‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 5)Chapitre 44 sur 89 · IV. — Bernard le Bouvier de Fontanelle [Rouen · texte numérisé non relu

IV. — Bernard le Bouvier de Fontanelle [Rouen

t 1757, Paris].

1^ Les Sources. — Grimm, dans sa Correspondance littéraire, février 1757; — abbé Trublet, Mémoires pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de M. de Fontenelle, 2® édit., Paris, 1761 ; — Villenave, Notice, en tête de son édition des OEuvres de Fontenelle, Paris, 1818; — Garât, Mémoires sur la vie de M. Suard, Paris, 1820; — Flourens, Fontenelle ou de la philosophie moderne, Paris , 1847; — Sainte-Beuve, Fontenelle, dans les Causeries du lundi, t. III; — J. Bertrand, VAcadémie des sciences de 1666 à 1793, Paris, 1869.

2° L'Homme et l'Écrivain. — Le Cydias de La Bruyère, — et que La Bruyère n'a pas assez vécu pour connaître et apprécier le vrai Fontenelle. — Universalité de Fontenelle; — il a fait des tragédies, des églogues, des opéras, des comédies; — et des dissertations, des dialogues, des romans, des travaux qui confinent aux travaux d'histoire et de critique. — Son trait caractéristique est d'avoir été « un homme d'esprit », — dans tous les sens du mot; — c'est-à-dire un bel esprit, un homme spirituel, et presque un grand esprit; — et qu'il est un remarquable exemple de ce que peut et de ce que ne peut pas l'esprit.

A. Le Bel Esprit, — Le neveu de Corneille; — et à ce titre l'ennemi-né de Racine et de Boileau; — ses débuis littéraires dans

cipes du philosophe ; et c'est ici le temps de montrer sa véritable influence.

« Toute philosophie, a dit Sainte-Beuve [Cf. Poj^t- Royaly L. IV, ch. 5], quelle qu'elle soit au premier degré et dans son premier chef et parent, devient antichrétienne, ou du moins hérétique, à la seconde génération; c'est la loi, et il faut bien savoir cela. » Le doux, l'éloquent, et le candide Malebranche en peut servir d'un instructif exemple. Disciple non seulement convaincu, mais passionné de Descartes, il s'avise un beau jour de vouloir appliquer les principes de son maître à la démonstration ou au développement des vérités de la foi; et voici tout d'un coup que, par une déchirure du

le Mercure galanty 1677 ; — il collabore aux opéras de Psyché et de Bellérophon, 1678 et 1679; — sa tragédie à'Aspar [Cf. l'épigramme de Racine] ; — les Dialogues des Morts ^ 1683 ; — les Lettres du chevalier d*Her.,.y 1683; — et de l'air de famille qu'elles ont avec les Lettres de Voiture. — Éloge que Bayle en fait [Cf. Nouvelles de la République des lettres ^ 1686, décembre]. — Fontenelle publie ses Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686.

— Succès du livre et nature de ce succès [Cf. Garât, Mémoires sur M. Suard]. — Injustice de La Bruyère. — Par les Entretiens sur la pluralité, la science entre pour la première fois dans le domaine de la littérature; — ou même de la conversation mondaine. — Autres écrits de Fontenelle; — ses Mémoires sur le nombre 9; — ses Doutes sur le système des causes occasionnelles \

— son Histoire des oracles, 1687. — Comment le bel esprit sert à Fontenelle pour faire passer autant de nouveautés que de hardiesses. — Étendue et diversité du monde où son esprit se meut par rapport à l'étroitesse du monde où s'étaient renfermés les Racine et les Boileau.

