VIII. — Georges-Louis Leclerc de Buffon [Montbard
+ 1788, Paris].
1° Les Sources. — Grimm, Correspondance littéraire] — Hë de Séchellcs, Voyage à Montbard, Paris, 1785; — Yicq d'j Discours de réception^ 1788; — Condorcet, Eloge de M. le com Buffon, dans la collection des Œuvres de Condorcet, t. III ; — vier, Rapport historique sur les progrès des sciences nature Paris, 1810; — Flourens, Histoire des travaux et des idée Buffon, Paris, 1844; ei Des Manuscrits de Buffon, 1859.
Correspondance inédite de Buffon, recueillie et annotée Henri Nadault de Buffon, Paris, 1860.
Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. IV, 1851, X, 185 XIV, 1860; — Emile Montégut, Souvenirs de Bourgogne,
iuir{i(!, » uu> kraKCUii'B i|uf iiuiib iitutia i^uvii^uviuiii i trop oméei ». On s'avise qu« u notre orgueilleuse cBtesBf, à force d<! vouloir tout ennoblir, peut noua mt^connoitre le chnrmtr de In nature primitive w. | conclut que sans iloutc u il ne faut pas imiter lea Grc tont, mais tlès qu'il s'agit de l'expression des Bentîn naturels, rien nVst plus pur que le modèle qu'ils i ofTrcnt dans leurs Itons ouvr.ifjfes i> [Cf. I.iiliarpe, d de lùléraliire, partit- I, livre I. ehap. 5|. Mieux tna un dirait que la tragédie reflue vers sa source, pour retremper; et rieu ne ressemble davaolngcù sa lutte con le tutilodrame des Diderut, des Mercier, im bientôt i| Guilbert de Pix<!rccourt, que la lutte iiutrefois souteu par la tragiMie cornélienne contre la tragi-comédie i Ilotrou, des Mairet, des Hardy. Les hommes de la Réj
tiv ïiiii imagination ; — et la nobli^sse de son style. — Les Ifj prcrnivra volumea de l'IIittoire naturelle.
Du style de BulTon; — s'il mérite la vivacité de» critiques l'on en a Tailcs ; — et des plaisanlerlcs d'un goût douteux l'on on fait encore; — pour quelques phrases un peu pompeni
— ou quelques louches un peu brillanlesî' — Les collaboratl de Buiroa : Daubenton, Bexon, Gufneau de Montbeillard; comment il les corrige [Cf. Flourcns, Manuscrits de Buffi Ou lut a reproché d'autre part [CF. Ëm. Monlëgut, Souvenirs Bourgogne^, — sa froideur cit pi'éaence de quelques-unes grandes scènes qu'il a diïei'itca ou imaginées; — et oi fire Icnlé de dire que ces critiques se compeusetit ou i
— Mais il est plus vrai de dire qu'elles se concilient; — et qoéj style de BulTon. parce qu'il est lui tu relie m eut ample, — et s'égnle saus effort aux plus grands sujets, semble être ni au-dessous du ce que nous en attendions dans ces sujets; qui est uue raison pour que dans les moindres. — et noianimi dans les descriptions, - — nous le trouvions trop majestueux;
et supérieur en quelque .^ortc à la dignité de son objet. — Il s'anime d'ailleurs quand il le faut ; — et, pour ne rien diri qualités de nombre, d'enaelilude et de couleur, — il a pli fois atteinljusqu'au lyrisme [Cf. l//iitoirenn/ureWB del'hoi
poètes d^Alcxandrie que son industrieuse imitatic allée. Comme Ronsard, il a cru que toute beauté, perfection était « enclose » dans les chefs-d'œuvr* anciens, et par suite, comme Ronsard, il a donc en toute invention, tout génie même ne consistait qu'à sa pensée de ces formes immortelles.
Sur des pensera nouveaux, faisons des vers antiques.
