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CHAPITRE PREMIER

ESSAIS POUR FONDER LA SCIBNCE PHILOSOPHIQUE SUR l'exPÉRIENCE.

Empirisme de Bacon.

Biographie de Bacon , par William Rawlay, en tète des Letters and Remains of Ihe Lord chancellor Bacon. Lond. , 1734, in-4.

M. MaUM, The life of Bacon , en afant de son édition des

PHILOSOPHIE MOMRNB. PSEBOÈKS ÉPOQUE. CH. I. 59

œuvres de Bacoa. Le inônie ouvrage traduit en firaDçaîs. La Haye, 1742, in-12. Lood. et Paris, 1788, iD-8.

BJographie étendue de Bacop , daus I9 Biograpbia Britan- DJca.

Analyse de la philosopl^ie du chancelier Bacon. Leyde, 1756, 2 vol. in-8.

Sur les services rendus à la philosophie par Bacon. Voyez H^denr^icà ûsm sa traduction aUem. de Cromaziooo , 1 1 , p. 306.

Sprengel, Vie de Bacon, dans le Biographe (de HaUe), t. VIII, n*» 1 (ail.).

François Bacon , lord de Verukm ^ vicomte de SaiDi>- AlbaQ y commença en Angleterre la réforme de la philosophie; homme doué de faculté» supérieures, d'une sagacité profonde, possédant une vaste science avec la connaissance du monde- et d^ hommes, mais avec un caractère qui ne fut pas en-* tièrement exempt de reproches* Ne à Londres , en i56i,. il remplit les chiu'ges les plus éminentes de l'état, et mourut en 1 6:26. Dans sa jeunesse^ il étudia la philosophie scholastique d'Aristote et la littérature classique. Celle-ci lui apprit à mépriser le vide et l'inutilité de la première, et les occupations delà vie publique, où il entra ensuite, durent augmenter en lui cette disposition. Parvenu à l'âge mûr, il entreprit la réforme {magna restauratio) qu'il jugeait nécessaire d'introduire dans la philosophie; il n'exécuta que quelques parties de ce grand ouvrage 9 l'Encyclopédie des sciences (i) et VOrga-

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(1) De dignitate et aiigmentis scîenliarum. En anglais. Lond.,

60 TROmàME PBRIO0B.

non {i)y ou méthode uniyerseMe; mais l'influence qu'il exerça sur la science philosophique , par ces essais, fut sans doute plus grande qu'elle ne l'eût été s'il eût à lui seul produit un système complet.

Bacon prit une route opposée à celle qu'on suivait ' habituellement : au lieu de s'adresser aux notions de l'entendement à l'aide de la dialectique, ce^fut sur l'expérience, à l'aide de l'induction, méthode essayée imparfaitement par Telesio, qu'il prélendit reconstruire l'édifice des connaissances humaines. Tout en reconnaissant que sa philosophie a bien aussi le défeut. d'être trop exclusive, on ne saurait trop rendre hommage aux services qu'elle a rendus^ à l'influence qu'elle a exercée du vivant de son auteur et long-temps après , en détrônant la philoso* phie de l'école, en dirigeant l'attention des esprits vers ta nature et l'expérience , en r^etant les causes

1605; en lat., 1623. Lugd. Bal., 1652, în-12. Argent., 1654 , m-8;en ail., par J. Herm. Pfingsten, Pesth, 1783 , in^. Ses Œuvres, pnbl. par Will. Rawlaj, arec une biographie de Bacon , Âmsterd., 1663 , 6 vol. in«12. The works of Fn Bacon , en 4 vol. Lond., 1740, in-fol., par Mallet; édit. la plus complète. Lond., 1765 , 5 vol. în-4; édit. latine. Francfort, 1666 , in-fol. Lugd. Bat., 1696 , 6 vol. Lips., 1694 , in-fol. Amstel. , 1684 , 6 vol. in-12 , 1730 , 7 vol. in-12.

(i) Novum organum scientiamm. Lond., 1620, in-fol. , eti angl. Lugd. Bat., 1650 et 1660, in-12, en lat. En ail., par G. W. BarthoUf. Berlin , 1793 , 2 vol. in-8.

PHaOSOPHIB MODBRNB. PREMlàRB ÉPOQUE. CH. I. 61

finales de la physique pour les reléguer dans la mélaplijsique, en déreloppant avec clarlé certains points d'observation psychologique, tels que l'association des idées. A tous ces services rendus par Bacon il faut en ajouter beaucoup d'autres encore : sa lutte grave et réfléchie contre les superstitions contemporaines, son Organum pour les sciences naturelles, destiné à répandre une nouvelle méthode, l'art d'acquérir des connaissances par l'induction (Nov. Org., L I, Âphor. 19 sq.), enfin ce tableau systématique de toutes les sciences, ramené dans sa base à trois divisions, et les vues de l'auteur pour étendre et perfectionner toutes ces branches diverses (i). Au reste, pour prouver combien se trompent ceux qui ne voient dans Bacon qu'un empiriste vulgaire, il suffit de rappeler en quels termes il dédUffe son opinion sur la science et sur l'objet de la philosophie. La science, di^il, n'est autre chose qu'uqe image de la vérité, car la vérité dans la réalité des choses , et la vérité dans la connais^ san^e , ne sont qu'une seule et même vérité , et ne différent pas entre elles plus qu'un rayon de lumière direct et un rayon réfléchi (Au^. scient, i, col. 1 8). L'objet de la philosophie est triple : Dieu , la nature \ ^ et l'homme; la nature s'ofifre à notre mtelligence V 1

(i) Il est très probable quç ce furent les idées de Bacon qui su|^gérèrent à J. Barclajr son Traité de Psycbolofie spéciale : leon anîmonim. Lood., 1614, in-8. Nous parleroBs plus tard de Cumberland et de Hobbes.

comme le rayon direct, tandis que c'est pour ainsi dire par un rayon réfléchi que Dieu se manifeste à nous (Ibid. m y cap. i).

Philosophie de la natare de GampaneUa.

