‹ Manuel de l'histoire de la philosophiChapitre 23 sur 37 · I. Leibnitz · texte numérisé non relu

I. Leibnitz

FonteheUe , Éloge de M. de Leibnitz , dans Thisloire de* TAcad. roy. des Sciences de Paris; 1716. La partie biogral^iique est Mte sur la notice communiquée par J. 6e. d'EccaM , notice qui a été publiée sur l'original par M. de Murr, dans le Journal de Thistoire des arts et de la bibliographie universelle , t. vu. Nuremberg (ail.).

Bailly,'èXoge de Leibnitz, qui a remporté le prix de T Académie de Berlin , 1769, in-4.

Yie et catalogue des ouvrages de M. de Leibnitz , dans le plan développé d'une histoire complète de la philosophie de Leiimilz, par Ludovid' Leips., 1737 (ail.).

Lampreeht, Vie de M. 4le Leibnitz. Berlin, 1740, in-S (aU.).

Histoire de M. de L. , traduite du fjrançais de M. de Jourcouru Leips., 1757, in-8.

Kœstner, Éloge de L. Attenb., 1769, in-4 (ail.).

Mich. Hissmann, Essai sur la vie du baron de Leibnitz. Munster, 1783, in-8 (aU).

On trouve une vie du baron de L., par L. Rehbergy dans le Magasin hanovrten, 1787, 25* année (ail.); une autre dans les vies et portraits d'illustres Allemands, pu Klein, V (ail.) ^ et une troisième (par Eberhard) dans le Panthéon aile-

mand.

Godefroi-GuillaumeZ^i^mVz embrassa le domaine entier de la philosophie , et lai imprima, en Allemagne, un grand et nouveau mouvement. Toilt ce

qui mérita d'occuper la pensée était du ressort de ce ^iiie ipaste et original , surtout les mathématiques et la philosophie; aucune branche des connaissances humaines ne lui était étrangère ; dans toutes , soit pour les rectifier^ soit pour les étendre , il a prouvé par des tentatives ou des découvertes la puissance de son investigation philosophique. Il créa en Allemagne une école qui se distingua par la solidité des principes et l'esprit systématique, école qui a définitivement renversé la scholastique , et dont l'influence s'est fait sentir utilement dans les autres sciences. Leibnitz posa les fondements de ce grand édifice par ses travaux et par son exemple^ par la comparaison et la combinaison des systèmes philosophiques connus jusqu'à lui^ par son érudition supérieure, la libéralité de ses habitudes philosophiques , et cette haute indulgence qui savait découvrir toujours quelque bon côté , quelque matière à d'utiles recherches jusque dans les opinions les plus dédaignées des écoles les plus obscures , par le sentiment de l'harmonie qu'il portait dans tous les sujets , par cette multitude d'aperçus , d'idées , de conjectures, d'hypothèses qui jaillissaient comme des étincelles de son génie éminemment inventif, mais dont il laissa à des mains étrangères le soin de former le lien ou de retravailler les détails. Il naquit le 2r juin 1646, à Leipsick, où son père était professeur de morale. Il étudia la philosophie sous Jacq. Thomasius (né en 1622, mort en 1684)9 s'adonna en même tçmps aux mathématiques et à la science du droit;

lut les classiques dans leur langue originale, surtout Platon et Âristote, dont il se proposa de bonne heure de rapprocher les doctrines • Le développement de sou esprit, en mille sens divers, fut secondé par une lecture et une correspondance immenses , par ie» iucoès qu'il obtint de bonne heure , par ses voyages, particulièrement k Paris et k Londres, enfin par ses liaisons avec les savants , les hommes d'état et les princes les plus illustres de son temps. II mourut le i4 novembre 1716, à Hanovre, conseiller privé du Hanovre et administrateur de la bibliothèque. La même vénération qu'inspira ce grand homme à ses contemporains lui est assurée dans la postérité la phis reculée, et vient d'être encore attestée récemment par un monument érigé en son honneur.

