I. Scepticisme de Hume
En Angleterre , l'esprit de l'école empirique continua de prédominer. Le médecin Ihyid Hardey (^i), né à Jlllingworth en 1704» mort à Bath en ijSj, dont le caractère, sous les rapports religieux et moraux, présente beaucoup d'analogie avec celui de Bonnet (§. SyS), suivit, dans le point' de vue
Toi^nisation du monde 9 etc. Augab., 1771^ in-8 (ail.). Correspondance de Kant et de Lambert , dans le t. lu du Recueil des Œuvres diverses de Kant , p. 91 et suiv,
(i) David EartUf/s Observations on man, bis firamcy bis dutj, and bis expectatîons , in two parts. Lond.» 1749, in-8 , 2 vol.; trad. en allem», avec remarques et additions, par Pistonus. Rostock et Leips., 1772, 2 vol. in-8. Theoiy of buman mind witb essays by Jos. Priestley. Lond., 1775, in-8. '
exclusÎTement matërialisle y les recherches psychologiques de Locke. Il fonda la théorie de l'actiTité intellectoelle de rhomme sur Tassociation des idées^ et ceHe-ci sur Thypothèse des vibrations des nerfs et de Féther, Il laisse à peine subsister la liberté psychologique^ comme pouvoir de choisir et d'agir d'après des motifs , et considère Dieu comme la cause unique de tousles efièts de la nature et de toutes les actions de l'homme. Les hommes ne sont que des instruments pour l'accomplissement de la fin du tout. La morale est toute relative au principe du bonheur. — Un esprit bien supérieur entra ensuite dans les voies ouvertes par Locke et arriva à un scepticisme plus fort et plus étendu. L'idéalisme peu suivi de Berkel^y (S* 349)9 ^^ I'^^ ^^ servir de barrière à l'esprit sceptique, n'avait fait que contribuer à ses progrès. C'est ce qu'aperçut David Hume ^ né à Edimbourg en 171 1 9 lequel y après s'être d'abord appliqué à la jurisprudence , abandœ^na cette étude pour celle de l'histoire et de la philosophie , dont il fit l'unique occupation de sa vie (i). Du point de vue empirique
(x) Biographie de Hume : The life of Dav. Hume vritten hj kimaelf. Lond., 1777, iiHl2. Trad. latine, 1787, in-4. Trad. franc. Lond., 1777, in-12. Supplément to the life of D. Hume (c'est nne lettre d'Adam Smith à WilL Straham , jointe à ses Mémoires). A letter to Ad. Smith on the life , death and philosojÀj of hîs friend D. Hnme , by one of the people called christians. Oxford, 1777. Apology for the life and writings of Bav. Hume, etc. Lond., 1777. Curions particulars and genoine anecdotes respecting the late lord Chesterfield and Dar.
192 TROISlàHB PBRIODB.
de Locke , il jeta un regard plein de prcrfbndeur et de sagacité sur la nature de Thoinme considéré comme un être intelligent et actif. Des raisonna ments bien déduits de conséquence en conséquence ramenèrent à ce résultat sceptique, qu'il ne saurait
Hume , etc. Lod4*9 1788» Anecdotes «t trtits de caradôre tirés de la vie de D, Hume , par Chr. Fr. StcsudUn, dans ie journal mensuel de Berlin. Novemb. 1791 (ail.).
H. Dav. Humées Treatise of huroan nature , etc. Lond., 1738, 2 vol. in-8; 1739, 2 vol. m-4. Trad. allem., avec un examen critique de cet ouvrage , par L. Henri Jacob, Halle, 1790— 1791 , 3 vol. in-8.
Essajs moral , political , and literaij. Bdinb., 1742 , 1** p., in-8. Inquiry concerning buman understapding. Lond.^ 1748, in-8 (L'auteur donna , dans le troisième volume de ses Essais , une nouvelle exposidon de cet ouvrage sur l'entendement humain). Sulzer, et ensuite Tennemann , ont donné en allemand des traductions de l'Inquiiy, etc.; la première, Hamb. et Leips. , 1755, in-8; la seconde ^ accompagnée d'une dissertation de Reinfaold sur le scepticisme, Jen., 1793, in-8. Politîcal discourses. Lond., 1749. Edinb. Lond., 1749. Edinb., 1752 (reproduits dans le tome u des Essais). Inquiry concerning the principles of moral. Edinb., 1751, in-8. The natural history of religion. Lond., 1755, in-8 (ces deux derniers ouvrages se retrouvent dans le tome iv des Essais ). La nouvelle édition des Essais est intitulée : Essajs and Treatises on several subjects , 4 vol. Lond.^ 1770 — 1784, in-8. Dialogues concerning natural religion, éd. ii. Lond., 1779, in-^; trad. en allemand par Schmter, avec un dialogue sur l'athéisme , par Em. Plmtner, Leips., J781, in^ (ail.); voyes, à ce sujets JacM : David Hume, ou De la foi, de l'idéalisme et du réalisme, Bredav, 1787, in-8 , et dans ses Œuvres (ail.). Essajs ob suicide and the iminortalîtjoftfae soûl. Lond., 1789, in-8.
y avoir une connaissance objective philosophique^ et que nous sommes réduits à notre conscience , aux phénomènes qui passent devant elle^ et à leurs relations purement subjectives. Dans ces recherches de Hume, le scepticisme philosophique se montre accompagné d'une puissance logique , d'une vigueur de principes, et en même temps d'une netteté, d'une clarté, d'une élégance telle qu'il n'avait jamais apparu ni aussi formidable ni aussi séduisant. Selon Hume, tout ce qui se passe en nous se réduit à des impressions ou sensations, et à des notions ou idées; ces dernières ne sont que des copies des premières ; et tout ce qui les distingue de leurs originaux , c'est d'être moins fortes et moins vives. Tous les objets de la raison sont ou des nelations d'idées auxquelles se rapportent les principes mathématiques, ou des faits d'expérience. Notre croyance, par rapport à la réalité d'un fait , repose sur la sensation , sur la réflexion , et sur le rapport de cause et d'effet. La connaissance de ce rapport de causalité ne vient point d'un principe a priori, elle résulte seulement de l'expérience; et lorsque nous attendons de causes semblables des efièts semblables, nous ne faisons qu'obéir au principe de l'habitude en tirant nos conclusions d'une liaison constante entre divers phénomènes , ou de l'association de nos idées. Il n'existe donc aucui\e connaissance pom^ nous hors de l'expérience ; il n'y a donc pour nous aucune méta|^ysiqut possible. L'expérience n'ofBre point, comme la .démonstration mathématique, le II. i5
caractère de F^vidence ; en définitive , elle se fonde sur un instinctqui pourrait nous abuser. Du moins l'opposition de Tinstinct et de la philosophie sur les idées d'espace, de temps et de cause, peut-elle nous faire douter de son témoignage, si toutefois le scepticisme des philosophes a quelque valeur contre l'instinct naturel* La géométrie et l'arithmétique sont les objets de la science abstraite ; la critique ( l'œsthétiqùe ) et la morale sont des objets relatifs à la sensibilité , et n'appartiennent point à Tentendement. En morale, Hume démontra fort habilement que l'amour de soi ne saurait être le principe de la vertu; il soutint que la raison ou la faculté de réfléchir n'a sur nos actions aucune influence efiective , et il plaça le principe de la vertu dans le sentiment moral , qu'il établit comme analogue au goût. Cette théorie fournit un nouvel appui au système du sens moral. Le suicide ne parait point à Hume un acte immwal. Cet écrivain , qui semble d'abord n'attaquer que les prétentions de h philosophie spéculative, mais dont le scepticisme sape profondément la réalité de la connaissance humaine, tourna spécialement ses objections contre l'existence de Dieu, la providence, les miracles, Vint* mortalité de l'Ame, et soutint que ces croyances ne sont garanties suffisamment par aucun principe évident et solide. Dans sa vie pratique, on ne retrouve plus le même scepticisme ; sa conduite et son caractère furent exemplaires. Il mourut, avec la plus grande sérénité, le it6 août 1776.
