VIII. — Charles Pinot Duclos [Dinnn, i:o'i; ; 1772, Paris
1<* Lks Sourcks. — Duclos, ses Mémoires (inachevés); — M™® d'Kpinay, Mémoires; — Nouai «le la lloussaye (neveu de Duclos), Eloge de Duclos, 1806; — Villenave, Notice, en tète de «on édition des OKuvres, 1821; — Sainle-Iieuve, Causeries du
à la connaissance de Vesprit humain^ comme celui de V Esprit des Lois, comme celui de V Essai sur les mœurs n'ont fait que leur donner une forme littéraire en les appropriant chacun à son sujet, à son vague « dessein », et à sa nature d'esprit.
Une autre idée vers la même époque achève aussi de se déterminer : c'est cette idée de progrès que nous avons vue se dégager, il y a quelque cinquante ans, de la querelle des anciens et des modernes ; qui depuis s'est comme enrichie de tout ce que perdait l'esprit de tradition; et qui pénètre maintenant jusque dans le sanctuaire de la routine : on veut dire en Sorbonnc. Si les Voltaire et les Montesquieu ne l'ont pas eux-mêmes nommée du nom que nous lui donnons, croirons-nous qu'ils n'aient pas eu pour cela « le pressentiment du grand rôle qu'elle allait
lundi, t. IX, 1853; — Lucien Perey et G. Maugras, la Jeunesse de TW'"*^ d'Épinay, Paris, 1882; — L. Brunel, les Philosophes et V Académie française au wm» siècle, Paris, 1884.
2° L'Ecrivain. — Sa jeunesse libertine, — et ses allures volontiers cyniques. — Originalité de son humeur; — et médiocrité de son talent. — Ses romans : Histoire de la baronne de Luz, 1741 ; — et les Confessions du comte de..., 1742; — et qu'ils sont de la famille de ceux du jeune Grébillon; — c'est-à-dire aussi indécents, aussi ennuyeux, et sans doute aussi faux. — Son Histoire de Louis XI, 1745, est à peu près illisible aujourd'hui. — En revanche, ses Considérations sur les mœurs de ce siècle, 1750, — qui sont assez proprement écrites, — contiennent sur différents objets des remarques assez intéressantes; — et utiles surtout à l'intelligence des mœurs de son temps [Voyez notamment le second chapitre, sur l'éducation et les préjugés; — le cinquième, sur la réputation,, la célébrité, la renommée et la considération; — le septième, sur les gens à la mode; — le onzième, sur les gens de lettres]. — Le succès de ce livre a d'ailleurs été considérable; — nul homme de lettres à son heure n'ayant été plus à la mode que Duclos ; — et n'ayant su mieux gouverner sa fortune. — Il a su aussi très bien défendre son indépendance; — et sa dignité; — non seulement contre les gens en place ou les gens du monde, — mais surtout
remplir sur la scène du monde » ? Nous les aurions donc lus d'une manière bien distraite, car le fait est qu'ils en sont pleins. Douterons-nous que Montesquieu ne sût ce qu'il disait quand il écrivait que « les lois humaines, — par rapport aux lois de la religion, — tirent leur avantage de leur nouveauté » [Cf. Esprit des Lois, XXVI, ch. 2], ou Voltaire, quand il se faisait toute une affaire avec son Mondain} Mais ce que nous ne craindrons pas d'affirmer, c'est qu'il avait lu Voltaire et Montesquieu, si même il ne s'inspirait d'eux, le jeune bachelier qui s'exprimait en ces termes dans un Discours daté de 1750 : (( On voit s'établir des sociétés, se former des nations qui tour à tour dominent d'autres nations, ou leur obéissent L'intérêt, l'ambition, la vaine gloire, changent perpétuellement la scène du monde et inondent
contre les gens de lettres ses confrères ; — et particulièrement contre les Encyclopédistes. — C'est ce qui donne à son personnage une signification que n'ont passes œuvres; — et c'est pourquoi son nom mérite vraiment d'être retenu.