Ses Œuvres :

Dissert, de principio iodividuatioiiis. Lips., 1664. Specimen quaBsiionum ei Jure coUectarum. Ibid. Tractatus de arle combiDatoria cui subnexa est demonstratio existeoti» Dei ad mathematicam certitudlnem exacta. Lips., 1666. Francof., 1694, I11-4.

Premiers traités philosophiques dé Leibnitz , dans îes Acta eruditoram depuis 1684 , et dans le Journal des Savante depuis

GoUfir. W. Leibnitii Opéra, studio Lud. Dutens. Genev., 1768 , 6 vol. in-4. A ce recueil, il hni Joindre :

Œuvres philosophiques de feu M. Leibnitz , publiées par M. Rud. Erich Raspe, avec une préface de M. Ksstner. Amsterd. et Leips. , 1765, in-4. L'édition allemande de celte

collection renferme des remarques et additions par J. H. F. Ulrich. Halle, 1778-1780, 2 vol. in-8.

6. W. de L. Essai de Théodicée sur la bonté de Dieu , la liberté de rhomme et Torigine du mal. Amsterd. , 1710 , in-8, 1712-14-20-48. Traduct. latine. Colon. , 1716, in-8. Francf., 1719, 2 vol. in-8. Leibnitii tentamina theodice» de bonitate Dei , liberlate hominis et origine mali. Yersionis noy» editio altéra cum pnef. Aug. Fr. Boeekhii. Tubing. , 1771 , 2 ?oh in-8. Plusieurs édit. en allemand.

A collection of papers which passed between the late leamed Mr. Leibnitz and Dr. Glarke, in tbe years 1715 and 1716, relaling to the principles of natural philosophy and religion , by Samuel Glarke. London , 1717, in-8. En fhinçais : Recueil de diverses pièces sur la philosophie , la religion , etc. , par MM. Leibnitz, Qarke, Newton, publ. par Des Midieaux. Amsterd.^ 1719; V édit., 1740, 2 vol. in-8. Trad. en allem* avec une préface de WoJf, par J. H. Kœhler. fïancf., 1720^ in-8.

Leibnitii Olium hanoveranum , sive Miscellanea G. W. Leibnitii, éd. Joach. Fr. FeUer. Ups., 1718, in-8, et : Monumenta varia inedita (deuxième recueil). Lips. , 1724, in-4.

Epistolœ ad diverses, éd. Chr. Korthold. Ups., 1734- 1742, 4 vol. .in-8.

Gommercium epistolicum leibniUanum , éd. Jo. Dan. Gruber. Hanov. et Gotting., 1745, 2 vol in-8.

Gommercii epistolici leibnitiani typis nondum evulgati sêlecta specimina , éd. Joh. Ge. H. Feder. Hanov., 1805» in-8.

Leibnitii systema tbeologicum , avec une trad« fr. Paris , 1819. Trad. ail. Mayence, 1820. Voyez G. E. ScAiJk, Sur la découverte du catholicisme de Leibnitz (ail.). Gott. ,

F/iisd, Principia more gcometrico demonstrata cum ex-

PHILOSOPHIE MODBRNB. PRSiqèRE ÉPOQUE. CH. lY. lâl

ceiptis et episMis philosophi et-scholiis quibusdam ex historia philosopbica, auctore Mich. GotU. Hanschio. Francof. et Lips , 1728, in-4.

Leibnilz fut amené à son sjatème philosophique par une comparaison approfondie des plus célèbres systèmes philosophiques^ mis en rapport avec ]es besoins de son époque par une imagination fertile en hypotlièses ingénieuses et pleines de sens, ainsi qu'en moyens de réformatioo et de conciliation , enfin par ses grandes connaissances mathématiques. Son but était de refaire la philosophie de telle sorte qu'elle pût se vanter d'une précision analogue à celle des mathématiques , et mettre un terme à toutes les disputes de ses diverses écoles ainsi qu'à cdles de la théologie» en s'emparant elle-même de ce terraiiv( i ). Il songea donc principalement à perfectionner la méthode, et à établir quelques principes positifs^ dans l'espérance de pouvoir éloigner les causes de dissidence entre les sectes opposées. En somme , il pensait que la philosophie doit être traitée comme les mathématiques; à ce titre, il était pour la méthode démonstrative et pour le système du rationalisme , tel que Platon et Descartes l'avaient conçu. Sous ce rapport y il faisait cas aussi de la scholastique. Il existe » dit-il , non seulement en mathématiques , mais encore en philosophie, des vérités nécessaires dont la certitude ne peut reposa sur

