‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 5)Chapitre 67 sur 89 · V. — Joseph-Marie de Maistre [Chambéry, 1753; f · texte numérisé non relu

V. — Joseph-Marie de Maistre [Chambéry, 1753; f

Turin].

lo Les Sources. — Sainte-Beuve, dans son Port-Royal, III, ch. 14, 1837-1839; Portraits littéraires, t. II, 1843; et Causeries du Lundi, t. IV, 1851, et t. XV, 1860; — Barbey d'Aurevilly, Les Prophètes du passé, 1851; — Edmond Scherer, Mélanges de critique religieuse, Paris, 1853; — L. Binaut, Joseph de Maistre, dans la Revue des Deux Mondes, décembre 1858, et février 1861; — A. Nettement, Histoire de la Littérature française pendant la Restauration, Paris, 1853; — Albert Blanc, Mémoires et Correspondance diplomatique de M. de Maistre, Paris, 1858-1861; — G. Merlet, Tableau de la littérature française sous le premier Empire, Paris, 1877; — Em. Faguet, Politiques et moralistes au xixo siècle, Paris, 1891 ; — F. Descotes, Joseph de Maistre avant la révolution, Paris, 1893, et Joseph de Maistre pendant la Révolution, Paris, 1895; — M. de Lescure, le Comte Joseph de Maistre, Paris, 1893; — G. Cogordan, Joseph de Maistre, dans la collection des Grands Écrivains français, Paris, 1894.

2® L'Homme et l'Ecrivain. — Ses origines, sa jeunesse et son éducation [Cf. Descotes, loc. cit.]; — ses premiers écrits : VÉloge historique de Victor-Amédée III, \llh\ et V Adresse à la Convention nationale f 1794. — Séjour à Lausanne. — Cinq Paradoxes à la Marquise de M***, 1795 [publiés en 1851 seulement]; — et combien la connaissance en importe à la définition du talent de J. de

xviii® siècle. Les deux gentilshommes et le prêtre se sont à eux trois partagé les adversaires. Après avoir jadis essayé de détruire l'autorité de Montesquieu, Bonald, le plus systématique, — et en apparence le moins passionné, mais seulement en apparence, — se mesure maintenant à Condorcet et à Condillac. Joseph de Maistre, lui, s'est « chargé » de Bacon et de Voltaire, comme autrefois Voltaire s'était « chargé » de Pascal et de Bossuet; et, là même est la raison de plus d'une analogie que l'on peut signaler entre sa manière et celle de Bossuet. Il a retrouvé Bossuet en passant, pour ainsi dire, au travers de Voltaire; et, s'attachant alors, comme Bossuet, à l'idée de la Providence, dont on pourrait l'appeler le théologien

Maistre; — s'ils établissent que nul, en son temps, n'a eu plus quô lui le goût du paradoxe ; — ni plus de tendance à la préciosité. — Les Considérations sur la France, 1796. — Il est nommé ministre du roi de Sardaigne à Saint-Pétersbourg; — où il demeure jusqu'en 1817; — et c'est là qu'il compose ses principaux ouvrages : V Essai sur le principe générateur des constitutions politiques^ 1810 ;

— la traduction du Traité de Plutarque sur les délais de la justice divine, 1815; — son livre du Pape, 1819; — ses Soirées de Saint- Pétersbourg; — et son Essai sur la philosophie de Bacon.

De l'inspiration générale des écrits de J. de Maistre; — et son accord avec celle des écrits de Bouald. — Ils prétendent l'un et l'autre remonter le courant; — renverser la philosophie du XVIII» siècle; — et rétablir sur ses ruines l'autorité de la religion.

— Mais la supériorité de J. de Maistre sur Bonald est d'avoir été mêlé aux grandes affaires, quoique d'un peu loin; — et d'avoir eu surtout d'admirables dons d'écrivain; — que font valoir encore davantage son impertinence aristocratique; — et son infatigable « combativité ».

Le « théologien de la Providence » ; — et comment tous les ouvrages de J. de Maistre se rapportent à l'intention de prouver le gouvernement de Dieu sur le monde. — Les Considérations sur la France; — et qu'à la lumière de l'idée de la Providence, personne n'a mieux vu que J. de Maistre le caractère « apocalyptique » de la Révolution française. — Son admiration pour la France; — et comment elle perce jusque dans ses invectives. — Des livres de

laïque, la grandeur de sa doctrine se communique parfois au caractère de son style. Mais Lamennais, le plus fougueux, le plus âpre, et le plus sombre des trois, s'en prend, lui, ii Rousseau, le Rousseau du Discours sur rinégalité et du Contrat social^ en attendant qu'il le rejoigne un jour! Et encore une fois, on ne les comprend pas toujours, on ne voit pas très bien où ils vont, on ne mesure pas la portée de leurs principes. Eux-mêmes ne se doutent guère de la combinaison qui s'en fera bientôt, dans quelques tètes philosophiques, avec les idées du saintsimonisme naissant. On les suit cependant! Et ce que n'ont pu ni M"^* de Staël avec tout son esprit, ni Chateaubriand avec tout son génie, c'est bien eux qui l'opèrent

