‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 78 sur 90 · III. — Victor-Marie Hugo [Besançon, 1802; f 1885, Paris · texte numérisé non relu

III. — Victor-Marie Hugo [Besançon, 1802; f 1885, Paris

\^ Les Sources. — Sainte-Beuve, Premiers lundis, I, 1827, III, 1829, et Portraits contemporains, t. I; 1831, 1832, 1835; — Gustave Planche, dans la Revue des Deux Mondes, ses Revues dramatiques de décembre 1832, février 1833, novembre 1833, mai 1835, novembre et décembre 1838; — A. Vinet, Études sur la littérature française au xixe siècle, Paris, 1851 ; — A. Nettement, Littérature française sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, Paris, 1853; — Ch. Baudelaire, Notice [très remarquable], dans le Recueil des poètes français de Crépet, Paris, 1862; — Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Paris, 1863; — Edmond Biré, Victor Hugo et la Restauration, 1869; et Victor

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pas abjuré la doctrine du « renoncement à soi-mémi mais avec plus d*ardeur que jamais il continuait son gr combat contre Tindividualisme. Il convertissait Geo Sand à sa doctrine, et l'auteur de Lélia écrivait main nant : a N'est-il pas des infortunes plus urgentes à s< lager que Tennui de celui-ci et la fantaisie de celui-là? peuple est aux prises avec des questions vitales, il y a des abîmes à découvert. Nos larmes y tombent en vai elles ne peuvent les combler. Au milieu de cette misère réelle et si profonde quel intérêt voulez-vous qu'excite les plaintes superbes de la froide intelligence? Le peup a faim ; que les beaux esprits nous permettent de songi au pain du peuple avant de songer à leur édifier des ten

cipe de leurs variations ; — et d'y avoir réussi grâce au même do de fl virtuosité », — qui leur a permis de s'approprier les inven tions ou les idées de leurs contemporains; — pour les trans former, et les revêtir, l'un en prose et l'autre en vers, d'un» expression définitive. — Que cette faculté d'appropriation est peut être l'uue des formes du génie même; — et qu'en tout cas il sembU qu'elle constitue la définition propre du talent.

A. La jeunesse de Victor Hugo. — La famille du poète et les Hugo de Lorraine ; — sa mère « Vendéenne » ; — et à ce propos qu'il ne faut guère accorder plus de confiance à Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie qu'aux Confessions de J.-J. Rousseau [Cf. Biré, Victor Hugo avant 1830]. — La première éducation de Victor Hugo.

Avec nos camps vainqueurs, dans l'Europe asservie J'errai, je parcourus la terre avant la viel

[Cf. Odes et Ballades : Mon enfance ; — les Bayons et les Ombres : Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813 \ les Contemplations : Aux Feuillantines]] — et que les lacunes de cette éducation ambulante s'apcrcevrout dans l'œuvre du poète. — Débuts littéraires de Victor Hugo; — ses succès de concours : à l'Académie française, 1817, 1819; — et aux Jeux Floraux, 1819, 1820. — Caractères de ces premières pièces ; — et que, si le Bonheur de l'étude et les Avantages de renseignement mutuel ressemblent beaucoup à du Delille.

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toire, ils n'en croient pas moins, tous ensemble, très moment, qu'il existe une certitude historique; une vé: que Ton peut atteindre; et qui sans doute n'est nécessairement contraire, mais qui peut aussi n'être conforme aux impressions que nous recevons des fa C'est même au nom de cette vérité qu'ils se contredis ou qu'ils se combattent, et que, par exemple, ils refo les uns après les autres, leur histoire de la révolutû Ils n'ignorent pas qu'ils sont hommes, sujets comme t a l'erreur, et, de plus, imbus de préjugés qu'ils tienne de leur naissance, ou de leur éducation, ou de la natu actuelle de leurs intérêts. Mais précisément, erreurs < préjugés, leur méthode n'a pour objet que de les affranch

est déjà moins personnel dans le fond que dans la forme. -— Ce ce que l'on voit mieux encore dans les Voix intérieures ou dan les Bayons et les Ombres; — deux des plus beaux de ses recueil lyriques; — où sa première manière achève de se préciser et s délinir.