(i) Discours de la conformité de la foi avec la raison , dons la Théodîcéc. '

Texpërience, mais qui doivent avoir leur fondement dans Tâme eHe-méme. Tout le rationalisme de Leibnilz porte sur cette idée ^ juste en elle-même , et sur l'intention de débarrasser le rationalisme cartésien de ses suppositions gratuites et non démontrables , sans que Tauteiir ait cherché d'ailleurs à étudier bien ]H*ofondément les conditions fondamentales de la connaissance philosophique, non plus que sa méthode ni ses limites. Ce rationalisme se produit surtout dans une théorie de la connaissance entièrement opposée à celle de Locke^ qui comprend la monadologie et la théodicée. Leibnitz chercha aussi à résoudre le problème d^une caractéristique ou langue universelle, qui contiendrait implicitement des moyens d'invention et de jugement , et dont les signes rendraient les mêmes services pom* toutes sortes de connaissances , que les signes arithmétiques et algébriques pour les rapports de quantité (Œuvres philosophiques y p. 555 sq. ; Princ. philos., §§. So, 55,55,37).

Les vérités nécessaires, selon Leibnitz, sont innées, non qu'elles soiait, dès la naissance, présentes à la conscience, mais par leur rappcnrt avec notre constitution intellectuelle. Il y a en outre des notions claires et obscures, confuses et précises. Toutes les notions sensibles sont confuses; toute connaissance claire appartient en propre à l'entendement. Le critérium cartésien de la vérité (§. 355) est insuffi-

PHILOSOPHIB MOIMRRNB. PREMIÈRE ÉPOQUE. CH. IV. 153

sant; les tègles de la logique, qui sont aussi les lois des sciences mathématiques , sont un critérium plus approprié au besoin de la philosophie. Tons nos rai* sonnements reposent sur deux principes essentiels : celui d'identité ou de contradiction , et celui de la raison suffisante. Ces deux principes s'appliquent Clément aux mérités nécessaires et aux vérités con* tingentes. Les vérités nécessaires sont obtenues à l'aide du principe de contradiction y par la décomposition des vérités complexes en leurs éléments simples; les vérités contingentes sont obtenues par le prnicipe de la raison suffisante, qui nous conduit à une raison dernière et absolue au-delà du cercle des iaits contingents (Princ. phil. , §. 31-36; Théod., P. I , §» 44 )• L^ perceptions qui se rapportent à des objets placés hors de notre âme doivent correspondre h ces objets^ et s'accorder exactement avec leurs propriétés > sans quoi ce ne seraient que de pures illusions. La i*aison dernière de la vérité des principes innés et nécessaires est en Dieu , comme la source de toutes les vérités nécessaires et éternelles ; elles dépendent non de la volonté , mais de Fentendement divin comme son objet intérieur (Princip. phil, ,

Leibnitii meditationes de cogoitiooe , veritate et ideis ; dsDs les Acta eruditorum , 1684.

Nouveaax essais sur rentendement humain par Fauteur de rharmonie préétablie ; dans les Œuvres philosophiques publiées par Raspe.

La monadologie est le centre du système de Leihnitz : c'est par cetle théorie qu'il crataToir trouvé les démises bases de la connaissance réelle. Ce fut Platon , et peut-être aussi les idées du médecin français Glisson, mort en 1677 (i), qui l'amenèrent à sa doctrine des monades, dans laquelle il voyait d'ailleurs un mojjen de conciliation entre les philosophies platonicienne et aristotélique. L'expérience nous apprend qu'il existe des substances composées; par conséquent il doit y avoir aussi des substances simples (Princip. philos., P. i.), monades^ car le simple est le principe du composé. Les monades, comme telles^ ne peuvent subir aucun changement par l'action du dehors; elles contiennent en ellesmêmes le principe de leurs modifications. Étant des substances réelles, elles doivent posséder, certaines propriétés internes , par lesquelles l'une se distingue des autres, attendu qu'il ne saurait y avoir deux choses parfaitement semblables entre elles par leurs propriétés internes (principium indiscemibiUum) ; or, comme il n'existe point d'autres propriétés internes que les perceptions , il s'ensuit que les monades sont des forces spirituelles tendant sans cesse à changer d'état (de perceptions). Dieu est la monas

