I. — Les Commencements de l'entreprise
Les Encyclopédies de la Renaissance — et notamment VEncyclopxdia omnium scientiarum d'Alstedius ou Alstedt, 1620. — Le Dictionnaire de Bayle [Cf. ci-dessus, p. 225], 1696-1706; — et la Cyclopxdia anglaise d'Ephraïm Chambers, 1728. — On en propose la traduction au libraire Lebreton ; — qui en accepte l'idée, 1740;
— mais la mésintelligence s'étant mise entre les traducteurs et l'éditeur, — l'entreprise demeure en suspens jusqu'à l'intervention de l'abbé du Gua de Malves [Cf. sur du Gua de Malves, Diderot, dans ses Salons; et Condorcet, Éloge de du Gua de Malves]. —
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à la formation, au développement, à la popularité de l'idée de progrès. La conception s'autorisait du nombre et de la diversité des récentes acquisitions de la science. C'est pourquoi si la science n'était pas encore l'idole qu'elle devait devenir, le respect ou la superstition s'en imposait pourtant à tout le monde, et la préoccupation scientifique faisait un caractère nouveau de la littérature. Bufifon, qui avait, pour ainsi parler, appris à lire dans les écrits mathématiques du marquis de l'Hôpital, débutait « dans les lettres » par une traduction de la Statique des végétaux^ de Haies, et de la Méthode des fluxions, de Newton, 1740. On faisait bien encore des tragédies, des romans, des comédies, mais c'était avec un nouveau Système de notation musicale, 1741, que Rousseau arrivait de Genève ou de Lyon à Paris ; et c'étaient les Pensées
Celui-ci élargit le plan de l'entreprise; — mais ne réussit pas non plus à s'entendre avec Lebreton; — qui s'adresse enfin à d'Alembert et à Diderot, — Le plan de l'afraire s'élargit encore; — Lebreton s'adjoint do nombreux commanditaires; — d'Alembort et Diderot recrutent do nombreux collaborateurs ; — et on obtient de d'Aguesscau le privilège nécessaire à la publication de l'œuvre, 1746. — Du pv'n'ih'i^c do lil)rairio sous l'ancien régime et de sa vraie nature [Cf. Saugrain, lo Code de la liltrairie, 17Vi ; Diderot, Lettre sur le commerce de la lil/rairie, 1767; et Malesherbes, Mémoires sur la lilnairie, 1809 . — (jiio le pouvoir n'a pas du tout vu d'un mauvais ceil 1 entreprise en(y(lopédi(|ue ; — et comment Diderot «étant fait mettre à Vincennos, — ce sont ses libraires qui obtiennent qu'on le remette en liberté, — pour travailler à V Encyclopédie, 17'i9. — Le Prospectus de \ Encyclopédie; — et «le la double intention qu'il annonce : 1'' de systématiser les connaissances humaines; — 2° de donner aux « arts mécaniques » la place à laquelle ils ont droit dans ce système. — Que celte intention se retrouve daus le Discours préliminaire do \ Encyclopédie. — Autres nouveautés du Discours, <pii vont beaucoup plus loin qu'on ne le croirait d'abord; — et (ju'elles ne j)rocèdent pas moins de l'inspiration de Descartes que de celle de Bacon. — Qu'il faut d'ailleurs joindre au Discours, pour en avoir le véritable
sur r interprétation de la nature qui commençaient h tirer Diderot de son obscurité. Ce nouveau caractère de la littérature allait se préciser maintenant de jour en jour, et finalement trouver son expression dans VEncyclopédie, 1750.
Quelle a été, dans ce mouvement, la part de l'influence anglaise? C'est ce qu'il est difficile de dire avec exactitude [Cf. sur ce sujet : Tabaraud, Histoire du philosophisme anglais, Paris, 1806; et Leslie Stephen, English thought in the XVIII^^ Century, Londres, 1881]. L'influence n'est pas douteuse, et s'il ne s'agissait que d'en dater l'origine, il n'importe pas beaucoup que l'on choisisse Tannée 1725, qui est celle de la publication des Lettres sur les Anglais, de Béat de Murait; ou l'année 1733, qui est celle de la fondation du journal de l'abbé Prévost;
sens, l'article Encyclopédie. — Le Discours était de d'Alembert et l'article est de Diderot.
II. — Jean Le Rond d'Alembert [Paris, 1717; -|- 1783, Paris].
Sa naissance [il était fils de M"* de Tencin, et, dit-on, du commissaire Destouches]; — ses études au collège Mazarin; — sa vocation pour la géométrie ; — ses premiers travaux : Sur la réfraction des corps solides, 1739; et Sur le calcul intégral, 1740.
— Sa nomination à l'Académie des Sciences, 1741. — Son Traité de dynamique, 1743, et son Mémoire sur la cause générale des vents, 1746 [Cf. sur la valeur des travaux scientifiques de d'Alembert, J. Bertrand : D'Alemhert]. — Quelles raisons le libraire Lebreton a-t-il eues de lui donner la direction de l'Encyclopédie ;
— et, k ce propos, de la situation d'un académicien sous l'ancien régime. — Ce qui n'est aujourd'hui qu'un titre d'honneur, était presque une fonction dans l'état; — mais surtout une protection;
— et en entrant dans une académie, on entrait dans la classe des « privilégiés ». — Autres avantages que trouvait le libraire dans la personne de d'Alembert; — agrément de son humeur; — ses fréquentations mondaines; — ses liaisons avec M""" du Deffand ; — et qu'elles doivent dater de 1746 ou 1747 [Cf. Lescure, son édition de la Correspondance de M"^^ du Deffand, Paris, 1865]; —
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OU encore l'année 1734, qui est celle de la publication des Lettres philosophiques de Voltaire. Nous savons d'autre part que Voltaire, dès 172G, Montesquieu en 1729, Prévost vers le même temps, ont visité l'Angleterre. Pour les traductions de l'anglais, l'énumération seule en tiendrait ici plusieurs pages; et l'on peut avancer sans exagération que, de 1725 à 1750, tout Pope et tout Addison, tout Swift et tout Richardson, sans parler des moindres, ont passé de leur langue en français [Cf. Joseph Texte, Jean-Jacques Rousseau et les 07'isri/ies du cosmopolitisme littéraire, Paris, 1895]. Si nous ne nommons ni Locke ni Bacon, c'est que Bacon a surtout écrit en latin, et par conséquent, il y avait cent cinquante ans, en 1750, que le IVoi'um organum, le De augmentis scientiarum, Vlnstauratio magna étaient à la portée des lecteurs simplement
SCS relations avec M™^ Geoffi'in. — Il est déjà presque un personnage quand il accepte de s'occuper de \ Encyclopédie ; — et c'est en 1752 que Frédéric lui offre la présidence de son Académie des sciences, — eu survivance de Maupertuis.