DE BACON W^V\ KANT
BC«XVII* SIECLE JUSQUE VEftâ JLA FIN DU XYIII*.
Noaveai^ essais plus indépendants tentés par la philosophie dogmatique et sceptique ; esprit d'examen plus approfondi et dirigé ▼ers l'unité systématique.
Deux hommes de génie , Bacon et Descartes ^ en- Irainèvent à leur suite l'esprit humain dans une direction qu'il a loi^g-temps oonserTée : par eux l'expérience et la spéculation deTiifrent les deux cle£s de la philosophie. Ce mouvement nouveau avait commencé en Italie ; mais ce fut en Angleterre , en France et en Allemagne qu'il put se développer librement. Les deux nouvelles écoles s'efforcèrent de
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pénétrer dana la réalité des choses, et.de faire Taloîr leurs systèmes par la Vérité , l'ensemble et Tunnersalité des résultats obtenus; mais dans leur empressement d'édifier une science nouvelle y elles ne songèrent point assez à Tasseoir^sur un fondement solide, et ne purent ainsi donner aux nouvelles théories le degré de perfection nécessaire pour leur assurer une domination universelle. Des divergences s'établirent en raison des penchunts opposés d^ quelques espcits, ici pour rempirisme, devenu contraire à la acîenoe et aux vues générales , là pour la démonstration , devenue une manie et une prétention exagérée ; on ne fut point d'accord sur la valeur et l'importance relative de l'entendement et de la raison , du sens commun et de la spéculation.
Les questions spéculatives et les questions pratiques sollicitaient en même temps l'intérêt des philosophes. Chacun se détermina vers les unes ou les autres d'une manière plus ou moins exclusive. De là se formèrent deux partis , qui pouvaient aisément se trouver 1 un à l'autre des imperfections et des défauts y dont ils se prévalaient pour le tiûomphe de leur, propre doctrine. Ainsi se prolongeaient des débats qui finirent par lasser les esprits et leur inspirer une sorte d'éloîgnement pour toute recherche philosophique.
PHILOSOPHIE MODBRW. PRBMIBRB ÉPOQUE. d7
Mais bien que ces écoles n'aient pat encore recher-* elle avec asse^ de pioofôndeur et d'exactitade les bases de la connaissance 9 il n'en est pas moins vrai qu'elles ont donné à l'esprit philosophique plus de force et d'étendue; p^r leurs tniTaux opposés , les divers^ branches de la science philosophique firent de notables progrès ^ et cette science étendît consî* déraUement son influence en appliquant sa propre forme à toutes les parties des connaissances humai* nés. Sa méthode se perfectionna, sa langue s'étevdit^ et rendit moins rare, le* goût des recherches appro* fiondies et rigoureuses*
La philosophie pratique fut long-temps négligée pour la spéculation vers laquelle s'étaient portés les principaux efforts. En morale ^ saint Thomas (§. 2i65) avtc ses tiombreux eommentateurs , les casuistes , et chez les protestants Âristote , restèrent long'temps en possession de l'enseignement. Les théologiens s'efforcèrent avec beaucoup d'ardeur d'attii*er dans leur domaine exclusif toute la science pratique, et de proscrire de ce côté tout esprit de recherche. Une idée dominante s'était maintenue depuis les siècles de la scholastique > savoir que Dieu est, k titre de créateur du monde, la raison dernière de toute obligation et de toiite loi , en vertu des motifs subjectifs ou objectifs de sa volonté. L'auto-
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rîté de la révélation soutenait cette opinion , qui ea soi n'est point fausse , et on s'appliqua , non seulezo^nt parmi les théologiens > mais encore chez les pihilosophes' adonnés aux matières théologiques, à développer et à fortifier cette doctrine, chacun selon ses Tues particulières.
La législation civile, si éloignée par sa nature de la théologie , et les discussions sur les rapports légitimes des étais et des peuples, aqienèrent insensiblement la philosophie sur un nouveau terrain. On Toulut ajouter aux croyances dominantes la force d'une opinion et d'une foi rationnelle , affermir la religion révélée par le secours de la raison , confondre les doctrines opposées à la morale; tous ces motifs reportèrent l'attention et l'esprit de recherche vers les questions de l'ordre pratique. Alors, on voulut à l'envi examiner la nature morale de rhomme , et réunir en un même tout la philosophie spéculative et la philosophie pratique.