Thoms CampaneUœ, De libris propriis, et recta ratioae studendi syntagma (éd. Gabr. Naudœus). Par., 1642, in-8 ; Amstel., 1646 i Rotlerd., 1692, in-45 même ouvrage dans : th. Crenii CoOectlo tractatnum de philologiœ stndiis , liberelis doctrinœ iofonnalioiie et educatione Utferaria. Liigd. B ,

1696, iii-4.

Em. Sal. Cypriani Yita et ptiilos. Thomœ Gampaneli®. Amstelod., 1705, in-8 ^ éd. 2, 1722, in-8.

Sur Th. GampaneUa, dans le Deutsches Muséum, 1780, n^ 12, p. 481 (ail.) ; et Schroeckh, Biogr., etc., t. i, p. 281

(ail.).

Prodromns ptattosopihiœ instaurandœ , id est dissertationis

de natura rerum compendiam secundum vera principia es

scrîptis.Th. GsanpaneUœ prœmissiun (par To6. Adami)^

Francof., 1617, in-4.

Doctrine de Thomas CampaneUa sur la connaissance humaine , avec quelques remarques sur sa philosophie, par Fui" leboruy Beitrage, 6* cahier, p. 114.

Outre reuvrage de GampaneUa, déjà mentionné (§. 298, en BOte) , nous indiqueroiis ses antres écrits qui sont assez rares. Prodffomus philosophie instaurandœ. Francf., 1617. — De Sensu rerum et magia. Francf., 1620 j Paris, 1636, in-4. — Realis phUosophi» epilogisUcœ partes iv : hoc est de rerum natura, hominum moribus, poHtica, cui Civitas solis adjuncta est, CDConomica cum adnotationiBus physiologicis a Tobia Adami nunc primum édita. Francof. ad M., 1623, in-4. — Alheismus triumphatus. Romie, 1631, in4bl. — Scelte d'A!-

PHILOSOPHIE MODBimB. PREMIÈRE ÉPOQUE. GH. I. 68

cune poîesie philosofiche de Septimano Squilla. d. 1.^ 1682. — Ad doctorem gentium de genUlismo non reUneDdo et de prffidestioaljooe et gratia. Par., 1636, in-4. — Philosophie ratio nalis et realis partes v. Paris, 1638, iD-4. — Uniyersalis philosophiœ sive metaphysicarum rerum Juxta propria dogmata partes très. Par., 1638, ln-4. — Civitas solis. Ultraj., 1643, în-12.

Une entreprise analogue k celle de Bacon , pour fonder la philosophie sur la nature et l'expérience, fut conçue par l'un de ses contemporains , Thomais Campaftella y né en i568y en Calabre. Né avec les dispositions ks plus heureuses > et élevé avec soin^ il entra dans l'ordre des Dominicains, et fit ses cours de philosophie , en qualité de novice , dans le monastère de Gosenza : à cette époque, il fut induit, tant par ses propre» réflexions que par les objections de Telesio ( §• 298), à se défier de la philosophie d'Aristote (i), et s'afiranchissant de tout attachement servile à cette doctrine, il chercha à satisfaire ses doutes en recourant aux autres systèmes de l'antiquité. Il reconnut comme sources uniques de toute connaissance la révélation et la nature. La première est le fondement de la théologie^ la seconde délia philosophie; ces sciences ne tont autre chose que l'histoire de Dieu et celle de l'humanité. Le

(i) Cf. De gentilismo non retinendo Quxstio unica:Utnini Hceat novam post gentiles condçrc phîlosophiam , utrum lîcest Arîstoteli contradicere , utrum lîceat jurare in verba magîstri. Paris , 1636 , in-4.

64 TBOlSlàm PBRIODE.

scepticisme y chez OimpaDelia, ne fut qu'une situation d'esprit passagère et de courte durée ; il se hâta de la remplacer par un échafaudage dogmatique ^ construit avec trop de précipitation^ et sans avoir songé à s'y préparer par un pr^pédeutiqua approfondie. U avait embrassé trop d'études diverses , et aspirait à devenir à la fois le réformateur d'un trop grand nombre de sciences , pour qu'il lui fût po^ible de pénétrer bien avant dans chacune, et d'en traiter d'une manière rigoureuse. Son projet de réaliser une réforme complète en philosophie fut d'ailleurs troublé par les malhem^s de sa vie. Accusé d'un crime d^état par ses ennemis , il passa vingt-sept années dans une prison rigoureuse; acquitté et remis en liberté en i6a6, le besoin d'un asile plus sûr le força dé passer en France , où il mourut en lôSg, à Paris.

Campanella était un esprit éclairé et philosophique; il joignait à des connaissances* très étendues un véritable amour de la vérité /dont il fai^it la condition première de toute philosophie. Comme Bacon, il proposa une nouvdle manière de classer Les sciences. 11 avait, tant sur la philosophie que sur beaucoup* d'autres études, d'excellentes vues; mais la vivacité de son esprit Tempéchait d'approfondir avec patience, et de terminer ce qu'il commençeiit. Ses principaux efibrts portèrent sur la métaphysique , considérée comme fournissant des principes pour la théologie, les sciences naturelles et la morale. U ne

raiLOSOPfllE MODBRNB. PBÉMlàftE ÉPOQUE. CH. I. 65

voit qu'une logique et un -vocaBulàire dans la prëtendue métaphysique d'Aristote. La Vëritable metapbjsique est y selon lui ^ une science rigoureuse et uëcessaire ; les sens ne font connaître que les objets isolés, tels qu'ils nous apparaissent » mais non leur réalité et leurs rapports généraux. La logique n'est point une science qui s'occupe du réel et du nécessaire y de Dieu ou de la création ; c'est un art qui a pom* objet la lapgue philosophique (Philos, rat. F. II, Dial. y p. 2). La faculté de sentir est , selon lui , ^ notre unique faculté de connaître (sentire estscife) , et il y ramène tontes les autres facultés de l'esprit; sentir, c'est percevoir une modification dont nous jfV^ sommes aflectés; la réflexion , la mémoire, l'imagina-i tien ne sont autre chose que la sensibilité diyersonent déterminée; la pensée est l'ensemble ^ la réunion des eonnaissances données par la sensation , et cette réunion doit elle-même être sentie de la même manière.

