II. — Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux [Paris
1688; -1-1763, Paris].
1° Les SouncES. — D'Alembcrt, Éloge de Marivaux, 1785 ; — Marmontel, dans ses Mémoires', — Geoffroy, Cours de LÀttérature dramatique, 1825, t. III ; — Sainte-Beuve, Marivaux, dans ses Causeries du lundi, t. IX, 1854; — Edouard Fournier, Etude sur Marivaux, en t«He de son édition du Théâtre complet, Paris, 1878; — Lcscurc, Eloge de Marivaux, Paris, 1880; — Jean Fleury,
tontes les grâces et quelquefois les injustices qu'il peut faire » ; et, naturellement, cette « femme » n'est pas la sienne. Aussi, qui voudra faire désormais son chemin dans le monde, faudra-t-il qu'avant tout il ait pour lui les femmes, le talent de leur plaire, de les intéresser à sa fortune ou à sa réputation. C'est ce que les écrivains comprennent; et, il faut bien l'avouer, si leur complaisance ne laisse pas d'avoir des dangers, dont le moindre est de les ramener, comme autrefois les précieux, au rôle de serviteurs ou de courtisans de la mode, il en résulte pourtant d'abord un avantage. « L'ame française, un peu légère, mobile et refroidie par le convenu, l'artificiel, semble gagner un degré de chaleur » [Cf. Michelet, Histoire de France \ Louis XV]\ et grâce aux femmes, et pour s'emparer d'elles, la sensibilité s'émancipe de la tutelle
Marivaux et le marivaudage, Paris, 1881; — G. Lairouinel, Marivaux, sa vie et ses œuvres, Paris, 1882; — F. Brunetière, Etudes critiques, t. II et t. III, 1881 et 188;i; et les Époques du théâtre français, 1892; — Ci. Deschanips, Marivaux, dans la collection <lc8 Grands Ecrivains français, Paris, 1897.
2° L'Écrivain. — La famille de Marivaux. — Sa premii re vdncation; — ses premières fréquentations l\ Paris; — ses premiers protecteurs ou patrons littéraires : Fontenelle et La Moite. — Sa tragédie iVAnnihal. — Son premier roman : Pharsamon ou les folies romanesques, 1712; — et comment, dans la veine du j)récieux, Marivaux remonte jusqu'au (îrand ryrw.s- et jusqu'au Polc.randre. — Son mépris de l'antiquité : \ Iliade travestir, 1710; — et à ce propos, du caractère partictilièrcmenl haineux des travestissements de Marivaux.
A. Le Itomaticicr. — Les Effets surprcnufits de la sympathie, i7I.'{-171 'i ; — la Voiture emhourhcc, 171'i ; — (t. à <<'tte occasion, de la pauvr<*té d'imagination de .Marivaux ; — la ]'ic do Marianne, I731-17'i1; — et le Paysan parvenu, \7'.ii^i- \~'.\Ck — (laraclères essentiels des romans de Marivaux. — Ce sont des romans réalistes; — par la condition des personnages, — oi<linairement bourgeois ou même au-dessous du bourgeois; — jiar la simplicité de l'intrigue; — parla fidélité de la peinture de la vie commune.
28G MANUEL DE l/llISTOIRE DE LA LITTÉnATUnE FRANÇAISE
étroite et soupçonneuse où l'avaient retenue les maîtres de l'âge précédent.
