I. Sensualisme de Locke
Ses écrits : An essay concerning human understandiog , io four books. Lond., 1690, în-fol. 10« éd. Lond., 1731, 2 vol. in-8. Traduct. franc. : Essai philosophique concernant Ten* tendemeni humain, où Ton montre quelle est retendue de nos connaissances certaines , et la manière dont nous y parvenons, traduit de Fangl. par M. Coste, sur la 4* édit. revue, Gorr. et augm. par Fauteur. Amsterd , 1700, in-4 \ 5* édit. 1750, in-4. Trad. lat., par Burridge: Joh. Lockii armigeri lib. IV, De intellectu humano. Lond. , 1691 et 1701 , in-fol. et autres édit. Une meilleure traduction latine est celle de Gotthilf Henri T/uele, Leips., 1731 , in-8. Traduct. allem., par H. Engelhardt Poleyen , 1757, in-4. GotUofi Aug. Tittel , Mannhein, 1791, in-S, eiTennemann, Leips., 1795-1797, 3 vol. in-8.
Avant la publication de ce grand ouvrage , Locke en donna un extrait en français dans la Bibliothèque universelle de Leclerc, vol. vui, p. 49-142 : Extrait d'un livre anglais qui n'est pas encore publié , intitulé : Essai philosophique concernant Tentendement humain.
Du même: Thoughts on éducation. Lond., 1693, et autres édlL 'y entre autres , Lond. , 1732. Trad. en fr. par Coste y en ail. par Rudolpfd,
Posthumous virorks. Lond., 1706. Trad. en franc, par J. Leclerc : Œuvres diverses de M. Locke. Rotterd. , 1710 ; Amsterd., 1732, 2 vol. in-8. Œuvres complètes : The works of John Locke. 1714, 3 vol. in-fol. 5 3* édit. 1727. (Voyex
TROISlàMB PÉRIODE.
, les articles qui fm irouYent réunis dans la GoUecUon of rai pièces of John Locke. Lond., 1720, iD-8.}\
SMir Locke et sa philosophie :
Jean Leclerc, Eloge historique de feu M. Locke , en avant du tome i des Œuvres diverses.
Gotttieb Gottv^ald Walbst, Dissert, (respond. J. Godof. Sckuler) Johannis Lockii de raUone sententias excutit. Yiteb., 1714, in-4.
Tennemann, Dissert, sur rempirisme en philosophie, spécialement dans la doctrine de Locke, au tome m de sa traduct. de l'Essai (ail.).
Exposition et examen du système sensualiste de Locke ; dans la critique de la philosophie spéculative, par G. E. Schulze, 1. 1, p. 113; t. u, p. 1 (ail.).
Jean Locke , ne en 1 639, à Wrington , près Bristol, mort en 1704 y abandonna la philosophie scholastique du moment qu'il eut goûté , dans l'étude des classiques, un meilleur aliment pour son génie. Les ouvrages de Descartes donnèrent un nouvel essor à son ardeur pour les sciences , particulièrement pour la philosophie et la médecine; et, bien qu'il rejetât la doctrine cartésienne sur plus d'une question , entre autres pour ce qui concerne les idées innées, cette philosophie ne laissait pas de lui plaire par ses efibrts vers la clarté et la netteté des pensées. En considérant les perpétuels débats des philosophes , il se convainquit que ces querelles proviennent d'un mauvais emploi des idées et des termes du langage , et qu'il serait possible de les terminer péremptoirement au moyen d'une recherche rigoureuse sur l'entendement humain et sur l'étendue de ses connaissances. Ce
PHILOSCTPHIE MODERNE. PBBlflàBB BPOQUB. CH. lU. 12S
travail donna naissance à son célèbre Traité. Une manière de penser pleine de réserve et de tolérance » une raison savante , lumineuse et calme dans ses discussions avec les hommes les plus habiles de ton temps 9 assurèrent à Locke l'estime générale et des succès éclatants : il donna à la philosophie , selon Fesprit de Bacon , une direction opposée à la méthode spéculatire et tournée de préférence vers Tobservation^ en l'appliquant surtout aux faits de notre nature interne ^ et en décomposant avec soin les éléments dont ils se composent. La méthode philosophique de Locke se recommandait à divers égards par des avantages précieux ^ mais elle était aussi ti'ès défectueuse 9 surtout en oe qu'elle s'arrêtait à la mioitié du chemin ^ et qu'elle éludait les grandes difficultés de la science plutôt qu'elle ne s'attachait à les résoudre psir la profondeur et la solidité de son examen. Toutefois les attaques auxquelles le philosophe fut exposé y furent bien moins dirigées vers ces dé&nts que sur quelques résultats et quelques points de vue particuliers de sa doctrine. Par ses ouvrages sur l'éducation et la tolérance , Locke rendit encore à l'humanité des services qui ne lui ont pas été contestés.
