‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 63 sur 85 · VI. — La fin de la tragédie · texte numérisé non relu

VI. — La fin de la tragédie

1'' Les Soi kcks. — (irinim, dans sa Correspondance littéraire ; — Laharpe, dans sa Correspondance littéraire; — Geofi'roy, dans son Cours de littérature dramatique; — Nép. Leniorcier, dans son Cours analytique de littérature générale; — Pelilot, Répertoire du théâtre français, l, V et VI; et Supplément, t. I; — Laharpe, de Belloy, Diicis, .M.-J. Chéiiier, Préfaces et Notes de leurs tragédies; — Saint-Surin, Notice sur Laharpe, en tôle de son édition des ()Euvres\ — C^ampenon, Notice sur Ducis, cii tête des OEuvres posthumes de Ducis; — lUieune et iMartainvillc, Histoire du Théâtre français pendant la Révolution ; — H. \Ntlschinger, le Théâtre de la Révolution, Paris, 18<S1.

2® La Coîjcurrknce des I*]si»ècks. — Influence doiuinaiite et souveraine de Voltaire sur le théâtre tragicpie de son temps; — raisons de cette influence; — et ses suites [Cf. h- Discours de réception de Ducis],

f.a tragédie philosophique; — et son évolution vers le mélodrame;— la Mélanie di; Laharpe, 1770; — et ses /trames, 178.'j. —

ordinaire, on constate qu'ils les ont d'autant plus admirées qu'ils les ont vues s'appliquer, tour à tour ou ensemble, à plus d'objets, plus différents, plus étrangers en apparence à ses intérêts d'amour-propre et de vanité. Et on constate enfin que s'il n'avait été jusqu'aux environs de 1760 qu'un homme de lettres entre beaucoup d'autres, — unus ex miiltis, — c'est à dater de ce moment qu'il est devenu l'homme de son siècle et de l'histoire. C'est donc aussi par lui que tous ces faits, qu'on y eût pu croire indifférents, appartiennent à l'histoire de la littérature. Ils ont dégagé le vrai Voltaire de lui-même. Ils lui ont fait entendre à lui-même la nature de son pouvoir. Ils l'ont tiré de pair. Ils l'ont élevé au rang de cette « douzaine d'hommes » dont Diderot disait encore en 1762, que <( sans s'élever sur la pointe du pied, ils le

Les drames de Mercier [1740 ; f 1814] ; — et les tragédies de Marie- Joseph Chénier [1764; f 1811] : Charles IX, 1789; — Henri VIII, 1791; — Jean Calas, 1791; — Fénelon, 1793. — Comparaison du sujet de Fénelon avec celui de Mélanie; — et qu'il faut prendre garde de n'y pas voir des imitations de la Religieuse de Diderot ;

— qui n'a paru pour la première fois qu'en 1796. — Définition de la tragédie philosophique; — et qu'en tant qu'elle se borne « entièrement à la défense de quelque opinion religieuse, politique, ou morale » [Cf. Laharpe, Œuvres, t. II, 639], — elle est le contraire même de la tragédie, — et du théâtre.

La tragédie nationale; — et que c'est encore Voltaire, avec sa Henriade, et sa Zaïre, — que l'on retrouve aux origines de la « tragédie nationale »; c'est-à-dire tirée de l'histoire de France;

— et dans l'intention principale d'en rendre les souvenirs familiers.

— Les grands succès de de Belloy : Le siège de Calais, 1765; — Gaston et Bayard, \11\\ — Gahrielle de Vergy^ 1777; — et qu'à peine l'objet de ces tragédies esl-il dramatique ; — mais plutôt didactique [Cf. de Belloy, lui-même, dans ses Préfaces, Répertoire Petitot, t. V].

La tragédie exotique; — et que la conception n'en est autre, en dépit de la première apparence, que celle de la « tragédie nationale » ; — si l'intention en est d'enseigner la géographie par le

passeraient toujours de toute la tète » [Cf. Lettre à M^^" Volland, du 12 août 1762]. Ils lui ont enfin procuré « dans la nation » cette universalité, cette autorité d'influence qu'il avait inutilement poursuivie, qu'on lui avait disputée, refusée jusqu'alors; et, de cette unique situation que les événements lui ont faite, dominatrice, quasi souveraine, quelques conséquences essentielles en sont presque aussitôt résultées.

C'est ainsi que, dans les dernières années du règne de Louis XV, et la question religieuse mise à part, on voit succéder au grand tumulte et à l'agitation des années précédentes, une sorte d'apaisement, et non pas de réconciliation, mais de trêve au moins des partis. Si la Sorbonne censure le Bélisaire de Marmontel, « ni la cour ni

théâtre ou l'histoire étrangère. — Le Guillaume Tell de Lemierre [1723; f 1793] et sa Veuve du Malabar, 1766 et 1770. — Le Pierre le Cruel, de de Belloy, 1773, et le Menzicoff de Laharpe, 1775. — Les Barmécides de Laharpo, 1778. — Le Thamas Kouli Khan, de du Buisson. — La Zorai de Marignié, ou Les Insulaires de la Nouvelle-Zélande, 1782; — et que toutes ces inventions ne procèdent encore que de Voltaire, de son Alzire et de son Orphelin de la Chine.

La traf(édie gréco-romaine ; — et qu'il est étonnant cju'elle n ait pas tir»' (juelque profit de cet edort vers la vérité de Ihistoire; — et la fidélité de la couleur locale. — \j Hypermnestre de Lemierre, 1758, et son Idoménée, 176'i. — Le Timoléon de Laliarpe, I76'i.

— L'OEdipe chez Admète, de Ducis, 1778. — Le Philoctctr de Laharpe, 1783, et son Coriolan, 178'i. — Le Méléagre de N. Leniercier, 1788. — Le Caïus Gracchus de (]hénier, 1792, — \j Epicharis de Legouvé. — De la raison d'une préférence donnc-e aux sujets grecs [Cf. , ci-dessous, l'article d'ANDiiî: CnKMiin] ; — et si lOn n'y <loil point voir une intention formelle de résister \\ 1 inihuMu-e anglaise;

— et de retourner, pour la mieux r()ml)atlre, aux sources les plus lointaines du classicisme?

La tragédie shakespearienne; — et d'un éloge signilicatiC que Campcnon donne à Ducis [173.3 : -J- 1816] ; — « qu'on ne l'a vu ({u'une seule fois aller choisir ses sujets chez, les tragiques grecs ». —

le parlement ne se mêlent de l'affaire ; on fait dire seulement à r auteur de garder le silence » ; et Bélisaire continue de s'imprimer et de se vendre avec privilège du roi [Cf. Marmontel, Mémoires, livre VIII]. La dixlriiie encyclopédique se réduit d'elle-même aux ternies du déisme de Voltaire. Le parlement condamne bien le Système de la nature, 1770, du baron d'Holbach; mais il refuse d'insérer dans son Arrêt le réquisitoire de l'avocat général Séguier, et c'est Voltaire qui entreprend de combattre et de réfuter le livre. Le même Voltaire revient à la charge quand paraît en 1773 l'ouvrage posthume d'Helvétius : De lliomme. On ne pense plus à Rousseau, qui vit obscurément dans son pauvre logis de la rue Platrière. « Il a voulu fuir les hommes, écrit La Harpe, et les hommes l'ont oublié. » D'Alembert traduit Tacite, et Diderot travaille à son Essai sur les règnes de Claude et

Importance relative du rôle de Ducis à cet égard. — Les c adaptations » àllamlet, 1769; — de Roméo et Juliette, 1772; — du Roi Lear, 1783;— de Macbeth, 1784; — d'Othello. 1792; — et d'un root curieux de Sedaine [Lettre à Ducis] : « Celui qui n'a pris que Zaïre dans Othello a laisse le nécessaire ». — Que cependant c'est encore l'auteur de Zaïre qui a donné le signal aux imitateurs ou adaptateurs de Shakespeare; — et à Ducis en particulier; — et qu'à l'exception de la première de ces directions, celle de la tragédie philosophique [Cf. pourtant les Préfaces de V. Hugo dans son Théâtre]; — si toutes les autres sont celles où s'engagera bientôt le romantisme; — c'est donc à Voltaire qu'il en faut savoir gré.