Timidement, pour commencer; mais bientôt avec plus d'audace, on la voit poindre et s'essayer dans la comédie de Marivaux : — h Jeu de V amour et du hasard^ 1730; les Serments indiscrets ^ 1732; la Mère confidente, 1735; les Fausses confidences, 1737, — dix autres pièces, qui non seulement vengent les femmes des dédains de Molière, mais encore qui font passer la comédie sous l'empire de leur sexe, l'y rangent, et l'y maintiendront h l'avenir. Non qu'il n'y ait de l'esprit, trop d'esprit, de la recherche et de la subtilité dans les chefs-d'œuvre de Marivaux, et du « marivaudage « ; car où voudrait-on qu'il y en eût? Il y a aussi de la sécheresse, et, souvent, une ironie qu'il semble avoir héritée de son maître et ami Fonte-
— Ce sont en second Hou des romans psychologiques; — dont le principal intérêt ne consiste que dans l'analyse des sentiments; — et où les aventures tiennent si peu de place; — ont si peu d'importance pour l'auteur lui-même, que Marianne et le Paysan sont demeurés inachevés. — Et ce sont enfin des romans sinon d'amour, au moins de galanterie; — ce qui les distingue des romans de Le Sage. — S'ils sont d ailleurs aussi « décents » et aussi « moraux » qu'on l'a prétendu? — Comparaison à cet égard de Gil Blas et du Paysan parvenu. — Du goût bizarre de Marivaux pour « les gens de maison ».
B. L'Auteur dramatique; — et que son originalité consiste en trois points, qui sont : — d'avoir abandonné les traces de Molière ;
— d'avoir transposé la tragédie de Racine dans la vie commune;
— et d'avoir mis le principal de l'intrigue dans la transformation des sentiments: la Double inconstance, 1723; — la Seconde surprise de l'Amour, 1728; — le Jeu de l'amour et du hasard, 1730;
— les Fausses confidences, 1737; — VÉpreuve, 1740. — Critiques des contemporains, et réponse de Marivaux. — « Il s'agit dans toutes ses pièces do faire sortir l'amour d'une des niches où le retiennent 1 amour-propre, la timidité, l'embarras de s'expliquer ou l'inégalité des conditions, » — Importance des rôles de femmes dans le théâtre de Marivaux. — Caractère original qui résulte de-
LA DÉFOmiATION DE l'idÉAL CLASSIQUE 287
nelle. Mais si la sensibilité n'y occupe pas toute la place, elle en fait l'ame ; et s'il est une qualité que l'on ne puisse disputer aux Araminlc et aux Silvia de ce galant homme, c'est d'être en vérité ce qu'on appelle « touchantes ». La Zaïre àe Voltaire, 1732, son « Américaine » AJzire, 1736, sont plus que touchantes; elles sont pathétiques; et, ainsi que l'a fait observer un bon juge [Cf. A. Vinct, Littérature française au xviii'' siècle^ II, 24, 37], il ne suffirait pas de dire que leurs aventures nous émeuvent : elles nous désolent. A cet égard, — comme à plusieurs autres, — les tragédies de Voltaire sont autant au-dessus de celles de Crébillon ou de La Motte que les comédies de Marivaux sont au-dessus de celles de Destouches, de Regnard même. Et quand on a fait la part de ce que ses inventions contiennent de « romanesque » et de « mélodramatique )>
cette importance des rôles de femmes : — dimiiiutiou de la part de la satire; — accroissement de la partie sentimentale dans la notion même de la comédie; — et révolution qui s'en suit nécessairement au théâtre. — La comédie de Marivaux et la peinture de Watteau. — Marivaux et Shakespeare; — et qu'avec le décor vaguement poétique, et les noms italiens, — ce qu'il y a de plus shakespearien dans Marivaux, — c'est peut-être le « marivaudage ». — « Marivaudage » et « ICuphuismc ». — Que d'ailleurs la préciosité n'empêche pas Marivaux d'être souvent assez sec; — et même quelqu<'(ois grossier. — Le Jeu de l'amouv et du hasard, et le Ruj Blas <le Victor Hugo.
C. Le Puhlicisle. — 1) un mol de Sainte-Beuve sur « certains côtes sérieux do 1 esprit de Marivaux »; — et (ju'il faut les chercher dans ses < feuiUes ». — Le Spectateur français, 1722-1723;
— et que l'idé-e vu est visiblement prise du Spectateur d'Addison.