Le plus important des. travaux de Locke fut la recherche de l'origine, de la réalité , des limites et de l'usage de la connaissance. U combattit l'hypothèse des idées innées, en éclairant vivement la question
Ii4 TROISIÈME PÉRIODE.
par l'un de ses côtés, et s'efforça de montrer dans rexpériénce » par une induction qui ne pouvait être complète, l'origine de toutes nos idées. La sensibilité qui appartient aux sens extérieurs , et la i*éflexioD , c'est-à-dire la perception des actes de notre âme (le sens intérieur) , sont les deux sources premières de toutes nos pensées. l)e là le nom de sensualisme ou sj^stème sensible donné à la doctrine de Locke. Nos idées sont ou simples ou formées par composition : les premièi*es sont celles de solidité , d'espace , d'étendue, de figure, de mouvement, de repos; celles de penser et de vouloir; celles de l'existence, du temps, delà durée, de la puissance^ ou faculté du plaisir et delà peine. Les idées simples ont une réalité objective : l'âme les reçoit comme une table qui n'aurait encore reçu aucun caractère {tabula rasa)^ sans y ajouter rien du sien , et par une pure apperception ; ces idées lui représentent d'une part les qualités primaires (qualitates primarias) , l'étendue, la solidité, la figure, le nombre, la mobilité; de l'autre, les qualités secondes {secundarias) ^ la couleur, le son, l'odeur. Les idées composées viennent des idées simplesà l'aide d'une opération de l'entendement (1 iaison, opposition , comparaison , abstraction ) ; ce sont les idées d'accidents , de substances et de rapports. L'entendement dans son travail pour former des idées composées s'attache à l'expérience, ou il la néglige, et il forme alors des notions originales et indépendantes par leur nature, comme celles qui appartiennent aux mathématiques et à la morale. — Le langage ,
et les erreurs auxqueUes il f^uf donner lieu, ont fourni à Locke la matière d'excellentes observations. — * Connaître , selon lui , c'est percevoir la conformité et la liaison , ou la diversité et l'opposition de certaines idées; et cette conformité ou son con« traire peut amener à quatre espèces distinctes, savoir : identité ou différence , relation , coexistence ou liaison nécessaire » et existence réelle (Essai, \ïw. IV, c. 1, §§. 1-5). En tant que perception de cette conformité et de soii contraire, la connaissance est ou immédiate ou médiate, d'intuition ou de démonstration; de là les notions intuitives et les notions rationnelles, auxquelles Locke associe en troisième lieu les notions sensibles qui sont bornées aux objets soumis à nos sens. Néanmoins ses recherches sur les limites, l'usage et l'abus de nos connaissances, sont loin d'épuiser les difficultés, et n'entrent pas assez avant dans la question; on peut même dire qu'il avait d'avance pris son parti contre la réalité de la connaissance avant d'en avoir composé la théorie. Â l'égard des principes de la pensée et de la connaissance , «fui tous lui paraissent déduits, même le principe de contradiction, Locke reste absolument au-dessous du sujet. Son analyse n'atteint que le matériel et jamais le formel de la connaissance; elle est incomplète et insuffisante , parce qu'elle s'arrête tout court, après quelques essais sur les idées les moins composées , sans rien voir au-delà. Faisant dériver toutes nos idées de l'expérience, il s'efforce de maintenir ce principe dans les applications qu'il
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en fait par toutes sortes de raisons plus ou moins faibles ; ainsi , lorsqu'il prétend donner à son tour une démonstration de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme , c'est sur le terrain mouvant de l'empirisme qu'il s'efibrce de construire une métaphysique.