B. L* Homme d'Esprit — Acception nouvelle que prend ce mot d'esprit précisément au temps de Fontenelle; — et qu'il exprime d'abord l'étendue de la curiosité. — Fontenelle est curieux de beaucoup de choses ; — et du fond des choses [Cf. dans ses Dialogues ; Laure et Sapho, Agnès Sorel et Roxelane, Socrate et Montaigne, Anne de Bretagne et Marie Tudor, Brutus et Faustiné], — En

LA NATIONALISATION DE LA LITTERATURE 23l

rideau, la grande contradiction apparaît. On ne saurait être ensemble chrétien et cartésien! et il éclate aux yeux que l'universel déterminisme du philosophe est incompatible avec l'idée de la Providence divine. C'est ce que Pascal avait si bien vu. C'est ce que voit bien aussi Bossuet, puisque c'est même alors qu'il fait écrire par Fénelon, contre Malebranche, la Réfutation du Traité de la natuî^e et de la grâce. C'est ce que voit enfin celui qu'on appelle encore en ce temps-là le grand Arnauld. « Plus je me souviens d'être chrétien, écrit l'un, plus je me sens éloigné des idées qu'il (Malebranche) nous présente » ; et le second, à son tour : « Plus j'avance dans ce travail (c'était également une Réfutation du

second lieu, un homme d'esprit est un homme qui ne fait pas des choses plus de cas qu'elles n'en méritent ; — et, pour user d'une de ses locutions favorites, Fontenelle est encore « cet homme-là » [Cf. dans ses Dialogues : Erasme et Charles- Quinte Alexandre et Phrynéy Guillaume de Cabestan et Frédéric de Brandebourgs Straton et Raphaël]. — Son goût pour les nouveautés [Cf. Digression sur les Anciens et les Modernes]. — Son indépendance à l'égard de la tradition. — Et enfin un homme d'esprit, c'est un homme qui voit les liaisons ou les appartenances des choses [Cf. l'Histoire des oracles] ; — et qui en suggère à son lecteur d'autres encore ;

— de plus inattendues ou de plus éloignées. — Comment Fontenelle fait penser; — et qu'une part de son esprit consiste dans la finesse; — et dans la portée de ses sous-entendus.

C. Le Grand Esprit; — et qu'il a suffi à Fontenelle pour en mériter le nom d'appliquer son esprit à de grandes choses. — La Préface de l'Histoire de l'Académie des sciences ^ 1699. — Elle est peut-être la première expression littéraire qu'il y ait de l'idée « de la solidarité des sciences » ; — et de la a constance des lois de la nature ». — Les Eloges de Fontenelle [Voyez plus particulièrement les éloges de Vauban, d'Argenson; Newton, 1727, Boerhaave, Malebranche, Leibnitz]; — souplesse d'esprit dont ils témoignent;

— capacité de comprendre beaucoup de choses ; — et de les réduire sous le même point de vue. — Croissante autorité de Fontenelle parmi les savants ; — dans le monde ; — parmi les gens

Traité de nature et de la grâce), plus je suis touché des renversements que ces imaginations métaphysiques font dans la religion. » Mais vous avez mis bien du temps k vous en apercevoir, ô grand docteur ! et puis vous avez d'autres qualités, mais vous n'avez pas pour vous ce style, le style abondant, fluide, et enveloppant du Père Malebranche. On ne vous lit point, et on le lit. Vous avez contre vous maintenant l'écrivain, le véritable écrivain, le grand écrivain qui avait manqué jusqu'alors au cartésianisme! Ainsi, Malebranche fait école. Tandis que Bossuet et Fénelon s'épuisent en d'autres combats, lui, continue son œuvre du fond de sa petite chambre, et cette œuvre consiste à humaniser, — nous dirions à

de lettres. — Derniers ouvrages de Fontenelle ; — sa Vie de Cor^ neillet 1729; — ses Réflexions sur la Poétique; — sa Théorie des tourbillons cartésiens, 1752. — En combien de points Fontenelle annonce Voltaire; — par combien de traits; — et que lui a-t-il manqué pour jouer le rôle de Voltaire?