V Eglise gallicane et du Pape ; — et que l'objet en est de montrer le mal que la France s'est fait à elle-même; — toutes les fois qu'elle s'est éloignée de la Papauté; — considérée comme l'instrument de la Providence sur la terre ; — et le centre dont on ne saurait s'éloigner sans errer. — Les Soirées de Saint-Pétersbourg; — combien le sous-titre à' Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence en est caractéristique ; — et du rapport des Soirées de Saint-Pétersbourg avec Y Examen de la philosophie de Bacon; — si ce que Joseph de Maistre a surtout attaqué dans Voltaire, c'est la philosophie de V Essai sur les Mœurs ; — et, dans V Essai sur les MœurSy la conception baconienne qui, en excluant la considération des causes finales, — exclut Dieu même de toute action sur le monde.

Du style de Joseph de Maistre ; — et qu'à certains égards il est de la famille du style de Bossuet; — ce qui s'explique, si tous les deux, parmi toutes les vérités de la religion, — se sont attachés particulièrement à l'idée de la Providence. — Dune autre ressemblance entre Bossuet et J. de Maistre; — qui consiste en ceci que leur vrai caractère, — qui fut la douceur, — a diiFéré du caractère de leur style; — dans le même sens, et pour ainsi parler, de la même quantité. — Mais comme ils sont d'ailleurs séparés l'un de l'autre par un siècle; — et que ce siècle est celui de V Encyclopédie', — Joseph de Maistre a des « lumières » que Bossuet n'avait point ; — et aussi des défauts.

Violence insultante de J. de Maistre dans la polémique; — et sa

contre les encyclopédistes, contre les idéologues, et contre la révolution, plus imprégnés d'ailleurs qu'ils ne le croient de l'esprit de cette révolution, et témoins, à ce titre, de ce qu'il y a de « satanique », ou d'apocalyptique en elle. Le mot est de Joseph de Maistre.

On ne saurait douter qu'ils soient pour quelque chose dans l'inspiration des Méditations, qui paraissent en 1820^ et des Odes, — les premières, — qui sont datées de 1822. Bonald et Lamennais, dans les salons aristocratiques de Paris, sont du petit nombre de ceux qui ont eu la primeur des Méditations [Cf. Correspondance de Lamartine^ 13 avril 1819] ; et Lamartine écrit à de Maistre, le 17 mars

1820 : « M. de Bonald et vous, Monsieur le Comte...

tendance au paradoxe. — L'apologie du bourreau {^Soirées, 1^^ Entretien]', — de la guerre [Ibid., 7« Entretien]; — de l'Inquisition [Lettres à un gentilhomme russe]. — S'il n'eût pas rendu plus de services à sa propre cause en y mettant plus de modération? — et qu'en tout cas on lui rendrait plus de justice à luimême ; — sinon pour quelques théories bizarres dont il a semé ses écrits; — et pour quelques prédictions plus qu'aventureuses [Cf. Considérations, ch. IV] ; — mais du moins pour quelques idées fécondes et profondes ; — qu'il a marquées de son empreinte ; — si même on ne doit dire qu'il en est le premier introducteur.

3° Les Œuvres. — Les Œuvres de Joseph de Maistre comprennent : ses Considérations sur la France, 1796, qu'il est extrêmemeut intéressant de rapprocher de celles de Burke, et de celles de Fichte ; — son Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, 1810-1814; — son livre du Pape, 1819; — l'Église gallicane, 1821 [posthume]; — les Soirées de Saint-Pétersbourg,

1821 ; — et l'Examen de la philosophie de Bacon, publié seulement en 1836.

Son (lis, le comte Rodolphe de Maistre, a publié en 1851 deux volumes de Lettres et Opuscules inédits de son père, Lyon, Vitte et Pérussel; — et M. Albert Blanc, en 1858, les Mémoires politiques de J. de \Maistre, Paris, Michel Lévy; — suivis, en 1861, de la Correspondance diplomatique [1811-1817], Paris, Michel Lévy.