— llndigent philasophe, 1728, et le Cainnei du philosophe, 173't. — Emprunts qu y ont faits lauleur <lu Ne\'eu de Itaïueau et celui du Mariage de Figaro [Cf. Brunetiêre, Etudes critiques, t. III j. — De quelques idées de Marivaux ; — sur la critique; sur l'organisation du « raaréchalat » littéraire; — sur la condition des femmes et sur l'éducation des enfants; — sur l'inégalité des conditions humaines.
— Dans quelle mesure Marivaux lui-même a pris ses idées au
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oserons-nous dire qu'après cent cinquante ans écoulés, son AIzirey et surtout sa Zaïre, nous arrachent encore de vraies larmes? Mais un autre poète en fait couler de plus abondantes : c'est l'auteur de Manon Lescaut, 1731; de Cieç^elandj 1733; du Doyen de Killerine, 1735, le bon, le faible, le sensible abbé Prévost. Tempérée chez Marivaux, ou retenue par quelque crainte du ridicule, et mêlée dans la tragédie de Voltaire à d'autres nouveautés, et d'un autre ordre, c'est ici, dans les romans de Prévost, que la sensibilité se déborde. Comme elle en est l'unique inspiratrice, elle en fait aussi l'unique attrait. Observateur superficiel des mœurs de son temps, écrivain abondant, facile, harmonieux, mais inégal et négligé, ce que Prévost a de plus original et de plus communicatif, c'est sa promptitude à s'émouvoir de ses propres imaginations.
sérieux? — et comment son œuvre prépare la génération de Vauvenargues et de Rousseau.
3° Les Œuvres. — Les OEuvres de Marivaux comprennent : 1° Ses opuscules, dont .nous venons d'indiquer les principaux et auxquels, pour en avoir l'énumération suffisamment complète, il suffit d'ajouter quelques articles du Mercure.
2^ Son théâtre, composé de 34 pièces en tout, dont les principales sont : Arlequin poli par l'amour, 1720; — la Surprise de l'amour, 1722; — la Double inconstance, 1723; — le Prince travesti, 1724; — la Seconde surprise de l'amour, 1727; — le Jeu de l'amour et du hasard, 1730; — les Serments indiscrets, 1732;
— V Heureux stratagème, 1733; — la Mère confidente, 1735; — le f^egSy 1736; — les Fausses confidences, 1737; — l'Épreuve, 1740; — et le Préjugé vaincu, 1746.
3" Ses romans : Pharsamon, 1712, mais publié seulement en 1737;
— les Effets surprenants de la sympathie, 1713-1714; — la Voiture emhourhée, 1714 ; — la Vie de Marianne, en onze parties, 1731-1741 [La douzième partie, qui ne figure pas dans toutes les éditions, est de M™« Riccoboni]; — et le Paysan parver.u, en cinq parties, 1735- 1736. Il faut ajouter V Iliade travestie, 1716; et le Télémaque travesti, 1736.
La meilleure édition de Marivaux, ou pour le moment la plus
LA DÉFORMATION DE l'idÉAL CLASSIQUE 289
Elles l'intéressent, elles le bouleversent. Il pleure, il sait pleurer! si l'on peut ainsi dire; et voici qu'avec lui tout son siècle se met à pleurer.
C'est une seconde, et grave, et profonde atteinte à l'idéal classique, la première étant, nous l'avons vu, l'abandon de la tradition. Si, comme on l'a dit en effet, nous ne saurions « rien confier d'éternel à des langues toujours changeantes » [Cf. Bossuet, Discours de l'éception], il est également vrai qu'on ne donne à rien de « changeant » ce caractère d'éternité qui est la condition même ou la définition de l'œuvre d'art; et, d'un homme à un autre homme, ou, dans le même homme, d'un moment à un autre, qu'y a-t-il de plus changeant que la sensibilité? Qui donc a dit à ce propos, qu'étant « une disposition compagne de la faiblesse des organes, suite de la mobi-
complètc, car elle n'est pas d'ailleurs très bonne, est l'édition de 1781, en 12 volumes, Paris, chez la Vve Duchesne.