Locke se proposait dç délivrer la pktlosophie de la vaine manie des disputes et de l'esprit de subtilité : malheureusement , par la méthode facile et commode qu'il introduisit, il affaiblit les habitudes sévères d'une étude laborieuse et approfondie : tout en donnant une sorte de popularité aux recherches métaphysiques , il favorisa l'esprit d'indifférence relativement à leurs résultats, et ouvrit un facile accès au matérialisme et au scepticisme. En morale; il prit son point de départ dans des principes empiriques et dans le besoin du bonheur (i). Il compensa d'ail-
(i) Sur les défauts de l'empirisme de Locke, vojez lord Shafteshurjf : Letters written bj a aobleman to a joung man at the university, London , 1716 ; L'anti-scepticisme , ou Remarques sur chaque chapitre de l'Essai ^e M. Locke , pat* Henry Lee. Lond., 1702, in-*fol. ; Essais d'une théorie du monde idéal, par John Norris, Lond., 1704, in-8. Ces deux derniers ouvrages ont assez peu d'importance. On fit plus d'attention à celui-ci : The procédure extent and limits of human understanding (par l'évêque ^rou;/i). Lond., 1728; 2« édit. Lond., 1729, in-8; continué sous le titre : Things divine, and supematural conceîved by analogj with things natural and human, etc. Lond., 1733.
PHILOSOPHIE MO]»MB. PRSIIIÈVB BPOQUB. CH. HI. Ii7
leurs ces défauts , et d'autres encore -, par les progrès qu'il fit faire à la psychologie et à la science des fisiiu de rexpérience par une foule d'excellents préceptes pour la méthode;, par des aperçus de détails souvent précieux et féconds ,, et des recherches entièrement neuves sur des points qui avaient été négligés jusqu'à lui. Sa philosophie devint populaire en Angleterre, en France , dans les Pays-Bas où J. Le Clerc (i), né à Genève en ifiSy, mort en lySô, et S'Crwesande s'attachèrent à ses principes; de là elle passa en Allemagne où elle prit faveur de plus en plus. Un grand nombre d'esprits distingués suivirent Locke dans les voies qu'il avait ouvertes y et développèrent les conséquences de l'empirisme plus ou moins prochaines, plus ou moins éloignées; les principales furent l^ypothèse d'un sens spécial approprié à la vérité en matière de spéculation et de morale ( Reid, Beattie , Rûdiger); une tentative pour établir et motiver la réalité objective de la connaissance ( Condillac y Bonnet , d'Alembert , Gondorcet ) ; l'analyse des facultés de l'âme (Hartley, Condillac, Bonnet) ; le développement de diverses règles excellentes pour la recherche de la vérité (S'Gravesande,
(C'est contre la première partie q^ue Berkeley composa son AlcipKron or the minute philosopher.) Enfin : Two dissertations conçerning sensé and imagination, with an essay on consciousness. IiOnd.,1728,in-8.
(i) Joh. Clerici Opéra philosophica. Amst., 1692 et 1693. Œuvres complètes , 1710> 4 vol. in-4, et 1722. Voyez §. 352.
Tschirnhausen ) ; une fausse manièrje de considérer la métaphysique comme se réduisant à la réflexion logique sur des faits ( Condillac) ; la propagation du matérialisme et de Ta théisme (La Métrîe^ Système de la nature y Priestley ) ; enfin la morale convertie en un calcul (La Rochefoucauld^ Helvétius).
n. IscLoc Newton.
Ses Œuvres : Naturalis philosophiœ principia mattieoiatica. Lond., 1687, in-4*, augmenté, 1713. Edid. Ltsueuret F. Jaquier. Genève , 1760, 3 yoI. in-4.
Treatise of oplik, etc. Lond., 1704, in-4. Optice lat. reddila a Sam. Qarke. Lausann., 1711, 4n-4.
Opéra , comment illustr. Sam. Horsiey. Lond., 1779, ô Yol.
A View of Newton's philosophy, by Henry Pemberton. Lond., 1726, in-4. L'article de Biot dans la biographie universelle.
Guillé Jac. S'Grai^esande , Pliysices eleménla malhema- (ica experimentis confirmata ; s. introductio ad phiiosophiam newtonianam. Lugd. B. , 1720, 2 vol. ln-4.