Avant tout, ce qui occupe le plus Gampanella , c'est de rechercher la possibilité d'un dogmatisme philosophique à opposer au doute des sceptiques, et il donne là-dessu& un travail assez complet dans sa Métaphysique (livm). Tantôt il nie les motifs du doute établis par l'école sceptique, tantôt il les restreint ou il repousse les conséquences qu'on en a tirées. En général y il en appelle à notre désir de connaître, véritable besoin qu'éprouve la Maison II. 5

M TECmiiMB PBMODB.

d'arrÎTer à la vérité des choses , telles qu'elles sont en eUes^mèmes. On ne saurait ^ sans admettre certains principes de connaissance , combattre la yérilé de la connaissance ^ et le scepticisme lui-même est forcé de se soumettre à ces principes. U existedesprincipes in^nt^gtabl^^et qui reposent sur le témoignageda s comm nn. Par le sens commun, nous apprenons : i"*. que nous sommes, que nous pouvons, que noua savons et que nous voulons; a*, que notre pouvoir^ notre savoir et notre volonté sont bornés; S"*, qu en même temps que nous pouvons , savons et vouk>ns^ notre pouvoir, notre savoir, notre volonté ont des objets autres que nous. Gampanella s'en tint à ces principes , sans entrer plus avant dans la difficulté , parce qu'il considère le monde comme une révélation en acte, donnée par la puissance divine {ope-rondo) j révélation qui ^ avec celle de la parole sacrée, est le seul motif légitime de toute ferme conviction pour notre esprit.

Le problème de la métaphysique est ainsi conçu : rendre raison des choses comme elles existent et en tant qu'elles existent. Axiome : certaines choses existent et nous apparaissent. Elles sont vraies ou fausses , ce qu'il faut examiner d'après la règle de la réflexion : le même ne saurait être et ne pas être , et d'après les propriétés fondamentales de l'être et dtt non-^tre. Ces propriétés , ap^lées primalîtés , sont pour l'être : la possibilité ou virtualité (poieniia).

PHILOSOPHIE MODBBfnU PRBIflÈRB ÉPOQUE. €H. I. 67

la ooDinksanoe ou lesaToir (sapientià)^ et la sjmpa* tbie oa l'amour '^ omor). Ce qui peut être ^ est; ce gui est, doit être. Ty^tft yhnpf ^ni^ ^^n^j^'p^grjyn- h lie 6t connue; autrement elle serait pour nous ^ oûmme si elle n'était point. Tout être tend à se con* serrer; aucun ne veut sa propre destruction; sans cette disposition il n'aurait ni durée , ni énergie, ni existence. Les primaliljés du non-étre sont Fimposâbilité ou la non-puissance (^impoieniia) , l'absence de connaissance (insipienlia) j et l'antipathie (oditan meiaphjrsicum). L'existence, la vérité, la bonté, dont la manifestation extérieure est la beauté, tels sont les trois objets des primalités de l'être. Ces propositions conduisent ensuite l'auteur à Dieu , l'être premier et suprême, ou la suprême unité (Metaphys., Tii, I ^•)9 dont il détermine les propriétés et les facultés principales, appelant nécessité l'action de la puissance, destinée l'action de la connaissance, harmonie l'action de l'amour. C'est sur la théologie qu'il /onde sa théorie cosmologique , pnenmatoloc^que et psychologique , dans laquelle il cherche a rendre raison de l'existence et de la fin de la création, surtout d'après les Tues et les hypothèses d'autres philosophes , néoplatoniciens et cabalistes , et d'après celles, de Telesio. Il reconnaît l'unité de la vie dans la nature (mundum esse Dei vivam ^taiuam). Par l'union de l'être et de la nécessité, cpi en est inséparable, a^ec le non-être et sou caractère de contingence, il explique le mélange de nécessité et de hasard que présente le monde ; de là il

6S TROISIÈME PÉUODE.

déduit sa thëodicée. Il maintient l'existence d'un monde incorporel, et d'esprits chargés de mouvoir les astres. L'âme est un esprit corporel qui se con* nait soi-même comme étant une substance subtile, chaude et lumineuse. De ses propriétés fondamentales et de ses constantes aspirations vers l'immortalité, qu'il lui est impossible d'atteindre en cette vie, CampaneUa tire la démonstration de son immortalité. — Dans sa morale, qu'il fonde sm* sa doctrine ontologique, il met en avant plusieurs idées neuves. L'Être infini est le bien suprême : toutes choses se rapportent donc à lui et tendent vers lui ; c'est la loi religieuse. La religion est le chemin qui conduit l'âme du monde des sens au monde invisible , et à la plus haute perfection : elle consiste dans l'obéissance à notre Créateur, dans la contemplation des choses divines et humaines, et l'amour de Dieu. Ici se placent des considérations très remarquables sur la religion naturelle et artificielle, intérieure et extérieure, innée et acquise.

La philosophie de CampaneUa a plus de mérite négatif que de valeur positive. On reconnaît un zèle sincère et ardent pour la vraie connaissance de la raison dans les luttes qu'il soutint conti*e la philo* Sophie aristotélique, l'athéisme, la fausse politique ou le machiavélisme, et dans la manière dont il défend la liberté de penser et le droit qu'a la raison de se frayer des routes nouvelles; mais ses principes

en eux-mêmes, l'ensemble de son système dans lequel il rattache d'un lien assez faible ses propres idées et celles d'autrui, des vérités et des conceptions fausses attestent chez ce philosophe Timpuissance de résoudre d'une manière satisfaisante les grands problèmes de la science. Il a néanmoins la gloire d'ayoir exprimé clairement le besoin de cette solution • dans rintérét de la coniiaissance rationnelle et théologique.

Philosophie ionique et atoinistique modifiée.

Basso. Bérigard, Magnen, Sennert, Gassendi.

L'insujBfisance reconnue de la doctrine scholastique aristotélique y particulièrement en matière de philosophie naturelle, donna lieu au renouvellement des systèmes naturalistes des écoles ioniennes et atomistiques. Sébastien Basso, vers 1621, combattit la physique d'Aristote (§• i45). Claude GmUermert de Bérigard ou Beauregard, né à Moulins en 1578, mort à Padoue en 1667, ou plus tard , proposa un système emprunté aux Ioniens , et renouvela -la doctrine des atomes^ comme présentant une physique appropriée au christiahisme et favorable à l'hypothèse de la matière primitive d'Aristote (1). Un autre Français, Jean-Ghrysostôme Magnenus, ou

( I ) Circuli Pisahi , Seu de velerum et perîpatet ica phiiosophîa dîalogî. Udîne , 1643— 47, in^. Patav., 1661.