Ses OEuyres complètes ont été réunies en 14 volumes, Lyon,

Vous avez fondé une école impérissable de haute philosophie et de politiques chrétiennes... elle portera ses fruits, et ils sont jugés d'avance. » Il a dû peut-être au contact ou à la conversation des de Maistre, des Lamennais et des Bonald cette vigueur et cette fermeté qui l'ont un moment dégagé du vague où il aspirait à se perdre ; et sans eux les Méditations ne seraient peutêtre que (( pures comme l'air, tristes comme la mort, et douces comme du velours » [Cf. sa lettre du 13 avril 1819]. On connaît d'autre part les premières lignes de la première préface des Odes, « Il y a deux intentions dans la publication de ce livre, y disait le jeune poète, l'intention littéraire et l'intention politique, mais dans la pensée

Vitte et Pérussel, 1884-1886. On a refondu dans les six derniers volumes les deux volumes de 1851 ; les trois volumes de M. Albert Blanc ; et on y a joint cent cinquante ou deux cents lettres inédites.

VI. — Paul-Louis Courier [Paris, 1772; f 1825, Veretz, Indre-et-Loire].

1° Les Sources. — Armand Carrel, Essai sur la vie et les écrits de P.'L. Courier, en tête de l'édition de ses Œuvres^ Paris, 1834 [la Notice est datée de 1829] ; — Sainte-Beuve, Causeries du lundis t. VI, 1852. — A. Nettement, Littérature française sous la Bes tauration, Paris, 1853.

2° L'Homme et l'Écrivain ; — et qu'il mérite qu'on ne l'oublie point, pour la seule originalité de sa physionomie; — comme ayant passé sa vie de soldat à déserter son poste; — sa vie publique à jouer au « paysan » en traduisant du grec dans le français d'Amyot; — et comme ayant réuni dans ses meilleurs écrits le sentiment le plus délicat du style à une rare grossièreté de pensées. — Quelles raisons il a eues de se ranger dans l'opposition libérale sous la Restauration; — et si la principale n'en a pas été son échec à l'Académie des inscriptions, 1818? — Qu'en tout cas, c'est à partir de ce moment qu'il devient irréconciliable ; — et qu'il public ses pamphlets les plus vifs ; — ce qui ne l'empêche pas, dans sa vie privée, d'être le plus exigeant des propriétaires; — le plus impitoyable des maîtres; — le plus dur des créanciers; — et qu'il faut le savoir pour ne pas imputer son assassinat aux « cagots » ; — comme on

de Fauteur la dernière est la conséquence de la première, car U histoire des hommes ne présente de poésie que jugée du haut des idées monarchiques et des croyances religieuses. » N'est-ce pas ici le lieu de rappeler que dès avant la publication des Odes, Victor Hugo était en relations étroites avec Lamennais? [Cf. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, II, 38.] Des pièces comme la Vendée, comme Quiberon, comme les Vierges de Verdun y comme Buonaparte ne démentaient point les déclarations de la préface; et aussi Fauteur, si nous en croyons Stendhal {Cf. sa Correspondance^, devenait-il le poète favori des « ultras ». C'était justice, si Lamennais, Bonald ou de Maistre n'avaient pas flétri plus énergiquement « les satur-

le fait encore dans de certaines histoires [Cf. Paul Albert, Littérature française au xix* siècle, t. II].

S^Les Œuvres. — Les Œuvres de Paul-Louis Courier comprennent : — 1" Ses imitations ou traductions de l'antique, parmi lesquelles on peut citer sa traduction des Pastorales de Longus, de quelques fragmens d'Hérodote, et de l'opuscule de Xénophon Sur le commandement de la cavalerie. Le choix de ce dernier texte n'est qu'affectation pure; et rien n'est plus laborieux ni plus pédant que la traduction de Daphnis et Chloé. — 2o Ses Pamphlets, littéraires, qui sont la Lettre à M. Renouard, 1810; et la Lettre à MM. de V Académie des Inscriptions, 1819; — et politiques, à savoir : Pétition aux deux Chambres, 1816 ; — Lettres au Rédacteur du « Censeur », 1819-1820; — Simple Discours (à l'occasion de la souscription pour l'acquisition de Chambord), 1821 ; — Procès de Paul-Louis Courier, 1821 ; — Pétition pour des villageois qu'on empêche de danser, 1822; — et le Pamphlet des pamphlets, 1824. — 3° Différents Fragments, dont le plus intéressant est la Conversation chez la comtesse d'Alhany (rédigé en 1812); — et 4<> Un volume de Lettres, souvent réimprimé sous le titre de Lettres de France et d'Italie (1797-1812).

La meilleure édition des Œuvres de P.-L. Courier est celle que nous avons citée, en 4 volumes, Paris, 1834, Paulin et Perrotin.

VII. — Pierre-Jean de Béranger [Paris, 1780 ; f 1857, Paris]. 1° Les Sources. — Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. I,

nales de Tathéisme et de l'anarchie », ni traité d'un plus hautain mépris les « écrits sophistiques et déréglés des Voltaire, des Diderot et des Helvétius ».