FoUaire , Éléments de la philosophie de Newton , mis à la portée de tout le monde. Amst. , 1738. La métaphysique de Newton , ou parallèle des sentiments de Newton et de Leibnitz. Ib., 1740, in-8. Comparaison de la métaphysique de Leibnitz et de Newton, etc. ^ opposés à M. de Voltaire, par L. M. KaAle, Gœtting., 174o, in-8 (ail.).
Maclaurin, Exposition des découvertes philosophiques de Newton , 1748. Trad. lat. par Gr. Falck. Vienne , 1761 , in-4.
La direction expérimentale déjà dominante en
PHILOSOPHIE MODERNE. PREMIÈRE ÉPOQUE. CH. Ilf, 129
Angleterre^ le devint plus encore par l'influence d'Isaac Newton , né à Wolstrop dans le comté de Lincoln en 164^ , en 1669 professeur de mathématiques à Camb;:idge^ mort en 1727* Doué d'un coup d'œil pratique, rapide et pénétrant, ce grand homme, qui a fait époque dans l'histoire de la physique, dirigea les esprits par sa doctrine et son exemple vers la route de l'observation, route qui le conduisit aux grandes découvertes dont les sciences lui sont redevables (la théorie des couleurs, la loi de la gravitation); et non seulement il était ennemi des hypothèses^ mais il allait encore jusqu'à vouloir prémunir la physique contre le contact de la métaphysique. Cela ne l'empêcha pas toutefois de présenter en forme d'hypothèses quelques vues particulières sur la métaphysique , celle-ci par exemple que l'espace infini, dans lequel se meuvent les corps célestes, pourrait être le sensorium de Dieu. Il présupposa dans les corps diverses propriétés, entre autres la pesanteur des atomes , et il crut que quand la philosophie de la nature {naturalis philosopkia) aura accompli sa carrière expérimentale, elle pourra contribuer aussi à étendre et à perfectionner la philosophie moitié, attendu que la connaissance de la cause première et de ses rapports avec nous peut agrandir nos idées relativement à nos devoirs envers elle et à tous nos autres devoirs (Optic, lib. m, qu. 5i, p. 53o).
m. École anglaise de philosophie morale, et réaction
contre t empirisme de Loche.
Il pami en Angleterre une suite de philosophes qui s'efforcèrent d'établir et de développer les yè^ rites fondamentales de la morale indépendamment de la religion réyélée^ et qui, dans ce but, employèrent la méthode d observation de Bacon. Ils cherchèrent le principe des idées et des sentiments moraux, non dans la raison, qu'ils considéraient comme une faculté purement réflexive et spéculative, mais plutôt dans un sens particulier, le sens moi*al , attendu que c'est par les sens en général que l'objec* tif , le réel nous est connu* Quelque peu satisfisiisanté que fût, sous un certain rapport, cette hypothèse, elle ne laissa pas de servir à faire concevoir et envisager les faits de la conscience morale avec plus de pénétration et de délicatesse* Le désir de router la doctrine de Hobbes (§. 528) qui avait fondé le droit et tous nos devoirs moraux sur un principe d'intérêt personnel , et le soupçon d'une contradiction contenue dans cette doctrine, suggérèrent d'abord à Richard Cwnberlandy né en i652, mort en 17 19, ridée d'attribuer un autre principe aux actes moraux, savoir la bienveillance morale envers tous les hommes et envers Dieu, et il tâcha de faire voir, par le raisonnement, dans ce principe celui de tous nos devoirs et de notre félicité la plus par-
PHILOSOPHIE MODERNE. PRENliRE ÉPOQUE. CH. UI. 131
faite (i). Ces nouvelles Tues furent portées plus loin par un personnage d'une naissance illustre et d'une culture distinguée , Antoine Ashley Cooper^ comte de Shafieshury^ né à Londres en 1671, mort à Naples en 1713, qui^ bien qu'ami de Locke, avait aperçu , par un coup d'œil plein de pénétration , et mit en lumière avec esprit et talent tout ce que Tempirisme présentait de Auiestes conséquences. 11 fit consister la vertu dans Tharmonie des penchants sociaux et personnels, et dans une satisfaction intérieure qui accompagne l'exercice des actes désintéressés, et à laquelle le bonheur individuel est inséparablement attaché. Avec Platon , il identifie le beau et le bien (2). L'ingénieux William fVollasion (5)^ né en iôSq, mort en ^T^^y posa ce principe : Toute
(i) Ricbard Cumberlandy De legibus natune disqutsitio philosophica , in qna, etc., clementa philosophîae hobbesîanae cum moralîs tam civilis considerantiiT et refntantur. Loncl«, 1672 , iii--4. Trad. fran^. avec des remarques de Barbeyrac. Amsterd., 1744, în-4.