Son ùme... que le Dieu qa'il adore,

Mit au centre de tout comme un écho sonore,

écoute en lui chanter la voix; — murmurer la plainte; — ou pleurer les larmes des choses. — Il les « orchestre » alors ; — et on veut dire par là qu'il en soutient, qu'il en développe et qu'il en îimplifie le chant; — par les ressources d'une harmonie où concourent à la fois la nature, l'histoire et la passion [Cf. Sunt laciim» verum\ — A VArc de triomphe \ — Fonction du Poète; — Tristesse d'Olympio]. — Et c'est pourquoi, s'il y a des élégies plus louchantes que les siennes, comme celles de Lamartine; — ou des chants plus désespérés, comme quelques-uns de ceux de Musset, — il n'y en a pas déplus « lyriques », ou qui remplissent mieux la dérinitiou du genre; — par la nature même de l'inspiration première; — par l'ampleur, la magnificence et la diversité des « mouvements » qu'il trouve pour la traduire; — et enfin par ce qu'il y mêle déjà d' « impersonnel », de général, et d'éternel.

2^ L'inspiration épico-satirique] — et que si déjà, dans les Hayons et les Ombres, Victor Hugo s'était dégagé de ce que le lyrisme pur a quelquefois d égoïste; — en tant que personnel —

LdL UTTEBATOnB HODKSNS

luties, et ils mettent leur

?ait tenté de dire Icui

être que les greffiers impartiaux du passé.

r-propre prc

Par d'autres voies, c'est doni

! dans l'art, ou pour mieux dire e

ici lu vérité i , et d'u

qui ne prête pas à la coofusion, c'est l'artiste qui se

subordonne et qui se soumet à son sujet au lieu de s'inipposer à lui. Pas un instant Thiers ne suppose que, dans le

fôcit qu'il donne de la bataille de Marengo, ce soit à lui, ■Tliiers,que l'on s'intéresse, ni 'i'ocqueville ne se complaît

4ans l'étalage de soi-même, quand il essaie de démêler Ifavcnir de la démucratie. Ce sont les faits qui parlent ou Kqui doivent parler pour eux ; — et avec eux, après ou en

— el lu Eolilude; — saus 1 t cependant encore élargi i

rin politique elli^-mfme ; — e détacher de sa propre persoL conception de son art; — < nulilé. — Les Châlimenls, 1852; — et qu'à la vérité, s'ils font peu d'honneur au caractère d Hugo; — cependant ils n'en contiennent pas moins quelques-uns de ses chefs-d'oeuvre [Gf, l'Obéissance passive ■ Toulon ; l'Expiation] ; — où non seulement on saisit, — mieux encore que chez le poêle indigné des ïambes. — In parente , de lu Bfllire et du lyrisme; — mais encore où l'on surprend le passage du mode lyrique au mode épique. — 11 semble d'abord qu'on lie moins bien dans les ConUmplations , 1856. — Mais il faat ver que, si les Contemplations n'ont paru qu'en 1856, — tout lumc en est antérieur à 18iS [Cf. notumment A Villequier, el i les pièces sur lu toorl de sa fille]; — et des pièces rommc ir ou les Mages relient diji la deuxième à la troisième manière a po6te. — Au contraire la Légende des siècles, 1859, — est tout I fait caractéristique de cette seconde manière; — et bien que rrique encore, ou satirique [Cf. le début de la Rose de l'Infanle] : — it qu'Hugo n'y oublie point ses rancunes, ou ses haines; — seconde manière est plutdt épique; — si, par exemple, on ne voit b^intque te poète ail eu d'autre raison d'écrire son Booz endormi. - et quelques autres pièces de même nature, — que la tentation ' r réaliser sa vision des temps écoulés. — Il ne di'cril point pour

- e(, telhs enfin ijutUcs

même temps que la sociologie, que la philosophîe^i science, c'est donc Thistoire à son tour qui conclai le romantisme.

