X. — Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre [Le Havre
1737; + 1814, Eragny].
10 Les Sources. —Aimé Martin, Essai sur la vie et les ouvrages de Bernardin de Saint-Pierre j en tète de son édition des Œuvres^ Paris, 1818 et 1826; — Correspondance de Bernardin de Saint- Pierre, publiée par Aimé Martin, et précédée d'un Supplément aux
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une forme pour ainsi parler portative et maniable, tout ce qu'il y a d'erreur et de vérité contenues et mêlées dans la doctrine encyclopédique.
C'est à répandre aussi cette religion de la science que le grand Buffon a contribué par son Histoire naturelle. Les encyclopédistes lui avaient parcimonieusement mesuré leurs éloges, et, pour ne rien dire de Grimm, dans sa Correspondance j c'est presque une caricaturé de l'homme, et une caricature haineuse que ce plat Marmontel nous en a tracée dans ses Mémoires [Cf. Marmontel, Mémoires, livre VI]. Mais une génération nouvelle s'était déjà montrée plus juste, hes Epoques de la nature, dès 1778, avaient mis Buffon à son rang ; c'est de lui qu'André Chénier se fût inspiré dans son Hermès \ et je veux bien que l'abbé Delille n'ait réussi qu'à le ridiculiser dans ses Trois RègneSy mais telle n'était pas assurément son intention.
Mémoires de sa vie ^ par le même, Paris, 1826 [On se souviendra en consultant ce Supplément^ comme en lisant l'Essai d'Aimé Martin, qu'il avait épousé la veuve de Bernardin de Saint-Pierre] ; — Villemain, Littérature française au xviii® siècle; — Sainte- Beuve, Portraits littéraires, t. I; Chateaubriand et son groupe littéraire, t. I; et Causeries du lundi, t. VI; — Arvède Barine, Bernardin de Saint-Pierre, dans la collection des Grands Écrivains français, Paris, 1891 ; — Fernand Maury, Étude sur la vie et les œuvres de Bernardin de Saint-Pierre, Paris, 1892.
2» L'Homme et l'Écrivain. — Sa famille et son éducation; — sa jeunesse aventurière; — ses voyages en Allemagne, — en Hollande, — en Russie. — Un enfant chéri des dames [Cf. Maury, Essai, etc.]. — Il part pour l'Ile de France [Maurice] en qualité d'ingénieur des colonies, 1768. — Son retour en France, 1771 ; — sa course au mariage, ou plutôt à la dot; — et sa liaison avec Jean- Jacques Rousseau. — Il publie sa relation du Voyage à Vile de France, 1773; — qui lui vaut d'être admis dans la société de M"® de Lespinasse, — et de M"* Geoflrin ; — où il lie connaissance avec « les philosophes » ; — dont il devient promptement l'adversaire, pour cause d'incompatibilité d'humeur; — et aussi parce que d'Alembert ne lui obtient pas de Turgot une pension et une
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Buffon avait eu d'ailleurs cette bonne fortune qu'ayant laissé son œuvre inachevée, ses collaborateurs l'avaient continuée, Daubenton, Guéneau de Montbeillard, Lacépède, Lamarck, en attendant bientôt les Cuvier et les Geoffroy Saiht-Hilaire. Une iscience nouvelle était née de lui : la science de la vie. Autant que des découvertes de Buffon lui-même, elle allait maintenant s^enrichir, elle s'enrichissait tous lès jours de la discussion de ses hardies hypothèses. Et découvertes ou hypothèses, comme elles tendaient toutes à déposséder l'homme non pas précisément du rang (qui demeurait toujours le premier), mais de la souveraineté qu'il s'attribuait dans la nature, «lies ne pouvaient manquer tôt ou tard de produire des effets analogues à ceux de la découverte de Newton quand, cessant d'être le « centre du monde », la terre était devenue l'une des «petites planètes» d'un système qui n'en
place.' — Il publie les Etudes de. la nature, 1784; et Paul et Vir~ giniCf 1787. — Son rôle pendant les premières années de la Révolution; — et sa nomination d'Intendant du jardin du Roi, 1792. — Son mémoire sur la « nécessité de joindre une ménagerie au Jardin des plantes ». — La réorganisation du a Muséum » le prive de ses fonctions. — Il est nommé professeur de morale à l'Ecole normale {Cf. sur l'École normale, Picavet, les Idéologues^ Paris, 1891, et le Livre du Centenaire de l'École normale, Paris, 1895]..