3° Les Œuvres. — Il ne survit rien aujourd'hui de toutes le» œuvres que nous venons de citer; et bien moins encore de tant d'autres qu'il nous serait facile d'énumérer. Ce qui n'empêche qu'il y ait pour les curieux de fort belles éditions de Lemierre [en- Œuvres choisies], Paris, 1811, F. Didot; — de Laharpe, en Œuvres complètes [moins le Lycée], Paris, 1820-1821, Verdière; — et de Ducis [Œuvres complètes, 3 vol., et OEuvres posthumes, 1 vol.],. Paris, 1826, Nepveu.

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de Néron. Grimm, qui présageait en 1768 « une révolution imminente et inévitable », déclare en 1770 que « jamais la tranquillité publique ne fut mieux assurée )>. C'est aux applaudissements de la littérature qu'en 1771 le chancelier Maupeou opère son coup d'État contre les parlements. Les gens de lettres sont devenus les soutiens du pouvoir. Lorsque Louis XVI monte sur le tronc, en 1774, les Encyclopédistes et les Economistes se réconcilient au ministère, en la personne de Malesherbes et de Turgot. Les voilà maîtres des affaires; et il faut maintenant les entendre se moquer des jeunes gens « qui se croient en sortant du collège obligés d'apprendre aux puissances à diriger leurs Etats! »

A la faveur de cet apaisement il se produit un mouvement curieux, et on dirait qu'avant d'abandonner ses

Vn. — André-Marie de Chénier [Constaniinoplc, 1762; t Paris, 1794],

1° Les Sources. — H. de Latouclic, Notice, en lôte de l'éditiott de 1819; — Sain\.c-Bcu\c, Mathurin liégnicr et André Chénier, 1829, dans son Tahleau de sa littérature française au xviii» siècle; Portraits littéraires, 1839, t. I ; Portraits contemporains, 1844, l. V; Causeries du lundi, 1851, t. IV; et Nouveaux lundis, t, III, 1862. — A. Michiels, Histoire des Idées littéraires au XIX^ siècle, 1843; — Becq de Fouquièrcs, Notices, en lùte de son édition des OEuvres, in-8'', 1862 ; et Documents nouveaux, Paris, 1875. — G.-L. de Cliénier, Notices et Notes de son édition des Oeuvres, Paris, 187 i; — Caro, La fin du xviii*' siècle, t. II, 1880; — Anatole France, Art vie littéraire, t. I, 1888, et t. II, 1890; — J. Haraszli, La poésie d André Cliénier, tradnit du hongrois par l'auteur, Paris, 1892.

2*' Lk Pokte; — et (jue, bien que son œuvre n'ait paru qu'après sa mort, — c'est pourtant le lieu d'en parler; — si beaucoup de SCS contemporains l'ont en partie connue; — ou imitée même, comme Millevoyc; — et si les traits essentiels en sont caractéristiques d'une renaissance du classicisme, — dont V Histoire de l'art, de Caylus; — la peinture de David; — et le Voyage du

positions démantelées, l'esprit classique se ramasse et se concentre pour livrer un dernier combat. Il essaie le peu de forces qui lui reste encore contre « l'anglomanie », dont « les progrès effrayants » lui semblent également menacer « la galanterie des Français, leur esprit de société, leur goût pour la toilette », et leur littérature. Voltaire écrit : « Quelques Français transportent chez nous une image de la divinité de Shakespeare, comme quelques autres imitateurs ont érigé depuis peu à Paris un Vauxhall, et comme d'autres se sont signalés en appelant les aloyaux des roastbeef... La cour de Louis XIV avait autrefois poli celle de Charles II, aujourd'hui Londres nous tire de la barbarie. » La Harpe lui fait écho dans sa Correspondance littéraire. Les traductions du grec et du latin abondent, s'opposent à celles de Shake-

jeune Anacharsis de l'abbé Barthélémy subsistent comme autant de témoins. — Rien de plus faux en conséquence que de voir dans André Chénier un « précurseur du romantisme » ; — et au contraire la juste idée que nous devons nous former de lui, — ce n'est pas seulement celle d'un Boilcau ou d'un Malherbe inspirés; — mais d'un Ronsard, — qui aurait lu Voltaire, Montesquieu, Buffon ; — Buffon surtout peut-être; — et plus moderne enfin de deux cent cinquante ans que l'ancien.

Les Élégies de Chénier, — et qu'elles sont bien de leur temps, pour la phraséologie dont l'idée s'y enveloppe; — pour la manière dont elles sont placées sous l'invocation des Lycoris, des Camille et des Fanny ; — pour le caractère impersonnel que le porto s'est efforcé d'y observer; — pour la sensualité qu'elles respirent; — et enfin pour une espèce d'amoureuse férocité, — qui trahit le voisinage des Liaisons dangereuses.

Vois d'un œil sec et froid ses soupirs et ses larmes. Règne en tyran cruel; aime à la voir souffrir.

Les Élégies de Chénier sont dun plus grand poète que celles du chevalier de Parny, mais elles sont bien de la même famille; et d'un tour, à la vérité plus latin et plus grec; — mais cependant

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speare et d'Ossian. Les Géorgiques de l'abbé Delille, en 1769, ont fait événement et Voltaire les a déclarées, — avec les Saisons de Saint-Lambert, il est vrai, et après y Art poétique, — « le meilleur poème qui ait honoré la France ». De 1770 à 1789, il paraît quatre traductions, deux en vers et deux en prose, de V Iliade et de VOdyssée. L'archéologie même et l'érudition, que le Discours préliminaire de r Encyclopédie condamnait naguère si dédaigneusement, redeviennent à la mode. Un jeune écrivain, dans les notes qu'il griffonne aux marges de son exemplaire de Malherbe, décide que, « même quand nous traçons des tableaux et des caractères modernes, c'est d'Homère, de Virgile, de Plutarque, de Tacite, de Sophocle, d'Eschyle qu'il nous faut apprendre à les peindre ». Il écrira bientôt en vers :

marquées aux mêmes signes; — quand encore on n'y retrouve pas des traits de P. J. [^Gentil] Bernard; — et de l'abbé Delille :

Pourquoi vois-je languir rcs vins abandonnés Sous le liège tenace encore emprisonnés?

