ÉTAT DE LA GRÈCE. — ALEXANDRIE
lettres et des arts; dans celle que nous allons parcourir, cette ville fut remplacée par la nouvelle capitale de l'Egypte. La dynastie des Ptolémées, qui pendant deux cent soixante-quinze ans gouverna ce pays , compte parmi ses princes des protecteurs zélés et éclairés des lettres. L'un d'eux fonda la bibliothèque d'Alexandrie1, la plus fameuse de l'antiquité. Cet établissement et le musée, qui dut son existence aux premiers Ptolémées , devinrent le centre de réunion des savans du monde entier.
Sous les trois premiers princes de cette dynastie , le royaume d'Egypte parvint à une grande splendeur; sa puissancedéclmadepuisPtoléméelVPhilopator. Alexandrie cessa alors d'être l'unique asyle des littérateurs , dont beaucoup préféraient au séjour d'une cour orageuse les villes paisibles de la Grèce et surtout Pergame. Ainsi la décadence de l'école d'Alexandrie fut préparée pendant les derniers soixante-quinze ans delà période , où nous entrons.
Les rois d'Egypte avaient ouvert un asyle aux lettres grecques; mais rien ne put remplacer le beau ciel où elles étaient nées. Transplantée sous un autre climat , la littérature changea de but et de nature : au lieu d'une affaire de goût, elle devint l'objet d'études réglées; au lieu d'hommes de génie, il y eut des savans. Ce fut à Alexandrie qu'on traça ce cercle des connaissances humaines qu'il fallait avoir parcouru pour aspirer au titre d'homme lettré. Ce fut à la même époque que se répandit le goût de cette critique de mots, (jui s'attacha surtout à Homère. Ce poète d'abord , et
1 Ger. Deàel, 'fflstoria critica lnbliothcca; Ale.vanlrinue. (Annal. Acad. Lugd. Balavae. 1822-23. 4.)
ensuite tous les autres poètes de la belle antiquité fournirent une matière inépuisable aux explications , aux éclaireissemcns aux commentaires et aux scolies de ces savans; l'histoire et la fable, la chronologie et le? monumens, enfin les mœurs des anciens temps, tout fut mis à contribution pour éclaircir les passages et les mots qui pouvaient présenter quelque difficulté, ou offrir l'occasion de faire parade de connaissances acquises dans la poussière des bibliothèques On fit alors des recherches sur la nature de la langue grecque ; on réduisit en forme de principes ce que l'usage et l'autorité des grands maîtres avaient consacré; on forma des recueils de mots peu usités, ou de ceux que quelque auteur avait pris dans une acception particulière; on distingua les dialectes, et on en signala les caractères ; en un mot la philologie, science auparavant inconnue, remplaça le génie, et la critique traça à l'imagination les règles au-delà desquelles il lui serait défendu de prendre son essor.
On vit naître alors les sept arts libéraux, dénomination sous laquelle on comprenait la grammaire , la rhétorique, la dialectique, l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique. A mesure que l'érudition étendit son domaine, et qu'on raisonna sur les principes du beau , les lettres déchurent et le goût se perdit. Une calamité , particulière à cette époque , contribua encore à la décadence de la littérature: un esprit funeste de flatterie et une malheureuse envie de plaire aux grands, défauts inconnus aux siècles de la liberté , s'emparèrent des hommes de lettres, et les entraînèrent dans des écarts pernicieux à la littérature '.
Nous l'avons déjà dit , Alexandrie ne resta pas, pen- 1 C. G. Heyne, de Genio sœculi Ptolcmxormn , dans si's OpuSC,