Magnen, né à Luxeail , et professeur de médecine à

Payie (i), recommanda la philosophie deDémocrite

pour l'explication des phénomènes naturels. Daniel

Sennert , né à Breslau en i S'ji^ mort en 1637^ tenta

aussi de réformer la physique d'après les principes

de Démocrite (2). Il soutint l'indépendance des

formes par rapport à la matière, et la création

des âmes tirées du néant par le Créateur; sur c:e

dernier point il s'engagea , entre lui et J. Freitag,

professeur à Grœhingue, un débat dans lequel il

fut défendu par son disciple J. Sperling. Pierre

Gassendi, né en Provence l'an i5g2, mort à Paris

en i655^ qui fut de son temps le plus savant parmi

les philosophes et le plus habile philosophe parmi

les savants, entreprit de défendre et d'apprécier, avec

plus d'impartialité qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui ,

la philosophie d'Épicure (3). Il se signala par ses

(1) Deniocritus reviviscens, sive vita et philosophia Démocrîtî. Tîcini, 1646, iii-12. Lugd. Bat., 1648; et Hag. Com., 1658,10-12.

(a) Dan. Sennerti Hj^mnemata phjsica de rerum naturalium princlpiis. Francof., 1635^-1636 , in-12. Pkjsica. Viteb., 1618, ia-8. Opéra omnia Venet., Ij64l ; réimpr. plusieurs fois. Lugd., B., 1676, 6 vol. in-fol.

(3) Sam. Sorberii Diss. de vita et moribus Pétri Gassendi , eu avant de son Sjntagma philos. Epicuri.

Bemier, Abrégé de la Philosophie de Gassendi. Paris , 1678, in-8. Lugd. B., 1684, in.l2.

Bugerel, Vie de P. Gassendi. Paris, 1737, in-12. Vojez

PHILOSOPHIB MODBRNB. PBBMIÈBK ÉPOQUE. CH. 1. 71

vue$ nouvelles en mathématiques, en physique et en philosophie^ portant dans tous ces travaux un grand jugement et une instruction solide , et il ne se fit pas moins remarquer par ses vives et spirituelles attaques contre Aristote(i)^ Fludd(a)etDescartes(3). 11 exposa avec un véritable amour de la vérité la vie et le caractère d'Épicure (4)> éclaircit sa philosophie sans en dissimuler les défauts en matière de théologie (doctrine des causes finales ), et il la fit sei'vir de base à un nouveau système philosophique (5). Emmanuel Maignan, né en 1601, mort en 1671,

aussi : Lettre 'critique et historique à l'auteur de la Vie de P. Gassendi. Ib. 1737, in*12. .

Pétri Gassendi Opéra omuia. Lugd., 1658 , 6 vol. in-fol.; et Flor., 1727.

(1) Exercitationes paradoxicae adversus Aristoteleos , lib. i. Gratianopol., 1624, in-8 , lib. u. Hag. G., 1659, in-4. Cinq liyres du même ouvrage u'ont jamais été publiés. En réponse à ce livre, Henr. Ascan. Eugelcke donna une dissert, intit. : Gensor censura dignus , philosoplius defensus. Rostoek , 1607. En outre, Disput. adv. Gassendi, lib. i, exercitationum v. Ibidi 1699.

(a) Examen philosophise Rob. Fluddi.

(3) Dnbitationes et instantiae ad Gartesium. ,

(4) Sjntagma pbilosopbiae Epicuri cum reiutationibus dogmatnm quae contra fidem christianam ab eo asserta sunt ; prafigitur Sorheni Dissert, de vita et moribus P. Gassendi. Hag. Gom., 16S&— 1669 , in-4. Lond., 1668 , iiwl2. Amst., 1684 , in-4.

(5) SjTutagma philosophicum , dantf le t. i de ses OËuvres.

attira moins Tattention en renouvelant ta doctrine d'Empédocle (i).

Droit des gens de Grotias.

L'esprit de recherche philosophique , après s'être appliqué aux phénomènes de la nature , se porta vers les questions de droit public et de politique. Hugues Grotius , proprement de Groot ^ né à Delft"" eu i583, mort à Rostock en 1645 (2), habile philologue , théologien , jurisconsulte et homme d'état, esprit savant, judicieux et plein de sagacité, ouvrit les voies à une étude nouvelle du droit et de la morale pratique par son célèbre ouvrage du Droit de la pai^ et de la guerre (3), premier essai d'un droit

(1) llaignani Cursus phîlosophicus. Tolos», 1652. Lugd., 1673 , in-fol.

(2) Vite Hugonis Grotîi. Lugd. Bat., 1704, îii-4. (P. Ambr. Lehmann) Grotîi mânes ab iniqnis obtrectetionibus vindicati. Delfty 1727. Lips., 1732, îd*8. Biographie de Grotius, par Gasp, Brandet Ad. V. Cattenburg, Dordr., 1727—1732, 2 vol. in-fol. (en hollandais).

Vie de M. Hugo Grotius , par M. de Burigny, Paris , 1752, 2 vol. in-12.