Les fragments do Y Hermès; — et qu'il n'est pas malaisé d'y reconnaître les mêmes caractères, — et d'cMi signaler d'autres qui «ont également du xviri" siècle. — Tout imprégné <Ies idées de Bud'on, André Chénier s'y fût montré l'interprète entliousiaste de la philosophie de son temps; — et déjà le poète de la « concurrence vitale ». — Il y eût explique'', comme Voltaire et comme Condorect, l'origine des religions; — en les accusant de la plupart des maux qui ont désolé l'humanité; — et en reprochant aux « prêtres » de les avoir cxploitc'es. — ICntlu, dans son troisième chant, disciple de Condillac, — il eût (b'-veloppé la doctrine de la n sensation transformée » ; — proclamé d'ailleurs la tendance invincible de Ihomme « à la vertu et à la vérité' » ; — et terminé par un hymne à la « science » [Cf. (^ondorcet, dans sou Kstfuisse des progrès de l'Esprit humain]. — C'est la [)ure philosophie des Encyclopédistes; — et sans doute Chéuier leiU développée autrement que son ami Le Brun; — mais il n'y en a pas de plus éloignée

De ce cortège de la Grèce Suivez les banquets séducteurs; Mais fuyez la pesante ivresse De ce faux et bruyant Permesse Que du Nord nébuleux boivent les durs chanteurs !

Boileau lui-même eût-il pu mieux dire?

Sera-t-on peut-être surpris qu'en témoignage de cette renaissance de l'esprit classique nous rappelions ici l'auteur du Barbier de Sènlle et du Mariage de Figaro? En effet, c'est à peine un homme de lettres que Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais ; c'est un homme d'affaires, de quelles affaires, souvent, ou même à l'ordinaire! et certes, si quelqu'un n'a pas beaucoup pratiqué les anciens, c'est bien lui. On ne les rencontre pas dans les sociétés qu'il fréquente. Mais il n'en est que plus intéressant, et surtout son exemple plus significatif. Car aussi longnon seulement de celle des prochains romantiques ; — mais de celle même de Rousseau.

Les Idylles d'André Chénier; — et que ce n'est pas sans doute l'inspiration de l'Oaristys, ou celle du Jeune malade, — qui diffère de l'inspiration de l'Hermès ou des Élégies; — telle du moins qu'elle vient d'être définie. — Mais, comme André Chénier remonte directement aux sources grecques ; — et qu'il a le sens profond de l'alexandrinisme; — sinon de la haute antiquité, sophocléenne, pindarique, homérique; — il y retrempe le vers inconsistant et décoloré qui est autour de lui celui de ses émules; — sans qu'il y ait rien là de contradictoire aux idées de son temps. — Ou plutôt, et semblable eu tout le reste à ses contemporains, — il ne s'en distingue que par une intelligence plus subtile de ce classicisme dont ils ont perdu le sens; — et pour avoir en lui réconcilié cette admiration de leur temps, — et ce sentiment de l'art qu'exprime le vers devenu proverbial :

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.

Qu'aussi bien les doctrines de Chénier sont entièrement conformes au caractère de son œuvre, comme le prouvent — ses protestations contre « l'anglomanie » :

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temps qu'il a suivi les traces de Diderot et de Sedaine, dans son Eugénie, dont il a placé la scène en Angleterre, 1767, et dans ses Deux amis, 1770, il n'a fait que de médiocre besogne. Mais voici qu'en revanche, après ces Mémoires dont la verve excite la jalousie de Voltaire ; — et auxquels, pour être classiques, il ne manque en vérité que d'être de bon goût, et surtout de bon ton, — il s'avise de reprendre, lui troisième, le sujet des Folies amoureuses et de r Ecole des feuimes, le tuteur de l'ancienne comédie, dupé par l'éternelle ingénue; il l'encadre dans le décor espagnol, celui du roman de Le Sage, du théâtre de Scarron, et en l'écoutant on songe à Gil Blas : c'est le Barbier de Séwi/le, 1775. Il récidive en 1783 : c'est le Mariage de Figaro. Et que son Figaro soit lui-même, Pierre-Augustin, dépeint au vif, avec son absence entière

Les poètes anglais

Tristes comme leur ciel toujours ceint de nuages EnQés comme la mer qui blanchit leurs rivages, Et sombres et pesants;

et bien mieux encore la quatrième de ses Epttres à Le /iriin; — ou encore son Poème de l'Invention; — dont il faut dire que les leçons sont exactement celles de Boileau ; — mais d'un Boileau « plus libre »; et surtout plus instruit; — qui s'intéresserait à plus de choses, — et peut-être aussi d'un Boileau moins bourgeois. — Comparaison à cet é^ard du Poème de l'Invention avec l'Art poétique; — et avec la Défense et Illustration de la Langue française 'df. notamment vers 299-.'{90j. — Bien loin de voir en Chénier le « premier des romantiques », il faut donc reconnaître en lui le « dernier des classiques » ; — et s'il eût vécu, la direction de la littiTature n'en eût peut-être pas étc* tout à fait modifiée; — parce que la pente était d'ailleurs trop forte; — mais c'est assurément en lui que les disciples et les imitateurs littéraires de Rousseau eussent trouvé leur plus redoutable adversaire.

3® Lrs (Kuvrf.s. — T^es OKuvres d'André Chénier se composent : 1* de ses Poésies, formant trois groupes principaux : Idylles, Élégies, Poèmes ou fragments de Poèmes, et dont on doit consulter

de scrupules et son fonds de gaieté, ou qu'on y veuille voir un « précurseur de la Révolution », ce qu'il est de plus et avant tout, c'est Frontin, c'est Crispin, c'est Scapin, c'est le valet de l'ancienne comédie, c'en est le dernier et le plus amusant. N'est-ce pas comme si nous disions qu'aussitôt qu'il a repris les traces de Regnard et de Molière, ou plutôt de la tradition, Beaumarchais a trouvé le succès qu'il avait en vain demandé à l'imitation de Sedaine et de Diderot? Et qu'y a-t-il de plus caractéristique du mouvement dont nous essayons de préciser la nature? Laissant toujours à part les derniers pamphlets de Voltaire et les derniers volumes de V Histoire naturelle de Buffon qui sont des « suites », on ne trouve, en dix ans, de 1775 à 1785, que deux « nouveautés » qui survivent, et ce sont deux comédies, qui peuvent d'ailleurs

au moins quatre éditions : l'édition H. de Lntouchc, Paris, 1819, l'édition Becq de Fouquières, Paris, 1862, Charpentier; — rédition G. de Chénier, Paris, 1874, Lemerre ; — et la dernière édition de Becq de Fouquières, Paris, 1888, Charpentier; — 2° de ses OEuvres en prose, qui toutes ou presque toutes ont trait à la politique; — 3° d'un Commentaire sur Malherbe, assez peu étendu, mais extrêmement important; et qui a paru pour la première fois en 1842, Paris, Charpentier, dans l'édition usuelle des OEuvres de Malherbe.

VIII. — Georges-Louis Leclerc de BufiFon [Monibard, 1707; f 1788, Paris].

1° Les Sources. — Grimm, Correspondance littéraire; — Hérault de Séchelles, Voyage à Montbard, Paris, 1785; — Vicq d'Azyr, Discours de réception, 1788; — Condorcet, j^/o^e de M. le comte de Buffon, dans la collection des OEuvres de Condorcet, t. III; — Cuvier, Rapport historique sur les progrès des sciences naturelles^ Paris, 1810; — F'iourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon, Paris, 1844; et Des Manuscrits de Buffon, 1859.