(i) Tractalus dénatura subslantix energttica , s. de vita naliir» ^jusque tribus facultatibus percepti va, adpetîtiva et motiva, auct. Franc. Gii'ssom'o. Lond., 1672, in-4.

monadunij l'être existant de toute nécessité; tout être réel est nue /ulguration ou rayonnement de Dieu y limité par la condition finie de sa nature , condition qui consiste dans la réceptivité. L'Etre divin est la perfection absolue; il possède d'une manière illimitée toutes les réalités possibles, car aucune réalité n'est en opposition avec aucune autre. Il est la raison absolue de la réalité du monde et de l'existence de toutes choses. C'est là le fondement, jselon Leibnitz, de la preuve de l'existence et de l'unité de Dieu. Dieu est la source première de toute connaissance, de toute réalité, de toute substahcc. II existe donc une monade primitive, infinie, et des monades secondaires ou produites, périssables et bornées, qui se distinguent les unes des autres par le degré et la qualité de leurs phénomènes , savoir : monades sans aperception ( corps inertes) , avec aperception (àmes)^ monades avec conscience obscure de leurs aperceptions (Ames des bêtes), avec conscience claire (âmes raisonnables ou esprits). Chez ces dernières, l'activité résulte des perceptions claires; la souffrance et l'imperfection, de celles qui sont confuses. — Toute substance simple ou monade formant le centre d'une substance composée, d'an animal, par exemple, est environnée d'un assemblage innombrable d'autres monades , lesquelles constituent le corps appartenant à cette monade centrale^ et celle-ci représente en elle seule les objets du dehors d'une manière conforme aux affections de toutes ces monades environnantes. De plus , comme

tout est lié dans le monde , et que tons les corps agissent ou réagissent plus ou moins les uns sur les autres , en proportion de leurs distances réciproques , il s'ensuit que chaque monade est un miroir vivant, doué d'une faculté interne de représenter Funivers tout entier d'après son point de vue respectif, et ordonné en lui-même sur le même plan que l'univers. — Il n'y a point d'action immédiate ( influxus phjrsicus) entre des substances simples ; il n'existe qu'une connexion idéale, c'est-à-dire une disposition des modifications internes de chaque monade qui les fait concorder avec celles des monades auxquelles elle se trouve associée. C'est à cette harmonie que tient leur apparente communication, et elle a sa raison dans la sagesse et la puissance infinies de Dieu , qui , dès l'origine des choses, a voulu qu'il existât entre elles une telle correspondance ( harmonia prœstabilita) (i). — L'ordre de toutes les existences simul* tanées dans le monde est l'espace; l'apparence qui en résulte dans le phénomène confus de la sensibilité donne l'étendue. Le temps est l'ordre des changements qui s'opèrent successivement dans le monde. L'espace et le temps n'ont qu'une existence idéale et relative.

Ouvrages à consulter : Principes de la nature et de la grftoe fondée en raison , par feu M. le baron de Leifonitz \ dans TEu-

(i) Vojcz Leibn. dans le Journal des Savants , 1695, p. 444 et 445.

PHILOSOPHIE MODERNE. PRSlflÀRfi ÉPOQUE. CH. IV. 157

rope savaDle, ITlS^Novembre, art. vi \ et Recueil , etc., t. ii. Voyez les oavr. désignés au $. 355.

Doctrine de L. sur la monadologie , sur Dieu et son existence, et sur rftme humaine ^ trad. du ftranç. par J. H. Kôhler. Francf., 1720, in-8 (ail ). Nouv. édit., par J. C. Huth. Francf., 1740, in-8.

Comparaison de la métaphysique de Newton et de Leibnih: (S* ^^}» ParL. Mart. KaAle. Gott, 1741 (ail.). Trad. fr. La Haye, 1747, in-8.

