SECTION XXVIII
ÉTAT DE LA POÉSIE DANS LA GRÈCE EUROPÉENNE ET ASIA- TIQUE. — COMÉDIE NOUVELLE.
CONFÉR. SECT. XIV. P. 68.
Avec la liberté, les Muses quittèrent la Grèce. Nous rencontrons dans cette période quelques faibles traces de poésie lyrique ; mais nous ne trouvons pas un seul poète marquant , si ce n'est dans la poésie dramatique. Nous n'avons guère à citer pour la poésie lyrique que les noms des trois femmes qui complètent la liste des neuf poètes dont nous avons parlé plus baut ; ce sont Anyte, Nossis et Mœro. Anyte , de Tégée, avait la charge de mettre en vers les oracles d'Esculape à Epidaure. Il s'est conservé d'elle vingt épigrammes, qui se distinguent par une grande simplicité. Nous possédons de Nossis, de Locres, environ une douzaine d'épigrammes. Mœro, qu'on nomme communément à tort Myro , composa un poème en vers héroïques intitulé Mnémosyne ; des Imprécations ('apcû); et des Epigrammes *.
C'est dans cette période (pie fleurit ce qu'on a coutume de nommer la Comédie nouvelle , par opposition à l'ancienne et à la moyenne. Le chœur, qui en perdant dans la comédie moyenne le droit de prendre part à l'action, avait été dépouillé de la seule prérogative capable de faire supporter sa présence , devenu insipide par ce changement, disparut entièrement de la scène. Au lieu d'y faire paraître des hommes connus, d'après
1 Les fragrn. d' Anyte, Nossis et Mœro se trouvent dans les collections de J. Cit. Wolf et A. Schneider, et dans les Anthologies.
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le privilège dont l'ancienne comédie avait abusé, ou de parodier les poètes, comme avait fait la comédie moyenne, on s'étudia à peindre les mœurs, en plaçant les personnages dé la pièce dans des situations, qui pussent faire ressortir leurs caractères, et on noua des intrigues propres à fournir des scènes comiques ; en un mot la comédie devint, ce qu'elle est chez les nations modernes, le tableau des ridicules et des vices de la société, dégagé de toute satire personnelle. D'un autre côté, le langage et le ton de la comédie acquirent plus de dignité et de moralité; la peinture des mœurs devint plus fine, les plaisanteries plus gracieuses et assaisonnées de tout le charme de la diction attique. Trentedeux poètes dramatiques de cette époque sont nommés dans les ouvrages des anciens, mais pas une seule de leurs comédies ne nous est parvenue. Le plus célèbre d'entre eux , Ménandre , né à Athènes l'an 342 avant J.-C. , et disciple deThéophraste , composa quatre-vingts pièces de théâtre. Nous en possédons quelques fragmens, mais ils sont insuffisans pour nous donner une idée de son genre; quant aux imitations de Térence, elles ne suppléent qu'en partie à la perte des pièces grecques, parce que le poète latin s'est écarté de la simplicité de son original. Nous n'avons aussi que peu de fragmens de Philcmon, de Soles en Gilicie, de Diphile de Sinope , de Posidippe et de Bomoxène , d'Athènes. Trois poètes comiques du nom <X Apollodore sont cilés par les anciens : l'un, contemporain de Ménandre , était de Gela en Sicile, l'autre d'Athènes et le troisième de Carysle. On ne sait auquel des trois attribuer les fragmens qui restent sous ce nom '.
1 Les fragment des poètes de la Comédie nouvelle se trouvent