Correspondance inédite de Buffon , recueillie et annotée par Henri Nadault de Buffon, Paris, 1860.

Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. IV, 1851, X, 1854, et XIV, 1860; — Emile Montégut, Souvenirs de Bourgogne, 1874,

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avoir toutes les autres qualités ou défauts que l'on voudra, mais dont l'inspiration est « classique ».

Vers le même temps, et moins heureuse en ce sens qu'elle ne nous a rien laissé, je ne dis pas qui soit comparable au Barlncr de Scville ou au Mariage de Figaro, mais dont on soutienne aujourd'hui la lecture, il semble que, comme la comédie, la tragédie retourne à ses premières origines. Après avoir fait le tour du monde, cherché des sujets au Mexique, au Pérou, en Chine, au Malabar, jusqu'en Nouvelle-Zélande, et exploré dans toutes les directions, pour en tirer du nouveau, l'histoire nationale, elle finit par en revenir aux Grecs et aux Romains, avec ses Coriolan, ses Virginie, sqs Ilypermnestre ai ses P/iiloctète. On reconnaît que la « simplicité des anciens peut encore instruire notre luxe, car ce mot convient assez, dit La- Paris; — F. llémon, Eloge de Buffon, Paris, 1878, — N. Michaut, Éloge de Buffon, Paris, 1878; — O. d'IIaussonville, le Salon de Af™e Necker, Paris, 1882; — Emile Faguet, XVIII° siècle, Paris, 1890; — De Lanessan, Introduction en tète d'une nouvelle édition des OKmres de Buffon, 188'»; — Kdra. Perrier, La Philosophie zoologirfue a\ant Darwin, Paris, 188'».

2® Lk Savant et le Philosophi: :

A. La Jeunesse de Buffon. — Son origine et son éducation. — Le « milieu » dijonnais dans la première moitié du xviii" siècle [Cf. Th. Foissel, le Président de /Irosses, 18'»2; et Em. de Broglie, les Portefeuilles du Président Bouhicr, 1806]. — Le duel d'Angers, — cl la liaison de BnfFon avec le duc de Kingston [Cf. Desnoiresterres, Épicuriens et Lettrés au xviii" siècle, 187U]. — Voyages de Buffon. I7:{0-17:}2 [Cf. sa Correspondance]. — Son premier Mémoire à iWcadémie des sciences; — sa nomination d'adjoint dans la section de mécani(|uc; — vi sa traduction de la Statique des Végétau.r de Haies, 173.'); — sa nomination d « Intendant du Jardin du Hoi », 17.39; — il se tourne tout entier ilu coté de l'histoire naturelle; — où il apporte, avec la liberté d'esprit et 1 étendue de curiosité d'un homme de son temps, — léquilibre de son tempérament bourguignon; — qui n'est pas sans quebjues analogies avec celui de Bossuct; — sou génie d'assimilation; — l'ampleur

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Harpe, à nos tragédies que nous avons quelquefois un peu trop ornées ». On s'avise que a notre orgueilleuse délicatesse, à force de vouloir tout ennoblir, peut nous faire méconnaître le charme de la nature primitive ». Et on conclut que sans doute « il ne faut pas imiter les Grecs en tout, mais dès qu'il s'agit de l'expression des sentiments naturels, rien n'est plus pur que le modèle qu'ils nous offrent dans leurs bons ouvrages » [Cf. Laharpe, Cours de littérature^ partie I, livre I, chap. 5]. Mieux encore! on dirait que la tragédie reflue vers sa source, pour s'y retremper ; et rien ne ressemble davantage à sa lutte contre le mélodrame des Diderot, des Mercier, ou bientôt des Guilbert de Pixérécourt, que la lutte autrefois soutenue par la tragédie cornélienne contre la tragi-comédie des Rotrou, des Mairet, des Hardy. I es hommes de la Révo-

de son imagination ; — et la noblesse de son style. — Les trois premiers volumes de l'Histoire naturelle.

Du style de Bu (Ton ; — s'il mérite la vivacité des critiques que l'on en a faites; — et des plaisanteries d'un goût douteux que l'on en fait encore; — pour quelques phrases un peu pompeuses;

— ou quelques touches un peu brillantes? — Les collaborateurs de Buffon : Daubenton, Bexon, Guéneau de Montbeillard; — et comment il les corrige [Cf. Flourens, Manuscrits de Buffon]. — On lui a reproché d'autre part [Cf. Ém. Montégut, Soui'enirs de Bourgogne], — sa froideur en présence de quelques-unes des grandes scènes qu'il a décrites ou imaginées; — et ou pourrait être tenté de dire que ces critiques se compensent ou s'annulent.

— Mais il est plus vrai de dire qu'elles se concilient; — et que le style de Buffon, parce qu'il est naturellement ample, — et qu'il s'égale sans effort aux plus grands sujets, semble être un peu au-dessous de ce que nous en attendions dans ces sujets; — ce qui est une raison pour que dans les moindres, — et notamment dans les descriptions, — nous le trouvions trop majestueux; — et supérieur en quelque sorte à la dignité de son objet. — Il s'anime d'ailleurs quand il le faut; — et, pour ne rien dire de ses qualités de nombre, d'exactitude et de couleur, — il a plus d'une fois atteint jusqu'au lyrisme [Cf. l'Histoire naturelle de l'homme]; —

lution, après cela, leront un pas de plus en arrière, et on le sait, ce n'est pas les Romains de Balzac ou de Corneille qu'ils croiront ressusciter dans la vie publique, ce seront les Grecs et les Romains de Plutarque, — ou d'Amyot.

Cependant un autre écrivain, un poète, et le seul en son temps qui ait eu le sentiment de l'art, remonte plus haut encore, jusqu'aux origines du classicisme; et c'est vraiment Ronsard qui revit dans André Chénier. On aimerait parler longuement et à loisir d'André Chénier. Mais son œuvre est posthume, et nous ne pouvons l'envisager ici que comme représentative de l'état des esprits, ou de quelques esprits de son temps. Au moins pouvons-nous dire que, comme Ronsard, il a été tout lalin et tout grec; et comme Ronsard, mais avec une conscience plus claire des raisons de son choix, c'est aux erotiques latins, c'est aux

et plus d'une fois au Ion de l'épopce [Cf. les Époques de la nature]. B. Les Époques de la pensée de Buffon. — Du goût de BufTon pour les hypothèses; — et comment ce goût, en se combinant avec les exigences de l'observation de la nature, — et les acquisitions successives de l'étude, — semble avoir mis quelque confusion dans les idées de Bu(fon. — De IJ'iS à 1759 il fait la guerre aux « classifications » ; — qu'il sent bien qui sont arlilicielles ; — sans fondement dans la nature; — comme n'étant alors que purement mnémotechniques; — et ([u il juge de plus dangereuses, — comme risquant de ravir à 1 homme la royauté de la terre [(^f. t. I, édition de l'Imprimerie royah-, p. 'i, et t. IV, p. \'X^\. — De là l'ordre qu'il suit <ians la dislribulion de sa matière; — passant des animaux « domestiques » aux animaux « sauvages » : — et des animaux « sauvages » aux animaux « carnassiers » ; — ou encore de ri'^urope au reste de l'ancien continent ; — et de l'ancien continent au nouveau; — ce qui revient à subordonner l'évolution entière de la nature à la formation de l'Iionune; — et au développement de la civilisation. — Mais de 1757 à \ZWi, en étudiant les animaux du nouveau monde, — et en fondant, cluinin laisanl, la géographie 7.()ol()gi(jue, — il s'aperçoit qiie l<s animaux du nouveau monde ne sont pas les mêmes (jue r«'ux de lancien; — que, s'ils ue sont pas les mêmes, ils sont cependant analogues; — et qu'ils

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poètes d'Alexandrie que son industrieuse imitation est allée. Comme Ronsard, il a cru que toute beauté, toute perfection était « enclose » dans les chefs-d'œuvre des anciens, et par suite, comme Ronsard, il a donc cru que toute invention, tout génie même ne consistait qu'à vêtir sa pensée de ces formes immortelles.