30 Lks (Klvkes. — Kn dehors de ses Romans, de son Louis XI, et de ses Considérations^ on a de Duclos :
lo Un certain nombre de Mémoires dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions, dont les drux plus importants sont relatifs à l'Origine et les révolutions des lan-.'ues celtique et française \ — une «'dilion annotée do la (irammaire de Port-Royal, 175'», et imprimé»? d'après un nouveau système d'ortliograpiie ; — \i\ Préface de la '1" édition du Dictionnaire de l'Académie, 1762;
2^ Des Mémoires secrets sur les règnes de l.ouis XIV et de louis -VK, qui n'ont paru qu'en 171)1; et dont linlérèt a beaucoup diminué depuis la publication de ceux de Saint-Simon ;
3<* Des Considérations sur l'Italie \l(i(i-\''iiy''^\, également publiées pour la première fois en 1791 ;
4® l'u Essai sur les corvées, 1759, et des Réflexions sur le même sujet, 1762, (jui sont bien du même auteur, sans (piil soit d'ailleurs absolument prouvé que cet auteur soit Duclos.
L'édition la plus complète des Oeuvres de Duclos est celle de Villenavc, Paris, 1821.
la terre de sang, mais au milieu de leurs ravages, l'esprit humain s'éclaire, les mœurs s'adoucissent, les nations isolées se rapprochent les unes des autres, le commerce et la politique réunissent enfin toutes les parties du globe, et la masse totale du genre humain, par des alternatives de calme et d'agitation, de biens et de maux, marche toujours, quoique à pas lents, vers une perfection plus grande )> [Cf. Turgot, ŒiwreSy édit. Daire, t. II]. Sans rien vouloir ôter à Turgot de son mérite, ni des honneurs qu'on lui rend, il est permis de faire observer qu'il n'y a pas un mot dans ce passage, ni d'ailleurs une ligne dans tout son Discours^ qui ne rappelle quelque endroit de V Esprit des Lois ou de V Essai sur les mœurs. Il en traduit encore plus manifestement l'esprit même, si Voltaire n'a conçu son Essai sur les mœurs qu'il dessein de montrer la
Huitième Epoque
L'Encyclopédie et les Encyclopédistes.
1® Les Sources, — Les Mémoires et Correspondances du temps, et notamment : la Correspondance de Voltaire; — les Mémoires de d'Argenson; — de Barbier; — de Morellet; — de Marmontel; — la Correspondance de Frédéric le Grand [édition Preuss]; — Ravaisson, Archives de la Bastille, t. XII, années 1709 à 1772; — Barruel, Histoire du Jacobinisme, t. I ; Londres, 1797 ; — Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le xviii° siècle, Paris, 1806, et dernière édition, 1853-1857; — Fréron, dans son Année littéraire; — Grimra, dans sa Correspondance littéraire; — P. Rousseau [de Toulouse], sa collection du Journal encyclopédique.
Les OEuvres complètes de d'Alembert, édition Belin, Paris, 1821; — de Diderot, édition Assézat et Maurice Tourneux, Paris, 1875-1877; — de Voltaire, édition Beuchot, et plus particulièrement les Mélanges [t. 37 à 50]; — d'Helvétius, édition Didot, Paris, 1795; — et de Condorcet, édition O' Connor et Arago, Paris, 1847-
supériorité de son siècle sur les autres; et si Montesquieu, de son coté, convaincu que « l'histoire n'a rien à comparer à la puissance de rp]urope de son temps » s'est eôorcé d'en trouver la raison dans la supériorité de ses lois? Ajouterons-nous après cela que le Discours de Turgot, écrit et prononcé en latin, par un inconnu, a passé presque inaperçu? et n'aurons-nous pas quelque droit de conclure qu'il a peut-être le premier « nommé » l'idée de progrès, mais, et avant lui, ce sont bien ses maîtres qui l'ont répandue dans le monde?