Païen comme Ronsard, aussi profondément païen dans Idylles que l'auteur des Hymnes et des Sonnets à Cassant c'est comme lui, Ronsard, qu'il a aimé, qu'il a senti, <] a conçu la nature. Sensuel et voluptueux comme R sard, sa mélancolie, comme celle de Ronsard, n'a gu été que celle des grands épicuriens. Et pourquoi ne dir; on pas qu'il a été plus Ronsard que Ronsard, s'il rep: sente de plus que Ronsard la réaction contre Malherbe et
sont enfin généralement plus petits. — II ne voit alors de moyen l'expliquer que de recourir à l'influence du climat, de la noun ture, de la concurrence des espèces entre elles; — et d'attribuer la nature une plasticité plus grande qu'il n'avait fait jusqu'alors. • C'est le moment où ses idées ressemblent le plus à ce que seront li jour celles de Darwin; — et quoique d'ailleurs il persiste toujoui à faire de l'homme un être à part dans la nature [Cf. sa nomen clature des singes]. — Enfin de 1764 à 1787 de nouvelles idée lui viennent encore; — qu'il oppose à celles de Rousseau [Cf t. VI et VII]. — Il domine maintenant de plus haut sa matière. — Les vues nouvelles abondent dans son œuvre. — Il écrit les Époques de la nature; — et à mesure qu'il est plus convaincu de la petitesse de l'homme dans la nature; — de 1 humilité de notre condition; — et de la généralité des lois qui nous gouvernent, — on dirait qu'il sent davantage le prix de la société; — ce qui le remet d'accord avec les idées générales de ses contemporains; — et avec cette religion de l'humanité dont ils sont maintenant tous imbus.
C. L'Influence de Buffon. — C'est le moment d'examiner les enseignements qu'il leur a donnés ; — et d'abord, au point de vue purement liltcraire, si son Discours sur le style, — qui n'est
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ires de la peinture italienne n*avait pu préserver leur (l*aboutir à la rhétorique des Carrache, et, dans un moi tout nouveau, le naturalisme hollandais de succéder à h humanisme. Et si enfin le classicisme français, dans i chefs-d'œuvre, n'avait été, pour ainsi parler, qu'une pi jection de l'esprit français sur le plan de la littératn générale, on ne conçoit pas comment il eût pu évif d'être refoulé dans ses propres frontières par le progp même de cette littérature, et ainsi de mourir de se propre triomphe. Idéal commun de l'Europe entière pei dant cent cinquante ans, le classicisme ne pouvait duri qu'autant que cette Europe elle-même; mais cette Europ venant à se défaire, il ne se pouvait pas que le classi cisme ne se déformât, ne se désorganisât, et ne disparu finalement avec elle.
Rendons-nous-en bien compte en effet : il y avait
de la nature ; — et de la terre le centre du monde. — Une autre consëquence de la diffusion des idées de Buflbn; — presque plus imporlanle; — comme tendant au renouvellement de la méthode; — a été de substituer les sciences naturelles comme type de la science aux sciences mathématiques; — c'est-à-dire les résultats de l'expérience et de l'observation à ceux du calcul ou de la méditation; — et par là de susciter; — avec une curiosité nouvelle, qu'on pourrait appeler la curiosité biologique; — une manière nouvelle de penser; — dont les effets ne sont pas encore épuisés [Cf. Ernest llaîckel, Histoire de la création naturelle, trad. française, Paris, 1874].