Sur des pcnsers nouveaux, faisons des vers antiques.

Païen comme Ronsard, aussi profondément païen dans ses Idylles que l'auteur des Hymnes et des Sonnets à CassandrCy c'est comme lui, Ronsard, qu'il a aimé, qu'il a senti, qu'il a conçu la nature. Sensuel et voluptueux comme Ronsard, sa mélancolie, comme celle de Ronsard, n'a guère été que celle des grands épicuriens. Et pourquoi ne diraiton pas qu'il a été plus Ronsard que Ronsard, s'il représente de plus que Ronsard la réaction contre Malherbe et la

sont enfin généralement plus petits. — 11 ne voit alors de moyen de l'expliquer que de recourir à l'influence du climat, de la nourriture, de la concurrence des espèces entre elles ; — et d'attribuer à la nature une plasticité plus grande qu'il n'avait fait jusqu'alors. — C'est le moment où ses idées ressemblent le plus à ce que seront un jour celles de Darwin; — et quoique d'ailleurs il persiste toujours à faire de l'homme un être à part dans la nature [Cf. sa nomenclature des singes]. — Enfin de 1764 i\ 1787 de nouvelles idéeslui viennent encore; — qu'il oppose à celles de Rousseau [Cf. t. VI et VII]. — Il domine maintenant de plus haut sa matière. — Les vues nouvelles abondent dans son œuvre. — Il écrit les Epoques de la nature; — et à mesure qu'il est plus convaincu de la petitesse de l'homme dans la nature; — de 1 humilité de notre condition; — et de la généralité des lois qui nous gouvernent, — on dirait qu'il sent davantage le prix de la société; — ce qui le remet d'accord avec les idées générales de ses contemporains; — et avec cette religion de l'humanité dont ils sont maintenant tous imbus.

C. L'In/Iuence de Buffon. — C'est le moment d'examiner les enseignements qu'il leur a donnés; — et d'abord, au point de vue purement littéraire, si son Discours sur le style, — qui n'est.

LA DÉFORMATION DE l'idÉAL CLASSIQUE 377

protestation du lyrisme contre l'éloquence? Et c'est pourquoi, si le classicisme eut pu être sauvé, il Peut sans doute été par le fils de la Grecque. Mais quoi! le classicisme pouvait-il être sauvé ?

Nous ne le croyons pas, et pour plus d'une raison, dont la première est celle-ci, qu'il avait vécu cent cinquante ans. Rien d'humain n'est éternel, et quelque elTort qu'il fasse pour fixer son objet sous l'aspect de l'éternité, tout idéal d'art participe de la caducité de l'espèce. En second lieu, si le classicisme — on l'a vu, ou du moins nous avons essayé de le faire voir — ne s'était déterminé dans sa forme que pour des raisons sociales autant que littéraires, il était inévitable qu'il mourut de l'exagération de son propre principe, ou, en d'autres termes, qu'il suivît la fortune de la société dont il avait été l'expression. C'est à peu près ainsi (jue le génie des grands maî-

que son Discours de réception à l'Acadéinio française, — a vraiment la portée qu'on lui atlril)ue quelquefois? — Qu'en tout cas il y en a deux phrases que Ion interprète mal, et presque à contresens : « Le style est Ihomme môme » ; — jiar où Buffon a voulu dire que les idées étant à tout le monde, — l'expression est le seul moyen que nous ayons de nous les approprier; — et la phrase où il reconnnande à l'écrivain de n user que dos « termes les plus gcnéraux ». — Les ternies les plus généraux ne sont pas du tout en effet les termes vagues ou abstraits, mais les termes « non tcchni(jues » ; — et de dire, avec HufTon, que la manière d'écrire est ce cju'il y a «le plus personnel à tout écrivain. — ce n'est pas du tout dire que l'écrivain soit tout entier dans son style. — Il y a des écrivains dont le caractère a «lifTéré de celui de leur style; — et nous en avons cité plus d'un exemple.

Aussi bien sont-ce surtout les idées de Buffon (pii ont agi sur les contemporains, — ou, pour mieux dire, les consé{juences de ses idées; — si nul n'a fait plus ou autant que lui, — pour nous pénétrer du sentiment de la petitesse de notre planète, — et de celui de l'infinité du mon<lc; — d'où ne pouvaient nian(juer de résulter la ruine du fondement même de rhumanisme, — en tant qu'il était lie à la supposition qui faisait de Ihonune le chef-d'œuvre

très de la peinture italienne n'avait pu préserver leur art d'aboutir à la rhétorique des Carraehe, et, dans un monde tout nouveau, le naturalisme hollandais de succéder à leur humanisme. Et si enfin le classicisme français, dans ses chefs-d'œuvre, n'avait été, pour ainsi parler, qu'une projection de l'esprit français sur le plan de la littérature générale, on ne conçoit pas comment il eût pu éviter d'être refoulé dans ses propres frontières par le progrès même de cette littérature, et ainsi de mourir de son propre triomphe. Idéal commun de l'Europe entière pendant cent cinquante ans, le classicisme ne pouvait durer qu'autant que cette Europe elle-même; mais cette Europe venant à se défaire, il ne se pouvait pas que le classicisme ne se déformat, ne se désorganisât, et ne disparût finalement avec elle.

Rendons-nous-en bien compte en effet : il y avait

de la nature; — et do la terre le centre du monde. — Une autre conséquence de la diflusion des idées de BufFon; — presque plus importante; — comme tendant au renouvellement de la méthode; — a été de substituer les sciences naturelles comme type de la science aux sciences mathématiques ; — c'est-îi-dire les résultats de l'expérience et de l'observation à ceux du calcul ou de la méditation; — et par là de susciter; — avec une curiosité nouvelle, qu'on pourrait appeler la curiosité biologique; — une manière nouvelle de penser; — dont les ofTets ne sont pas encore épuisés [Cf. Ernest Hœckel, Histoire de la création naturelle, trad. française, Paris, 1874].

