BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES
aile qui fut nommée JEdes Tiberianœ , il voulut qu'il y eût aussi une bibliothèque; et il parait que cette collection ne périt pas dans l'incendie de Rome sous Néron , puisque Aulugelle en parle comme existant de son temps. On ne sait si la bibliothèque Palatine fut également sauvée alors : toutefois la description que Tacite fait de ce désastre , et la manière dont il déplore la perte des monumens du génie grec , font croire que cette bibliothèque devint la proie des flammes.
Vespasien construisit le temple de la Paix , bâtiment immense , destiné à servir de local à tous les monumens des arts et des sciences, et dont Aulugelle parle également.
Pour réparer les pertes causées par le feu , Domitien envoya des copistes à Alexandrie , avec ordre de transcrire les livres qui manquaient à Home , ou de corriger ceux qui s'y trouvaient défectueux.
La bibliothèque Ulpienne, ainsi nommée d'après Trajan, son fondateur, fut par la suite transportée dans les Thermes de Dioclétien.
Une autre bibliothèque célèbre , quoique son origine soit inconnue, était celle du Capitule fondée peutêtre par Sylla ; le feu du ciel la réduisit en cendres sous le règne de Commode.
La dernière bibliothèque de Rome dont l'histoire fasse mention, est celle que Serenus Sammonicus légua à son ancien élève , l'empereur Gordien-le- Jeune : elle était composée de 62.000 volumes , quantité prodigieuse pour la fortune d'un particulier. On croit qu'elle fut placée au palais de Pompée, situé à coté de son théâtre.
Indépendamment des collections publiques, il y en avait beaucoup de particulières ; du temps de Publius
Victor, qui a vécu dans le quatrième siècle , on comptait en généra] à Rome vingt-neuf bibliothèques ouvertes au public.
Les empereurs ne se contentèrent pas d'accumuler ces trésors littéraires , ils eurent soin que , dans les principales villes de leur domination, il y eût des maîtres qui missent les jeunes gens en état d'en tirer parti. A Rome, le Capitole fut assigné aux professeurs salariés par l'Etat , pour y donner leurs cours. On en comptait dix pour la grammaire, c'est-à-dire pour la philologie romaine, autant pour la philologie grecque, trois rhéteurs latins et cinq grecs , un philosophe et deux juris-consulles. De semblables établissemens d'instruction existaient à Milan , à Marseille et à Carthage.
Dans la partie orientale de l'empire, Alexandrie et Athènes possédaient les principales écoles. Dans la première de ces villes, on enseignait spécialement les mathématiques, la philosophie et, depuis les Antonins, la médecine. A Athènes, on cultivait de préférence la rhétorique ; vers la fin de la période où nous entrons , l'école d'Athènes était la plus florissante de toutes. On ne fait mention d'aucune bibliothèque considérable que cette ville ait possédée.
Antioche et Béryte avaient aussi des écoles; la dernière devint, depuis le milieu du troisième siècle, le principal rendez-vous de ceux qui étudiaient la jurisprudence. A Antioche, il y avait une bibliothèque publique, placée dans le temple de Trajan. Suidas raconte que l'empereur Jovien, dans un mouvement de fanatisme, y mit le feu.
Par la soumission de la Grèce et de l'Egypte, et par la laveur que les empereurs accordaient à la littérature grecque, étrangère aux habitans de leur capitale, Rome
devint le principal siège de cette littérature , qui reçut même un nouveau lustre sous les Antonins; car ces princes l'aimaient , la cultivaient eux-mêmes et réunissaient à leur cour les meilleurs écrivains de leur temps. Celte époque que , par un éloge exagéré , on a quelquefois qualifiée d'une des plus belles de l'histoire du genre humain, fut de courte durée. Après les Antonins, le despotisme, avec tous les vices qui l'escortent , remonta sur le trône; on vit s'établir alors le plus absurde comme le plus atroce de tous les gouvermemens, le règne de la force armée : celui-ci prépara la barbarie que dans la suite nous verrons envahir tous les pays soumis à l'Empire romain.