(a) ShafUsbury y Characteristks of man. Lond., 1733, 3 vol. iii-12; et autres édît. trad. allem. Leips;, 1768. GEuvr. phHoa. Leîps., 1776—1779, 3 vol. îii-8. An inquîry coDcerning vÎTtue and merit, 1699. Essai sut* le mérite et la vertu , refondu par Diderot; enfin 9 Tlie moralists.
Mémoires pour servir à la vie d'Antoine Ashley , comte de SiMAedbary , tirés des papiers de feu H. Locke, et rédigés par Jean Le Clerc, dans le tome 11 des Œuvres diverses de M. Locke.
(3) W. WoUasUm, The religion of nature delineated. Lond., 1724-^l7i6-^1738. En français : Ébaucke delà religion na-^
action exprimant une proposition vraie ^ est une bonne action; et il considéra ainsi la yérité comme le bien suprême pour l'homme et comme la source de la pure morale.
Les conséquences qui^ en Angleterre ^ sortirent de l'empirisme de Locke ^ et se déreloppèrent rapidement, dans le sens du scepticisme, de l'athéisme, du matérialisme et de Hrréligion (i), engagèrent le ministre Samuel Clarke, né à Norwich en 1676, disciple de Newton , mort en lyag , le plus célèbre des philosophes anglais après Locke et Newton, à entrer dans la lice et à combattre de toutes ses forces les nouvelles doctrines (2). Admettant un ac-
turelle , etc. La Haye , 1726 9 in-4. Voyez aussi en opposition à cet ouvrage :
Examination of the notion of moral good and evîl adyanced in a late book entîtled : The religion of nature delineated , by John Clarke. Lond.^ 1725 , in-8.
J. M. Drecksler, Sur la philosophie morale de Wollaston . Erl., 1801 , 2« édit. Erl., 1802 , in-8 (alL).
(1) Ici se placent les débats entre le médecin William Coutard , auteur de plusieurs écrits contre l'immatérialité de l'âme (de 1702 à 1707), et ses adversaires J. Tomer, J. Brughtpn, etc.; il faut y joindre les querelles suscitées par l'opinion de H. Dodwell , qui s'était déclaré pour la nature mortelle de l'âme.
(2) Il prétendit déduire l'immortalité de l'âme humaine de l'idée d'un être immatériel , contre l'opinion de Dodwell ( cidessus, note 1) : A letter to Mr. Dodwell , wherein ail the arguments in his cpistolary discoursc against the iramortality of soûl
PHOiOSOPHIE MODERNE. PREMIÈRE EPOQUE. CH. III. 133
cord nécessaire entre la religion révélée et la raison méme^ Glarke s' efforça de démontrer^ d'une manière nouvelle^ l'existence de Dieu; il déclara Dieu le sujet {substratum) dé l'espace et du temps infinis, qui ne
are particularly ansvered^ etc. Lond., 1706, in-8. Le célèbre esprit fort (Jreethinker) ^ kui, ColUns (pupille de Locke, né à Heston en 1676, mort en 1729) , montra le côté faible de cette démonstration : Letter of tbe learned Mr. H. Dodvell containîng some remarks on a preleuded démonstration of tbe immateriay Htj and natural Immortality of tbe sonl in Mr. Glarke's answer to bis late epistolary discourse. Lond., 1708 , in-8. De là plusieurs écrits polémiques écbangés entre Glarke et Gollins ; on les trouye traduits en français dans l'Encyclopédie roétbodique , pbilos. ancienne et moderne, t. i, p. ii, p. 796. On trouve dans le recueil que nous indiquons au §. 355 , les traités polémiques relatifs au libre arbitre : Pbilosopbical inquiry conceming buroan lîberty. Lond., 171^9 ^t avec supplément, 1717, in-8 , etc. La tbéologie naturelle de Glarke est renfermée dans ses sermons traduits en plusieurs langues , qu'il publia sous ce titre : A démonstration of tbe Belng and attributes of God. Lond., 1705 et 1706, 2 vol. în-8 , trad. fr. par Rinotier. Traité de Texistence et des attributs de Dieu, 2* édît. Âmst., 1727, 3 vol. En llit., par Jenkin Tkomasius , Demonstratio exîstenti» et attributorum Deî adv. Hobbes. et Spidoz. Aldorf , 1713. Yerity and certitude of natural and revealed religion. Lond., 1705. Le recueil indiqué au §. 355 contient aussi les ouvrages de Glarke dans son débat avec Leibnitz sur l'espace et le temps , et le principe de la raison suffisante.— The Works of Sam. Glarke. Lond.,. 1738-42, 4 vol. in-fol. — Hoadlej a composé la Vie de Glarke ; on la trouve aussi en avant de la traduction allemande des Traités de Gl. sur l'existence et les attributs de Dieu. Brunswick , 1766, in-8.