3° Les Œuvres. — On a eu le tort, dans toutes les éditions de Bufibn, y compris la première [Paris, 1749-1804], de vouloir remplir le titre qu'il avait choisi lui-même pour son grand ouvrage; et ainsi de confondre son œuvre avec celle de ses continuateurs, pour en former un Cours complet d'Histoire naturelle. Il importe donc ici d'opérer la séparation et de n'attribuer à Buffbn que sa part dans les 127 volumes de l'édition Sonnini, 1798-1807; — ou dans les 90 volumes de l'édition donnée de 1752 à 1805; — ou dans les 44 volumes in-4o de la première. Elle comprend :

La Théorie de la terre; l'Histoire de l'homme et V Histoire des

LA DEFORMATION DE l'iDEAL CLASSIQUE 379

quelque chose de contradictoire dans le rêve d'André Chénier. Sur des « pensers nouveaux » on ne fait pas de « vers antiques », et lui-même en est la preuve, s'il y a certes des « vers antiques » dans le Mendiant ou dans VOaristys, mais où y sont les « pensers nouveaux » ? Pareillement, on ne prend pas non plus la tragédie de Corneille ou de Racine pour modèle quand on a cessé de sentir ou de penser comme eux. On ne leur dérobe point le secret de leur forme en leur abandonnant le fond de leurs idées. C'a été la grande erreur de ceux qu'on pourrait appeler les néo-classiques ou les pseudo-classiques du temps de la Révolution, — Marie-Joseph Chénier, Gabriel Legouvé, Népomucène Lemercier, combien d'autres encore, — qui n'ont pas absolument manqué de talent ni d'idées, et dont les rapsodies ne le cèdent cependant, pour la médiocrité de la forme ou la misérable

/fuadrupèdes, 15 vol. in-'io, d collaboration avec Daubentou pour la partie anatomique, 1749-1767.

h'IIistoirc (les oiseaux, 9 vol. in-'»», en collaboration avec labbé Bexon et Guéneau de Montbeillard, 1770-1783.

Les Époques de la nature, 1778.

\j Histoire des minéraux, 5 vol. in-^*^, en collaboration avec André Thouin. 1783-1788.

Enfin sept volumes de Suppléments publirs, les deux premiers en 1774-1775, — 1<' Iroisirme en I77r), — le <pjalrième en 1777, — et les trois derniers en 1782-1789. — La meilleure édition est celle de M. do L.uu'ssan, Paris, 188i, Le Vasseur.

L\. — Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de Condorcet [Hibemont, K'i.'}; ■]- 179'i, lîour^'-la-Heinej.

|o liKs SoLiicKs. — Papiers de Condorcet, à la bibliotlu'cpie de l'Institut; — F. Arajço, liiograpliie de Condorcet , en lèle de son édition des OEuvres, Paris, 18'»7-I8'i9; — Sainle-lieuve, Causeries du Lundi, t. III, 1859; — Charma, Condorcet. sa yie et ses œuvres, 1863; — (]h. Henry, Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot, Paris, 1883; — M. Gillet, l'Utopie de Condorcet, Paris, 1883; — F. Picavet, Us Idéologues, Paris, 1891 ; — D' llobiuet,

pauvreté du fond, qu'à l'éloquence verbeuse des Robespierre et des Saint-Just. Ils ont fait seulement moins de mal. Et qu'on ne dise pas que les lettres « se taisent » parmi les discordes civiles! Ni le théâtre, ni la librairie n'ont chômé durant la tourmente révolutionnaire, ni sans doute la tribune. Mais, avec une méconnaissance entière de la diversité des temps et des conditions de la parole ou de la littérature, on a considéré que l'on pouvait encore emprunter des formes aux générations dont on ne partageait plus les idées, et que les maîtres qui n'étaient plus des « maîtres à penser » pouvaient encore servir de « maîtres à écrire ». Et c'est pourquoi, tandis que le classicisme achevait lentement de périr, si l'on cherche quels hommes, en cette fin de siècle, continuent d'agir sur l'opinion, nous en trouvons jusqu'à trois qui n'ont entre eux que ce trait de commun d'avoir rompu résolument

Condorcet, sa vie et son œuvre, Paris, 1895; — Guillois, Madame de Condorcet, Paris, 1896.

2° Le Philosophe; — et que peut-être ne l'a t-on pas encore impartialement jugé; — si de tous les encyclopédistes, — el même de tous les Girondins, avec lesquels il fut proscrit, — Condorcet est presque le seul qui n'ait pas profité d'une espèce d'amnistie qu'on accorde : — aux premiers, pour les « persécutions » dont ils n'ont pas d'ailleurs été l'objet [Cf., ci-dessus, les articles relatifs à l'entreprise de \ Encyclopédie] ; — et aux seconds pour n'avoir pas eu le temps de se montrer tels qu'ils étaient [Cf. Edmond Biré, la Légende des Girondins]. — Si l'explication ne s'en trouverait pas dans ce fait que le « marquis de Condorcet » a été infidèle à ses origines? — que sa mémoire a été mal gardée, et mal soutenue par l'aimable femme qui portait son nom [Cf. Guillois, Madame de Condorcet] ? — et aussi qu'avec des parties de talent, il en a eu de sottise? — On n'a jamais en effet joint ensemble plus de fanatisme et plus de crédulité; — de naïveté même; — et masqué naturellement, sous plus de science et d'intelligence, moins de réelle originalité. — Qu'après cela, pour ne rien dire de ses travaux scientifiques proprement dits, — son édition des Pensées et son Éloge de Pascal, 1776, ainsi que sa grande édition

avec le passé : ce sont Condorcet, BufFon, et Bernardin de Saint-Pierre.

On a dit de Condorcet « qn'il était le produit supérieur de la civilisation du XYiif siècle » et, sans doute, c'est bien en lui que se résume le meilleur et le pire à la fois de la doctrine encyclopédique. On pourrait encore l'appeler, si ces deux mots ne hurlaient pas d'être, comme on dit, accouplés ensemble, un Fontcnelle fanatisé. Disciple de Voltaire et ami très particulier de Turgot, membre de rAcadémic française et secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, je ne crois pas que ses travaux scientifiques témoip^nent de beaucoup d'originalité ni d'érudition; et on ne l'a jamais pris pour un grand écrivain. Nous n'en vivons pas moins encore de lui, si c'est lui qui a vraiment organisé notre système d'éducation dans ses Mémoires sur Vinstriiclion publique, dont on n'a,

de Voltaire, — dite édition de Kehl, et dont Beaumarchais était l'cutrepreneur, — sont deux des lénioifçnages les plus inliM-essauts qu'il y ait de l'état des esprits à la veille de la Révolution française; — et que, de ce seul fait, Condorcet en tire une valeur « représentative » considérable. — Que, d'autre part, son action ac continue toujours parmi nous; — s'il a été le véritable organisateur ou inspirateur de notre système d'instruction publique; — et qu'à cet égard, pour mesurer la valeur de ses idées, il suffit de les comparer à celles de son ami Cabanis, par exemple. — C'est l'esprit de Condorcet qui régne encore dans nos programmes d'études. — I^nfin, son Esquisse d'une histoire des progrès de l'esprit humain; — qui fait honneur à son courage et à la force, •ou plutôt à la sérénité de son caractère; — s il la rédigi'c», comme Ion dit « sous le couteau de la guillotine » ; — demeure une <euvre capitale dans 1 histoire de l'esprit moderne, — non seulement fran- •çais, mais européen; — pour la pri'cision de contour, 1 étendue de diffusion, et la vigueur d'impulsion, — (|u'elle a doniK'e à l'idée même tb' Progrès.