PHILOSOPHIE MODERNE. PRBMlàftE ÉPOQUE. GH. V. 195
Adversaires de Hume , et autres philosophes écossais et anglais.
Le scepticisme de Himie^ qui compromettait non seulement la réalité des objets de l'expérience^ mais enc<H*e celle des notions religieuses^ avait dû néces* sairement produire beaucoup d'effet dans le monde philosophique. Plusieurs écrivains entrèrent en lice pour le combattre ; mais^ au lieu d'attaquer dans leur base les raisonnements sceptiques de Hume, ils en appelèrent au sens commun de l'humanité {common sensé) f en d'autres termes, à un instinct naturel , ce qui étciit précisément ce que voulait Hume. Parmi ceux de ses adversaires qui adoptèrent cette marche, parm*ent en première ligne trois Écossais : Thomas Reid (i), né en 1704^ professeur à Glascow, mort en 1796, esprit sincèrement dévoué à la recherche de la vérité, qui reconnut bien certains principes de la connaissance humaine comme indépendants de l'expérience, mais qui ne donna a la philosophie d'autres fondements que les principes du sens com* mun, ou une sorte d'instinct spirituel; l'éloquent
(1) Notice sur k vie et les éerits de Thomas Reid , par D. Siewart. Edinbargh, 1803 , iii-8.
TbdiB. Reid, Inquirj into the human niind on the principle ef common sensé, 3' édit. Lond., 1769, in*8. Trad. en ail. Leips., 1782, in-8. Essajs on the intellectual powers of man. Edinb., 1785, in*4. Essajs on the active povers of man. Edinb., 1788, in-4. Son principal ouvrage est intit. : Essays on the powers of the human mind. Lond-, 1803, 3 vol. in-^.
Jacques Beattie{i), né en i735, professeur de 010-* raie à Edimbourg^ et ensuite à Aberdeen, mort en i8o3, défenseur plus ardent, mais avec ùioins d'esprit philosophique, des vérités attaquées par le scepticisme, partisan du système du sens moral, et auteur de recherches œsthétiques remarquables par l'élégance et le bon goût; enfin, Jacques Oswald, ecclésiastique écossais qui vivait vers 1769, et qui fit du sens commun de l'humanité (a) le principe universel, la règle suprême de toute recherche philosophique. Ces écrivains font bien sentir, il est vrai, Tabus de la spéculation qui prétend expliquer toutes nos croyances par voie démonstrative, mais ils tombent à leur tour dans le défaut contraire où leur principe les conduit, à savoir, la paresse de la raison.'
(1) AccouDt of the life of James Beattie, bj Alex. Bower. Loud., 1804.
Jatnes Beattie, Essaj on the nature and immutability of trulK in opposition to sophistrj and skepticism. Edinb., 1770; ô^édit., Lond., 1774. Trad. en ail., par Gerstenberg, CopcnhagenetLeîps., 1772, in-8. D'après la 5* édit. Leips., 1777. Id, avec les OEuvres de Beattie en ail. Leîps., 1779 — 1780, 2 vol. in-8. Tfaeorj of the language. Lond., 1788 , in-8. Dissertations moral and critical. Lond., 1783, in-4. (Tr. en ail. par L. Grosse. Goetting. , 1789 — ^90, 3 part, in-8.) Eléments of the science of moral, t. i. Edinb., 1790; t. ii , 1793. Tr. en ail. ^rMoritz, 1790, t. i, în-8.
(2} James Osioald, Appeal to common sensé in behalf of religion. Edinb., 1766—1772, 2 vol. in-8. Tr. en ail. par ïVilmsen. Leips., 1774, 2 vol. in-8.
Joseph Pries tlejr^ né à Fieldkead en i ySS^ mort en i8o4i célèbre aussi comme physicien^ critiqua en même temps Hume et ses adversaires ; mais il fut plus heureux contre ceux-ci y dont il appelait avec raison les principes instinctifs qualitates occulUe, qu'avec Hume, auquel il opposa une preuve insoutenable de l'existence de Dieu (i)* H combattit d'ailleurs en déterministe prononcé le spiritualisme et la liberté d'indifférence dans le même sens que Hartley^ et prétendit prouver la matérialité de l'âme (s).
(i) The Hfe of Jos. Priestlej with critical observations on his Works and extracts from his writings illustrative of the character, principles, etc., bj J. Carry, Lond., 1804^ in-8.
Jos. Priestley , An examination of D"^ Reid's Inquiiy înto the human mind, D' Beattie's essaj on the nature and immutabilité of trnth , and D' Oswald's appeal to the common sensé. Lond., 1774, in-8. -— Letters to a philosophical unbeliever containîng an examination of the principal objections tp 4h€ doctrines of natural religion and especîally those contained in the writings of M'Hume. Bath, 1780, p. i , n; tr. ail. Leips., 1782. Additional letters, 1781—87. A continuation of the letters. Northumberland-town , 1794, in-8.
(2) Jos. Priestley, Disquisîtions relating to matter and spirît , etc. Lond., 1777, în-8.
Tbree dissertations on the doctrine of materialism and philosophical necessity. Lond., 1778, in-8.
The doctrine of philosophical necessity illustra ted , etc. Lond., 1777, in-8.
Letters on materialism and Hartley's theory of the huiuan
198 TROISlkMB PKRiODB.
Auprès de lui se place Edouard Search qui, eu morale, rapporte tout à Tiiitërêt personnel (i). D'un autre coté, Richard Price, né à Tynton eu 1723, mort en 1 79 1 > opposa au principe de rempirisme qui fait soii;ir de la sensibilité toutes nos connaissances ^ un principe tout contraire» savoir, que l'entendement ou la faculté pensante est essentiellenient distincte de la sensibilité^ et qu'il en résulte un ordre de faits dont les caractèt^es lui appartiennent e^clusivemenf^ et ne peuTeni être confondus avec ceux des faits sensibles. Cet écrivain éclaircit avec beaucoup d'habileté plusieurs des questions morales les plus importantes, et combattit le sjrstème du sens moral , comme incompatible avec le caractère immuable des notions fondamentales de la vertu et du devoir, reconnaissamt dans ces notions, ainsi que dans celles de substance et de cause^ des pinncipes éternels
mind, fey PrlesUey. Lond.» 1776^ in-8.— - Ces derniers ouvrages donnèrent Ueu k diverses réfutations de P aimer et de BiyatU , et particulièrement à Touvrage de Richard Price , indt. : Letters on materlalism and pbiloBopkical necessitj. Len<l., 1778, in-8.
Extraits des ouvrages da D' Priestley sur la nécessité de la volonté y et sur. les vibrations des «er6 frontaux , commt causes matérielles de la sensibilité et de la pensée, avec des considéra- (ions sur ce sujet, et un parallèle de l'hypothèse des vibrations avec la cranologie du D' Gall. Altona , 1806, in-8 (ail.)*
(1) Ed. •S'eo/vA, Lightof nature pursued. Lond., 1769 — 70, 5 vol. in-^ ; tr. en ail. par J. P. ErxUben. Goettîng., 1771, in-8.-^ Freewill , fore-knowledge and laie. Lond. , 1763 , in-8.