III. — Antoine-François Prévost d'Exilés [llesdin, 1697; -j- 1763, St-Firmin, près Chantilly].
l» Li;s SouKCKs. — Les romans de Prévost lui-niènic, et en j)articulicr : \cH Mcinoircs d'un homme de f/iinlito ; Cléseland ; ci V Histoire de M. de Montcal [Cf. aussi son journal : le Pour et Contre],
— Bernard d'IIcry, sa Notice en lèle des éditions de 1783 et de 1810;
— Sainle-Iîcuve, Portraits littéraires, l. I et III; et Causeries du lundi, t. I.\, \S')''i; — Anibroise-Firniin Didot, article Phkvost, dans la Jiiographie universelle ; — A. de Monlait^lon, Notice hihliographiquc, à la (in de l'édition <le Manon Lescaut, (ilady frères, 1875, Paris; — F. IJrunetiére, Ktudes ci iti(/ues, l. III; — Henry Harrissc, l'Ahhé Prévost, 18'.M), Paris; — et diverses A'otices, en lèlo dos éditions de Manon Lescaut, iiolaniniciil celles d'Alexandre Dumas (ils, et de Cuy de Maupassant.
2'' L'HoMMK ET LE Ilo.MAN«:ii H . — Sa j<unesse aventureuse. — Jésuite, militaire, et héncWlictin, 1721. — Il collabore à la (iallia christiana. — Il abandonne les bcMiédiclins, 1728; — public la première partie des Mémoires d'un homme de f/ualité, 1 728 ; — et passe en Angleterre; — et de là en Hollande? [('f. Mémoires du chevalier
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lité du diaphragme, de la vivacité de rimagination, de la délicatesse des nerfs, qui incline à compatir, à frissonner, h craindre, à admirer, à pleurer, à s'évanouir, à secourir, h crier, à fuir, à perdre la raison, à n'avoir aucune idée précise du vrai, du bon, du beau, à être injuste, à être fou », la sensibilité, pour toutes ces raisons, n'était que la (( caractéristique de la bonté de l'âme et de la médiocrité du génie » ? Il se pourrait que ce fût Diderot, en un jour de franchise [Cf. son Paradoxe sur le comédien] ; et de fait, en tout temps, comme en tout genre, il semble bien que la sensibilité, livrée à l'impétueuse irrégularité de son cours, n'ait rien produit que d'inférieur ou secondaire. Les romans de Prévost lui-même ou les comédies de la Chaussée : la Fausse antipathie ^ 1733, le Préjugé à la mode, 1735, Mélanide, la Goui>ernante, en peuvent
de Ravannes, et Mélanges de Bois-Jourdain]. — La première édition de Manon Lescaut, 1731 ou 1733? — Retour en France. — Publication de Cleveland, 1731 ; — le Pour et Contre, 1733. — Prévost aux gages des libraires ; — le Doyen de Killerine, 1735. — Prévost devient « aumônier du prince de Conti ».
De l'utilité de ces détails pour l'intelligence des romans de Prévost : — il a vraiment vécu son œuvre; — les hasards de sa vie en expliquent le décousu; — et ce qu'il n'en a pas vécu, il l'a moins a imaginé » que « senti ». — Du caractère sombre et mélodramatique des romans de Prévost ; — et combien ils diffèrent des romans de Le Sage et de Marivaux. — La passion de l'amour dans les romans de Prévost; — comment elle les remplit à peu près uniquement; — et qu'elle y affecte les mêmes caractères de soudaineté;
— de violence; — et de fatalité que dans les tragédies de Racine.
— Que là même, et non pas du tout dans une peinture de la fille ou de la courtisane, est le mérite éminent de Manon Lescaut. — La peinture des mœurs dans les romans de Prévost; — et combien elle y est insignifiante ou superficielle. — Les romans de Prévost sont des romans idéalistes ; — nullement psychologiques d'ailleurs;
— et le style en est celui de la passion; — c'est-à-dire, tantôt capable de la plus haute éloquence; — et tantôt de la pire banalité; — toujours facile d'ailleurs, harmonieux, abondant et prolixe.
