V. — La première époque de la vie de Voltaire
lo Les Sources. — Voltaire, lui-même et d'abord, dans ses OEuvres complètes, édition Beuchot; — et dans les dix-huit volumes de sa Correspondance, édition Moland, Paris, 1878-1882; — Condorcet, Vie de Voltaire, 1787; — G. Desnoiresterres, Voltaire et la Société française au xviiic siècle^ deuxième édition, huit volumes, Paris, 1871-1876; — et G. Bengesco, Bibliographie des œuvres de Voltaire, quatre volumes, Paris, 1882-1890.
L'ouvrage de Desnoiresterres et celui de M. Bengesco peuvent a eux seuls tenir lieu de la plupart des autres, qu'ils résument, ou auxquels ils renvoient
Nous y ajouterons cependant, afin qu'on ait sur Voltaire l'opinion de l'étranger : John Morley, Voltaire, Londres, 187'*; — J. F. Strauss, Voltaire, six conférences, traduit de l'allemand sur la troisième édition, Paris, 1876; — James Parton, Life of Voltaire, Londres, 1881 ; — et \V. Kreiten, S. J., Voltaire, ein Characterbild, 2° édition, Fribourg en Brisgau, 1885.
2° La. Jeunesse de Voltaihe. — Sa famille et ses origines bourgeoises [Cf. ci-dessus les articles Molièue, Boileau, Regnard] ; — son éducation au collège de Clermont; — ses premiers maîtres
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folie », et c'est tout justement l'objet qu'il se propose. Mais c'est ainsi que se forme l'idée d'un homme universel, maniable et ployable en tout sens, qui ne difTère en aucun lieu de lui-même, qui n'est à vrai dire ni Français ni Anglais, mais homme, et dont la diversité de mœurs n'est intéressante h connaître que dans la mesure où l'on peut se flatter de la ramener un jour à l'uniformité.
Telle est également l'idée de Montesquieu, dans son Esprit des Lois, 1748, si du moins on n'en voit pas d'autre qui puisse éclairer les obscurités de ce livre célèbre et en concilier les contradictions. Car le livre est obscur, on ne saurait le nier; et la preuve s'en trouve dans la diversité des interprétations qu'on en donne. Montesquieu ne s'est-il proposé que d'y recommencer ou d'y continuer des Lettres persanes-, et ce grand ouvrage, qui fut celui
(les PP. Porée, Touruemine, Thoulié (d'Olivct)]; — ses premiers amis [les d'Argcnsou, Cideville, Maisons, d'Argental] ; — et ses premières fréquentations mondaines, 1711. — La société des Vendôme; — et les leçons qu'on y trouvait, de galanterie, de crapule, cl d'impiété. — L'aventure de Hollande et les premières amours d'Arouet [Cf. Correspondance , sous la date de 171^-1 71 'i, cl les Lettres historiques et ^^alantes de M""^ DunoyerJ. — Ses premières pièces satiri(jues. — Premier exil à Tulle, puis à Sullysur-Loire, 1716. — Son retour à Paris; — on lui attribue deux nouvelles satires; — et on le met à la Hastillc pour la j)remière l'ois [mai 1717-avril 1718]. — La première représentation d'OEclipe ,' novembre 1718] et le premier grand succès d'Arouet; — qui prend à cette occasion le nom de Voltaire. — De l'importance d'un succès de théâtre à celt(î épO(jue ; — et des liaisons que son OKdipe vaut à Voltaire; — liaisons d'honneur [Ir-s A'illars, les Richelieu, la I)****' du MaincJ ; — et liaisons d'utilité jle ban<]uier Hogguers et les frères Paris j. — L homme d'aflaires s'éveille dans Voltaire; — ses intrigues auprès de Dubois pour entrer <lans la diplomatie; — et son goAl po»»r les missions secrètes. — Second voyag»' de Voltaire en Hollande. — L'J'Jpitre à Uranie, 1722; — et j)our<pioi il importe d'en retenir la date. — La première publication de la Henriadc, 1723; — Marianne, 172i. — Succès de Voltaire auprès
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(le vingt ans de sa vie, ne serait-il ainsi qu'un pamphlet politique, où par hasard, à côté des maux que l'auteur y dénonce, on trouverait quelquefois l'indication des remèdes qu'il croit propres à les guérir? C'est un peu ce que croyait Voltaire ; c'est ce qu'il voulait dire, quand il reprochait à Montesquieu « d'avoir fait le goguenard dans un livre de jurisprudence universelle », et c'est aussi l'opinion du dernier éditeur de V Esprit des Lois. Ou bien Montesquieu, comme avant lui l'auteur de la Politique tirée de l'Ecriture sainte, a-t-il voulu tracer l'image du meilleur des gouvernements, et, de même qu'avant lui Bossuet l'avait reconnue dans la Bible, l'a-t-il découverte, lui, selon son expression, « dans les bois »? C'est encore ce que quelques-uns de ses commentateurs ont pensé, d'Alembert, par exemple; et Tracy, depuis d'Alembert;
de la marquise de Prie. — L'afFaire du chevalier de Rohan [décembre 1725]; — le second embastillement [avril 1726]; — et l'exil en Angleterre [2 mai 1726].