Représentons-nous maintenant l'effet littéraire des Méditations et des Odes sur une génération dont les poètes admirés étaient les Andrieux et les Népomucène Lemercier, les Casimir Delavigne et les Pierre-Jean de Déranger. Tandis que celui-ci rimait laborieusement des chansons comme la Bonne vieille ou le Dieu des bonnes gens , — chefs-d'œuvre , on le veut bien , mais chefsd'œuvre du genre qui serait le plus bas de tous si le vaudeville n'existait pas, — les Méditations élevaient la poésie française a des hauteurs que peut-être n'avait-elle

1832, 1833; Causeries du lundi, t. II, 1850; et Nouveaux lundis, t. I, 1861.

Béranger, ilfa Biographie, 1857; et sa Correspondance, recueillie par M. Paul Boiteau, 1860.

Gustave Planche, Revue des Deux Mondes, juin 1850; — Emile Montégut, Nos morts contemporains, 1857 et 1858; — Savinien Lapointe (le cordonnier-poète), Mémoires sur Béranger, 1857;

— Ernest Renan, La Philosophie de Béranger, dans le Journal des Débats du 17 décembre 1859; — Paul Boiteau, Vie de Béranger, Paris, 1861 ; — N. Peyrat, Béranger et Lamennais, 1861 ; — Arthur Arnould, Béranger, ses amis et ses ennemis, Paris, 1864; — Jules Janin, Béranger et son temps, Paris, 1866; — Brivois, Bibliographie de l'œuvre de Béranger, Paris, 1876; — Legouvé, Notice, en tête du Béranger des Écoles, 1894.

2° Le CHANS0N^•IER; — et, à ce propos, de la chanson française avant Béranger. — Panard [Cf. Marmontel, dans ses Mémoires^ ;

— et Désaugiers [Cf. Chansons et Poésies diverses de Désaugiers, Paris, 1827, Ladvocat]. — Du caractère navrant de leur gaîté, — et de la vulgarité de sentiments que leurs Chansons trahissent. — Qu'au surplus, et si l'on veut reconstituer la lignée des « ancêtres » de Béranger, — il convient de se reporter au Chansonnier Maurepas) — et on reconnaît alors dans les origines de son œuvre le confluent de la chanson politique; — de la chanson erotique; — et de la chanson « bachique » ; — sans que d'ailleurs il s'y mêle quoi que ce soit de la veine « populaire ». — D'une «rreur grave que

jamais atteintes; et la « lyre de bronze », aux mains du poète des Odes, rendait des sons iuentendus depuis le temps de Ronsard. Quelques Voltairiens attardés pouvaient seuls s'y méprendre : l'échelle des « valeurs » était changée. Ce que la veille encore on prenait pour de la poésie n'en apparaissait plus que comme la caricature ou la contrefaçon. Quelle comparaison du haut relief et de la vigueur de coloris du Buonaparte d'Hugo, ou de la mélancolie voluptueuse du Lac, au prosaïsme déclamatoire d'une « Messénienne » : sur le besoin de s*unir après le départ des étrangers'^ Le pseudo-lyrisme des classiques, des ChênedoUé, des Fontanes, des Lebrun-Pindare, de Jean Baptiste Rousseau lui-même, s'anéantissait devant

l'on commet encore à ce sujet; — et qu'il n'y a rien dans l'œuvre entière de Béranger, — qui rappelle ni la mélancolie ordinaire;

— ni la franchise habituelle; — ni la générosité naïve de l'âme populaire; — et qu'au contraire elle est l'expression de ce qu'il y a de plus « bourgeois » dans l'esprit français.

D'une autre erreur que l'on commet sur Béranger; — en se le représentant comme un « bonhomme », delà famille de La Fontaine;

— qui déjà n'en fut pas un [Cf. ci-dessus l'article La Fontaine] ;

— et qu'à vrai dire, dans le combat qu'il a livré au gouvernement de la Restauration, — peu d'adversaires ont été plus déloyaux [Cf. le Fils du pape^ VEnfant de bonne maison, les Révérends pères, et le Vieux caporal] ; — et plus perfides ; — en même temps que plus adroits. — On ne flatte pas plus habilement des passions» — qu'il ne semble pas que Béranger partageât lui-même;

— et on ne fait pas plus ingénieusement servir une philosophie plus plate [Cf. la Nature, le Dieu des bonnes gens], — ou plus ignoble [Cf. les Filles, les Deux Sœurs, etc.]; — ni une polissonnerie plus grivoise [Cf. le Vieux célibataire, les Cinq étages], — à développer la défiance ou la haine. — Qu'il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de la popularité de Béranger; — et que c'en est d'ailleurs la justification; — si ce goût de la polissonnerie; — ce refus de penser ; — et cet esprit d'opposition « quand même » ;

— ne sont malheureusement pas les moins certains des caractères qu'on enveloppe sous le nom de gauloiserie.