3*» Lfs Œi;vRK8. — Si nous négligeons les OEuvres scientifiques de Con<lorcet, ses OEuvres économif/ues, vl ses ()Eu\'res politiques, Jesqucllcs, en raison d'une originalité de fon<l et d'un mérite de

pour en sentir toute la supériorité, cpi'à faire la comparaison avec ceux de son ami Cabanis, par exemple ; et puis, il est l'auteur de ce livre fameux : V Esquisse d'une histoire des progrès de l'esprit humain, qui n'est peut-être pas l'expression la plus éloquente que l'on ait donnée de l'idée de progrès, mais qui en est Tune des plus persuasives. Les contemporains ne s'y sont pas mépris, et la Convention nationale a bien su ce qu'elle faisait quand le 13 germinal an III [2 avril 1795] elle en a décrété, sur le rapport du a sage » Daunou, l'impression par ordre, et la distribution « dans toute l'étendue de la République ». Et en effet quand on prend, comme Condorcet, le progrès scientifique pour mesure du progrès, qui ne serait frappé de tout ce que nous savons aujourd'hui et qu'on ne savait pas autrefois? L'Esquisse de Condorcet a fondé la religion de la science, et transmis ainsi jusqu'à nous, sous

forme qui leur manquent absolument, ne sauraient être considérées comme appartenant à l'histoire de la littérature, nous n'avonsà retenir de lui que :

1° Ses Eloges académiques, parmi lesquels il y en a de très intéressants ;

2° Son Éloge de Biaise Pascal; — sa Vie de M. Turgot; — et ses Notes pour le Voltaire de l'édition de Kehl, reproduites pour la plus grande partie dans l'édition Beuchot;

30 Son Esquisse d'une histoire des progrès de lesprit humain ;

4° Ses Mémoires sur l'instruction publique; et

5** Sa Correspond ance .

La meilleure édition des Œuvres de Condorcet, ou la seule, pour mieux dire, est celle qu'en a donnée Arago, Paris, 1847-1849,. Firmin Didot.

X. — Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre [Le Havre,. 1737 if 1814, EragnyJ.

1° Lks Sources. — Aimé Martin, Essai sur la vie et les ouvrages^ de Bernardin de Saint-Pierre , en tête de son édition des OEuvres, Paris, 1818 et 1826; — Correspondance de Bernardin de Saint- Pierre, publiée par Aimé Martin, et précédée d'un Supplément aux:

LA DÉFORMATION DE l'idÉAL CLASSIQUE 383

une forme pour ainsi parler portative et maniable, tout ce qu'il y a d'erreur et de vérité contenues et mêlées dans la doctrine encyclopédique.

C'est à répandre aussi cette religion de la science que le grand Buffon a contribué par son Histoire naturelle. Les encyclopédistes lui avaient parcimonieusement mesuré leurs éloges, et, pour ne rien dire de Grimm, dans sa Correspondance, c'est presque une caricature de l'homme, et une caricature haineuse que ce plat Marmontel nous en a tracée dans ses Mémoires [Cf. Marmontel, Mémoires, livre YIJ. Mais une génération nouvelle s'était déjà montrée plus juste, hcs Epoques de la nature, dès 1778, avaient mis BulTon i\ son rang; c'est de lui qu'André Chénier se fût inspiré dans son I fermés-, et je veux bien que l'abbé Delille n'ait réussi qu'à le ridiculiser dans ses Trois Règnes, mais telle n'était pas assurément son intention.

Mémoires de sa vie, par le même, Paris, 1826 [On se souviendra en consultant ce Supplément, comme en lisant VEssai d'Aimé Martin, qu'il avait épousé la veuve de Bernardin de Saint-Pierre]; — Villcmain, Littérature française au wiii^ siècle; — Sainte- Beuve, Portraits littéraires, t. I ; Chateaubriand et son f^roupe littéraire, t. I; et Causeries du lundi, t. YI ; — Arvède Barine, Bernardin de Saint-Pierre, dans la collection des Crands Ecrivains français, Paris, 1891 ; — Fernand Maury, Etude sur la vie et les œuvres de liernardin de Saint-Pierre, Paris, 1892.

2° L'^IoMMK ET l'Écrivain. — Sa famille et son éducation; — sa jeunesse aventurière; — ses voyaj^es en Allemagne, — en Hollande, — en Hussie. — Un enfant chéri des dames [Cf. Maury, Essai, ctc.j. — Il part j)Our l'Ile de France [Maurice] en qualité d'ingénieur des colonies, 1768. — Son retour en France, 1771 ; — sa course au mariage, ou plutôt à la dot; — et sa liaison avec Jean- Jacques Rousseau. — Il publie sa relation du Voyage a l'Ile de France, 1773; — qui lui vaut d'être admis dans la société de M"" de Lespinasse, — cl de M""" Geolfrin ; — où il lie connaissance avec « les philosophes » ; — dont il devient promptement ladversaire, pour cause d'incompatihiliti'* d'humeur; — et aussi parce que d'Alembcrt ne lui obtient pas de Turgol une pension et une

38i MANUEL DE l'hISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE

Buffon avait eu d'ailleurs cette bonne fortune qu'ayant laisse son œuvre inachevée, ses collaborateurs l'avaient continuée, Daubenton, Guéneau de Montbeillard, Lacépède, Lamarck, en attendant bientôt les Cuvier et les Geoffroy Snint-llilaire. Une science nouvelle était née de lui : la science de la vie. Autant que des découvertes de BufTon lui-même, elle allait maintenant s'enrichir, elle s'enrichissait tous les jours de la discussion de ses hardies hypothèses. Et découvertes ou hypothèses, comme elles tendaient toutes à déposséder l'homme non pas précisément du rang (qui demeurait toujours le premier), mais de la souveraineté qu'il s'attribuait dans la nature, elles ne pouvaient manquer tôt ou tard de produire des effets analogues à ceux de la découverte de Newton quand, cessant d'être le « centre du monde », la terre était devenue l'une des «petites planètes» d'un système qui n'en

place. — Il public les Études de la nature, 1784; et Paul et Virginie, 1787. — Son rôle pendant les premières années de la Révolution ; — et sa nomination d'Intendant du jardin du Roi, 1792. — Son mémoire sur la « nécessité de joindre une ménagerie au Jardin des plantes ». — La réorganisation du « Muséum » le prive de ses fonctions. — Il est nommé professeur de morale à l'Ecole normale [Cf. sur l'École normale, Picavet, les Idéologues, Paris, 189 J, et ie Livre du Centenaire de l'École normale, Paris, 1895].

Importance littéraire du rôle de Bernardin de Saint-Pierre; — «t qu'il représente éminemment trois choses : — les commencements de \ exotisme dans la littérature descriptive; — la réaction du sentiment contre les abus du rationalisme; — et la transformation du style algébrique en style concret, vivant et coloré. — Ses Helations de voyage ; — et comment elles élargissent l'horizon entr'ouvert par Rousseau dans sa Nouvelle Iléloï se. — Les descripiions du Voyage à l'Ile de France, 1773, et celles des Jardins de i'abbé Delille, 1782. — Opposition des deux manières; et comment Bernardin de Saint-Pierre achève et complète Buflbn. — Si le principal mérite de Paul et Virginie n'est pas dans la nouveauté du décor; — et que resterait-il de l'idylle un peu niaise de la «quinzième année, — si l'on en était la séduction et le charme des

LA DEFORMATION DE l'idÉAL CLASSIQUE 385

est qu'un lui-même entre une infinité d'autres [Cf. E. Hreckel, Histoire de la création naturelle, ch. I et II].