Les premières impressions de Voltaire en Angleterre [Cf. Beuchot, t. XXXVII]; — et, à ce propos, quelques mots sur la colonie française à Londres en 1726 [Cf. Prévost, Histoire de M. de Montcal, et J. Churton Collins, Bolinghvoke... and Voltaire in England, Londres, 1886]. — Liaisons de Voltaire avec Bolingbroke, que d'ailleurs il connaissait déjà; — avec Pope; — avec « le marchand u Falkencr, etc. — Il apprend l'anglais, il étudie Newton, Locke, Bacon ; — il voit jouer les comédies de Congrève, — et les drames de Shakespeare. — Il compose son Essai sur la Poésie épique. — Les « libres penseurs » anglais [Cf. Tabaraud, Histoire du Philosophisme anglais, Paris, 1806; et Leslie Stephen, English Thought in the 18^^^ Century, Londres, 2c édit., 1881]; — et qu'en tenant compte de leur influence sur Voltaire, — il faut se rappeler combien ils doivent àBayle. — Du profit que A'oltaire a tiré de son séjour en Angleterre [Cf. John Morley, Voltaire]', — et qu'il se pourrait qu'on l'eût un peu exagéré.
lu' Histoire de Charles XII, 1731, et \qs Lettre f philosophiques. — D'où est venue à Voltaire l'idée d'écrire l'histoire de Charles XII? — et qu'elle date probablement du temps de ses liaisons avec le
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et plusieurs autres, depuis Trncy. D'autres encore se sont demandé si son intention n'aurait pas été de soumettre les données de l'histoire à la systématisation de la science naturelle, et d'appliquer ainsi, bien avant qu'on l'eût inventée^ la « méthode positive » h l'un des sujets qui de nos jours même la comportent sans doute le moins. Et c'était l'opinion d'Auguste Comte; et c'est celle où s'est rangé Taine dans son Ancien régime. INIais la vérité, c'est qu'aucunes de ces interprétations ne s'excluent. Si Y Esprit des Lois manque de clarté ; si la lecture en est plus laborieuse que celle de Y Essai sur les mœurs -^ si nous n'y pouvons discerner que l'ébauche d'un grand livre, c'est qu'il est confusément et ensemble trois ou quatre choses dont Montesquieu n'a pas pu réussir à démêler les liaisons. « Si l'on veut chercher le dessein
baron de Gorlz. — Caractère de lœuvre ; — et qu'en la concevant à la manière d'une tragédie, — Voltaire n'a rien négligé pour en faire une œuvre historique sérieuse [Cf. Bengesco, Jiihliographie, I, 373 et suiv.J. — De l'emploi des témoignages oraux dans le Charles A'II; — et qu'ils font une partie de la valeur du livre. — Les commencements de l'histoire philosophique dans le Charles XII [Cf. y Essai sur les guerres ci\'iles et les notes de la Ilenriade];
— et, à ce propos, du mélange curieux d admiration et d'indignation que Voltaire éprouve pour son héros. — Zaïre, 1732. — La publication des /.étires philosophif/ues, I73'i. — Portée du livre et combien elle dépasse celle des I, étires persanes; — si surtout on a soin de n'en p.is sé-parer les Jieiuarques sur les Pensées de Pascal,
— qui en sont contemporaines. — Le contenu des Lettres. — Religion et tolérance [lettres I, 2, .3, 'i, 5, (">, 7 . — (iouvernemenl, politique et commerce [H, *J, lOj. — Science et philosophie [11, 12, 13, l'f, 15, 16, 17]. — Littérature anglaise et condition des gcMis de lettres [18, 19, 20, 21, 22, 23, 2'i|. — De quehpies idé<s communes à Voltaire et à Mont<'S(piieu : — sur la grandeur de linstitutiou sociale; — sur les dangers de la religi<ui,
— Tantuin rcli<>io poliiil, funulvic nmli>nttn !