Il lui a manqué un certain degré d'originalité d'abord, — et surtout un certain degré de conviction. — Le mot de M^^^ de Tencin : « C'est de la cervelle que vous avez à la place du cœur » ;

— et, à ce propos, du scepticisme de Fontenelle; — qui ne consiste pas tant à croire qu'il soit impossible d'atteindre la vérité ;

— qu'à la croire d'essence aristocratique; — incommunicable à la foule; — et d'ailleurs assez inutile. — Comment le bel esprit se retrouve dans cette conception de la vérité; — le mondain et l'épicurien. — Si ce n'est pas cette philosophie qui a empêché Fontenelle de se concentrer dans une grande œuvre? — Les Frag' ments d'un traité de la Raison humaine. — Et qu'en tout cas elle l'a empêché d'exercer l'influence qu'il n'eût d'ailleurs tenu qu'à lui d'exercer. — Mais que, d'autre part, il n'en a pas moins été, avec Bayle, le grand éducateur de la génération des Encyclopédistes.

3° Les Œuvres. — Les Œuvres de Fontenelle étant trop peu connues, nous croyons devoir ici rapidement indiquer le contenu des huit volumes de l'édition de 1790.

T. L — Pièces relatives à la biographie de Fontenelle; -^ Dia^

« laïciser », — ce que la doctrine chrétienne offre de plus dur ou de plus contraire à la raison. Il adoucit le dogme de la chute ; il adoucit la doctrine de la grâce ; il relègue Dieu loin du monde ; il soustrait à son intervention les affaires des hommes; il a une façon d'interpréter le surnaturel qui n'en fait qu'une conformité plus lointaine aux lois de la nature ; et à tout cela les contemporains ne s'y sont pas trompés : ils ont reconnu le cartésianisme. Ils le reconnaissent encore dans le scepticisme ou le criticisme de ce Pierre Bayle, — dont on ne consulte guère aujourd'hui que le grand Dictionnaire, — mais dont les Pensées sur la comète sont de 1682. Nul ouvrage n'a fait plus de bruit en son temps ni apporté plus d'aide au parti

logues des morts ancienSf — Dialogues des morts anciens avec les modernes.

T. II. — Entretiens sur la pluralité des Mondes \ — Théorie des tourbillons, — Histoire des Oracles.

T. III. — Histoire du Théâtre français; — Vie de Corneille \ — Réflexions sur la Poétique ; — Description de l'empire de Poésie [Cf. la carte du pays de Tendre]. — On y trouve les lignes suivantes, qui allaient évidemment (1678) à l'adresse des Racine et des Boileau : a La Haute poésie est habitée par des gens graves, mélancoliques, refrognés, et qui parlent un langage qui est à l'égard des autres provinces de la poésie ce qu'est le bas-breton à l'égard du reste de la France ». — Les Opéras de Fontenelle, et ses tragédies, dont une en prose, complètent le volume.

T. IV. — Les Comédies, au nombre de huit : Macate, le Tyran, Abdolonyme, le Testament^ Henriette, Lysianasse, la Comète et Pygmalion, dont sept en prose, et la dernière seulement en vers.

ï. V. — Les Églogues, au nombre de dix ; — les Poésies ; — la Digression sur les Anciens et les Modernes; — les Fragments d'un traité de la raison humaine ; — et quelques autres opuscules du même genre badin et philosophique.

T. VI, VII. — Les Éloges.

T. VIII. — Les Doutes sur le système des causes occasionnelles , — les Lettres galantes du chevalier d'Her. ..; — et les Lettres de Fontenelle.

du libertinage. Or, qu'est-ce en trois mots que le criticisme de Bayle, sinon une extension du doute cartésien aux matières dangereuses que Descartes avait adroitement réservées et comme exceptées de l'application de sa méthode? Enfermé, lui aussi, dans son a poêle de Hollande », armé de son cartésianisme, ce que Bayle ose le premier soumettre à l'analyse de sa critique dissolvante, c'est la religion, c'est la morale; et d'abord vous diriez qu'il ne critique et qu'il ne doute que pour le seul plaisir de douter ou de critiquer. Mais regardez-y de plus près; et pesez attentivement quelques-unes des conclusions. Il ne fait point de paradoxe et il sait parfaitement ce qu'il dit, quand il écrit « qu'il vaut mieux

Il existe des Œuvres de Fontenelle une édition moderne, sous la date de 1817.