LA DÉFORMATION DE l'idÉAL CLASSIQUE 291
ici servir d'assez bons exemples! Et si l'on en demande la raison, c'est encore Diderot qui nous la donne, en remarquant que « l'homme sensible est trop abandonné à la merci de son diaphragme... pour être un profond observateur et conséquemment un sublime imitateur de la nature ». Voilà soi-même se connaître! A travers un nuage de larmes, — il a raison! — nous ne voyons rien que de brouillé, de confus, de flottant; et l'un des premiers effets de ce débordement de la sensibilité est de modifier profondément l'observation de la nature et la nature de l'observation.
Les grands écrivains de la précédente génération ne l'avaient pas prévu, qu'en rendant une certaine tendance sociale comme adéquate à l'idéal classique, la conséquence en serait un jour de faire prédominer le point de
Les dernières années de Prévost; — et son rôle d'intermédiaire entre les littératures française et anglaise : — ses traductions de Richardson : Paméla, Clarisse, Grand isson; — de Hume : Histoire d'Angleterre; — et de Middlelon : Vie de Ciccron. — Il collabore au Journal étranger ; — et à l'Histoire générale des voyages. — Ses relations avec Rousseau; — et qu'il est avec Marivaux le seul homme de lettres dont il soit parlé avec sympathie dans les Confessions; — raisons naturelles de cette sympathie; — et intérêt de cette observation. — De quelques témoignages sur les romans de Prévost; — et notamment de ceux de M"° Aïssé; — et de M"° de Lespimsse. — La légende de la mort de Prévost [Cf. Henry llarrisse, l'Ahhé Prévost].
3» Les Œlvkks. — Les OKuvrcs de Prévost se composent de ses romans, parmi lesquels nous citerons : les Mémoires d'un homme de r/ualité. dont Manon Lescaut forme la septième partie, 1728, 17,'n ; — V Histoire de M. Clrvcland, 1731; — le Doyen de Killerine, l'/'.l5-\7^0; — l'Histoire d'une Grecque moderne, 1740; — les Campagnes philosophiques ou les Mémoires de M. de Montcal, 1741; — et les Mémoires d'un honnête homme, 1745.
II a de plus rédigé, lui tout seul ou presque seul, les 20 volumes du Pour et Contre, 1733-1740; — traduit ou « adapté » l'œuvre entière de Richardson, plusieurs volumes de Hume, etc. ; — et enfin
vue de ragrément mondain ou de l'utilité sociale sur la réalisation de la beauté et sur l'imitation de la nature! C'est cependant ce qui arrive, et c'est comme si l'on disait que y observation psychologique et morale, qui depuis cent cinquante ans avait servi de base ou de support à l'idéal classique, se change en observation sociale. « L'homme n'est point une énigme, comme vous vous le figurez pour avoir le plaisir de la deviner Il n'y a pas plus de contradiction apparente dans l'homme que dafts le reste de la nature... Quel est l'homme sage qui sera plein de désespoir parce qu'il ne connaît que quelques attributs de la matière? » [Cf. Voltaire, édition Beuchot, t. 37, p. 41, 46]. C'est en ces termes que Voltaire argumente contre Pascal; et en effet toutes ces questions ne l'intéressent plus, lui, Voltaire, ni ses contemporains: Il croit
rédigé, dit-on, les 17 premiers volumes de V Histoire générale des voyages, 1745-1761.
Il existe deux éditions des OEuvres de Prévost, jointes à celles de Le Sage, formant ensemble 54 volumes, dont 39 pour Prévost, et publiées à Paris, l'une en 1783, et l'autre de 1810 ù 1816.
Les éditions de Manon Lescaut sont innombrables.
IV. — Pierre Claude Nivelle de la Chaussée [Paris, 1691 ou 1692; f 1754, Paris].
lo Li:s Sources. — D'Alembert, Eloge de La Chaussée; — Geoffroy, Cours de littérature dramatique, t. III; — Lanson, Nivelle de L.a Chaussée et la comédie larmoyante, Paris, 1887.