298 MANUEL DB l'hISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE
de l'auteur, a-t-il écrit, — dans une Préface qui est un monument de vanité littéraire, — on ne le pourra bien découvrir que dans le dessein de Touvrage », et c'est une manière détournée d'avouer ou plutôt de dissimuler qu'en effet et au fond il n'a pas eu de « dessein ». Osons enfin le reconnaître : Y Esprit des Lois est un livre manqué, et on ne pourra jamais le réduire à l'unité d'un seul plan, par la bonne raison que Montesquieu n'a lui-même jamais bien su ce qu'il y avait voulu faire.
Comment donc et pourquoi le succès en a-t-il été si vif en son temps, si considérable, européen autant que français; et nous-mêmes, qu'en aimons-nous ou qu'en admirons-nous encore? Les contemporains en ont goûté l'esprit ou YJiumour grave, le ton et le tour épigrammatiques, le chapitre sur le Despotisme ou le chapitre sur
sur la constitution laïque de la société future; — et sur la force de l'opinion. — Condamnation des Lettres philosophiques [juin 1734].
Le séjour de Cirey. — Liaison de Voltaire avec M™'' du Châtclet ; — et son installation à Cirey [Cf. Eugène Asse, ses éditions des Lettres de M^^ de Graffigny, Paris, 1879; et des Lettres de M"^^ du Châtelet, Paris, 1882J. — Variété des travaux de Voltaire : — son Alzire, 1736; — le Mondain, 1736; — et de la netteté avec laquelle s'y trouve exprimée l'idée de progrès. — La comédie de V Enfant prodigue, 1736; — Voltaire entre en correspondance avec le prince royal de Prusse, depuis Frédéric II; — \ Essai sur la nature du feu, 1737 [Cf. Emile Saigey, la Physique de Voltaire, Paris, 1873] ; — les Discours sur l'homme, 1738; — les Éléments de la philosophie de Newton, 1738; — Querelle avec Desfonlaines, 1738-1740 [Cf. Maynard, Voltaire, sa vie et ses œuvres, Paris, 1867, t. I; et Nisard, les Ennemis de Voltaire, Paris, 1853]; — Zulime, 1740; — Doutes sur la mesure des forces motrices, 1741 ; — Mahomet, 1742; — Mérope, 1743.