PHILOSOPHIE MOWRIfB. PHHlIliW ÉPOQUE. CH. Y. 199
et iH*imilifs de l'intelligence^ indépendants de la voloDté divine* Priée a parfaitement exposé la différ^M^e essentielle qoi sépare la moralité de la sensibilité y la verta dn bonheur^ et en même temps les rapports qui rattachent ces deux derniers éléments Tua à l'autre (i). Malgré ses efibrta, le système du sens moral se maintint, défendu par Henri H orne (2), né à Edimbourg, nommé lord Kaim$s depuis l'année 1752, mort en 1783, célèbre par son ouvra^ sur l'asthétique^ et par Adam FergusQH (3) , né à liG^rait, dans les montagne» d'JËcosse, en 1724» mort en 181 6,, qui fit consister la vertu dans un
(i) Pnc0 ^Review of the principal questions and difficulties in moral , particukri j diose resp«ctitag tke origin of oiir Ideas of virtiie 9 kg nature » relatîea to tbe deitj, obligation , subject » matter i^nd «anctions. X^ood.^ 175&9 in-8 ; 3* éd., Lood., 1787,
(a) Henry Home, £ssajs on the principles of moralîty and natiiral religion. Edinb., 1751, in^^^ (Tr. en ail. par Rauten^ ierg. Brupswiek, 1768^ % to). io-S.) — Historical law., 1759., in-8. Tbe principles of eqwty, 1760, in-fol. (Trad. ail. Leips., 1778» în-8.) Elemenjts of crilicism. I^ond., 1762, 3 vol. in-8; 3«éd.,£diob.,17659 3 vd[.in<8. Tr. ail., par lf«iRAar(/. Leips., 1772 — 1790, 3 vol. in-8. Sketcfaes on the bistory of man. Lond., 1774, 2 vol. in-4. Trad. aU. Leipg., 1778—1783, 2 vol. iii-3'
(3) Ad. Ferguson, Institutes of moral pbilosophy. Lond., 1769, in^. Tr. ail., par Garv^. Leips., 1772 , in-8. Principles of moral and political science. Ëdinb., 1793, 2 vol. in-4. Tr. ail., par Sclireitcr. Zurich , 1795, 2 vol. in-8. Essay on civil Society. Edinb., 1766, in-4. Trad. ail. Leips., 1768, in-8.
effort soutenu par lequel se développe en nous la perfection de Tâme. Adam Smith (i), né à Kirkaldy en 17^3^ mort en 1790, ami de Hume, connu principalement par son traité classique sur la richesse des nations, prétendit que la nature de la moralité ne peut consister que dans des actes qui , pour avoir ce caractère, doivent obtenir l'assentiment universel , et il fit de la sympathie le principe de la morale. Par la sympathie nous nous supposons à la place de celui que nous voyoïls agir, et nous jugeohs de la convenance de ses actes d'une manière impartiale , dégagés que nous sommes d'ailleurs de ses motifs subjectifs. De ces jugements impartiaux résultent autant de r^les générales pour toutes les actions particulières. Le résumé de cette morale est : agis de telle sorte que les autres hommes puissent sympathiser avec toi. Thomas Pajrne (2), né dans le
(i) Ad. Smith, Theorj of moral sentiments , 6* éd. Lond., 1790, 2 vol. in-8. (Trad. ail. Brunswick, 1770; autre par Kosegaiien, Leips., 1791, 2 vol. în-8.) Inquiry înto the nature and causes of the wealth of nations. Lond., 1776; 2«édlt.} 1777, 2 vol. in-4. (Plus. trad. ail. Leips., 1776; 2 vol. in-8, par Gafve. Breslau , 1794 , 4 vol. in-4 ; 2* édit., 1799 , 3 vol., par Luder. Berlin , 1800 , 3 vol. in-8.) Essajs on phîlosophîcal subjects , etc. , to which is prefixed an account of the life and writings of the author, by Dugald Stewart, Lond. , 1795, in-8.
(2) Gommon sensé. Philadelphia , 1776, m*8. (Trad. ail. dans les matériaux* pour la statistique de Dohm, 1'* livraison; et Copenhague , 1794 , in-4.) Rights of niau , being an answer to M*^ Burkc's allack on the Frcnch révolution. P. i, ii. Ed. vu,
PHILOSOPHU MODERNE. PRSMlàRE iPOQUB. CH. V. 201
comté de Norfolk en 1737^ mort en Amérique en i8og^ l'mi des fondatem*s de la république des États-Unis^ étonna les Anglais eux-mêmes par Fau* dace de ses théories démocratiques. Il faut encore rattacher aux recherches psychologiques des Anglais leurs essais sur l'œsthétique , par exemple les traités sur le goût d^jilison, de Gérard, de Burke, ainsi que leurs travaux relatifs au langage et à l'histoire de l'humanité.
n. Ecole empirique en France.
Uesprit philosophique s'était maintenu en Angleterre dans les Toies de l'empirisme^ et avait presque renfermé tous ses efforts dans des observations expérimentales , les unes profondes et ingénieuses , les autres étroites et sèches^ en faisant d'ailleurs de la religion l'objet principal de ses recherches et de ses doutes; de même en France il conserva les habitudes empiriques^ mais sous des influences différentes qui tenaient^ les unes au caractère de la nation française^ les autres aux limites imposées à la liberté de penser par la puissance du clergé. La métaphysique de Descartes et de Malebranche fut oubliée ; on s'attacha à Gassendi et à Newton; Locke devint
1791—92. (Trad. ail. Berlin, 1792, iu-8.) The âge of reason beîng an investigation of true and fabulons theology. P. i, ii. Lond., 1794.
t02 TRaiSlàlUS PfiBIODE.
le philosophe à la mode. Montesquieu (i)^ oé en i68g, au château de hi Brède, près de Bordeaux f mort en 17 55, qui consacra un véritable §^nie plûlosophique à observer les lois des oatious , tout en suivant la direction empirique, ne révoqua point eu doute les principales vérités religieuses^ non plus que Maupertuis (3), né à Saint-Malo en 1698, mort à Bftle en lySg, mathématicien et physicien distingué. L'influence de f^oltaire ( François-Marie Arouet de Voltaire), né à Ghâtenay, près Paris, en 1694, mort en 1778, eut un caractère plus funeste. C'est Voltaire qui donna au bon sens moqueur et à Tesprit le premier rôle en philosophie (5). J.-J. Rousseau^ né à Genève en 1713, mort en 1778, combattit le despotisme ecclésiastique et politique, et avec de meilleures intentions ne fit guère moins de mal (§. suivant) (4)* Charles Batteux (5), né à
(i) De l'esprit des lois , 17tf . Nombr. éditions. — Œuvres. Lond., 1759, 3 vol. iii-4; 1788, 5 vol. in^. Nombr. édît. OEavres posthumes , 1798, ia-8. OEavres complètes. Basjes, 1799,8 vol.
(2} Essai de philosophie morale. Lond., 1750, in-8. Essai de cosmologie. Berl., 1750, in-8. Œuvres. Lyon, 1756, 4 vol. in-8.
(3) Vie de Voltaire ^ar Gmdoroet. Ses œuvres ont eu une foule d'éditions.
(4) Histoire de la vie et des ouvrages de J.<-J. Rousseau , par Musset Pathaj. Paris, 18il , 2 vol. in-8. Ses œuvres, partout et très souvent.
(5) Les beaux-arts réduits à un même principe. Paris , 1746.
PHILOSOPHIE MODBlia. PUOf lÀRE ÉPOQUE. CH. V. 903
Allendliuj en ijiS, laort en 1780, fat en France le père de la thëorie des beaux-arCa. Etienne Bonnoi de CondiUac (i), né à Grenoble en lyiS, mort en 1780, travailla à perfectionner le système empirique^ et prétendit ramena* toutes les facultés actives de l'âme à la sensation ou à la sensibilité au moyen du principe de la transformation de la sensation. Selon lai y la formation et le perfectionnement du langage f auquel il donne pour origine les accents spontanés du plaisir et de la peine, sont le moyen par lequel toute science se développe. Il s'attache à ramener toutes les sciences à leur expression la plus simple^ et ax>it pouvoir les traiter suivant la métbode des mathématiques. En même temps, ce philosophe con£dnd les maximes de Texpérience et de la spéculation , en regardant comme le résultat le plus parfait de la science la déduction qui fait de
Plus, édît (TrU. ail. Gotha , 1751 ; autre par Adolphe ScfalegeA , 2 vol., »rec diîssertatàons da tnid»eieur. Leips., 1769 — 70, 3* édît. ExtraiU , par Gottsched. Leipa. , 1751 .) Cours de belleslettres 9 ou Principes de la lîttérattnpe. Parts , 1747-— 50. Plus, édît. (Tr, ail., par Oh. GuiM. HamUr. Leips;, 1756—58; 5«éd., ld02,iD-8.)