Importance littéraire du rôle de Bernardin de Saint-Pierre; — «t qu'il représente éminemment trois choses : -^ les commencements de Vexotisme dans la littérature descriptive ; — la réaction du sentiment contre les abus du rationalisme; — et la transformation du style algébrique en style concret, vivant et coloré. — Ses Relations de voyage; — et comment elles élargissent Thôrizon entr'ouvert par Rousseau dans sa Nouvelle Héloïse. — Les descriptions du Voyage à Vile de France^ 1773, et celles des Jardins de i'abbé' Delille, 1782. — ^ Opposition des deux manières ; et comment Bernardin de Saint-Pierre achève et complète Buffon. — Si le principal mérite de Paul et Virginie n'est pas dans la nouveauté du décor; — et que resterait-il de l'idylle un peu niaise /de la ^quinzième' année, —r si l'on en ôtait la séduction et le charme des
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est qu'un lui-même entre une infinité d'autres [Cf. E. Haeckel, Histoire de la création naturelle^ ch. I et II].
Bernardin de Saint-Pierre a-t-il pressenti quelques-unes de ces conséquences? Un petit roman, Paul et Virginie^ qui a fait verser, lui aussi, plus de larmes qu' ce Iphigénie en Aulide immolée », défend seul aujourd'hui sa mémoire. Mais il vaut plus et mieux que cela! Moraliste sensible, et sincère, quoique d'ailleurs égoïste, homme à projets, homme à succès, dont les galanteries sont mêlées d'un onctueux et déplaisant patelinage, c'est un admirable écrivain que Bernardin de Saint-Pierre; et on ne sait pas assez de quel agrément et de quel éclat de coloris, dans ses Etudes de la nature^ ou de quelle délicatesse et de quelle infinie variété de nuances il a diversifié la langue de la description : on aurait envie de dire : « la palette ». Il a aussi voulu protester contre le ratiopaysages qui l'encadrent? [Cf. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire t t. I, 8« et 9® leçons.]
La philosophie de Bernardin de Saint-Pierre; — et qu'elle se réduit presque entièrement à l'idée de finalité. — Ses exagérations à cet égard; — déjà dans les Etudes; — mais surtout dans les Harmonies ; — lesquelles à la vérité n'ont paru qu'après sa mort.
— Du principe de ces exagérations; — et qu'en même temps que d'une connaissance plus intime de la nature, — elles procèdent de l'intention de réagir contre la philosophie du xviii^ siècle.
— Comment elles ont conduit Bernardin de Saint-Pierre à s'inscrire en faux contre la science de son temps ; — à subordonner la science à la morale; — et la morale elle-même à l'esthétique. — Qu'à cet égard comme à plusieurs autres, c'est par Bernardin de Saint-Pierre que Chateaubriand se rattache à Rousseau ; — le Génie du christianisme à la Profession de foi du vicaire savoyard;
— et la rénovation de l'idée chrétienne à la crise du sentimentalisme dans la seconde moitié du xviii^' siècle.