Et comment, aussi bien, — pour ne rien dire des perfectionnements des arts mécaniques ou de la vie commune,
— les découvertes des sciences, à elles seules, ne la leur auraient-elles pas presque nécessairement suggérée? Ils étaient presque des savants eux-mêmes. Montesquieu avait
Pour Diderot en particulier : sa Correspondance avec ^f^° Volland; son Paradoxe sur le comédien; et son Neveu de Rameau; — y[me (iç Yandeul [sa fille], Mémoires sur Diderot, 1787; — Xaigeon, Mémoires historiques et philosophiques sur M. Diderot, Paris, 1821; — Roscnkranz, Diderot s Lehen und Werke, Leipsig, 1866;
— John Morley, Diderot and the Encyclopxdists, Londres, 1878;
— Edmond Scherer, Diderot, étude, Paris, 1880.
Pour la seconde époque de la vie de Voltaire, et en plus de» sources indiquées ci-dessus, p. 29'i : — Correspondance de ;>/'"<* du Deffand, édition Lescure, Paris, 1865; — Lucien Perey et G, Maugras, la Vie intime de Voltaire aux Délices, Paris, 1885; — G. Maugras, Voltaire et Jean-Jacques liousseau, Paris, 1886.
Pour d'Alenihert : sa Correspondance avec Frédéric; — la Correspondance de iV™« du Deffand, édition Lescure, 1865; — et celle de Af^*'- de /.espinasse, édition lùig. Ass«', 1876; — Condorcct, Éloge de d'Alcmhert, dans la colloction de ses Eloges académiques, 178'i; — (vliarles Henry, Correspondance inédile de d'Alemhtvt, Paris, 1887; — J. Bertrand, l)\ilemhcrt, dans la coUcMtion des (irands Ecrivains français, Paris, 188Ï).
On trouvera encore d'utiles renseignements dans Malesherbes, Mémoires sur la librairie, Paris, 1809; — (iarat. Mémoires sur la vie de M. Suard, Paris, 1820; — Félix Hocquain, V Esprit révolu^
310 MANUEL DE l'hISTOIOE DE LA LITTERATUnE FHANÇAISE
débuté par des discours sur V Usage des glandes rénales ^ 1718, sur la Cause de la pesanteur des corps \ et le premier grand ouvrage dont il eût formé le projet c'était une Histoire physique de la terre. On faisait cas de V Essai de Voltaire sur la Nature du feu, et de ses Doutes sur la mesure des Forces motrices, 1741. 11 avait rapporté d'Angleterre la philosophie de Newton. Si l'on pouvait douter que son Alzire ou sa Zaïre l'eussent mis au-dessus de Racine ou de Corneille, on ne pouvait douter qu'il ne connût beaucoup de choses que n'avaient connues ni pu connaître l'auteur du Cid et celui d'Andromaque. Il se rendait compte, et on se rendait compte autour de lui que de nouveaux horizons s'étaient ouverts pour l'esprit humain. C'est tout cela qui, joint ensemble, et non pas une vue théorique de bachelier de Sorbonne, concourait
tionnaire avant la Révolution, Paris, 1878; — J. Kûutziger, la Propagande des Encyclopédistes français en Belgique, Paris, 1879;
— Henri Francolte, la Propagande des Encyclopédistes français au pays de Liège, Bruxelles, 1880; — Edmond Scherer, Melchior Grimm, Paris, 1887.
Et on consultera enfin, à un point de vue plus général : Damiron, Mémoires pour servira l'histoire de la philosophie au xvin® siècle, 1858-186'*; — Lanfrey, l'Église et les philosophes au xviiie siècle, 1855; — Ernest Bersot, Études sur le xviii" siècle, 1855; — Barni, Histoire des idées morales et politiques en France au xviii* siècle, 1865-1866; — et H. Taine, l'Ancien Régime, 1875.