(1) €oiirs d'études du prince >de Paraie , par M. l'abbé de CondiUac. Paris, 1776, 16 vol. în-8. Essai sur TorigiDe des Gonpaissances hùnMÛnes. Âmsterd., 1746, 2 vol. in-lâ. (Tr. aU.^ par Hîssmaun. Leîps., 1780, in-8.) Traité des sensatiens. Lond., 1754, 2 vol. îii«42. Traité des anîmanx. Amsierd., 1755, 2 vol. ia-12. Œuvres philosophicpies , 6 vol. Paris, 1795, in-12. Plus. aut. édit.
204 TROISIÈME PÉRIOI».
toutes nos idées autant de conséquences d'une seule proposition identique , et en admettant l'existence des corps au nombre des faits primitifs ^ doctrine par laquelle il se rattache à celle de Gassendi sur les atomes (§• 3^4). CondiUac est resté jusqu'à ces derniers temps le type de la philosophie française et son chef avoué. Avec lui, Charles Bonnet (i), né en 1720 à Genève 9 mort en 1795 , rendit beaucoup de services à la psychologie. C'était un excellent observateur de la nature 9 et un esprit habituellement tourné vers les idées religieuses. Il ne laisse pas néanmoins de déduire toutes les idées des sensations, au moyen de certaines fibres nerveuses et de leurs mouvements, et il n'accorde primitivement à l'âme, qu'il distingue du corps, qu'une double propriété de sentir, et une force motrice. Niant les idées innées , et faisant dériver tous les faits intel-
(1) (Ch. de Bonnet)^ Essai de psychologie, ou Considérations sur les opérations de l'âme , sur l'habitude et sur l'éducation. Lond., 1755, in-8 (tr. ail., par G. W. Dohm. Lemgo, 1773, in--8). Essai analytique sur les facultés de l'âme. Copenh., 1759-1760; 3* édit., 1775. (Tr. ail., avec notes et additions, par Gh. Godef. Schûtz. firéme, 1770, 2 yol. in-8.) La palingénésie philosophique , ou idées sur l'état passé et sur l'état futur des êtres vivants. Genève, 1769, 2 vol. în-8. (Tr. ail., par Lat^ater, Zurich , 1771.) OEuvres d'histoire naturelle et de philosophie. Neuchâtel, 1779; 2« édit., 1783, viii, in-4. Mémoires pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de M. Gh. Bonnet, par J. Trembley. Berne, 1794, in-8. (Tr. ail. Halle, 1795, in-8.)
PHILOSOPHIE HODBRNB. PRBMIÈRB ÉPOQUE. CH. V. 205
lectuels de la sensibilité, il fut conduit à soutenir que l'âme n'est capable d'aucun développement que par l'entremise du corps. Il n'était point éloigné du matérialisme, et admit une certaine affinité entre l'âme des animaux et celle des hommes. D'autres hommes poursuivirent avec plus de suite et d'audace dans le sens de l'athéisme y du matérialisme et d^un rigoureux déterminisme, les conséquences du sjrstème empirique par rapport à l'âme et à la morale : ce furent entre autres La Mettriç (i) (Jul. Offroy de La Mettrie), né à Saint-Malo en 1709, mort à Berlin en lySi, qui prétendit expliquer l'âme et tous ses effets comme un pur mécanisme; Hehétius (2) (Claude Adrien Helvétius), né à Paris en
(i) Éloge de M. de La Mettrie (par Frederick II). La Haye, 1753. OËuvres philosophiques de M. de La Mettrie. Lond. (Berl.) , 2 vol., 1751 , in-4. Amsterd., 1763-1764, 2 vol. in-8. Histoire naturelle de Tâme. La Ha je (Paris) , 1745, in-8. Ouvrage brûlé de la main du bourreau par arrêt du parlement. -^ Traité de la Vie heureuse de Sénèque. Postdam , 1748. L'École de la volupté (iV/. sous le titre de l'Art de jouir), 1750. L'homme machine. Lejd. , 1748 , in-*12. L'homme plante. Potsdara, 1748, in-8.
Voyez , en réfutation de ces ouvrages : L'homme plus que machine, par "iXvcLiizac, Lond. (Lejde), 1748; 2^ éd., Goetting., 1755, in-12. De machina et anima humana prorsus a se invicem distinctis commentatio, auct. Balth. Lud. Traites. Breslav., 1749, in-8. Godoir. Ploucquet, Dissert, de materialismo. Tubing., 1750. . Gum supplemento et confutatione libelli : L'homme machine. Ib,y 1751, in-4.
- (2) De l'Esprit. Paris , 1758 , in-4 , 2 vol. în-8. (Trad. ail..
206 TROISIÈHB PÉRIODE.
1715, mort en 177 1^ qui ramène tout à la perception sensible, et considère la notion de l'infini comme une simple négation (§. suiyant); l'auteur du fameux Système de la ncUure, qu'on croit être La Grange ou le baron d Holbach (i),,mort en
par Goitsched, 1757; autre par ForkerL Liegoitz et Leips., 1760, 2 vol. în-S.) De l'homme, de ses facultés et de son éducation. Lood. (Amsterd.), 1772, 2 vol. io-8. (Tr. ali., par TVichmann. Breslau, 1774, 2 vol. in-8.) Les progrès de la raison dans la recherche du vrai. Lond., 1775, in-8. ( Voyez en outre la note suivante. } OEuvres complètes. Amsterd. , 1 776, ô vol. in-12. Deux-Ponts, 1784, 7 vol. in-8. Parts, 1794, 5 vol. in-8 ; 1796, 10 vol. in-12.
Éloge de M. Helvétîus. (Genève), 1774, in-8. Essai sur b vie et les ouvrages de M. Helvétîus (par Duclos?), en avant de son poëme didactique, intitulé : Le bonheur. Lond. (Amsterd.)» 1773, in-8; et dans les OEuvres complètes.
(1) Système de la nature , ou Des lois du monde physique et du monde moral, par feu M. Mirahaud ( La Grange? la baron d'Holbach?). Lond., 1770, 2 vol. in-8. (Tr. ail., par Gh. G. Schreiter, Francf. et Leips., 1783, 2 vol. in-8.) Contre cet onvrage , voyez : Bergier, Examen du matérialisme , ou Réfutation du Système de la nature. Paris, 1771 , 2 vol. in4. De CaslilUn, Observations sur le livre intitulé : Syst. de la nat. Berl., 1771, in-8. Réflexions philos(^hîques sur le Syst. de la nat., par M. Holland (Georg. Jonath.). Paris, 1772, 2 vol. io^. I^e»châtel, 1773. (Tr. ail., par J. L. rVetgel. Berne, 1772, în-8.) ( yoUaire) , Réponse au Système de la nature. Genève , 1772 ; et Encyclopédie , artic. Dieu. Le vrai sens du Système de là nature (par Helvétius), ouvrage posthume. (Tr. ail., Francf. et Leips., 1783, in-8.) Ce livre ne consiste qu'en extraits. F. X. Y. Mangold, Réfutation calme du matérialisme , servant
PHILOSOPHIE MODBRNE. PREBUÈRK ÉPOQUE. CH. V. 207
1789, et J.-^B. Robinet (i), né à Rennes en ijaS. On pent attribuer principalement à l'influence deê encyclopédistes en France la grande faveur qu'y obtint une manière de philosopher (2), qui consistait à raisonner hardiment sur tout ce qui surpasse les notions communes , à l'aide d'hypothèses matérialistes absolument arbitraires , ou d'analogies poussées beaucoup plus loin qu'elles ne pouvaient conduire; prétention à laquelle se joignait la manie de rendre populaires les sciences de toute espèce, et de tourner en dérision comme de la pédanterie toute étude philosophique plus sàrieuse et plus pro* fonde.