Hugues Grotius, sa vie et ses écrits, par H. Luden. Berl.,

(3) De jure belli et pacis. Paris, 1625, in-4. — Cum commeniario W. van der Afuelen et aliorum. Amstelod.^ 1696— 1703 9 3 vol. in-fol. La nteilleure édit. Lausanne , 1751, 4 vol.

des gens traité d'une manière philosophique. Quelques saTants l'ayaient , il est vrai , précédé dans dds travaux propres à faciliter le sien, eiHre autres J. Otdendorp ( i ), né en 1 5o6, mort en 1 567 , Nicolas Hemming(!x)y néàLalanden lôrS^ mort en 1600, Ben. Winkler (5), et Âlbéric Gentilis (4) né* en i55i à Castello di San Genesio^ dans la Marche d'Ancône, mort en 1611. L'esprit généreux et humain de Grotius l'engagea dans cette étude par l'espoir de diminuer le nombre et la férocité des guerres de son temps. Il prit pour .point de départ les principes du droit naturel^ et, à l'aide* de son immense érudition / il tâcha de rendre sensible à ses lecteurs l'assentiment donné par tous les peuples aux idées de droit et de justice, appliquant ainsi à la philosophie pratique la méthode de l'induction, à laquelle il pouvait avoir été amené par Texemple de Bacon.

in-4. Traduction française, par J. Barbey rac. Amsterd., 1724, 2 vol. in-4. Grotius illustratus op. H. et S. de Cocceji, Wratislaw., 1745 — 1752, 4 vol. în-fol. Sur les diverses éditions et commentaires de cet ouvrage, voyez l'ouvrage du baron de Oropteda sur l'Histoire du droit des gens , partie bibliographique, V part. p. 174, 2« part. p. 392.

(i) Oldendorpii ûany&yi s. eiementarîa introductio juris nat. gent. et civil. Col. Agripp., 1539.

(2) Hemmingii de lege naturae apodictica methodus. Witb.^ 1562, în-8.

(3) WiAkleri princlpiônim juris lib. y. Lips., 1615 , m-S.

(4) De jure belli libri très. Lugd, Bat., 1589, in-8. Id. 1612. De legationibus lib. très. Lond., 1583, in->4.

74 TROISIÀMB PÉRIODE.

Quoique la richesse de ses souvenirs et de ses citations fasse tort quelquefois à son raisonnement, Grotius s'affranchit plus qu'aucun de ses devanciers des liens de l'autorité. Il pose nettement la question de l'idée du droit qu'il entreprend de développer comme une faculté morale. U en recherche le principe dans la disposition native de l'homme pour la société (socialitas, d'où le principe : societatis eus-' todià); il distingue du droik naturel (dicUunen cerkç rcuionis) le droit positif (yW volimiarium), sott divin soit humain : toutefois il ramène ce droit à une loi divine, positive , universelle. U admet aussi la distinction du droit rigoureux et du droit imparfait, de l'obligation juridique et de l'obligation morale. Bien que Grotius n'ait fait qu'ouvrir la discussion sur toutes ces matières , il faut lui savoir gré d'en avoir {nx>voqué l'examen et d'avoir amassé de riches matériaux à l'usage de la science. Son livre a fait époque , et a été commenté , développé bien souvent en divers sens. Après lui , plusieurs écrivains firent faire à la science quelques pas rétrogrades , savoir : Jean Selden, né à Salvington^ comté de Sussex, en i584, mort en i654 (1)9 par son droit naturel hébraïque , continué plus tard par Zentgra^e (2) , né

(1) Jo. Seldeni de jure naturali et gentmm juxta disciplinam Ebraeorum lib. vu. Lond., 1640 , în-fol. Arg., 1665, in-4.

(2) Joach. Zentgravii de jure naturali juxia discîplinara christianoram lib. vin. Strasb., 1678 , iD-4.

PHILOSOPHIE MQDBBm. PREMIERE ÉPOQUE. CU. I. 75

à Strasbourg en i643, mort en 1707, tlAlberti{\\ auteui^s d'an droit naturel chrétien où on fait dériver le droit de Tétat d'innocence primitÎTe.

Matérialisme de Hobbes.

Thom» Hobbes aogli Malmesburiensis ^ita (Auct. J. Aubery) Garolopoli, 16gl , iD-l2.

Fr. Casp. Hagenii MemorisB phUosophorum , oratorom. Barulhii , 1710, in-8.

Remvig, Epistola de ^eritate phîlosopbi» Hobbesians. Bffim., 1695, in-8.

Ce fut surtout ep Angleterre que la philosophie se ressentit de l'influence de Bacon. Son ami Thomas Hobbes entra dans ses vues^ poursuivit ses idées avec plus de rigueur et de conséquence , et en forma une doctrine matérialiste. Il était né a Malmesbury^ en i588. Ainsi que Bacon , il avait pris dans l'étude de la littérature classique le dégoût de la scholastique ; ses voyages , ses liaisons avec son illustre compatriote^ avec Gatoendi et Galilée , l'avaient porté à penser par lui-même. Mais sa philosophie fut rétrécie par la direction vers un but pratique qu'il donna à ses recherches. Considérant la monarchie comme l'unique garantie du repos public , il prit y comme écrivain , une part active à la lutte des républicains et des royalistes. 11 mourut en 1679, après avoir

(i) Valent ^tô^m compendium juris nat. orthodoxe theologiae conformatum. Lips.^ 1676, in-8.

r6 TROISIÈME PÉRIODE.

publié divers traités philosophiques et mathématiques f par lesquels il avait souvent fait scandale , à cause de ses fréquents paradoxes ^ et des reproches d'athéisme qu'il s'attirait.

Ouvrages de Hobbes : Opéra. Amstelod., 1668, 2 vol. io-4. The moral and polUical Works. Lond., 1750, in-fol. Trad. en ail. Halle, 1793 et a. saiv. Elementa phllosophica de cive. Par., 1642, in-4. Amsiel., 1647^ iii-12. Leviattian, sive De materia, forma et potestate civitatis ecclesiasIiciB et ciyilis, eQ aagl. Load., 1651, in-fol. ;6d lat. Amstel., 1668, iD*4* Appendix. Amstel., 1668, in-4. Human nature or the fundamental éléments 6f policy. Lond., 1650, in-12. Eiementorum philosophie sectio prima de corpore; en angL Lond. 1658, in-4; en lat. Amstel., 1668, in-4. Sectio secundadehomine, ang. Lond., 1658, in-4; lat. Amst., 1668, in-4. De corpore politico, or the éléments of law moral and political. Lond., 1659, in-12. Ofliberty and necessity a treatise^, Lond., 1654. Quœstiones de libertate, necessitate et casu, contra doctorem Bramhallum. Hobbes's Tripos in threc discourses , 2* éd. Lond., 1684, in-8.