(l'est la critique aussi, lassée du rôle humiliant avait subi depuis une vingtaine d'années. Sainte*] lui-même, Tancien admirateur, disciple et (c co] d'Hugo, comme l'appelait plaisamment Henri Heii révolte; et son Port-Royal^ qui commence de pa] en 1840, son Chateaubriand^ qui est de 1848, ses ries du lundis dont la série commence en 1849, sonti justement le contraire de ses Portraits contemporaU ne parle pas de ses palinodies! Elles ne lui sont pas imputables, si, des Méditations à Raphaël et à Graziei

furent. — Il s'occupe même des choses qui ne l'intéressent personnellement; — ce qui serait la définition même de la cripiion épique; — si d'ailleurs, comme au temps des Orient Hugo ne demeurait trop indifférent à la « vérité pure » de choses; — et ne continuait à les représenter telles qu'il se imagine; — sans jamais éprouver de doute sur l'infaillibilité son imagination. — C'est ce qui lui arrive également dans Chansons des Bues et des Bois^ 1865; — qui retournent au lyrisi par le caprice ou la « folâtrerie » souvent énorme de l'inspiratii

— par la variété de l'exécution; — et par la liberté qu'il s'y donl de ne recevoir et de ne respecter aucune contrainte. '.;

30 L'inspiration apocalyptique. — Mais la méditation solitait avait produit un autre effet encore sur le poète; — et c'est ce qu'o essaie de faire entendre en parlant de sa « manière apocalyptique t

— II n'y a guère en eflet d'autre mot pour désigner la fureur d « vaticiner » qui s'empare de lui ; — l'épaississement de l'ombre dan son œuvre; — d'où les rayons, comme d'une toile de Rembrandt

— sortent alors d'autant plus fulgurants; — et la préoccupatio ou la hantise de l'a insondable ». — Ce sont les caractères de 1 seconde Légende des siècles, 1877; — et de la troisième, 1883. — Pour exprimer ce qu'il y a d'hostilité dans la nature qui nou entoure et qui nous défie; — pour traduire l'horreur plus grand encore d'être anéanti; — pour susciter à l'horizon de l'esprit de visions terrifiantes [Cf. VÉpopée du Ver; — Pleurs dans la nuit

— la Trompette du jugement^, le poète trouve alors des image

LÀ LlTTéHATUHK MODERNE

cliiinifLS s;ins doute, mais Lamartine a changé bien ivantagc encore 1 Mais c'est la méthode surtout qui a langi-, et avec ta méthode, c'est robjcl de In critique. [ Tnit mnintenant de l'histoire naturelle, de la physiologie même; et, aussi souvent que ses rancunes ou son -propre ne sont pas en jeu, ce n'est plus désormais e siennes qu'il donne ses impressions, c'est comme tonformes à la vérité.

1 fait un pas de plus, et, s'avisant qu'en littérature ou en

art les distinctions des genres et la hiérarchie des talents

e sont peut-être pas k ce qu'un vain peuple pense », il en

discerne la raison permanente et la première origine dans

a diversité des « familles d'esprits ». Qui donc a dit que u la

; — il rejoint les Eschyli! ou les Igaïc ; —

le se fait un moyen d'acliou. — Seulement,

té de 1b parole ciilèbre que : — «du

.quu

pas

nhit dans le Pape: — l'Âne; jntlaal d'ceuvreB iUisibles Bobacurilé eous laquelle on chercha lurent plus seulement la sensation 's celle du vide; — et dont est d'être o rrëDêtiqueDieuI n tout ■ ■■■ ■

lalilé de quelques-unes des id^es d'Hi

i fa il

Religions et Religion; 1878-1880; i n'ont même plus pour eUes cette

de l'énorme Ou du gignnlesque;

u d'aboj-d combien la a conlribn^ ù sa popu-

!nlion

B qu'il

manières. — ne l'est que relali jusque dans l'Ane des restes du poète des taies, — il y avait déjà, dans l'auteur des Feuilles d'automne, s commencements de celui de Religions et Religion. Les dernières années d'Hugo; — et de la très grande influence ilitique et sociale qu'il n elTeClivenient exercée, — non comme France; — ni comme député au» Assemblées de 1848 et 1850; — mais comme éeri*nin; — par ses Châtiments. 1852; — par Napoléon le Petit, \S53; — pur aea Misérables. 1862; — on, en lires termes, par la persistance de ses haines; — et son habi-

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