BegueUn, Essai d'une conciliation delà métaphysique de Leibnilz avec la physique de Newton \ Mémoires de TAcad. de Berlin , 1756. — Dans le Magasin de Hissman, t. v (ail.).

Godefr. Ploucquet, Primaria'monadologiœ capita. BeroL, 1748, in-8.

Institutions leîbnitiennes ou précis de la monadologie. Lyon , 1767, in-8.

De Justi , Dissertation qui a remporté le prix proposé par TAcad. roy. des Sciences de Prusse , sur le système des mo-^ nades. BerL, 1748, in-4. Id, en allem. — Du même: Défense de sa dissertation sur les monades (avec les écrits de ses adversaires). Francf. et Leips., 1748, in-8 (ail.).

Projet d'une courte histoire des ouvrages relatif aux monades ou éléments des corps, depuis Leibnitz jusqu'à nos jours \ dans les tom. i, ii, in de la Bibliothèque philosophique de Gwttingoe , par Windhelm , 1749 (ail.).

G. Bern. BUfinger, Gommentatio de harmosia animi et corpoifai humant maxime pnestahilita ex mente Leibnitii. Francof. et Lips., 1723, iB-8; 2* éd., 1735, in-8. \ AnciUon (père), Essai surTesprit du leibnitzianisme, en

franc., dans les Mémoires de là classe philosophique de TAcad. des Sciences de Berlin, 1816, in-4.

H. C. W. Sigwart, La docUine de Leibnitz sur Fharmonie préétablie, considérée dans ses rapports avBc les dootrioeades philosophes antérieurs, Tubingen, 1822, in-8 (alL).

L'intelligence suprême conçoit comme possibles des multitudes infinies de mondes, parmi lesquels elle a choisi dans sa bonté et elle a produit dans sa puissance le meilleur monde, c'est-à-dire celui où te plus grand nombre de réalités sont réunies et combinées en un même ensemble (^optimisme); Tout ce cpii existe est par conséquent pour le mieux dans l'enchainement universel, fût-il imparfait en soi, et aucune chose ne peut être autrement qu'elle n'est (Princip., §. 55-6o; Théod. , i, p, 8-9). Tout être est fait pour atteindre au plus haut degré de bonheur que comporte sa nature, et pour contribuer, selon son rang , à la perfection du tout dont il fait partie. L'existence du mal n'est point en contradiction avec cet ordre de choses. Dans ce qui est mauvais, Leibnitz distingue un mal métaphysique, un mal physique et un mal moral. Le mal métaphysique n'est autre chose que la limitation nécessaire imposée à la nature des êtres finis, limitation dont le mal physique, la soufirance, et le mal moral, le péché, sont des conséquences inévitables. Le mal moral, comme l'erreur, est une privation (Théod., P. I , §. 3 1 ) ; il a sa raison dans la liberté des esprits finis : cette liberté n'est pas l'équilibre de l'indifTérence, ou pouvoir de se déterminer sans motif, mais la faculté de choisir en vertu de motifs déterminants, entre plusieurs manières d'agir physiquement possibles^ un des motifs déterminants l'emportant

sans doute sur les autres , mais sans contrainte et sans nécessite. La prévision de Dieu étendue aux actions libres n'est point en contradiction avec leur liberté^ et ne la modifie en aucune manière^ car les actes libres et contingents n'excluent qu'une nécessité absolue; ils n'excluent point la nécessité conditionnelle. Bien que dans le monde tout soit conditionnellement nécessaire , l'homme , auquel il n'est point donné de connaître l'avenir^ n'en doit pas moins agir uniquement d'après sa conscience et sa raison (1. K 9 §• 58.) Ces dernières idées avaient été adoptées par Leibnitz dans le but de combattre la fatalité absolue du cartésianisme , qui ne laissait à la puissance divine aucune influence. Dieu ne veut pas, d'une manière absolue , l'existence du mal, soit physique, soit moral; seulement, comme consé*^ quence nécessaire de la limitation également néces* saire des êtres finis , il permet que ce mal existe aux conditions les mieux appropriées à la plus haute perfection possible de l'ensemble universel , c'est-àdire en établissant, par sa sagesse et sa bonté, une certaine harmonie entre l'ordre de la nature et celui de la grâce, harmonie dans laquelle consiste le gouvernement du monde. Ce furent le scepticisme de Bayle et ses attaques contre lés doctrines religieuses qui firent entreprendre à Leibnitz cette Théodicée. Voyez la préface de la Théodicée , dans laquelle il maintient l'accord de la raison et de la révélation , et fait enti^er dans sa doctrine philosophique plusiem^s dogmes théologique^