La liberté de la pensée ef la rigueur des déductions sont les caractères que Hobbes semble s'être proposé de donner à sa philosophie. Il s'appliqua à rejeter toute hypothèse, toute qualitas occulta , et à s'en tenir exclusivement aux faits , qui se réduisaient pour lui au mouvement et aux sensations. Il définit la philosophie (De corp., p. 2) la connaissance , obtenue par un raisonnement exact> des effets ou phénomènes d'après leurs causes présentes , ou des causes possibles d*après leurs effets présents.

1>HIL0S0PHIB MODERNE. PHEMIÈRE EPOQUE. CH. I. 77

L'objet de la philosophie est tout corps conça comme susceptible d'engendrer un effet, et d'offrir une composition et une décomposition. D'après la division la plus générale des corps , la philosophie se divise en deux parties , savoir : la science des coi^s naturels , comprenant la logique , l'ontologie, la métaphysique et la physique, et la politique ou la science des corps politiques, comprenant la morale, coïmne l'uiie de ses branches. Toute connaissance provient .des sens ; néanmoins les perceptions sensibles ne sont en nous que des phénomènes occasionnés par la pré* sence de^ objets qui mettent en mouvement les esprits du cerveau ou esprits vitaux. Penser c'est cal* culer ( computatio); la vérité et la fausseté consistent dans les relations des termes du langage , ou dans les définitions. Le fini, ou le délimité, peut seul être connu ; l'infini n'est susceptible d'être imaginé d'aucune manière ; ni par conséquent d'être connu : c'est un mot qui ne suppose point une notion quel* coqque, mais qui e^t destiné à honorer un être dont la connaissance appartient uniqi^ement a la foi. D'où il suit que les doctrines religieuses ne sont point du domaine de la philosophie , mais bien de la législation. Hobbes ne laissait donc à la philosophie que la science des corps , la psychologie et la politique. Toute sa doctrine se rapporte uniquement à l'extérieur, à l'objectif, d'autant plus qu'il fait naître les sensations des mouvements des corps, et qu'il regarde l'âme elle-même comme un corps subtil. C'est ainsi qu'il substitua à la métaphysique une

78 TROISlàNB PBRIODB.

psychologie qui manque en général de profondeur ^ et où l'on trouve quelques vues sensées et vraies à côté de doctrines étroites et bornées. .

Sa philosophie spéculative n'a point atthné l'attention autant que sa philosophie pratique. Ici encore Hobbes s'avance dans une route qu'il s'est choisie en toute liberté et qui est fort différente de celle des scholastiques. L'objet principal de ses efforts est de déterminer quelle est la constitution la plus durable pour un état^ et de fixer un droit politique. Dans ce but , il ne procède point en vertu d'un certain idéal comme Platon dans sa République, Thomas Motus y né à Londres en 14^0, décapité en 1 555, dans son Utopie (i), Campanella dans sa Ci vit a s So-« LIS (:2), ni , comme plus tard, James HarringtOTty né à Upton en 1 677, dans son Oceana (3) ; Hobbes part de certaines notions sur le droit qu'il a déduites d'un état de nature , supposé antérieur à l'état social et considéré uniquement sous le point de vue empirique (4)« D'après sa loi physique , l'homme désire tout ce qui peut lui causer du bien-être, et fuit tout ce qui lui est nuisible. Sa propre conserva-

(i) Basil., 1558; plusieurs autres éditions.

(2) Voyez le §. 3t9, et les indications bibliographiques.

(3) Lond., l656.-T-Avec ^es autres ouvrages, 1700 et 1737, in-fol.

(4) Dans le livre de Ciye , mentionné au §. 326.

PHILOSOPHIE MODBME. PRBMiàRB ÉPOQUE. CU. I. 79

tionestle premier objet de ses désirs, comme la mort est ce qu'il y a de plus odieux pour lai. Ce qui sert à le conserTer ou k écarter la douleur est d'accord atec la raison^ et partant légitime. Le droit est la faculté d'employer librement nos forces naturelles d'une manière ccmforme à la saine raison. L'homme a donc un droit de propre conserration et de défense personnelle, et par conséqu€(nt il a droit sur tout ce qui peut lui servir à cet efièt comme moyen ; c'est à lui qu'est remis le jugement et le choix de ces moyens , ce qui implique un droit qui s'étend à tout. Mais de ce droit sur toutes choses doit résulter, par l'efiet des collisions inévitables dans l'état de nature, une guerre perpétuelle de tous contre tous , une absence complète de repos et de sécurité qui compromet singulièrement la conservation personnelle de chacun , et laisse sans effet le droit que nous y avons attaché. La raison (l'amour de soi) recommande donc la paix , et celle-ci ne peut avoir lieu qu'au moyen de contrats , par l'introduction de la société civile (status cmlis ), et autant que le pouvoir arbitraire de chaque individu est remis a un seul. Ainsi la puissance absolue entre les mains du chef, et l'obéissance absolue de la part des sujets , devien* nent des conditions nécessaires , et la forme monarchique est la meilleure. C'est par les contrats que commence dans Tétat l'époque du droit obligatoire. — L'amour de soi est le fondement de la loi de nature, l'utilité en est le but; ainsi la loi de nature est en même temps h loi morale ( lex moraUs ). Hobbes

80 TROISIÈME . PÉltlODB.

a recours à la Bible poui* confirmer par des citations la théorie qu'il a d'ailleurs poursuivie par le raison-^ nement seul. — 11 n'obtintqu'un petit nombre de partisans^et de juges impartiaux ; de ces derniers^ hi plupart étaient étrangers h sa patrie^ circonstance qui dut augmenter encore le nombre de ses adversaires. On remarque parmi ses appréciateurs éclairés^ le Hollandais Lambert Velthuysen (i); parmi ses adversaires ^ Richard Cumberland (2) et Rob.

Scharrok (5).

Herbert de Gherbury.

Le lord Edouard Herbert de Cherbury, né en i58k, mort en 1648^ contemporain dé Hobbes, suivit une direction opposée en s'attachant à un système de philosophie rapporté à la religion. Cet écrivain défendit la doctrine des notions innées^ et plaça l'origine de nos connaissances non dans les sens ni dans l'entendement^ mais dans un certain instinct de la raison auquel ces facultés sont subordonnées, n ne fît pas reposer la religion sur une tradition historique ainsi queHobbes^ mais sur une

(i) Lamberli Velthuysen de prÎDcipiis justi et decori di sertatio cpistolîca , contineus apologiam pro tractatu clarissîmi Hobbesii de Cive. Ainstelod., 165t, in-12.