Qu'après cela, on ne saurait disconvenir qu'il y ait infiniment d'art

cette révélation d'une poésie nouvelle. La politique seule allait essayer de le soutenir encore quelques années, jusqu'à ce qu'il n'eût plus pour lui que les abonnés du Constitutionnel \ quelques vieux académiciens; et ce qu'il y avait, dans la bourgeoisie soi-disant a libérale », de plus étroit et de plus arriéré.

D'autres symptômes , aussi bien , présageaient une révolution de la littérature, et, au premier rang, le goût non pas certes nouveau, mais raisonné désormais, dont on commençait à s'éprendre pour les littératures étrangères. Ce n'était pas le résultat le moins inattendu, ni le moins naturel, des grandes guerres de l'Empire. Sur les champs de bataille de l'Europe, vingt ans durant, il s'était

dans les bonnes Chansons de Béranger [Cf. la Bonne vieille^ le Vieux célibataire^ les Cinq étages, le Vieux Caporal, etc. ]. — Il y en a dans le choix des « refrains » ; — qui presque toujours expriment en un vers l'intention de la chanson tout entière; — et dont le retour est toujours amené avec iniiniment d'aisance et de naturel [Cf. Mon hahit^ les Cartes, la Fille du peuple, le Vieux vagabond]. — Il y en a davantage encore dans la manière dont les chansons sont « composées » ; — comme autant de tableaux de genre; — qui parlent d'abord aux yeux; — et qui appellent l'illustration. — De la peinture de la vie bourgeoise dans les Chansons de Béranger; — et que rien n'est un plus sûr témoignage; — ni une plus exacte représentation; — et plus fidèlement figurée; — de la vie de la petite bourgeoisie française entre 1815 et 1830. — Et qu'il y a encore et enfin beaucoup d'art dans l'appropriation du rythme des Chansons aux sentiments qu'elles traduisent; — comme aussi dans le choix des termes; — et dans la clarté du style. — De Béranger comme écrivain; — et que quelques vers un peu ridicules ne l'empêchent d'avoir droit à ce nom. — « C'est un grand prosateur, a-t-on pu dire, qui a mis des rimes à sa prose. »

Mais qu'il est difficile de l'appeler un poète ; — non sans doute qu'il n'ait trouvé quelques accents poétiques, — pour exprimer ce que la vie bourgeoise peut quelquefois enfermer de poésie [Cf. la Bonne vieille, le Vieux célibataire] ; — et, à ce propos, de la poésie de la « vieillesse » dans l'œuvre de Béranger. — Il a aussi trouvé

fait un mélange de races comme on n'en avait point vu se brasser depuis des siècles, et une espèce de communauté européenne s'était en quelque sorte cimentée dans le sang. ^< Il faut avoir l'esprit européen », écrivait M"® de Staël; et autour d'elle, à Coppet, toute une école s'était formée, dont les travaux, après avoir peut-être inspiré les siens, les complètent maintenant, les continuent, et les prolongent. Maintenant, par la brèche largement ouverte, ce n'est plus seulement Shakespeare qui passe tout entier : ce sont les Italiens, Alfieri, Manzoni, et ce sont les Allemands, Schiller, Goethe, Burger, Novalis, Hoffmann ; ce seront bientôt les philosophes, Kant, Fichte, Schelling. N'oublions pas les Écossais, Thomas Reid et Diigald-Stewart.

quelques accents patriotiques [Cf. le Vieux drapeau, le Cinq maif les Souvenirs du peuple]. — Mais, d'une manière générale, il a manque de force [Cf. Jeanne la Rousse] dans l'expression des sentiments forts ; — et surtout d'élévation. — Il a aussi manqué de générosité ; — et bien loin qu'il ait élevé la Chanson jusqu'à la hauteur de y Ode; — c'est au contraire le triomphe de VOde; — et généralement du lyrisme romantique ; — qui nous a ouvert les yeux sur le « prosaïsme » des Chansons de Béranger.

De la Correspondance de Béranger; — et que, tout incomplète qu'elle soit, — si les quatre volumes que nous en avons ne justifient pas l'enthousiasme de ses admirateurs ; — elle n'est pas une part indifférente de son oeuvre. — On n'y trouve rien de bien saillant;

— ni qui témoigne d'une grande largeur d'esprit; — mais elle achève de nous peindre le personnage ; — et sous le « bonhomme » de la légende ; — nous y trouvons l'adroit et prudent calculateur ; — et l'un des écrivains les plus habiles qu'il y ait eus dans l'administration de sa popularité. — La critique littéraire dans la Corres^ pondance de Béranger [Cf. Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. I].

— Ses dernières années, — sa mort, — et ses « funérailles ».