Les Entretiens sur la pluralité des mondes et les Eloges ont été plusieurs fois réimprimés de nos jours.

Y. — Le Renouvellement de l'Académie des sciences.

1° Le Mouvement scientifique avant Fontenelle — et de Terreur que l'on en commet en en ignorant l'importance. — C'est dans les premières années du xvii^ siècle que les sciences mathématiques et physiques ont fait leurs grandes découvertes; — les sciences naturelles quelques-unes des leurs ; — et ni les unes ni les autres n'en feront de plus considérables jusqu'à la fin du siècle suivant. — C'est ce que suffisent à prouver quelques noms : Kepler, 1571-1630; — Galilée, 1564-1642; — Descartes, 1596- 1650; — Pascal, 1623-1662; — Huyghens, 1629-1695; — Newton, 1642-1727. — Ou encore, dans les sciences naturelles : Harvey, 1578-1658; — Malpighi, 1628-1694; — Leuvenhoeck, 1632-1723; — Svammerdamm, 1637-1680. — Effets produits par leurs découvertes. — Télescope et microscope. — La page de Pascal sur les deux infinis [Cf. Pensées'\ ; — la physiologie dans le Traité de la connaissance de Dieu, de Bossuet; — l'astronomie dans les Caractères de La Bruyère [Cf. le chapitre des Esprits forts] ; — et encore dans les Entretiens sur la pluralité des mondes. — Une

être athée qu'idolâtre »; et surtout lisait bien où il va. Qui ne l'entend encore quand il oppose « les évidences de la raison » aux « vérités de notre religion » ; et qui ne voit ou qui ne devine quel est son objet? A vrai dire, sur les ruines de la tradition et de l'autorité, ce prétendu sceptique est en train d'établir la souveraineté de la raison raisonnante. « Nous avons eu des contemporains dès le règne de Louis XIV », dira de lui Diderot, et en effet il sera le maître à penser des encyclopédistes. Descartes n'avait été que le précurseur du rationalisme, c'est Bayle qui en est le vrai père.

Où cependant ce rationalisme trouvera-t-il de quoi se fonder lui-même? quel sera le modèle ou le type de la

page de Perrault dans ses Parallèles [cinquième et dernier dialogue, édition de 1696, pp. 41 et suiv.].

2® L'Académie des sciences. — La première fondation, 1666 — et les premiers travaux [Cf. Fontenelle, et J. Bertrand, VAcademie des sciences], — La construction de l'Observatoire, 1667.

— On appelle en France Huyghens et Rœmer. — Le laboratoire de l'Académie. — Le roi assiste à la dissection de l'éléphant de la ménagerie de Versailles. — Réorganisation du Jardin royal des Plantes y 1671. — La « seconde naissance » de l'Académie, 1699.

— Le nombre des académiciens est porté de seize à cinquante. — Les sections de : Géométrie, Astronomie, Mécanique, Chimie, Anatomie et Botanique. — L'Académie passe de la tutelle précaire du ministre sous la protection personnelle du roi.

3° Quelques conséquences du renouvellement, — ou quelques preuves de la diffusion du goût de la science. — Les cours de chimie de l'apothicaire Lémery [Cf. Fontenelle, Éloge de Lémery]. « Les dames mêmes, entraînées par la mode, ont l'audace de venir se montrer à des assemblées si savantes. » — Elles courent de même en foule aux dissections de Du Verney; — ce que font également de nombreux étrangers [Cf. Fontenelle, Éloge de Du Verney]. — Témoignages concordants des Mémoires de M^^ de Staal-Delaunay. — Les expériences de chimie du duc d'Orléans [Cf. Saint-Simon, IX, 268 et suiv., et Fontenelle, Éloge de Homberg]. — La détermination de l'idée de science — et

certitude? le point d'appui? « la dernière base constante? » le terme et le roc où nous nous attacherons pour n'être point emportés et comme noyés dans l'océan du doute? Nous les trouverons dans la science, répond à point nommé le spirituel auteur des Entretiens sur la pluralité des mondes^ — et celui-ci encore est un cartésien.