Du Théâtre de Voltaire. — [Cf. Geoffroy, Cours de littérature dramatique, t. III; Emile Deschanel, le Théâtre de Voltaire, Paris, 1886; et H. Lion, les Tragédies de Voltaire, Paris, 1896.] — Passion de Voltaire pour le théâtre ; — et réalité, souplesse,
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V Esclavage; les allusions, les citations, les singularités, la façon discrète et licencieuse à la fois dont il y est parlé des usages bizarres ou indécents du Bénin, de Calicut et de Bornéo; les anecdotes; la nouveauté des informations; l'éloge de V honneur et celui de la vertu. Grâce à Montesquieu, les femmes, à leur toilette, ont cru pour la première fois comprendre le langage du droit; et, dans les salons comme à la cour, où il avait plus d'un ami, la « jurisprudence universelle » est devenue, grâce à lui, un sujet de conversation. Aussi bien était-ce, comme naguère Fontenelle, toute une province nouvelle, une grande province qu'il annexait effectivement au domaine de la littérature. Nous lui en savons encore gré, si c'est le signe du grand écrivain que de rendre ainsi « littéraire » ce qui ne l'était pas; de le faire entrer d'un seul coup,
variété de ses aptitudes dramatiques. — Influences successives de Racine; — du vieux Crébillon ; — de Shakespeare sur la conception dramatique de Voltaire. — Zaïre, 1732; — et si Voltaire s'y est souvenu davantage de lîajazet ou d'Olello? — La Mort de César, 1735; — et l'idée de la tragédie « sans amour ». — De quelques nouveautés introduites par Voltaire au théâtre français.
— Les sujets de piire invention. — L'extension du lieu de la scène et le développement de la couleur locale : — Zaïre et le monde musulman; — Alzirc et 1 Américjue; — l Orphelin de la Chine et le monde asiati(|U(>. — Les souvenirs nationaux; — cl, à ce propos, de l'influence de la Ilenriade sur la tragédie du xviii'' siècle. — L'abus des procédés romanesques dans la tragédie de Voltaire, méprises et reconnaissances [Cf. à cet égard encore le th<'"àlre de Crébillon]. — Du pathéti(jue de ^ Ollaire; — et s'il mérite les éloges qu'on en a faits [(^f. Vinet, Litlrralure française au xviii'' siècle]*
— Comment Voltaire a compromis ses (jualilés d invention dramatique; — en se faisant de la tragédit» un inslrumenl de propagande philosophique ; — en conformant le choix de ses sujets aux exigences du goût de son temps plutôt qu à aucune idée d art; — et en devenant de plus en plus incapable de « s'aliéner » de ses personnages. — Que, pour toutes ces raisons, l'examen du théâtre de Voltaire peut s'arrêter à sa Hémiramis, I7'i8; — et qu'à dater
dans la circulation de l'usage; et de l'y maintenir, après lui, par la seule autorité de son œuvre et de son nom. Mais surtout, dans un temps où l'on jouissait profondément de « la douceur de vivre », on lui était reconnaissant du respect ému, quasi religieux, qu'il professait pour « l'institution sociale » ; des raisons profondes qu'il semblait qu'il eût trouvées pour en placer les titres au-dessus même des lois; on lui était reconnaissant des perpectives de perfectionnement croissant qu'il ouvrait à ses contemporains; — et nous, encore aujourd'hui, si cette religion ne suffit pas h nos yeux pour faire l'unité de Y Esprit des Lois, elle en fait du moins la noblesse.
« Tout homme — avait-il écrit dans ses Lettres per~ sanes — est capable de faire du bien à un autre homme, mais c'est ressembler aux Dieux que de faire le bonheur
de ce moment. — sauf peut-être dans son Tancrède, — il ne donnera rien dans la tragédie, — et encore moins dans la comédie, — qui ne soit de beaucoup au-dessous de ses premiers essais. — Quelques mots sur la médiocrité des comédies de Voltaire.
Voltaire à la cour. — Ses relations avec M"^*^ de Chàteauroux; — et surtout avec M'"^ de Pompadour, — Il se flatte que la nouvelle maîtresse fera passer le roi du côté des philosophes; — et il l'accable de ses flatteries; — qui lui valent le titre d'historiographe de France [1745]. — Le Poème de Fontenoy, 1745, et le Temple de la Gloire, 1745. — Élection et réception de Voltaire à l'Académie française [mai 1746]. — Il est nommé gentilhomme ordinaire du roi [décembre 1746]. — Imprudences de Voltaire. — Il fatigue le roi de ses flagorneries; — M'"^ de Pompadour de ses familiarités; — et les courtisans de son importance.