134 TROISIEME PÉUODB.
sont que so§ accidents; il fit dériver la liberté morale de principes insuffisants, et ramena l'essence du bien moral k la notion de convenance , telle que Fentendement nous la fournit (i). D'un autre côté^ le scepticisme de Bayle engagea i'évéque de Dublin , William King(2), mort eu lyaS, à donner une tliéodicée ayant Leibnitz, et Jean Clarke (frère de Samuel) à reproduire Fouyrage de King, avec des développements plus précis^ dans lesquels il ne laisse pas de faire reposer la vertu sur le principe de l'amour de soi (5). Les naturalistes , Jean Rajr ou PFruf (4) y ^^ ^^ i6a8, mort en 1706, et
(1) Sam. Clarke, Discourse concemiag the unchangeable obligations of natural religion. Lond., 1708. — En opposition à cet ouvrage : The foundation of morality in theory and practice coosidered in an examinalion of Dr. Sam. Clarke's opinion conceming the original of moral obligation ; as also of the notion of virtue advanced in a late book entitled : An ioqttiij into the original of our ideas of beauty and virtue bj John Clarke. York (sans date).
(2) De origine malî , authore Guilielmo King , etc. Lond. , 17029 îtkSé Brime y 1704, in*8; traduit ensuite en anglais. Leibnitz a plusieurs fois en vue cet ouvrage dans sa Théodicée > et Bajle Ta combattu dans sa Réponse aux questions d'un provincial.
(3) An inquirj into the cause and origin of evil, etc. Lond., 1720-21 , 2 vol. in-8.
(4) Thrce phjsico-theological discourses. Lond., 1721 ^in-B. The wisdom of God in the Works of création , 6* édit. Lond., 1714. Trad. en français : L'existence et la sagesse de Dieu , etc. Utrecht, 1714, in-8.
PHILOSOPHIE HODEKIIE. PREMIÈRE JSPOQUB. CH. lU. 135
William Derham ( i ) , mort en 1 755 , prirent part à cette discussion par des ouimiges physico-théologiques. Collier {2)eiGeorgeBerkelejr (5), néà Rilkrîn^ en Irlande, en i684> é^éque de Cloyne en 1754/ mort en 1755, choisirent une route directement opposée. Le second, surtout, penseur judicieux et profond, animé d'un yrai zèle pour la dignité de Tespèce humaine, et digne lui-même de respect par la moralité de son caractère , fut vivement frappé des inconvénients que présentait la doctrine dominante
(i) Will. Derham's Phjsico-tfaeology, etc. Lond., 1713, m-8; et autres édit. -— Âstro-theology, etc. Lond., 1714, et autres édit. Ces deux ouvrages ont été traduits en plusieurs langues.
(2) Claris universalis or a new inquiry after trutk being a démonstration of the non-existence or impossibility •— by CoUUr. Lond., 1713, in-S.