Les hommes qu'on appelait à cette époque, en France, les philosophes, s'efforçaient de faire prévaloir la liberté de penser; mais dominés par des dispositions étroites et frivoles, ils ne mirent en crédit que des doctrines sans aucune valeur, qui
èe réponse à rauteiur du Sjst de la nat. Aogsb., 1803, in-8
(alL).
(i) Robinet, Gonsid^atlon pUlosophîque sur la gradation
naturelle des formes de l'ôtre , ou les essais de la nature qui
«fiprend k faire Fhoinme.-Âmst.^ 1767, 2 vol. in-8. Parallèle de
la condition et des facultés de Fhooiiae avec celles des antres
animanx; trad. de Tangl., 1769.
(2) Voyez, sur Fempirisme frao^is, W. R. Bodmer s Le
vul:gaîre et les métapkjsiciens , ou Doutes et Tues critiques sur
l'école empirique. Paris, 1802, in-8.
208 TROISIÈBIE PÉRIODE;
confondaient l'homme ayec la nature ou divinisaient le monde ^ déclaraient la croyance en Dieu douteuse et peu nécessaire, et combattaient toute religion positive comme une Imposture des prêtres. La corruption des mœurs parmi les classes élevées du royaume, et Tinsignifiance d'un culte réduit à des cérémonies tout extérieures, firent accueillir aisément ces opinions (i). C'est dans cet esprit que travaillèrent à l'envi les encyclopédistes, notamment Denis Diderot (2), né à Langres en 1713,
(i) Voyez les ouvrages de MM. de Barante et Jajr sur la littérature française au xyiii* siècle. (Trad. ail., par Ukert, Jéua , 1810, iD-8.)
(2) Encyclopédie , ou Dictionnaire raisonné des sciences , des arts et des métiers , par une société de gens de lettres ; mis en ordre et publié par M. Diderot. Paris, 1751-1763, 27 tom. in-fol. pour le texte. 6 vol. de planches. Seconde édition , 1783- 1800. 68 livraisons , in-4.
Vues philosophiques , ou Protestations et déclarations sur les principaux objets des connaissances de l'homme; nouv. éd. Berlin, 1755, in-12 ( par Prémontval ).
Diderot, Pensées philosophiques. La Haye, 1746, in-12. Ouvrage dirigé contre le christianisme ; brûlé en 1746 par le boui^ reau. Trad. ail., par Jacq. Elsner, Halle, 1747. Lettre sur les aveugles, à l'usage de ceux qui voient. Paris, 1749. Pensées sur l'interpréta tion de la nature. Paris, 1754 et 1759, in--12. OEuvres philosophiques, 6 vol. Amsterd., 1772. Œuvres complètes. Lond., 1773, 5 vol.
Mémoires pour servir à l'histoire de la vie et des . ouvrages de feu M. Diderot , par Mad. de Vaudemly sa fille , dans l'ouvrage périodique deSchelling, intitulé : Z»tschnft fur Deutsche, 1" cahier, 1813.
mort en 17849 et le mathématicien d^j^iemberi (i)^ né en 1717 à Paris, mort en 178$, secondés par Hehétim et le philosophe de Femej; d'autres, tels que J.-J. Rousseau^ gâtèrent de bonnes intentions par des déclamations paradoxales* Pour ce qui concerne la philosophie pratique, l'espl^it dominant favorisa chaque jour davantage l'opinion qui £iit reposer la morale sur la psychologie expérimentale. On tira de l'amom* de soi le système de l'intérêt personnel, en contradiction avec la nature réelle de la moralité. Telle fut l'entreprise d'ZT^/i;^tiuSyijpîx conçut là vertu comme l'efiet d'un mobile intéressé, et fit consister le mérite des actions dans le degré d'utilité selon lequel elles contribuent au bien-être d'UPC société quelconque. (2). D'autres prétendirent concilier d'une manière peu conséquente les conditions de la vraie moralité avec l'amour de soi : ce furent entre autres Gabriel Bormot de Mabljr (5), né a Grenoble en 1709, mort en 1785,
(i) Mélanges de littërature , d'histoire et de philosophie dé M. d'Aleinbert. Paris, 1752, 5 vol. iii-12; 1770, 5 vol. iii-8. Coiu/(OFV«r, Éloge de M. d'AIembert. 1783.
(2) Dans' le livre de l'Esprit , mentiosné au §• précédent. — On remarque entre autres réfat^tions de cet ouvrage : Ghr. Wilh. Franc. TValch, De oonsensn virtntis moralis et politicœ GontrA Helvetium. Gotting., 1759. ^
(3) Principes de morale, par M. l'abbé de Mablj^ Paris,
Entretiens de Phocion sur le rapport de la morale avec la politique. Amsterd., 1763, in-8.
210 TROISIÈMB PÉRIODE.
Rousseau, qui su( déyelopper avec éclat certains points de morale , et admit un sens moral ^ aussi bien que J.-B. Robinet. On peut aussi ranger Di-deroi (i) dans cette seconde classe de moralistes. -— En général ^ depuis les belles considérations de Montesquieu sur les lois ^ on s'occupa beaucoup en Fiance, mais avec une témérité et une exagération extrême ^ de théories relatives à la législation et au droit des gens, envisagées sous le point de vue philosophique (2).
(i) Principes de la philosophie morale, ou Essai sur le mérite et la vertu. 1745. (Cf. §! 347, noies.)
(2) Nous* citerons particulièrement : Gasp. de Real, né à Sisteron , en 1682, mort en 1752. Traité complet de la science du gouyemement. Paris, 1762^4, 8 vol. iB-4. (Trad. ail. Francf. et Leips., 1762-67, 6 vol. in-8). Mably, De la législalion, ou Principes des lois. Amsterd., 1776, 2 vol. in-8. Doutes proposés aux économistes sur Tordre naturel et essentiel des sociétés. Paris, 1766, in-12. OEuvres, Paris, 1793, 12 vol. in^. — - En outre : L'école des phjsîocrates ou économistes. Qutsnay, né en 1697, mort en 1774 : Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques; Mirabeau le père; Con»^ dorcet, né à Riberooat en 1743 , mort en prison en 1794; Mirabeau le jeune; et Emm. Siejret , né en 1748.
Burlcunaqui (Jean-Jacq., né en 1694, mort en 1748), Principes du drQit natiir. — Emmeric de yatul, né «n 1714, mort en 1767. Droit des gens (d'après Woif). Lond., 1757, 2 vol. inr4 ; et autr. édît.
m. Eclectiques en j4llemagne,
£û AlleoujigQé^ au moment où le scepticisme de Hume commença à faire quelque sensation^ l'ardeur pour les profondes recherches scientifiques s'était singulièrement affaiblie; l'exemple de tant de théories renversées les unes sur les autres avait fait naître une méfiance bien naturelle a la suite de tant d'épreuves malheureuses; on se persuadait que la vérité, semblable à un rayon de lumière brisé, de* vait se trouver éparse dans les divers systèmes; et ainsi s'était introduite, à la place d'un esprit d'exa*men sévère et profond , une préteiUion moins élevée de tout adoiettre, en s'occupant surtout de questions. d'utilité générale (éclectisme et empi^ risme) (i). J.-George Sulzer (2), né en 1720 à Wintertbur, mort professeur et académicien à
(i) Le pyrrhoni's me raisonnable, par M. de Beausobre, Berl., 1755, in-8.