3° Les Œuvres. — On a eu le tort, dans toutes les éditions de BufTon, y compris la première [Paris, 1749-180i], de vouloir remplir le titre qu'il avait choisi lui-même pour son grand ouvrage; et ainsi de confondre son œuvre avec celle de ses continuateurs, pour en former un Cours complet d'Histoire naturelle. Il importe donc ici d'opérer la séparation et de n'attribuer à BufTon que sa part dans les 127 volumes de l'édition Sonnini, 1798-1807; — ou dans les 90 volumes de Tédition donnée de 1752 à 1805; — ou dans les 44 volume» in-4° de la première. Elle comprend :
La Théorie de la terre; l'Histoire de l'homme et V Histoire des
pauvreté du fond, qu*îi Téloquence verbeuse des pierre et des Saint-Just. Ils ont fait seulement m< mal. Et qu'on ne dise pas que les lettres « se parmi les discordes civiles! Ni le théâtre, ni la lil n'ont chômé durant la tourmente révolutionnaire, doute la tribune. Mais, avec une méconnaissance de la diversité des temps et des conditions de la pan de la littérature, on a considéré que Ton pouvait emprunter des formes aux générations dont on ne geait plus les idées, et que les maîtres qui n'étaient> des « maîtres h penser » pouvaient encore servi (( maîtres à écrire ». Et c'est pourquoi, tandis que le sicisme achevait lentement de périr, si l'on cherche hommes, en cette fin de siècle, continuent d'agir l'opinion, nous en trouvons jusqu'à trois qui n'ont eux que ce trait de commun d'avoir rompu résolui
Condorcett sa vie et son œuvre, Paris, 1895; — Guillois, Mat de Condorcet, Paris, 1896. \
2° Le Philosophe; — et que peut-ôtre ne l'a-t-on pas eacsii impartialement juge; — si de tous les encyclopédistes, — "^ même de tous les Girondins, avec lesquels il fut proscrit, — Ce dorcet est presque le seul qui n'ait pas profité d'une espèce d*ai nistie qu'on accorde : — aux premiers, pour les « persécutioBf dont ils n'ont pas d'ailleurs été l'objet [Cf., ci-dessus, les articl relatifs à l'enlrcprise de V Encyclopédie]; — et aux seconds po n'avoir pas eu le temps de se montrer tels qu'ils étaient [Cf. Edmo] Biré, la Légende des Girondins]. — Si l'explication ne s'en tro verait pas dans ce fait que le a marquis de Condorcet » a été in dèle à ses origines? — que sa mémoire a été mal gardée, et. m soutenue par l'aimable femme qui portait son nom [Cf. Guilloi Madame de Condorcet] ? — et aussi qu'avec des parties de talei il en a eu de sottise? ^^ On n'a jamais en effet joint ensemb plus de fanatisme et plus de crédulité; — de naïveté même; • et masqué naturellement, sous plus de science et d'intelligenc moins de réelle originalité. — Qu'après cela, pour ne rien di de ses travaux scientifiques proprement dits, — son édition d Pensées et son Éloge de Pascal, 1776, ainsi que sa grande éditi<
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pour en sentir toute la supériorité, qu'à faire la com] raison avec ceux de son ami Cabanis, par exemple; et pu il est Fauteur de ce livre fameux : V Esquisse d'une histoï des progrès de l'esprit humain ^ qui n'est peut-être p l'expression la plus éloquente que Ton ait donnée i l'idée de progrès, mais qui en est l'une des plus persw sives. Les contemporains ne s'y sont pas mépris, et la Coi vention nationale a bien su ce qu'elle faisait quand 1 13 germinal an III [2 avril 1795] elle en a décrété, sur 1 rapport du « sage » Daunou, l'impression par ordre, et h distribution « dans toute l'étendue de la République «f Et en effet quand on prend, comme Condorcet, le progrèj scientifique pour mesure du progrès, qui ne serait frappé de tout ce que nous savons aujourd'hui et qu'on ne savait pas autrefois? h^ Esquisse de Condorcet a fondé la reli* gion de la science, et transmis ainsi jusqu'à nous, sous
forme qui leur manquent absolument, ne sauraient être considérées comme appartenant à l'histoire de la littérature, nous n'avons à retenir de lui que :
1° Ses Eloges académiques, parmi lesquels il y en a de très intéressants ;
2° Son Eloge de Biaise Pascal; — sa Vie de M. Turgot; — et ses Notes pour le Voltaire de l'édition de Kehl, reproduites pour la plus grande partie dans l'édition Beuchot;
3û Son Esquisse d'une histoire des progrès de V esprit humain;
4° Ses Mémoires sur Vinstruction publique ; et
5<» Sa Correspondance .
La meilleure édition des Œuvres de Condorcet^ ou la seule, pour mieux dire, est celle qu'en a donnée Arago, Paris, 1847-1849, Firmin Didot.