilité ». On n'écrit vraiment plus déjà que pour les autres, pour les amuser, pour leur plaire, pour être applaudi; — et un peu pour leur être utile. D'où que l'on vienne, dans quelque condition déjà que l'on soit né, quelque idée que l'on ait de son fonds, l'apprentissage de l'écrivain est d'en chercher le rapport ou l'accord avec les idées de son temps. La fortune littéraire, l'autorité, la gloire, la réputation ne s'acquièrent
grands seigneurs, — et les actrices [Cf. les Lettres d'Adrienne Lecouvreur publiées par M. G. Monval, Paris, 1892, Pion] aux grandes dames [Cf. Giraud, La maréchale de Villars]. — Mais le ton y est sensiblement plus libre; — ou libre d'une autre manière;
— et les conversations s'y étendent à d'autres objets.
3° Le grand homme du salon de M">° de Lambert. — Antoine Houdart de La Motte [1672, f 1731]. [Cf. 1 abbé Trublet, Mémoires sur M. de la Motte, et d'Alembert, Éloge de La Motte.] — Ses triomphes à l'Opéra; l'Europe galante, 1697; /55e, 169S;Amadis de Gaule, 1699. — Ses Odes, 1706, et ses Fables, 1719. — Son Discours sur Homère, 1714; — et la réponse de M™» Dacier : Des causes de la corruption du goût. — Intervention de M™" de Lambert dans la querelle. — Le a Salon » tout entier se range du parti des Modernes; — et, comme il se trouve représenter à la fois la politesse et le goût, — l'opinion littéraire achève de se détacher des Anciens. — Autres ouvrages de La Motte. — Ses tragédies : les Macchabées, 1721; — Romulus, 1722; — Inès de Castro, 1723.
— La Motte triomphe encore dans le t discours académique » ; — et devient l'oracle littéraire du salon de M'"c de Lambert.
40 La formation de l'opinion publique. — De ce mélange de beaux esprits et d'hommes d'affaires dans le salon de l'hôtel de Nevers se forme l'opinion publique. — M™<^ de Lambert devient la grande éleclricc de l'Académie française; — et leur influence à
plus autrement. C'est une manière de comprendre la littérature, et nous venons d'en voir les avantages. Mais ces avantages ne sont-ils pas peut-être compensés par quelques inconvénients? C'est ce que nous examinerons dans le chapitre suivant.
toutes deux son augmente d'autant. — L'indifférence du pouvoir y aide; — ainsi que le désordre croissant. — La cour, qui a perdu le gouvernemeut des esprits, — ne se rend pas compte du mouvement qui sopèrc. — Ce n'est plus à Versailles que les talents 0 naissants » vont chercher la consécration de leur mérite; — c'est dans le salon de M™" de Lambert. — Si Fontenelle et La Motte y régnent, Marivaux et Montesquieu y débutent. — La discussion des « grands sujets », sous une forme précieuse, y entre avec eux; — comme avec l'abbé de Saint-Pierre [Cf. G. de Molinari, VAhbé de Saint-Pierre, Paris, 1857; et Goumy, Etude sur la s>ie et les écrits de l'abbé de Saint-Pierre, Paris, 1859]; — et avec l'empire des salons se fonde le pouvoir de l'esprit.