(2) j. G. Sulzer^ Considérations morales sur les ouvrages de la nature , publiées par Sack. Berl., 1741, in-8 (ail.)- Théorie générale des beau3Srarts. Leips., 1771-74| 2 vol.; 2* éd., 1792- 94, 4 vol» (ail.). Divers écilts philosophiques. Leips., 1 773*85 » 2 vol. io-8 (ail ).
Formey, Ëloge de M. Sulzer. Berlin, 1779, in-*8. H. G. Miinêl, à Gleim, sur le philosophe Sulzer, 2 part. Zurich., 1780, in-8 (ail.). Ses Mémoires, par lui-même. BorL, 1899, în-8 (ail.).
Berlin en 1779, esprit éclairé qui réunissait le lalent de la spéculation à celui de l'observation^ et s'est surtout distingué par ses travaux sur Taesthétique j appela l'attention de l'Allemagne sur la philosophie de Hume. Jusqu'ici l'éclectisme avait été une sorte de bouclier opposé à l'ascendant exclusif d'un système; a cette époque il n'était qu'une conséquence de l'embarras et du doute dont la raison était accablée; les recherches empiriques étouffaient toute métaphysique, et l'influence des moeurs et àes idées françaises, secondée par Frédéric-le- Grand (i), favorisait puissamment cette disposition des esprits. De ce mouvement naquit le système philanthropique et pédagogique de J.-Bern. Basedow (2), né à Hambourg en 1725, mort en 1790, qui s'efforça toutefois d'allier la rigueut logigique à des vues d'utilité, proposa pour principes de la vérité le bonheur, l'assentiment intérieur et l'analogie, et admit un devoir attaché à la foi comme une notion supérieure aux sens et autorisée par un certain degré de vraisemblance. Vinrent ensuite la
(i) Philosophie de Frederick II, dans le Recueil de FuUe* born, 7« cah.
(2) J. Bern. Basedow, Phiialéthie , ou Nouvelles considérations sur la vérité et sur la religion rationnelle, jusqu'aux limites de la révélation. Altona , 1764, 2 part., iu-8 (ail.). Système métaphysique de la saine raison. Altona, 1765, în-8 (ail.). Philosophie pratique pour toute» les conditions de la société. Dessau, 1777, 2 vol. in-Ç (ail.). — Voyez le Nécrologe de Schlichtegioll , 1790.
philosophie de l'israélite Moïse MendeUsohn (i) ^ né à Dessau en 17^9, mort en 1786/ qui, dans ses recherches spéculatives, œsthétiques et psychologiques, s'efibrça d'unir l'élégance et la clarté; le naturalisme de Gotthilf-Samuel Steinbart (12) , né à Ziillichau en 1758, mort en 180^; les Essais de J.-August. Eberhard (5)^ né à Halberstadt en 1 739,
(1) Moses Mendelssohn, Traité sur l'évidence dans les sciences niétaphjsicfues. Berl., 1764, in<^; 2" éd., 1786 (ail.). Phédon, ou Dé rimmortalité de l'âme. Berl. , 1767, in-8; 6* édit., publiée par le D' Fnedlander, Berl., 1821 (ail.). Matinées, ou Leçons sur l'existence de Dieu. BerL, 1785 ; 2" éd., 1786, 2 vol. in-8 (ail.). Lettres sur les phénomènes de la sensibilité. BerL, 1755, in-*8 (all.)^ Œuvres philosophiques. Berl., 1761 5 3« éd., 1777,. 2 vol. (ail.). Mélanges philosophiques, avec une noticie sur la vie de l'auteur, par Jenisck ( publ. par Mûchler), Berl., 1789, in-8 (ail.)-
Yié et opinions de Mendelssohn , et esprit de ses ouvrages. Hamt., 1787, in-8 (aU.).
(2) G. Sam, Steinbart , Doctrine de la philosophie pure ou Doctrine du bonheur du christianisme (ail.). ZulUchau, 1778 ; 4* éd., 1794, in-8. — Entretien philosophique pour éclaircir la doctrine du bonheur, cah. 1-3. Zullichau, 1782-1786 (alL). Tntrod. utile à l'art de penser par soi-même (ail.). 3* éd., 1793, in-8.
(3) J. Aug. Eberhard, Théorie générale de la pensée et de la •ensOnlité. Berl., 1776-1786, in-8 (alL). Nouv«Be apologie de Socrate. BerL, 177M788 (alL). De l'idée de la philosophie et de sa division. BerL, 1778, în-8 (ail.)* Courte esquisse de la métaphysique. Halle, 1794, in-8 (ail.). Préparation à la théologie naturelle. Halle, 1781, in-8 (alL). Morale de la raison. Beri., 1781-1786, in-8 (ail.)- Théorie des beaux-
214 tROISlÈMB ràRtODË.
mort en i8o9> penseur exercé, qui, dans les matières de philosophie appliquée ^ eyt le mente de s^attacher aux idées de Leibnitz et de les remettre en circulation, -—Ernest Platner (i), né à Leipsick en 1 744 9 mort professeut de médecine et de philosophie en 181 8 dans ia itiéme ville ^ s'occupa aussi des idées de Leibnitz, mais avec des dispositions plus sceptiques et plus de sagacité philosophique; il y joignit des recherches estimables sur l'anthropologie , et la physiologie. La tendance à l'eudémonisme qu'on a remai^uée dans la mûf*ale de Wolf, se reproduit dans l'exposé nouveau que Platner en a donné,
arts et de la littérature. H«ille> 1783; 3* édît., 1790, m-8 (ail.). Manuel d'aestbëtîque , à l'usage des lecteurs instruits, 4 part. Halle, 1803; 2« édit, 1807, în-8 (ail.). Esprit de christianisme primitif. Berlin, 1807, in-8 (aU.). Essai d'une •}monymie générale de la langue allemande, 6 part. Halle, 1795; 2« édit., 1820; continué par Maass (t. xx-xii) (ail.). ^ OEuvi'es mêlées. Halle ,1784, în-^8 (ail.). Nouveaux mélanges. Halle, 1788, în*-8 (ail.). Magatîn philosophique. Halle, 1788<* 92, 4 vol. in-^ (ail.)- Archives philosophiques, 2 vol. 1792-^9&, tn-8. — Fred. Nicolai, Souvenirs sur J. A. Eberhard. fier)., 1810 , in-8 (ail.).
(1) Ë. Plainer, Aphorismes philosophiques. Leips., 1776-82, f ]pttrt.^ in-é. Nouv. édit. corrigée, 1793^1800 (ail.). Anthro* pologie à l'usage des médecins et des philosophes. Leips., 1772, hi-8 (ail.). Nouvelle anthropologie, 1. 1. Leips,, 1790,ita«-8(all.). Entretiens sur rathéisme. Leîps., 1781, in-^ (ail.). Manmel de logiqtteet de métaphysique. Lèîps,^ 1795, in-8(ali.)'« Pour sa vie et son portrait, voyez dans la feuille de nouvelles du Joum* littér. de Jéna , n® 38 , année 1819, la Notice publiée par son fil$.
PHILOSOPHIE MODERNE. PAEBflÈlILE ÉPOQUE. CH. Y. '215
avec quelqiias changements^ là on trouve le bonheur comme Je but de l'existence des êtres vivants , le bien comme ce qui est approprié au bonheur d'un individu et de tous les autres êtres vivants; enfin , la vertu comme la libre volonté dii^igée vers le véritable bien. Christian Garye{i)^ né à Breslau en i 743 9 mort en 1 798 , fait consister la moralité dans l'accomplissement par nos actes de certaines r^les qui tiennent à la constitution humaine tout entière et à toutes les relations dé Thumanitë^ savoir : les principes de la vcfrtu , de la convenance ^ de la bienfaisance et de Tordre. A cette même époque appartiennent la révision de la philosophie par Christophe Meiners (a), né en 1747* mort en 1810, les débats de J. Christ. Lossias (5) et du
(i) Chr. Goive, Dîssert. sur Tanion de la raorak et 4t la politique. Breslau , 1768 (ail.)* Considérations sur les principes généraux de la morale. Breslau, 1798 , în-8 (ail.). Essai sur les diverâ objets de la morale, etc., 2*" édit., 1821, in-8 (ail.). Sur l'existence de Dieu. Bresl., 1802, in*8.