(3) Treatise on the priAciples of buman knowiedge. Lond. , 1710, in-8 ; 2« éd., 1725. Threc dialogues belwee» Hylas and Philonous. Lond., 1713 , in-8. Alciphron or tbe minute philosopher. Lond., 1732, in-8 ) traduct. 'fran<^. La Haye, 1734, 2 vol. in-8. Theofy of vision. Lond., 1709, in-8. The Works^ Lond., 1784 y 2 vol. in«'4. On y trouve la vie de Fauteur, par Arbuthnot, probablement la même qui parut séparément : An account of the life of G. Berkeley. Lond., 1776, io-S. Golleo tion des principaux écrivains qui nient la réalité de leur propre corps et du monde matériel tout entier, contenant les dialogues de Berkeley entre Hylas et *Philonous , et la Clé universelle de GoHier, avec des notes qui servent à la réfutation du texte , et un supplément dans lequel on démontre la réalité des corps , par 3. Christ. Eschenbach. Rost, 1756, iA*8 (ail.).
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de rempirisme dans ses conséquences. Par là il fut conduita penser que le principe de toutes ces aberrations était la croyance chimérique à la réalité d'un monde corporel , et il vit dans l'idéalisme Tunique route à suivre, le seul yrai système de connaissance. C'est avec une sagacité peu commune que Berkeley fait voir les difficultés de l'expérience extérieure^ Tobscurité de l'idée d'une substance étendue ^ soutenant que par les sens nous ne percevons autre chose que des qualités sensibles, nullement l'existence ni la substantialité d'aucun objet sensible, et qu'admettre un monde corporel distinct et indépendant de nos sensations, c'est se créer une pure chimère. En conséquence, il n'existe, selon lui, que des esprits; l'homme ne perçoit rien autre chose que ses idées; mais il ne les produit point lui-même; leur multitude et leur variété, l'ordre et la proportion qui régnent entre elles, et qui repoussent toute idée d'arbitraire, attestent qu'elles sont communiquées à l'âme humaine par un esprit doué de perfections infinies. ^Néanmoins, en vertu de la liberté absolue qui lui est aussi donnée, l'homme est par lui-même l'auteur de ses erreurs et de ses mauvaises actions. G^est ainsi que Berkeley et Collier (dont l'ouvrage n'a pas acquis autant de célébrité que les élégants dialogues de l'évéque de Cloyne) , dominés par la nécessité de sauver l'ordre moral, se flattèrent d'avoir démontré l'idéalisme auquel Malebranche avait préparé la voie, et d'avoir sapé ainsi dans leurs fondements le scepticisme et l'athéisme.
PIULOSOPHIB MODBRNE. PR£MIÀR£ ÉPOQUE. QH. UI. 137
Cependant leur doctrine n'eut point sur la philo- Sophie anglaise une influence très puissante. On a aussi de Berkeley des rechei^ches intéressantes sur la vision.
Le système des dispositions bienveillantes ( voyez §. 348 ) dut à Hutcheson son développement le plus complet. François Hutcheson ( i ) , né en Irlande en 1694^ professeur à Glascow en 1729, mort en 1747^ m^^ l'on considère comme le fondateur de l'école morale écossaise ^ fît ressortir plus vivement encore que les précédents l'opposition de l'amour dis soi et de la moralité. Selon lui» la bonté morale n'appartient qu'aux penchants bienveillants et aux actions désintéressées qui en découlent. Cette bonté est indépendante de l'utilité et du bien-être personnel, des jouissances sympathiques et morales, de la vérité et de la raison spéculative , et de la volonté divine; elle ne peut donc appartenir qu'à un
(i) Francis Hutcheson, Synopiiis metapbysices , etc. Glasg., 1714; 3' éd., 1749, in-8. Inquiry into the original of our ideas of b^utj and virlue. Lond., 1720; et autres éd. in-8; trad. franc. Amsterd. 1749. Essay on the nature and conduct of passions and affections with illustrations on the moral sensé. Lond. 1728; 4* éd. , 1756, in-8. Philosophiae moralis institutio cornpendiosa, etc. Glasg. 1745^ in-12. System of moral philosophy in three books, etc., to whicK is prefixed some acconnt of the life , writings and chararcter of the author by Will. Lecchmann. I^nd. 1755, 2 vol. in-4.
138 TROlSiBHB PÉRIODE.
senliment ou instinct moral, dont les caractères sont la noblesse et Tautoritë impérative , et dont la destination est de maintenir dans Fprdre toutes les forces et les déterminations de la volonté humaine , enfin de terminer le conflit entre nos afiections intéressées et désintéressées. De ce principe ^ Hutcheson déduisit tout le système des droits et des devoirs. Ses recherches ont en outre beaucoup contribué aux progrès de Taesthétique.