3° Les Œuvres. — Les Œuvres de Béranger ne se composent guère que de ses Chansons^ dont les principaux recueils originaux sont ceux de 1815, Paris, chez Eymery; — 1821, Paris, Firmin Didot; — 1825, Plassan; — 1827, Bruxelles; — 1834, Paris, Perrotin; — et 1857, Dernières chansons, chez le même.

A un autre point de vue, plus littéraire, Sainte-Beuve [Causeries

Les événements de 1815 accélèrent le mouvement. Les revenants eux-mêmes de rémigration y contribuent, dont on aurait tort de croire qu'ils n'aient « rien oublié ni rien appris » dans leur exil : ils y ont appris l'anglais ou l'allemand; et que la France n'était pas l'univers. C'est pourquoi, dans les premières années de la Restauration, entre 1815 et 1825, il s'établit une façon commune de penser et surtout de sentir; les bornes de l'ancien horizon se déplacent ou plutôt s'évanouissent; et le cosmopolitisme littéraire est né. Il difiFère de l'ancien humanisme en ceci qu'au lieu de prendre pour base la culture gréco-latine,, sa prétention est de s'approprier, pour en faire sa substance la plus intérieure, ce que les littératures « natio-

du lundi, t. II, 1850] en a proposé la classification suivante : 1° Chansons anciennes, dans le goût de Panard et de Désaugiers : le Roi d'Yvetot; la Gaudriole; M. Grégoire; — 2^ Chansons sentimentales, dans le genre du Bon vieillard, du Voyageur, des Hirondelles; — 30 Chansons libérales et patriotiques [parmi lesquelles on est étonne de voir Sainte-Beuve, ordinairement plus difficile,, donner une place au Dieu des bonnes gens] ; — 4° Chansons satiriques, du genre du Vent/ni ou des Clefs du Paradis ; — et enfin 5<* Chansons poétiques, comme les Contrebandiers, le Vieux vagabond, les Bohémiens.

Nous avons déjà dit plus haut qu'il fallait joindre aux Chansons — les Mémoires de 1857, Ma Biographie; — et quatre volumes de Correspondance.

La meilleure édition des Chansons est celle de 1847 , chez Perrotin, en deux volumes in-S", plus un volume de Chansons posthumes.

Vin. — Hugues- Félicité-Robert de Lamennais [Saint-

Malo, 1783 ;t 1854, Paris].

1° Les Sources. — Correspondance de Lamennais; — Sainte- Beuve, dans ses Portraits contemporains, 1832, 1834, 1836; et Nouveaux lundis, t. I, 1861, et t. XI, 1868.

Censure de cinquante-six propositions extraites des écrits de M. de Lamennais... par plusieurs évêques de France, Toulouse, 1836; — l'Encyclique Mirari vos... dans les Pièces justificatives

uales » ont de plus national; et l'universalité qu'il vise est une universalité, non d'abstraction ou de généralisation, mais de composition, sous la loi de laquelle chaque élément, non seulement n'abandonnera rien de son originalité, mais la développera par l'eflTet même de son contraste avec les autres.

A cette évolution de la critique répond une évolution parallèle de l'histoire, ou plutôt les deux n'en sont qu'une, si l'espace et le temps, comme Kant vient de le démontrer, ne font ensemble qu'une seule et même catégorie de la raison pure. Le sentiment de la diversité des lieux est inséparable du sentiment de la diversité des époques; et tous les deux, en s'unissant, constituent la

des Affaires de Rome, 1836-1837; — et l'Encyclique Singulari nos... au même lieu.

ÀDge Blaize, Essai biographique sur M. de Lamennaist 1857;

— E. Forgues, Notes et souvenirs, en tète de la Correspondance de Lamennais j 1859; — Ernest Renan, Lamennais et ses écrits^ 1857 [dans ses JEssais de morale et de critique] ; — Edmond Scherer, Lamennais^ 1859 [dans ses Mélanges de critique reli" gieuse] ; — Louis Binaut, Lamennais et sa philosophie, dans la JRevue des Deux Mondes du 15 août 1860; — Ravaisson, Rapport sur les progrès de la philosophie en France au xix® siècle, 1868;

— P. Janet, la Philosophie de Lamennais, 1890; — E. SpuUer, Lamennais, Paris, 1892; — A. Roussel, de l'Oratoire de Rennes, Lamennais, d'après des documents inédits, Rennes, 1892; — Mercier, S. J., Lamennais, d'après sa correspondance et de récents travaux, Paris, 1893.

2° Le rôle de Lamennais ; — et que peut-être il n'y en a pas eu de plus considérable, en notre temps, dans l'histoire des idées religieuses.