Bernardin de Saint-Pierre a-t-il pressenti quelques-unes de ces conséquenees? Un petit roman, Paul et Virginie^ qui a fait verser, lui aussi, plus de larmes qu' « Iphigénie en Aulide immolée », défend seul aujourd'hui sa mémoire. Mais il vaut plus et mieux que cela! Moraliste sensible, et sincère, quoique d'ailleurs égoïste, homme à projets, homme à succès, dont les galanteries sont mêlées d'un onctueux et déplaisant patelinage, c'est un admirable écrivain que Bernardin de Saint-Pierre; et on ne sait pas assez de quel agrément et de (juel éclat de coloris, dans ses Etudes de la nature, ou de quelle délicatesse et de quelle infinie variété de nuances il a diversifié la langue de la description : on aurait envie de dire : « la palette ». Il a aussi voulu protester contre le ratiopaysages qui l'encadrent? [Cf. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. I, 8^ et 9" leçons.]

La philosophie de Bernardin de Saint-Pierre; — et qu'elle se réduit presque entièrement à l'idt'e de (înalité. — Ses e.xagérations à cet égard; — dôjà dans les l'éludes; — mais surtout dans les Harmonies; — lesquelles à la vérité n'ont paru qu'après sa mort.

— Du principe de ces exagc'ralions ; — et qu'en même temps que d'une connaissance plus intime de la nalure, — elles procèdent de l'inlenlion de réagir contre* la philosophie du xviii<^ siècle.

— Comment elles ont conduit Bernardin d(ï Saint-Pierre à s'inscrire en faux contre la science de son temps; — à subordonner la science à la morale; — et la morale elle-mènu? à l'esthétique. — • Qu'à cet égard comme à plusieurs autres, c'est par Bernardin de Saint-Pierre que (Chateaubriand si? rattache à Rousseau ; — le Génie du christianisme à la Profession de foi du vicaire savoyard;

— cl la rénovation de lidi'-e chrélienno à la crise du senlimentalisme dans la seconde moitié du xviii" siècle.

Qu'ils marqiient tous h^s trois aussi trois moments de la rénovation du style; — et, à ce propos, de ne pas oublier (pie les Ktudes de la nature sont antérieures, pour leur composition, — à la ])ublication des Confessions, des Lettres a M. de Maleshcrhrs, et des Itcvcrics

386 MANUEL DE d'hISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE

nalisme étroit des encyclopédistes, et, à sa manière, sauver Dieu, sauver surtout la Providence, de l'anéantissèment dont il les a vus menacés dans les esprits de son temps. Et il est vrai que de la façon qu'il s'y est pris, il a bien montré qu'il n'était pas ce que Ton appelait alors une « tête pensante ». On ne connaît que trop l'usage et l'abus qu'il a fait des causes finales, et, pour nommer les choses de leur vrai nom, c'est jusqu'à la niaiserie qu'il a porté l'excès du sentimentalisme. Mais surtout il a eu le malheur d'avoir été précédé de Rousseau, et suivi de Chateaubriand. Toute son œuvre, en tant qu'une pensée s'y manifeste ou essaie de s'y faire jour au travers de son verbiage, n'est qu'un développement ou une amplification de la Lettre sur la Providence; et toute son œuvre, en tant qu'il y revendique les droits du sentiment, n'est qu'une introduction ou une préparation

du promeneur solitaire. — Souplesse, précision et couleur du style descriptif de Bernardin de Saint-Pierre. — Que ce sont bien les objets qu'il décrit, et non pas du tout, — ou tout à fait secondairement, — les « états d'àme » qu'ils suscitent en lui. — Nouveauté, richesse, et « technicité » de son vocabulaire. — De la nature de son pittoresque ; — et qu'elle consiste surtout dans la fidélité d'une imitation ; — qui obtient des effets d'ensemble par des procédés de miniaturiste.

Dernières années de Bernardin de Saint-Pierre; — et qu'il est encore un bon exemple de ces écrivains dont le caractère a étrangement différé de celui de leur style [Cf. F. Maury, Bernardin de Saint-Pierre]. — Son enseignement à l'Ecole normale, 1795; — et sa nomination à l'Institut; — il travaille Ji la préparation de ses Harmonies de la nature. — Sa Mort de Socrate [fragment des Harmonies] et sou Mémoire sur la nature de la morale, 1798. — Ses relations avec Bonaparte et avec Chateaubriand. — Son second mariage; — et de l'utilité d'en connaître l'histoire; — pour connaître le vrai caractère de l'homme; — et comment Aimé Martin, son secrétaire et son successeur dans son propre ménage, — en a fait le « personnage respectable et vertueux » que l'on croit qu'il fut. — La grande édition de Paul et Virginie, 1806 fin-4'', Didot

LA DÉFORMATION DE l'iDÉAL CLASSIQUE 887

au Génie du christianisme. Pareillement, son style, moins sobre, moins ferme, moins éloquent que celui de Rousseau, n'a pas l'éclat, la beauté, l'allure hautaine de celui de Chateaubriand. Il n'est pas jusqu'à sa vie qui ne participe à la fois du caractère aventureux de celle de Chateaubriand et de Rousseau, sans avoir l'intérêt psychologique de la vie du second ni l'intérêt public ou presque politique de celle du premier. Et que ce soit, au reste, la faute des circonstances ou la sienne, on ne peut dire ainsi de lui ni qu'il termine une époque, ni qu'il en ouvre une autre. C'est à Chateaubriand qu'appartient cet honneur; c'est avec lui que commence une époque vraiment nouvelle ; et pour une fois dans l'histoire, par le plus grand des hasards, il se trouve que l'ouverture en coïncide avec celle d'un siècle nouveau.

l'aîné]; — elle préambule « contre les tyrans de la littérature et du sens commun ». — Ses dernières polémiques et sa luort.

3'^ Les (Elvkks — TiCs OEmncs de Bernardin de Saint-Pierre se composent : 1" de ses Romans qui sont : Paul et Virginie, 1787; — VArcadio, livre I, 1788; — la Chaumière Indienne, 1790, suivie du Café de Surate; — Empsaël; la Prière d'Ahraham, et les frat^mcnls de \ Amazone [posthumes, ainsi que les fragments de 1'.//'cadie, livres II et IIIJ;

2" De SCS Etudes de la nature, 178'i, reprises, développées, complétées et cxagé-récs dans les Harmonies de la nature, qui n'ont paru qii'en 18 IT);

3° De ses œuvres politiques et d'un rertain n()nd)re d'Opuscules, dont les principaux sont : /.es vœur d'un solitaire, 17'J0; — et son Essai sur Jean-Jacques liousseau [ 1820 ;

4" De son Voyage à ille de France. \11'.\, «t d'un certain nombre de notes ou récits de voyage [Hollande, Prusse, Pologne, Russie].

La meilleure édition des ()Ku\>res^ très impailailc» el (rés insuffisante, est celle d'AiuK- Martin, eu 12 vol. in-8 ', Paris. I82«j. Dupont, à laquelle il fatit joindre une Correspondance, tr»'s incomplète aussi, en 4 vol., Paris, 1820, Larjvocal.

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