Sa retraite à Sceaux, chez la duchesse du Maine, 1747. — Les premiers contes de Voltaire : le Monde comme il va, Cosi Sancta, Zadig, Micromégas, 1747; — sa brouillerie avec la duchesse du Maine. — Départ de Voltaire pour Cirey; — et séjour à la cour de Lorraine. — Trahison de M'"<^ du Chàtelet; — et à cette occasion, quelques mots de la cour de Lorraine, du roi Stanislas et du marquis de S^ Lambert; — mort de M*"*' du Chàtelet, 1749; — et retour de Voltaire à Paris. — Difficultés de sa situation; — comme
d'une société entière! » ^lontesquieu a voulu ressembler aux Dieux, comme ces stoïciens qu'il admirait si fort, et le moyen qu'il en a pris, c'a été, comme eux, de tout rapporter au bien de la société. Nous ne sommes hommes, pour l'auteur de Y Esprit des Lois, que dans la mesure où nous sommes aptes à la société. C'est l'utilité sociale qui détermine pour lui non seulement la nature ou la valeur des lois, mais le bien ou le mal moral, mais la vérité même ; et ne lui est-il pas échappé d'écrire que, du mauvais principe de la négation de l'immortalité de l'ame, « les stoïciens avaient tiré des conséquences, non pas j'nsles, mais admirables pour la société » ? [Cf. Esprit des Lois, XXIV, ch. 19.] Il dit encore, en un autre endroit [Cf. Esprit des Lois, XXIV, ch. 1] : « Comme on peut juger parmi les ténèbres celles qui sont les moins épaisses... ainsi l'on peut
également suspect à la cour, et à la nouvelle génération des « gens de lettres ». — Sa rivalité dramatique avec le vieux Crébillon. — Son Oreste, 1750, et sa Home sauyvc, 1752. — Frédéric lui propose de venir sélahlir à lîerlin. — Hésitations de Voltaire (Cf. Marmonlel, dans ses Mémoires]. — Les coquetteries de Krédcric avec Baculard d'Arnaud le décident. — Son dépait pour Berlin [18 juin 1750]; — et son arrivée à l'otsdam [10 juillet 1750J.
— Sincérité de son enthousiasme pour Frédéric; — el, à ce propos, du prolit que Voltaire devait tirer de son séjour en Prusse; — î-i l'amitié d un grand homme est un hienfait des Dieux. — Parti de Paris c'i suspect, — cl n'y comptant encore que comme un homme de lettres parmi beaucoup d'autres; — le séjour de Berlin, — et In familiarité de Frédéric, — en dépit de lavenlure de Francfort,
— vont en faire m moins de trois ans, — un homme uni(jue désormais; — le confident lillc-raire des j)uissances; — et déjà [)res(|ue le maître <le la littérature européenne.
VI. — Jean Baptiste Qresset Amiens, 1709; -|- 1777, .\miens;.
1<» Lks Soi iu;i:s. — \) Wriuln'il, Jlt'ponse au discours de réception de l ahln' MiUot, 1777; — le père Daire, Vie de (iresset, Paris, 1779;
— Maximilien Robespierre, l'iloge de (iresset, Piiris. I7S5; — /Principaux traits de la vie de (iresset, en tête de 1 édition llenouard,
302 MANUEL DE l'hISTOIHE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE
chercher entre les religions fausses celles qui sont les plus conformes au bien de la société ». Et si nous voulons aller jusqu'au bout de sa pensée, quel reproche — en s'enveloppant, pour le lui faire, de précautions infinies — voyons-nous qu'il adresse à la « vraie religion »? C'est que quelques-unes de ses lois peuvent nuire au bien de la société. (( Quel moyen de contenir par les lois un homme qui croit être sûr que la plus grande peine que les magistrats lui pourront infliger, ne finira dans un moment que pour commencer son bonheur? » [Cf. Esprit des Lois, XXÏV, ch. 14.] C'est l'idée maîtresse de son livre, et c'est donc h ce point de vue qu'il nous faut nous placer si nous voulons « découvrir le dessein » de tout l'ouvrage. Quelque désordre de composition que l'on aperçoive dans son livre, et quelque bizarrerie dans cette variété de lois
Paris, 1811; — Campenon, Essai sur la vie et les ouvrages de Gresset, Paris, 1823; — E. Wogue, Gresset, Paris, 1894.