2° Li:s Origines du drame bourgeois. — Le premier succès de La Chaussée : la Fausse antipathie, 1733; — et que son idée n'a pas tant consisté à « mélanger » les genres, — qui l'étaient déjà dans la comédie de Marivaux, — qu'à prendre au sérieux, — et à tourner au tragique bourgeois; — les mêmes événements de la vie commune dont Dancourt, Destouches et Marivaux avaient déjà fait la matière de leur théâtre. — Comment cette idée se précise dans le Préjugé à la mode, 1735; — dans l'École des amis, 1737; — et dans Mélanide, 1741. — Il s'agit de procurer le môme genre d'émotion que la tragédie; — sans décor historique; —
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savoir de l'homme tout ce qu'on en peut connaître; il estime que le temps est passé de descendre en soi-même : in sese descendere, comme disait Montaigne ; et qu'au contraire le moment est venu d'en sortir. Là est l'explication de cette universelle curiosité dont son Charles XII, 1732, sa Zaïre, 1732, ses Lettres anglaises, 1734, son Alzire, 1736, et bientôt son Essai sur les mœurs sont autant d'assurés témoignages. Ses contemporains, à l'exception du seul Yauvenargues, ne sont pas d'un autre avis. Eux aussi croient connaître assez l'homme, ses mobiles intérieurs, ses motifs secrets d'action, ses passions, ses instincts ; et ils ne s'attachent en tout, comme Voltaire, qu'à la peinture des mœurs. Qu'ils écrivent pour le théâtre, comme Gresset, dont le Méchant est daté de 1747, ou qu'ils se piquent d'être philosophes, comme
sans personnes priucières ; — et sans passions trop violentes. — Que celle conception ramène la comédie au roman; — et qu'en cH'et les comédies de La Chaussée ne sont que des romans ; — en allendanl le drame de Diderot et celui de Beaumarchais. — De l'idée singulière que La Chaussée a eue de tenter en vers ce genre de drame; — et quand on considère les sujets qu'il a traités [Cf. Lanson, loc. cit., \). 170, 175\ — ainsi que la fortune qui leur était promise un jour, — que là peut-être est l'oxplication de l'oubli dans lecpiel il est tombé. — La comédie est déjà difllcile à traiter en vers; — et le drame bourf^eois impossible.
3*> Lks (Llvhks. — La Fausse antipathie, \'Xi; — le Préjugé à la modo, 17IJ5; — l'Ecole des amis, 17:{7; — Mélanide, 17'il;
— Amour pour amour, 17'i2; — Paméla, 17'».'{; — l'Ecole des mères^ 17V'i; — le Jti^-al de lui-même, 17\^\: — la tiouvernante, 1747; — l'Ecole de la jeunesse, I7'il); — l'Homme de fortune, 1751 ; — le Itetour imprévu, 175G.
On a encore de La Chaussée des (Jantes en vers, assez grossiers; — une Epitrc en faveur des anciens, qui, sous le titre à'Epitre de Clio, commença, en 1731, la réputation de son auteur;
— et une détestable tragédie, du nom de Maximien. 17:{8,
La seule édition qu'il y ait de ses OEuvres complètes est celle de Paris, chez Prault, 1761-1762.
Duclos, dont les Considérations sur les mœurs vont paraître en 1750, leur observation n'atteint que l'homme social, et de cet homme-là même n'essaie point d'atteindre le fond, qu'elle suppose en tout et partout identique. Voltaire le dit en propres termes : « La nature est partout la même ». Il ne se lasse pas de répéter le mot d'Arlequin : « Tutto il mondo é fatto corne la nostra famiglia ». S'il étudie l'histoire, c'est pour y trouver des preuves de la vérité du dicton; et c'est même ce qu'il appelle a la lire en philosophe ». D'une époque à une autre, s'il aperçoit bien quelques différences, il ne les impute qu'à la lenteur du « progrès des lumières ». S'il n'y prend pas une très haute idée de la nature humaine, il ne continue pas moins d'estimer que a nous sommes des espèces de singes, que l'on peut dresser à la raison comme à la