(2) Voyez §. 348.

(3) De officiis secundum jus naturale. Oxon., 1660 , in-^.

I^HILOSOPHIE MODERNB. PBBMlàRE ÉPOQUE. CH. I. 81

lumière primitive et immédiate donnée à tous les hommes. Fidèle à oette direction, il tourna sans cesse ses recherches plutôt dans le sens de Tidéalisme que de l'empirisme, et approfondit surtout la question de la nature de la mérité, qu'il discuta dans un traité particulier (i). Il se représentait l'âme comme un livre fermé ^ qur ne s'ouvre qu'au moment où la aature le permet. L'âme, suivant lui, tire d'ellemême des vérités générales {communes notitiœ) en Êiveur desquelles les hommes sont unanimes et qui doivent servir à lever tous les doutes, à terminer tous les différends en matière de théologie et de philosophie. Herbert maintenait en outre une religion elle droit accordé à celle-ci de vérifier toute religion proposée comme i^vélée (De veritate, p. ^65 sq., a8!2 sq.). Un défaut de clarté dans la marche de ses idées et dans son langage , ainsi que la faveur dont jouissait de son temps l'école empirique, firent que les doctrines dç cet écrivain n'obtinrent pas beaucoup de succès. D'un autre côté, il fut décrié par les théologiens comme naturaliste et ennemi du christianisme. Locke, plus tard, combattit sa doctrine des idées innées (Ess. sur l'Ënt. hum.> liv. i, ch. j).

(i) Tracta tas de veritate prout distiogaitur a revelatîoBe, a yerîsimîli, a possibili et a £k1so. Lut. Paris., 1624 et 1633. Lond., 1645 i in-4; 1656, iii-12 (avec le traité De causis enroraro). Du mime: De religione gentilium errommqne apud eoft causis. Lood., 1645, in-8, 1'* partie; complet. Lond., 1663 , in-.4 ; et Âmsterd., 1670 , in-8.

gi TROISlàNB PWIODE.

et Gassendi le ju^ dans sa lettre sur Touvitige de l'Anglais Herbert > t. m de ses OEuvres complètes.

Auteurs de recherches mystiques sur la nature , théosophes.

 la même époque, Jean-Baptiste f^nn Hebnont, né à Bruxelles en 1677^ mort à Vienne en i644» appliquait le mysticisme aux sciences naturelles, A un vif sentiment de la -vanité de la scholastique qui lui avait été enseignée à Louvain par le jésuite Martin del Rio f il joignit la lecture de Kempis , Tauler (§. 276 ) et Paracelse , et devint un médecin enthousiaste. Malgré ses nombreuses illusions , la supériorité naturelle de son esprit lui servit à rectifier beaucoup d'anciennes erreurs et à découvrir plus d'une vérité nouvelle. Afin d'opérer une réforme dans la médecine par l'alchimie et les doctrines de Pamcelse f il chercha à se former une philosophie sur le grand Tout. Il s attacha au platonisme de son temps, et fit provenir toute connaissance et toute sagesse de l'intuition immédiate de la divinité et de la lu* mière reçue passivement par la raison. Selon lui , la nature entière est animée, mais les divers objets dout elle se compose , et leurs causes efficientes , ne font nullement partie de Dieu. Toutes les forces de l'univers sont autant de substances spirituelles (archées), qui produisent toutes choses par l'eau et l'air, les deux seuls éléments, et au moyen de la fermentation. Tel est le principe de sa physiologie

PHILOSOPHIE MODBRNE. PREMIÈBE ÉPOQUE. CH. I. 83

spiritaaliste(j). — François Mercurius, VanHel^ morU, né en 16189 voyagea toute sa vie en Allemagne et en Angleterre^ et mourut en 1699; fils du précédent^ il se proposa d'étendre l'art sacré (la théo^ sephie); et^ diaprés une nouvelle divîsioti des êtres et un nouveau mode pour les rapporter à la grande unité ^ il composa un système dans lequel il prétendit faire entrer les plus pures doctrines platoniques, cabalistiques et chrétiennes (s). Marcus Marei de Kronlandy mort en 1676, composa un système coa- Btiologiqne assez analogue k celui de Mercurius, fondantensemble les idées de Fia ton et les formes d'Anstote pour en former ses Ideœ séminales , afin de substituer aux qualités occultes des scholastiques quelque chose qui fut un peu plus intelligible. Les idées sont les forces de la nature : à l'aide de la lumière, elles engendrent toutes choses et leur donnent la forme. l.es astres ont aussi , par les idées et avec l'entremise de la lumière, certaines influences sur le monde sublunaire (3).

(i) J. J. Loos : Jean-Baptiste van Helmont. Heidelberg, 1807, inrS (ail.). — Vojcz aussi J.-B. Helmont. Opéra. Amst., 1648, in-4; et Francf., 1659 et 1682 , 3 vol. in-fol.

(2) Paradoxical discourses. I^ond., 1690» Id, en allemand. Hambourg, 1691 « Seder Olam, sive ordo sseculorum, hoc est historica enarratio doctrînae philosophicae per unum in quo sunt omnia. 1693, in-12. Les Opuscula pbilosophica , publiés à Amst., 1690, in-12, contiennent ses ppimona, si ce n'est pas lui «{ui en est Fauteur.

(S) Job. Mac. Marci a Krordand, Idearum operatriciora

84 TROISlàMB PÉRIODE.

En Angleterre, les idées enthousiastes ds Pant' cêlse trouvèrent un ardent apologiste dans la personne du savant médecin Robert Fludd, Rjobertne de Fluctibus , né à Milgat , comté de Kent, en 1574^ mort en lôSy, qui les combina avec l'histoire de la création suivant les livres de Moïse (i)- U fut combattu par Gassendi. En Allemagne ^ le mysticisme théosophique s'empara aussi du cordonnier de Goerlitz, Jacques Boehm (2)1 né à Alt-^Seidenberg , près

idea sîve delectîo et hjrpothesis illius Qccultœ virtutis, que semîna foecunda et ex iîsdem corpora organica prodacit. Prag., 1635, in-4. Philosophîa vêtus restituta, in qua de mutationibas quae in unîverso sant , de partiuin univers! coDstitutione , de statu hominis secundnm naturam et praeter naturam , et de curatione morborum, etc.,lîb. v. Prag., 1662, In-4.

