SECTION III
ÉTAT DE LA GRÈCE. — DIALECTES. -• ORIGINE DE L'ALPHABET GREC. -- ÉCRITURE.
Le onzième siècle avant notre ère est remarquable par les fréquentes migrations volontaires ou forcées des tribus helléniques. L'invasion du Péloponèse par les Héraclides ou peuples de race dorienne imprima le premier mouvement aux habitans de la Grèce. Le bouleversement fut général. Les Doriens fondèrent cinq nouveaux états dans le Péloponèse. Les Achéens se fixèrent dans le nord de la presqu'île , après en avoir chassé les Ioniens. Ceux-ci suivirent les Éoliens qui avaient fondé des colonies helléniques sur les côtes de cette même Asie mineure et dans les mêmes îles, qui avaient été le berceau de la population de la Grèce. Une partie des Doriens même, dont l'ambition avait causé cette révolution, avaient été obligés, quinze ans après, d'y chercher les premiers un refuge. Ainsi les Grecs retournèrent dans ce beau pays du continent , d'où devaient sortir les germes des arts et des sciences, qui bientôt jetèrent des racines si profondes dans les parties orientales de l'Europe.
Les nouveaux états de la Grèce, fondés par les Doriens, ne conservèrent pas long-temps leur régime monarchique; partout il fut remplacé par des gouverncmens républicains. Ce mouvement fut universel; il excita dans les nouvelles républiques ce patriotisme, qui leur a fait tenter avec succès de si belles et de si grandes entreprises ; mais il occasiona aussi de nouvelles émigrations. La Sicile et la basse Italie se couvrirent de colonies grecques; celle-ci a même été nommée Grande-Grèce. Dans la Grèce proprement dite, Sparte et Athènes marchèrent à l'envi vers la domination qu'elles acquirent dans la suite sur les autres états helléniques ; mais le principal théâtre de la littérature et des arts, était l'Asie mineure.
La langue grecque, la plus belle, la plus harmonieuse, la plus flexible que les hommes aient parlée, se fixa dans cette période. La musique , la poésie et le génie de la liberté l'ont portée à un degré de perfection auquel aucun idiome ne pourra plus guère atteindre. Elle eut de commun avec les autres langues qu'elle se divisa en divers dialectes ; mais un phénomène extraordinaire et unique dans l'histoire, c'est l'emploi que les Grecs firent dans leurs écrits de ces différens dialectes. Au commencement peut-être de cette seconde période, eut lieu la division en dialectes Eolien et Ionien. Le premier conserva dans les formes pélasgiques, qu'il avait adoptées, des traces de la rudesse et de la grossièreté , de la langue primitive des tribus nomades , qui peuplèrent la Grèce. Il fut la langue dans laquelle chantèrent Alcée, Sappho et Corinne. De l'Hellade il se répandit dans TArcadie et dans les colonies éoliennes.
Le dialecte ionien, plus doux, plus souple et plus harmonieux , fut celui d'un peuple industrieux , coin-