2*^ Le Poète ; — et que son unique mérite est de représenter un moment très particulier de l'art d'écrire en vers; — la publication de Ver-Vert en 1734 ayant été presque un événement littéraire; — et le Méchant, qui date de 1747, étant certainement la meilleure comédie en vers que nous ait léguée le xviii® siècle; — sans on excepter la Métromanie, elle-même, d'Alexis Piron. — Elle ne manque même pas d'une certaine force de satire; — et de quelque valeur « documentaire » ; — si le type du « méchant » forme la transition entre les petits-maîtres de Marivaux [Cf. l'Épreuve] et les héros des Liaisons dangereuses . — La palinodie de Gresset, 1759; — et les vers de Voltaire :
Gresset se trompe, il n'est pas si coupable
Si nous avons beaucoup perdu à l'autodafé des manuscrits de Gresset? — et qu'il n'a sans doute rien mis de plus dans son Ouvroir, ou dans son Gazetin (inédits) que dans son Ver-Vert. 30 Les Œuvres, — Les Œuvres de Gresset se composent : 10 De ses Poèmes, comprenant Ver-Vert, le Carême inpromptu, le Lutrin vivant, la Chartreuse, des Epîtres, des Odes ; — et une assez faible traduction en vers des Eglogues de Virgile.
qui en fait la matière, nous n'avons qu'à rapporter la variété de ces lois au « bien de la société » pour en voir les raisons apparaître, et en même temps son livre s*éclairer d'une lumière nouvelle. Montesquieu a ici sa revanche. Ce qui était obscur l'est moins; ce qui était dispersé se rassemble ; ce qui semblait contradictoire ne l'est plus. Et V Esprit des Lois n'en demeure pas moins un livre manqué; mais on ne le trouve plus indigne de sa haute fortune; on comprend que rinlluence en ait passé le mérite; et on se l'explique en considérant que le génie de Montesquieu a sans doute été supérieur à son œuvre.
Ce n'est pas toutefois que cette idée lui appartienne uniquement; et au contraire on la retrouverait chez presque tous les contemporains. Une littérature « sociale » y
2" De son Théâtre, comprenant Edouard III, tragédie; Sidney, drame en vers; le Méchant, comédie.
Et 3" de quelques pièces en prose, parmi lesquelles on cite son Discours de réception, 1748. On a publié de lui en 1810 un poème posthume, en vers libres, le Parrain magnifique.
La meilleure édition de ses OEuvres est l'édition Renouard, 2 volumes, Paris, 1811.
VII. — Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues [Aix, en Provence, 1715; -\- 17'i7, Paris].
1* Lks SotncKs. — Suard, Notice, et Saint-Maurice, Eloge de Vauvenargues, en tète des tomes I et 111 de l'édition do 1821 ; — Sainte- Beuve, Causeries du lundi, t. III, 1850; — A. Yinet, fùttérature française au wm"^ sii'cle ; — Prévost-Paradol, Moralistes français ; — Gilbert, Eloge de Vauvenargues, en tète de son édition, Paris, 1857; — Maurice Paléologuo, Vauvenargues, dans la collection des Grands Écrivains français, Paris, 1890.
2» Lk Mohvi.istk. — Une destinée mélancoli(jue; — et un type de transition. — Le caractère propre et original de Vauvenargues est d avoir uni en lui quelques traits du pessimisme de Pascal à Poptimismc de J.-J. Rousseau; — et son œuvre inachevée est la confession d'une âme.