Origine et première éducation de Lamennais. — Ses premiers écrits : les Réflexions sur l'état de VÉglise en 1808, supprimées par la police impériale ; — et le livre de la Tradition de l'Eglise sur l'institution des évéques, 1814. — Séjour en Angleterre, 1814- 1815; — et publication du premier volume de V Essai sur l'indifférence en matière de religion^ 1817. — Émotion qu'il excite; — et qui augmente encore par la publication du second volume en 1821.

couleur locale. C'est à Augustin Thierry qu'il faut faire honneur d'en avoir révélé l'importance à ses contemporains; et, sans rien vouloir ôter de leur mérite à Vitet, pour ses Etats de Blois, ou à Vigny pour son Cinq-Mars, il faut pourtant nous souvenir que Cinq-Mars et les États de Blois ont été précédés, en 1825, de Y Histoire de la Conquête de V Angleterre par les Normands. On a mesuré trop étroitement sa place à Augustin Thierry dans l'histoire de la formation des doctrines romantiques; et il est temps enfin de la lui faire, si, de toutes les conquêtes du romantisme, il se pourrait que ce fût lui qui eût réalisé l'une des plus durables.

Sommes-nous tenus de la même réparation envers les

— Lamennais, attaqué par une partie du clergé français, — est défendu par J. de Maistre et par Bonald [Cf. de Maistre, Correspondance, septembre 1820, et Bonald, dans ses Mélanges], — II répond lui-même aux attaques dans sa Défense de l'Essai sur l'indifférence, 1821 ; — dont le premier eflet est de lui susciter de nombreux ennemis à Rome. — Le voyage de 1824. — Retour en France. — Fondation du Mémorial catholique et de l'Association pour la défense de la religion. — Publication du' livre sur les Progrès de la Révolution et de la guerre contre l'Église^ 1828-1829.

— Luttes de Lamennais contre M. de Frayssinous et M. de Vatimesnil. — La révolution de 1830 et la fondation du journal V Avenir.

— Difficultés nouvelles. — Second voyage à Rome, 1832. — Soumission de Lamennais, dissolution de l'Association catholique, ei suspension définitive de V Avenir ^ 1832 [Cf. Affaires de Borne]. — Situation difficile de Lamennais. — Il publie ses Paroles d'un croyant, 1834. — Effet prodigieux du livre [Cf. Sainte-Beuve, Portraits contemporains y 1834], — L'Encyclique Singulari nos.., 1834, et la condamnation de 'Lamennais. — Il y répond par la publication du livre sur les Affaires de Rome y 1836, — qui clôt la première série de son œuvre et la première partie de sa vie.

Si la seconde partie de cette vie diffère de la première aussi profondément que l'a cru Lamennais lui-même? — et qu'à vrai dire en changeant de moyens, : — on pourrait presque soutenir qu'il n'a pas changé véritablement d'objet.

Qu'en effet ce qu'il s'est proposé, c'a été d'établir la souveraineté

rédacteurs du G/ohe? et au contraire, dans presque toutes les histoires de la littérature, n'a-t-on pas un peu surfait le personnage des Ampère et des Rémusat, des Dubois et des Magnin? Goethe, qui les lisait de près, avec une attention et une assiduité que soutenait la manière dont ils parlaient de lui, les trouvait « hardis au suprême degré! » [Cf. Entretiens açec Eckermann, traduction Délerot, I, 241]. Les hardiesses de Jean- Jacques Ampère et de Charles Magnin nous font plutôt aujourd'hui sourire ; et quelle page pourrions-nous citer d'eux? Disons donc tout simplement qu'ils ont eu leur part d'influence, comme continuateurs, eux aussi, de M™" de Staél;. et encore pour avoir posé le principe de la distinction des

de la religion parmi les hommes; — et là même est le sens de V Essai sur V indifférence ; — et comme il y en a plusieurs moyens ;

— il a d'abord invoqué contre le progrès croissant de l'irréligion € ralliànce des vieilles souverainetés ». — Mais, s'étant aperçu que les vieilles souverainetés ne voulaient retenir de la religion que ce qu'elles croyaient utile à leurs intérêts ; — et voyant que par là même la défiance qu'elles inspiraient aux partis s'étendait jusqu'à la religion; — il a voulu séparer la religion de la politique ;

— et, selon la juste expression de Renan, c'est alors qu'il a essayé de constituer la religion elle-même en parti; — et ce sont ici les commencements de ce qu'on a depuis lors appelé c le catholicisme libéral ».