Neveu des Corneille, — et à ce titre ennemi-né des Molière, des Boileau, des Racine , — on n'a longtemps voulu voir dans Fontenelle que le Cydias de La Bruyère, « un composé du pédant et du précieux » dont l'originalité n'aurait guère consisté, c'est toujours La Bruyère qui parle, « qu'à éviter uniquement de donner dans

la formation de l'idée de progrès [Cf. Brunetière, Études critiques, V].

VL — Charles Perrault [Paris, 1628; f 1703, Paris].

1® Les Sources. — Perrault, ses Mémoires, publiés pour la première fois en 1759; — P. Clément, Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, notamment t. V; — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XLIII; -— d'Alembert, Éloge de Charles Perrault, dans ses Éloges académiques-, — Sainte-Beuve, Charles Perrault, dans ses Causeries du Lundi, t. V, et Nouveaux Lundis, t- I»* — Ch. Giraud, Lettre critique, en tête de son édition des Contes de Fées, 1864; — Arvède Barine, les Contes de Perrault, dans la Revue des Deux Mondes du le»" décembre 1890.

2° L'Homme et l'Écrivain.

A. Le Premier commis des Bâtiments. — La famille des Perrault; — les Boileau et les Perrault; — Pierre Perrault, le traducteur de la Secchia rapita, 1678 [Cf. Racine, dans la préface de son Iphigénie] ; — Nicolas Perrault, Claude Perrault, l'architectemédecin [Cf. Fontenelle, Éloge de Claude Perrault]; — Charles Perrault; — ses premières études et ses premiers vers; — le « travestissement » du VI^ livre de V Enéide; — et à ce propos de la renaissance du burlesque. — Colbert fait de Perrault le secrétaire de l'Académie des inscriptions ; — Perrault lui suggère 1 idée de la première Académie des sciences ; — il travaille avec

le sens des autres, et d'être de l'avis de quelqu'un »; et toutes ces critiques il les a méritées. Sa tragédie à^Aspar ne nous est connue que par l'épigramme de Racine ; mais nous avons ses Eglogues, nous avons ses Lettrées galantes du chevalier d'Her*** ; et que veut-on que Boileau ait pensé de ce petit morceau : « On nous a dit, monsieur, que vous devenez philosophe, mais d'une philosophie la plus extraordinaire du monde. Vous ne croyez plus qu'il y ait de couleurs!... J'en parlais un jour à M™* de B... qui est de vos amies, et qui en vérité a regret h votre raison. Elle étranglerait Descartes, si elle le tenait. Aussi faut-il avouer que sa philosophie est une vilaine philosophie : elle enlaidit toutes les dames. S'il n'y a donc point de teint,

Chapelain à la o Liste des bienfaits du Roi 0. — Le contrôleur des Bâtiments ; — ses travaux ; — il inspire à son frère l'idée de la colonnade du Louvre; — ses dégoûts et sa retraite. — Les pièces de circonstance. — Le Saint Paulin, 1686 ; — et à cette occasion, de la renaissance de l'épopée. — Le Siècle de Louis le Grand, 1687; — et des deux titres de l'ouvrage à notre attention, qui sont : — d'avoir donné à Voltaire l'idée du Siècle de Louis XIV\ — et d'avoir déchaîné la querelle des Anciens et des Modernes.

B. L'Apologiste des Modernes. — Les Parallèles des Anciens et des Modernes, 1688-1696. — Émotion qu'excitent ces dialogues; — Boileau et Perrault ; — Perrault et La Bruyère ; — le but de l'œuvre et la thèse de Perrault [Cf. ci-dessous La. Querelle des Anciens et des Modernes], — Politesse et courtoisie de Perrault dans la discussion. — Qu'il y a d'ailleurs de fort bonnes choses dans les Parallèles, — Comment il faut les lire ; — en ne lui imputant que les opinions de l'Abbé de ses Dialogues. — Réconciliation de Perrault et de Boileau. — La publication des Hommes illustres de ce siècle, 1696-1700.