(2) Christophe Meiners, Révision de la phUoSopUe , I'" part. Goetting. et Gotha, 1772, in-8 (ail.). Esquisse do la psy* cholo^, 1773 (alL). Recherches sur les facultés de penser et de vouloir. Goetting., 1806, 2 part., in-8 (ail.)* Beaucoup d'autres ouvrîmes sur la philosophie et ki 0M>rale.
(3)' J^ Christ. Lossins, Causes physiques dç la vérîlé. Gotha « l77u, inr8 (àlL). Doctrine de'k sai&e raison. Gotha 9 1777, 2 part., in-^ (ail.). Nouveau dictionnaire universel de la phîlofifophie, traitant des naitères et des fait^ qui ccoiceroent cette science. Erfurdt^ 180&-1W7, 4 vol. itt-8 (iW.)v
profond penseur Jean*-Nic. Teietis ( i ) ^ né à Tetenbail en lySG^ mort en i8o5, sur robjectivité de la vérité ; la tentative du premier pour tirer des fibres nerveuses et de leurs mouvements la iéi première de la pensée ; enfin , les traités et manuels appro— priés au grand nombre des lecteurs, par J.-Ge.-H. Féder(^2), né en 1740» mort conseiller de justice à Hanovre en i8ai, et par J.-A.-H. Ulrich (voyez §. 564, not.). Après tout, on reconnaît encore chez les AHemands des traces de leur naturel dans quelques efforts vers la rigueur et la profondeur philosophiques et dans un certain respect pour les intérêts
(i) J. Nie. TeUns, Essais philosophiques sur la nature humahie et sur son développement. Leips., 1776-77, 2 vol. in-8 (ail.). Pensées sur quelques-unes des causes du peu de vérités arrêtées et incontestables que présente la métaphysique. Bûtzow et Wismar, 1760 , in-8 (ail.). Sur la philosophie générale spéculative. Bûtzow, 1775, in-8 y anonyme (ail.).
(a) J.Ge. H. ^6<&r^1nstitutioneslogicseetmètaphysicae. Franoof., 1777. Esquisse des sciences philosophiques. Gobourg , 1767, avec les observations de Gottl. A. Tlttel, 1785, in-8 (ail.). Principes de logique et de. métaphysique.- Goettipg., 1784, in-8 (ail.). C'est la dernière forme sous laquelle il reproduisit son Gompendium, souvent réimprimé depuis 1769. — Aecherches sur la volonté humaine , sur ses déterminations naturelles, ses modifications, etc. Goettingue et Lemgo, 1779- 1793, 4 part., in-8 ; 2* édit. 1773 (aU.). Beaucoup d'autres ouvrages. *-^ Sur k sentiment moral. CopeiAague, 1792, in-S (ail.).
J. G. H. Fêder, Sa vie et ses principes , auCobiographie publiée par son fiU. Leips., 1825, io-8 (ail.).
PHILOSOPHIE MOBBRNB. PREMlàSE EPOQUE. CH. V. tl7
I sacrés de la morale ; témoin surtout le pieux Gel- I lert ( i), né à Hajrnichen en 1 7 1 5 , mort professeur
{ de morale à Leipsick en 1 769 , dont les ouvrages et
les éloquentes leçons réveillèrent parmi ses contem*
porains l'esprit moral et religieux.
La niétaphysique avait cessé d'intéresser vivement les esprits ; en i^vanc)ie , la philosophie empirique et spécialement 1^ psychologie , firent en Allemagne comme en Angleterre de notables progrès. De ce côté^ nous distinguerons les travaux de Tetens, qui 8ut^ avec une grande sagacité ^ et sans tomber dans aucune hypothèse matérialiste, étendre les conséquences de la doctrine de Locke sur Torigine de nos connaissances j découvrir les facultés fondamentales de l'âme et maintenir les principes de la vérité objective ; il essaya de réfuter le scepticisme de Hume, et ouvrit les voies à une philosophie plus profonde. Malheureusement ses contemporains ne lui accordèrent pas toute l'attention qu'il méritait. Nous nommerons ici plusieurs autres écrivains recommandables par leurs recherches anthropologiques :
(1) Discours (en finnç.) sor'la nature, retendue et Futilité delà morale. BerL, ^764, in-8. Le^ns morales, publiées par Ad. Schlcgel et Hejer, 2 vol. Leips., 1770, in«8 (ail.). Œuvres comf^ètes. Leips., 1669-70, 7 part., in-B (ail.). Remarques de Christ. Gaivè sur la morale, les ouvrages et le caractère de Gellert. Leips., 1770, in*8 (ail.).
Charles-Franc» d^Irmng (i)^ né à Berlin eu 1728, mort en 1801^ Jean^Henri Campe (a) , né ài Teersen^dans lé Bruns'wick > en 1746, mort. en 1818, Dietrich Tiedematin{^)y né en 1748» mort en 1806^ Platner, Gcuve (c£., §. 677), Ch*-Ph. Moriiz (4), né à Hameln en 1757, mort en 1793, J.-J. Engel {S), né a Parchim en i74i> mort en 1802»
Franç.-Joach. Eschcnburg (6), né à Hambourg en
(1) G. Fr. tff/rwi/i^^ExpérSences et recherches sarleshommet. Berlia , 1778, 4 parties, iQ-8 (ail.).
(2) Facultés sensilivcs et intellectuelles de l'âme hùmaiue \
1776, in^ (ail.). Sur le sentiment et la sensibilité. Hamb., 1779 (ail.). Recueil de quelques écrits sur l'éducation. Hamb.,
1777, 2« part., in-8 (ail.). Théopbron. Hamb., 1783. Brunswick, 1790, et autre édit. (alL).
(3) Recherches sur les hommes. Letps., 1777«-78, 3 part., io-8 (qIL). Manuel de la psjchologie, publié par ff^achUr. (leips., 1804, in-8 (ail.). (Voyez au §. 38.)
(4) C. Ph. Moritz, Vues pour une théorie expérimentale de
l'âme, 10 parties. 1782. Magasin psychologique, 10 parties. 1793-95 (ail.). Id, pour l'élude de nous-mêmes, dans le Recueil d'Ant. Reiser, 1785-90 (ail.). — Traite sur l'imitation dn beau par les arts du dessin. Brunswick, 1788, in-8 (ail.). Esquisse d'une théorie complète des beanx-arts (ail.) ; et beaucoup d'au^ très ouvrages.
(5) On a de J. J. Engel, outre plusieurs dissertations relatives à la théorie des arts : Le philosophe des gens dii monde. Leips., 1775-77, 2 part., in-8. Nouv. édit., 1801 (ail.). /^- dans ses OËuyres. Berh'n^ 1801, 6 vol. (ail.)