Rome a refusé de le suivre ou de se laisser entraîner dans cette voie; — pour des raisons dont elle était seule juge; — et qui avaient bien en 1836 leur valeur politique. — Lamennais a rompu avec la Papauté pour des motifs qu'il a donnés lui-même [Cf. Affaires de Rome'] ; — et c'est ainsi qu'il s'est trouvé amené à poser la question dans les termes suivants : c Qu'est-ce que le christianisme dans ses relations avec les sociétés humaines? Quel en est le caractère? Quel ordre de pensées et de sentiments a-t-il développé dans le monde? Sur quelles idées fondamentales de droit et de justice a-t-il établi les rapports des hommes entre eux ?» — Mais qu'à la question posée en ces termes, — lesquels supprimaient tout simplement l'histoire, — il ne pouvait faire qu'une réponse; — lui qui jadis avait fondé la religion même sur l'auto-

œuvres qui sont « littéraires », et de celles qui ne le sont pas. A cet égard, on pourrait dire que la théorie de Fart pour l'art est en germe dans leurs écrits, quelque surprise qu'ils dussent un jour éprouver de l'en voir sortir. Ils ont aussi aidé le romantisme à s'émanciper d'une tutelle politique qui commençait à lui devenir pesante. Et pour toutes ces raisons, on ne leur disputera pas, quand on ne les lira plus, la reconnaissance que l'on doit à ceux qui ont aimé sincèrement les lettres, et qui les ont fidèlement servies, — sans les avoir beaucoup illustrées. Dans les articles du Globe, comme à la Sorbonne, vers le même temps, dans les cours de Villemain, de Guizot, de Cousin, l'ancienne et la nouvelle

rite du c consentement universel » ; — et celte réponse était que le christianisme et la démocratie ne sont qu'un.

C'est l'origine de ce que nous avons appelé depuis lors le c christianisme social » ou le c socialisme chrétien >; — dont la pente irrésistible est vers le socialisme pur, — dès qu'il se sépare de l'autorité et de la tradition. — Mais nous n'en revenons pas moins au même point; — et l'erreur de Lamennais ne consiste point à s'être contredit; — mais à avoir voulu établir entre les deux termes de religion et de démocratie, — une identité qui les rendit en tout temps convertibles l'un en l'autre ; — et qui le condamnait donc lui-même à n'être qu'un pur démocrate, — si l'Église refusait d'admettre cette identité.

Des autres écrits de Lamennais; — et combien ils sont au-dessous des premiers, — si l'on met toutefois à part son Esquisse d'une philosophie, 1841-1846 ; — dont on a dit avec vérité qu'elle était c une philosophie de l'évolution » [Cf. Paul Janet, la Philosophie de Lamennais]; — et qui contient d'ailleurs quelques-unes de ses plus belles pages [Cf. son Esthétique]. — Mais ses grandes œuvres demeurent ses premières œuvres; — et c'est d'après elles qu'il faut juger l'écrivain; — qui offre cette singularité d'être l'un des moins c personnels » quUl y ait dans son style ; — tout en étant l'un des plus c entiers » dans ses idées ; — et l'un des plus puissants de ce temps. — Qu'aussi bien sa manière, très dure à ses débuts, dans V Essai sur l'indifférence, t. I et II, — s'est détendue à mesure qu'il avançait en âge [Cf., dans les Affaires de Home ^ ses

esthétique ont essayé de se réconcilier, — la critique universitaire et la critique romantique; — et elles n'y ont qu'à moitié réussi.

On a donné du romantisme , on en donne encore tous les jours de nombreuses définitions, et elles contiennent toutes ou presque toutes, une part de vérité. M™' de Staël avait raison quand, dans son Allemagne^ elle posait en principe que, « le paganisme et le christianisme, le Nord et le Midi, l'antiquité et le moyen âge, la chevalerie et les institutions grecques et romaines » s'étant partagé l'histoire de la littérature, le romantisme était donc, par contraste avec le classicisme, tout à la fois le chevaleresque, le moyen âge, les « littératures du Nord » et le christia-

descriptioDs de voyage] ; — et que, s'il y a du pastiche, — et de la déclamation dans les Paroles d'un croyanty — il y a aussi de la poésie.

3<^ Les Œuvres. — Il existe deux éditions des Œuvres complètes de Lamennais, l'une en douze volumes, Paris, 1836-1837, P. Daubrée et Cailleux ; — et l'autre en dix volumes, Paris, 1844, Pagnerre ;

— toutes les deux fort incomplètes, mais surtout la première, eu raison même de sa date; et puis parce que Lamennais lui-même semble s'en être désintéressé.

Il faut ajouter aux écrits que contiennent ces deux éditions; — Amschaspands et Darvands^ 1843; — le Deuil de la Pologne, 1846;

— son Esquisse d'une philosophie, 1841-1846; — ses Mélanges philosophiques et politiques, 1856; — sa traduction des Evangiles; — et sa traduction de la Divine Comédie [posthume], 1855-

Sa Correspondance a été publiée, partie par Eug. D. Forgues, 2 vol., Paris, 1859, Paulin et Lechevalier; — partie par son neveu, A. Blaize, 2 vol., Paris, 1866, Dentu; — et partie par M. Eug. Forgues fils. Correspondance de Lamennais avec M. de Vitrolles, Paris, 1884, Charpentier.

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