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devait tôt ou tard aboutir; gagner ainsi d*abord en ctrndue ce qu'elle perdait en profondeur; et sinon périr, du moins se déformer et se désorganiser par un effet de l'exagération de son principe? Dans le temps même que Montesquieu mettait la dernière main à son Esprit, des Lois, Vauvenargues publiait son Introdnclion à la connaissance (le l'esprit humain, 1746, et on «y lisait : « Afin qu'une chose soit regardée comme un bien par toute la société, il faut qu'elle tende à l'avantage de toute la société, et afin qu'on la regarde comme un mal, il faut qu'elle tende à sa ruine : Voilà le grand caractère du bien et du mal moral y). Il traitait alors brièvement, non de « l'esprit », mais de « l'origine » des lois; et il ajousait : (( Nous naissons, nous croissons à l'ombre de ces conventions solennelles; nous leur devons la sûreté de
Carrière militaire et campagnes de Vauvenargues ; — sou amour de la gloire; — sa générosité de cœur; — et son amour de l'humanité. — Comparaison à cet égard de Vauvenargues et de La Rochefoucauld. — Si Vauvenargues a une doctrine:* — et qu'en tout cas sa mort prématurée ne lui a permis ni d'en concilier les contradictions, — ni d'en développer toutes les conséquences.
— Son culte pour l'institution sociale [Introduction à la connaissance, etc., ch. 43]. — Son indulgence pour les passions, et lapologie qu'il en fait [Cf. Introd., livre II, ch. 'i2, et Réflexions et Maximes, Kd. Gilbert, 122, 123, 124, 149, 151, 153, 154]. — Sa croyance à la bonté de la nature; — et sa théorie de la supériorité du sentiment sur la raison [Cf. Réflexions et Maximes, passim, et Réflexions sur divers sujets, 54]. — Analogie de ces idées avec celles que Rousseau va bientôt exprimer; — et d'où provient-elle?
— de la ressemblance des temps? — ou de ce que Vauvenargues est, comme Rousseau, ce qu'on appelle un « autodidacte »?
Combien d'ailleurs la qualité de son âme est supérieure à la qualité d'âme do Rousseau; — si son talent demeure inférieur. — Éloquence de Vauvenargues. — Accent mélancolique de quelquesunes de ses pensées. — Finesse de son goût littéraire.
3» Les Œuvrks. — Les OEuvres de Vauvenargues se composent : lo de son Introduction à la connaissance de l'esprit humain, qui a
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notre vie et la tranquillité qui l'accompagne. Les lois sont aussi le seul titre de nos possessions : dès l'aurore de notre vie nous en recueillons les doux fruits, et nous nous engageons toujours à elles par des liens plus forts. Quiconque prétend se soustraire à cette autorité dont il tient tout ne peut trouver injuste qu'elle lui ravisse tout, jusqu'à la vie.'Où serait la raison qu'un particulier ose en sacrifier tant d'autres h soi seul, et que la société ne put par sa ruine racheter le repos public! » Voilà des principes hardis, que nous n'avons pas d'ailleurs à discuter ici, mais dont il ne serait pas impossible que ^ïontesquieu eût eu quelque connaissance, et en tout cas dont on voit la ressemblance avec ceux de VEsprit des Lois. C'est sans doute qu'ils flottaient dans l'air, épars et indéterminés, et l'un après l'autre, l'auteur de V Introduction
paru pour la première fois en 17^±6, et ù laquelle étaient joints des Réflexions sur dis'ers sujets, des Conseils à un jeune homme, dos Réflexions critiques sur quelques poètes; et quelques Caractères, dans le goût de La Bruyère; — 2^^ de ses /)ialo<fues; — 3o de sa Correspondance avec Voltaire, Fauries de Saint-Vincent, et le marquis de Mirabeau.
Vauvenargues n'ayant d'ailleurs eu le temps de mettre la dernière main qu à son Introduction, les autres parties de son œuvre se sont successivement enrichies de fragments inédits qui ont fini par en doubler le volume.
C'est ainsi que Snard a donné pour premièi-o fois en 1806 le Traité sur le libre arbitre; — que quinze de ses dix-huit Dialogues n'ont vu le jour qu'en 182!; — et qu'enfin sa Correspondance avec Mirabeau ne ligure <|ne dans la dernière édition qu'on ait donnée de lui. C'est lédition (àilbcrt, en 2 volumes in-8"; Furue, 1857, Paris.