(6) Fr. Joach. Eschenburg, Projet d'vne théorie et d'une histoire littéraire des beaux-arts et ^ la littérature. Berlin. , 1783, in-8; 4- édit., 1817, in-8 (oU.).
t>lllLOSOI*Hl£ MO0ER1IE. PREMIÈRE ÉPOQUE. GH. V. 219
1745, mort en 182O1 le grand critique J.*Golthol<l- Epbraïm Lessing (i)^ né à Kaments en 1729^ mort eu 1 781 > le savant et ingénieuix théologien J.-Godefr. de Herder (s), né à Morangen en 1744» mort »
Weimar en i8o3; sans compter un assea^ grand nombre d'auteurs sur la critique et Tdesthétique ; les uns favorables aux idées publiées à ce sujet en Angleterre > par Hutcheson^ Gérard^ Hume, Home, Burke i etc. ; les autres s'attachant aux théories des Français > particulièrement à celle dé Batteux; d'autres enfin se frayant par eux-mêmes de nouvelle» routes. L'influence de la philosophie devint en outre plus sensible^ non seulement sur les autres sciences» telles que les mathématiques, la physique, l'histoire naturelle, la médecine,maisencore sur diverses branches secondaires qui avaient été négligées jusqu'alors, bien qu'elles lui, appartiennent, savoir : la pédagogie ( BcLsedoWy Campe y Resemtz , d'après Rousseau) \ la philosophie des langues (^^r^/er, d'après Har-
(i) Lessing, Divers ouvrages relatifs à la théorie de Fart et à la erilique. Eit outre t L'éducation du genre humain (ail.). Œuvres complètes. Berl., 1771—91, 30 vol. in-8 (ail.).
(1) Voyez les ouvrages de Herder relatifs à la philosophie , l'histoik^, les beaux-arts et la littérature , dans l'édition de ses dËntyre» , données à l'ubf'ogue par Cotta en 1805 , et ann. suinr. ; sjl^écialement ses Idées sur la philosophie de Vhistoire dta geni'e humain ; son itémoire .couronné sur l'origine des langues, 1772—1789 (irll.); Adrastea , €alltgone , Tcrpsichore, etc. (ail.).
ris et Monboddo); Ffaistoire de rhumanité {Meiners, Isaac Jselin {i)y hé à Bâle en 17^8, mort en 1782^ et fferder}. Ce dernier combattit lesdoctrines étroites et flétrissantes de son tenips/ secondé par son ingénieux ami J.-G. Hamann (a) ^ né à Kœnigsberg ea 1 750 9 mort à Munster en 1 788^ ainsi que par Jacob^ (§• 407)9 et par Mathias 'Claudius (le messager de Wandsbeck). Nous devons encore faire mention ici de Tarcbevéque prince de Dalberg (5) , électeur^ archichancelier, ensuite grand-duc de Francfort, enfin archevêque de Ratisbonne , né en 1744 9 n^ort en 181 7, auteur de bons ouvrages dans le même sens.
Coup d'œil sur ce qui précède.
Si maintenant nous reportons nos regards sur le
(i) Iselin, Essai sur l'histoire de l'humanité. 17649 in-8 (ail.).
(2) J. G. Hamann, OEuvres, publ. par Roth., t. i — y. Berl., 1821, in-S (ail.). Voyez sa Correspondance avec Jacobi dans les OEuvres complètes de ce dernier (ail.). Cf. les feuilles Sibyllines du Magicien du Nord , publ. par D. Fr. Cramer, Leips., 1819, in-8 (ail.).
(B) Considérations sur l'univers. Erfîirdt, 1776; 7* édit., 1821 (ail.). Des rapports qui existent entre la morale et la science politique. Erfurdt, 1786 ^ in-4 (ail.). Réflexions sur le mérite moral et son objet. Erfurdt , 1787, in-4 (ail.). Principes de Tiesthétique. IbitL, 1791 , in-4 (ail.). De la conscience comme fondement universel de la philosophie. I^id., 1793 , in-8 (ail.), etc.
PHILOSOPHIE MODfiRNB. PREMIÈRE ÉPOQUE. CH. V. 2it
développement de la philosophie pendant cette époque^ nous trouverons qu'elle a gagné en extension plus qu'en substance et en force intrinsèque. Les diverses branches des sciences philosophiques ont y il est vrai, acquis de riches matériaux; une nouvelle étude , celle de l'œsthétique , s'y est ajou^ tée ; le .cercle des applications de la philosophie s'est agrandi par les développements nouveaux de la pédagogie et des sciences poltt^ues; enfin , Finïluence de la philosophie s'est fait sentir, et son autorité s'est fait reconnaître dans tout le domaine de l'intelligence. Cependant^ soûs le rapport de la méthode scientifique y peu de progrès ont été faits encore. Les questions sur le caractère, propre de la philosophie., sur sa forme et son but, ont à peine été soulevées ; on n'a point épuisé les solutions diverses du problème de l'origine de nos connaissances; et quoiqu'on ait appliqué de mille manières les méthodes de l'observation , de la réflexion et de la démonstrjation ^ on a peu songé encore à fixer les conditions essentielles qui doivent présider à l'application de ces méthodes , non plus que leurs limites. Si les disputes s'étaient ralenties , c'était plutôt par indifférence, par dégoût de tant de spéculations infructueuses > que par le ^triomphe d'aucune doc^ trine capable de terminer les différends. Une circonscription et des divisions plus profondément tracées, des habitudes plus rigoureusement scientifiques manquaient^encore k toutes les parties delà philosophie, parce qu'elle était dépourvue des principes que sa
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prétendue réforme par la psychologie ne pouTak lai fournir (i).
En matière de philosophie praticjue^ deux ten* dances contradictoires s'étaient manifestées pendant cette époque , l'une vers Tempirisme , l'autre vers le rationalisme, et la première avait évidemment prévalu. Si la part de la raison n'oyait pas été entièrement méconnue, elle n'avait jamais non plus été déterminée d'une manière assez nette , parce que la raison avait presque toujours été confondue avec la réflexion, et considérée comme étant au service de la sensibilité, et non comme un principe pratique indépendant et absolu. Quelques philosophes, entre autres Rich. Price , avaient bien vu les deux vices radicaux de la plupart des systèmes de morale , savoir : I*. .qu'ils partaient de l'amour-propre, ou bien y revenaient , et n'aboutissaient ainsi qu'à une doctrine plus ou moins conséquente de bonheur ou de prudence; 2*". qu'ils ne reconnaissaient pas la raison pour la loi première de la liberté; mais malgré ces aperçus judicieux , on n'avait encore iptroduit en cette partie aucune réforme durable. Aussi la philosophie morale n'était-elle en général qu'un choix des conseils les meilleurs et les plus raisonna^ blés qu'on pût recueillir dans des vues toutes parti-
(i) Voyez l'ouvrage de Meûiers d^jà cîlë (§. 377), intïU : Révision de la philosophie (ail.)-
PHILOSOPHK MODEIUVB. PREMliftE EPOQUE. CH* Y. 223
I culièresy et en quelque sortç un formulaire de
Famour-propre et des affections sympathiques. La
liberté, cette condition fondamentale de toute saine
morale , devenait un point fort embarrassant dans
^ cette doctrine. Plus on sentait vivement les difficul-
I tés du problème et la crainte de laborder, plus le
I mouvement scientifique se ralen^ssait^ et on le
remplaça pjir les habitudes plus commodes dont
nous avons parlé , celles qui rendaient la science
vulgaire et superficielle , et lui faisaient tout ad-
miettre^ faute de rien approfondir (§. 377).
Ob peut rapporter à ces réflexions les ouvrages suivants :
De PrémoTOvaly Pensées sur la liberté. Berlin, 1754, in-8. Le Diogëne de d'Alembert, ou Diogène décent. Pensées libres sur rhomme et sur les principaux objets des connaissances de rhorame \ nouv. édil. Berf. , 1755 , in-ld. Tues philosophiques. Berl., 1757, 2 vol. in-8. Du hasard sous l'empire de la Providence. Berl., 1755, in-8.
{Schultz)j Essai d'introduction à une morale à Fusage de tous les hommes. Berl., 1783-87, 4 vol. in-8 (ail.).
/. Aug. H. Ulrich, Éleuthériologie, ou De la liberté et de la nécessité. Jéna, 1786, in-8 (ail.). Voyez au §. 364, nol.
DE KANT jusqu'à NOS JOURS.