Qu'ils marquent tous les trois aussi trois moments de la rénovation du style; — et, à ce propos, de ne pas oublier que les Études de la nature sont antérieures, pour leur composition, — à la publication des Confessions^ des Lettres à M. de Malesherhesy et des Rêveries ,
nalisme étroit des encyclopédistes, et, à sa manière, sauver Dieu, sauver surtout la Providence, de l'anéantissèment dont il les a vus menacés dans les esprits de son temps. Et il est vrai que de la façon qu'il s'y est pris, il a bien montré qu'il n'était pas ce que l'on appelait alors une « tête pensante ». On ne connaît que trop l'usage et l'abus qu'il a fait des causes finales, et, pour nommer les choses de leur vrai nom, c'est jusqu'à la niaiserie qu'il a porté l'excès du sentimentalisme. Mais surtout il a eu le malheur d'avoir été précédé de Rousseau, et suivi de Chateaubriand. Toute son œuvre, en tant qu'une pensée s'y manifeste ou essaie de s'y faire jour au travers de son verbiage, n'est qu'un développement ou une ampli> fication de la Lettre sur la Pros>idence\ et toute son œuvre, en tant qu'il y revendique les droits du sentiment, n'est qu'une introduction ou une préparation
du promeneur solitaire. — Souplesse, précision et couleur du style descriptif de Bernardin de Saint-Pierre. — Que ce sont bien les objets qu'il décrit, et non pas du tout, — ou tout à fait secondairement, — les « états d'âme » qu'ils suscitent en lui. — Nouveauté, richesse, et « technicité » de son vocabulaire. — De la nature de son pittoresque; — et qu'elle consiste surtout dans la fidélité d'une imitation ; — qui obtient des effets d'ensemble par des procédés de miniaturiste.
Dernières années de Bernardin de Saint-Pierre; — et qu'il est encore un bon exemple de ces écrivains dont le caractère a étrangement différé de celui de leur style [Cf. F. Maury, Bernardin de Saint-Pierre]. — Son enseignement à l'Ecole normale, 1795; — et sa nomination à l'Institut ; — il travaille à la préparation de ses Harmonies de la nature, — Sa Mort de Socrate [fragment des Har^ nionies] et son Mémoire sur la nature de la morale , 1798. — Ses relations avec Bonaparte et avec Chateaubriand. — Son second mariage; — et de l'utilité d'en connaître l'histoire; — pour connaître le vrai caractère de l'homme; — et comment Aimé Martin» son secrétaire et son successeur dans son propre ménage, — en a fait le « personnage respectable et vertueux » que l'on croit qa*il fut. — La grande édition de Paul et Virginie, 1806 fin-4«, Didot
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au Génie du christianisme. Pareillement, son style, moins sobre, moins ferme, moins éloquent que celui de Rousseau, n'a pas l'éclat, la beauté, l'allure hautaine de celui de. Chateaubriand. Il n'est pas jusqu'à sa vie qui ne participe a la fois du caractère aventureux de celle de Chateaubriand et de Rousseau, sans avoir l'intérêt psychologique de la vie du second ni l'intérêt public ou presque politique de celle du premier. Et que ce soit, au reste, la faute des circonstances ou la sienne, on ne peut dire ainsi de lui ni qu'il termine une époque, ni qu'il en ouvre une autre. C'est a Chateaubriand qu'appartient cet honneur; c'est avec lui que commence une époque vraiment nouvelle; et pour une fois dans l'histoire, par le plus grand des hasards, il se trouve que l'ouverture en coïncide avec celle d'un siècle nouveau.
l'aîné]; — et le préambule « contre les tyrans de la littérature et du sens commun ». — Ses dernières polémiques et sa mort.
3<^ Les Œuvres. — Les Œuvres de Bernardin de Saint-Pierre se composent : V de ses Romans qui sont : Paul et Virginie y 1787; — VArcadie, livre I, 1788; — la Chaumière Indienne, 1790, suivie du Café de Surate; — Empsaël] la Prière d* Abraham, et les fragments de \ Amazone [posthumes, ainsi que les fragments de VArcadie, livres II et IIIj ;
2° De ses Etudes de la nature, 1784, reprises, développées, complétées et exagérées dans les Harmonies de la nature , qui n'ont paru qu'en 1815;
3** De ses œuvres politiques et d'un certain nombre d'Opuscules, dont les principaux sont : Les vœux d*un solitaire, 1790; — et son Essai sur Jean-Jacques Rousseau [1820] ;
40 De son Voyage à l'Ile de France, 1773, et d'un certain nombre de notes ou récits de voyage [Hollande, Prusse, Pologne, Russie].
La meilleure édition des OEuvres, très imparfaite et très insuffisante, est celle d'Aimé Martin, en 12 vol. in-80, Paris, 1826, Dupont, à laquelle il faut joindre une Correspondance, très incomplète aussi, en 4 vol., Paris, 1826, LadTOcat.