( I ) Hîstoria macro- et microcosmi metapbysica , pfajsica et tecbnica. Oppenb., 1717. Philosopbia Mosaica. Gudœ, 1639» in-fol.

(2) Jacob Boehm ^ Essai biographique. Dresde, 1802, in-8 (aU.).

Biographie de Boebm , par Eberhard , dans le Biographe. Halle, 1802.

Adelung, Histoire de la folie humaine , t. 11 , p. 210 (ail.).

L'article de Bôhm dans TEncyclopédie de Erschy part, x (aU.).

Choix de Bôhm avec lliistoîre de sa vie , par J. G. RdUê. Leips., 1819,in*8(alL).

L'Aurore, etc., 1'* édit., 1634. Œuvres compl, Amsterd., 1680, 1682, 1715 et 1730, 10 vol. in>8 (ail.). Extraits de ses

GœrUtz, en iSjS, mort en 16^4* ^^ esprit, porté à la dévotion , et tourmenté par ses dontes religieux^ finit par foinoner un amalgame d'idées théologiques avec les principes ihéosophiqueè et la terminologie médicale , et par là il se forgeait les imaginations leis plus bizarres sur la divinité et l'origine des choses , el prenait tous ses rêves pour des révélations divines. Ses extravagances se propagèrent, et elles eurent en Angleterre un conunentateur nommé J. Pordàge, médecin (§. 34^) • A une époque plus récente, Saint- Martin a renouvelé , avec quelque talent , cette es^ pèce de théosophie.

Boehm et Fludd avaient tenté de retrouver dans Ï3k Bible les chimères de leurs vaines spéculations. 11 est si facile de rattacher à des études cabalistiques et théosophiques une philosophie mosaïque, quon doit peu s'étonner de cette nouvelle prétention. Entre plusieurs essais de ce genre, nous citerons celui de Jean Amos Comenius, du village de Gomna, près, de Prenow, en .Moravie, né en iSqq, mort à Amsterdam en 1671, qui, dans sou livre intitulé : Synopsis pkfsives ad lumen dwinum refbrmaiœ(t), exposa plus nettement les opinions de Fludd et d'autres théosophes. U admit trois principes, d'où ' I ' ' 1,111 ■ ■■..Il i>^^^^i ■ I ■ ■

iifiuirres. Amst. , 1718. Fraocf., 1801, îii-8. — ^Trad. en hol-. landais et en anglais.

(1) Lips, 1633 ,in-8.

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86 THOiSlèllE PÉRIODE.

sont provenues toutes choses ^ savoir : la matière, Tesprit, la lumière. La première est la substance corporelle; l'esprit est la substance subtile j» vivante par elle-même^ invisible, intangible, départie par l'esprit divin à tous les êtres , pour habiter en eux et les animer. La lumière est l'esprit plastique , substance intermédiaire qui pénètre la matière , b prépare à recevoir l'esprit y et par là lui donne la forme. Cet écrivain a publié aussi des idée& philanthropiques assez remarquables (i). Jean Baier^ successeur de Comenius, vers 1606^ et quelques autres , ont laissé des ouvrages sur les mêmes problèmes.

Sceptiques.

Le scepticisme fut reproduit sous une forme expresse et complète par Fr. Sànchez, Sanctius, Portugais (2) , né en 1 56a à Bracara , en For-

(i) 0pp. dîdactica. Amst., 1657 , fol. Voyez plusieurs articles du Taghlatt des Mensckheitlebens (Éphémérides de la vie de rhomanîtë), publiés par Ch. Christ. Fred. Krause , 1811, n* 18 et suiv. , sur un ouvrage de Gomenius , intitulé : Panégenie , ou Gonsidéntions générales sur l'amélioration de la condition humaine par le perfectionnement de notre espèce. Halle , 1702.

(2) Francisci Sanchez Tractatus de multum nobili et prima universali scientia quod nihil scitur. Lond., 1581 , in-4 et in-12. Francf., I6I8 , in-8 , accompagné de remarques contradictoires par Dan. Harinack, sons le titre : Sanches aliquid sciens. Stettin, 1665, in-12. TracUtus philosophici. Rotterd., 164&> in.l2.

PHILOSOPHIE MODERNE. PRSMlàRB ÉPOQUE. CH. I. 87

tugal, qui enseigna, avec beaucoup de succès, la médecine et la philosophie à Toulouse, jusqu'à sa mort, arrivée en i632. Son scepticisme n'est toutefois qu'une sorte de bouclier dont il couvrait ses attaques contre la philosophie aristotélique, qu'il était obligé d'enseigner; et, après avoir commencé par montrer l'incertitude des connaissances humaines au moyen des preuves déjà alléguées , mais qu'il avait su rendre plus piquantes en les exposant avec beaucoupd'esprit et de gaité, il se proposait de donner, dans un ouvrage à part, la méthode pour arriver à la certitude. Cet ouvrage n'a point paru. François de léi Mothe le Vayer (i), né à Paris en i586, mort en 1672, écrivain français très savant, spirituel et solide , développa les motifs du scepticisme à l'égard de nos connaissances , et spécialement à l'égard des matières religieuses. Il nie l'existelice d'aucun p*incipe rationnel comme base de la religion, attendu la diversité des religions, et ne reconnaît, en matière de théologie , que le principe de la foi , supérieure à la raison , et octroyée par la grâce divine. Il regarde la vie humaine comme une mauvaise comédie, et la vertu à peu près comme une chimère.

( I ) Cinq dialogues faits à l'imitation des anciens, par Horatius Tabero(par François de la Motbe le Vayer). Mons, 1671, in-12 ; 1673^ in-^, avec une réfutation par M. iTaA/i^. Berl., 1744, in-8. En allem. Francf. , 1716, 2 parties. — OEuyres (ëdit. donnée par son €b), Paris, 1653, in-foi; Une 3« édit. plus compl., 1663. Une antre plus compl. en 15 vol. en 1667. En 1684, 3 vol. in-fol.

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