C. L'Auteur des Contes de fées; — et que d'Alembert dans son Éloge n'en a pas fait seulement mention; — ce qui est une omission fâcheuse ; — Cendrillon et le Chat botté demeurant le meilleur de l'oeuvre de Perrault; — et, de 1680 à 1715, aucun genre n'ayant été plus fécond que celui des Contes de fées. — De quelques émules de Perrault; — M™® d'Aulnoy, l'auteur de V Oiseau bleu; —

que deviendront les roses et les lys de nos belles ! Vous aurez beau leur dire que les couleurs sont dans les yeux de ceux qui les regardent et non dans les objets; les dames ne veulent point dépendre des yeux d'autrui pour leur teint; elles veulent l'avoir à elles en propre, et s'il n'y a point de couleur la nuit, M. de M... est donc bien attrappé, qui est devenu amoureux de M"* D. L. G. sur son beau teint, et qui l'a épousée. » Voiture n'a rien écrit de plus précieux ni Balzac de plus affecté. Mais ce que ni Balzac ni Voiture n'ont connu, c'est l'art d'envelopper ainsi de préciosité ou d'affectation une vérité scientifique ; et là est l'originalité de Fontenelle. Il met positivement le cartésianisme en madrigaux, l'astronomie, la physique,

M"® de la Force ; — M^^^ Lhéritier ; — et s'il ne convient pas de rapprocher de ce goût pour les Contes de fées, — celui qu'on témoigne également pour les Contes orientaux? — La traduction des Mille et une Nuits, 1704-1708. — Si les Contes de Perrault méritent les éloges qu'on en a fait? — Sunt bona, sunt mala qusedanij mediocria plura. — La naïveté des Contes de Perrault n'existe que dans l'imagination de ceux qu'ils amusent; — le mot de La Fontaine sur Peau d'âne; — agrément original des sujets de Perrault; — et sécheresse du style dont il les a lui-même revêtus.

3° Les Œuvres. — Les Œuvres de Perrault se composent : 1° d'un certain nombre de pièces de circonstance, telles que le Discours sur Vacquisition de Dunkerque par le Roi, 1663, ou le Parnasse poussé à bout, sur la difficulté de décrire la conquête de la Franche- Comté, 1668 ; — 2° de son Poème sur la Peinture, 1668 ; de son Saint Paulin, 1686; de son Siècle de Louis le Grand, 1687 ; — 3° de ses Parallèles, cinq dialogues en quatre volumes, publiés, ainsi qu'il a été dit, de 1688 à 1696; et auxquels il faut joindre, comme tendant au même but, son recueil des Hommes illustres, 1696-1700; — et enfin, 4° de ses Contes de fées, qui sont: — La Belle au bois dormant, le Petit Chaperon Rouge, la Barbe bleue, le Chat botté, les Fées, Cendrillon, Riquet à la houppe, le Petit Poucet, en prose; — et Griselidis, Peau d'âne, et les Souhaits ridicules, en vers.

l'histoire naturelle; et sous ce point de vue les Entretiens sur la pluralité des mondes sont un chef-d'œuvre unique en son genre. Galamment et tout doucement, ils font entrer pour la première fois dans la littérature tout un ordre d'idées ou de faits qui jusqu'alors y étaient demeurés étrangers. Des préoccupations nouvelles commencent de hanter les esprits. Fontenelle s'ingénie à les entretenir; il y réussit; très répandu dans le monde, elles deviennent, grâce k lui, la matière des conversations mondaines; et grâce à lui que manque-t-il encore à la victoire du cartésianisme ou de la science même? Tout justement et uniquement ce qu'y vient ajouter la querelle des anciens et des modernes.

Ils ont paru pour la première fois, séparément, en Hollande, de 1694 à 1701 ; et en un volume, chez Barbin, sous le nom de Perrault d'Armancour, fils de Charles Perrault, en 1697-1698.

Les éditions modernes en sont innombrables.

JJ Oiseau bleu, qu'on y joint fréquemment, est de M"»® d'Aulnoy; et Finette ou V Adroite Princesse, de M"® Lhéritier.

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