160 TROISlàlfB PBRIODB.

Ouvrages & consuller :

G. B. BUfinger, De origine et perniisiiolie mali pnecipue moralis. Fraocf., 1724.

Fr. Ch. Baumeistery Historia de doctrina de optimo Aiando. GorllCif , 1741.

Wo^art, Gofltroferti» de iiiindo opMmo. Jeu., 17^.

(Reinhard) , ItoerlâtioB qui a remporlé le prix propoté par TAcad. roy. des Sciences de Prusse, sur roptimîsme , avec les pièces qui ont concouru. Berl., 1755> in-4.

Recueil des écrits sur la doctrine du meilleur des mondes. Aostock , 1759, in-8 (alL). Voyez aussi Touyrage de Werdermann, indiqué §. 38.

Divers écrits publiés à l'occasion du débat entre Platner et Wezel sur la théodicée de Leibnib. Leips. , 1782 , io-8 (aU.).

Leibnitii Doctrina de mundo (^timp sub examen revocaknr denuo a Chr. A. Leonh. Creuzer. lâps., 1795, in-8.

Robinet, dans son livre De la nature , a donné un essai de théodicée qui se rapproche du système de Leibbitz. Amst, 1761-68, 5 vol. in-8.

Emmanuel Kant , Sur le mauvais* succès de tous les essaie de tliéodicée \ dans le t. m de ses œuvres mêlées (alk). — Considérations sur Toptimisme. Kœnic^berg , 1759, in-4 (ail.).

Leibnitz n'a donné nulle part une exposition complète de toutes les parties de son système; chacune de ses doctrines est restée plus ou moins séparée de Tensembie. Il n'a touché que légèrement la philo« Sophie morale (i). Ses idées sont pour la plupart le

(i) Voyez les dÎMertalioB» suivantes : De princtpiis juris ob-

PHILOSOPHIE MODERNB. PREHiÈRE ÉPOQUE. CH. IV. I6l

résultat d'un certain esprit d'analyse et de combinaison , d'un savant artifice pour concilier les difficultés et le différend entre la théologie et la philosophie , et d'un examen y exclusif et incomplet^ de la faculté d^ connaître. Préoccupe de cette idée, que par la pensée on peut arriver à connaître la réalité des choses , il s'adresse à l'entendement seul, comme Locke s'était adressé à la seule sensibilité , pour découvrir le principe absolu de l'être et de la connaissance. Par la, il confond la possibilité et l'actualité logique avec la réalité positive , il intellectualise les phénomènes , et méconnattla part de l'observation dans l'acquisition de nos connais^nces (i). Si son système était solidement fondé, il n'en résulterait réellement qu'un détermi* nisme universel, incompatible avec la liberté des êtres raisonnables. Néanmoins sa philosophie, pleine d'hypothèses hardies et de vues supérieures, a fait faire de nouveaux pas à la science; elle a mis en circulation une foule d'idées neuves, avec d'autant plus de succès qu'il s'était servi de la langue française pour les publier.

serrationes. 1700. Anonymi sententia de tractatu cl. viri Sam. Pufendorfii qui înscribitar : Bc officiîs homînis et cîvis; dans un programme de Just. Cfar. Bœhmer, 1709, in-4, et les OEuvres comp., éd. Dutens, t. iv, P. iv, p. 279. Sur le droit naturel selon Leibnitz y voyez la préfece au Gofpus juris gentium , et plusieurs de ses lettres.

(i) Voyez Emman. Kant, Critique de la raison pure , 5" édit., p. 316 et suivantes : sur Famphibologie des idées de réflexion.

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