III. Ouvrages de morale et autres
L^ons sur. la destination de l'homme de lettres et du lavant. Jéna, 1794, in-8. Système de morale. Jéna et Leips., 4798, în*8. Considérations pour rectifier le jugement du public sur la révolution française , 1793 , in-8. Fondements du droit naturel. Jéna, 1796-1797, 2 part., in-8. Sur la destination de l'homme. Berlin, 1800, in-8. Le commerce, comme corporation {der geschlossene Handelstaat); projet philosophique en appendixà la théorie du droit. Tubingue, 1800, in«8. Levons sur la fonction de l'homme de lettres et du savant. Berlin , 1806, ib-8. Traits.' caractéristiques du siècle présent. Berl., 1806, in-8. Discours à la nation allemande. Berl., 1808, in-8. Leçons sur l'idée de la véritable guerre. Ibîd,, 1813, in-8. Théorie de l'état, ou plusieurs discours sur le rapport de rétat primitif avec l'ordre de la raison (posthume). Berl., 1820, in-*8 i et autr. édit.
ft82 TROISQSMB PBRIODR.
entre la première et la dernière forme de la doctrine de la science , c'est que l'une est conçue dans le sens idéaliste^ et l'autre dans le sens réaliste. Dans la première il part de l'activité du mjois dauB la seconde I de l'existence absolue de Dieu ^cpmme réalité unique , comme vie unique , pure et indépendante^ dont le monde et la conscience sont l'image ou l'empreinte. La philosophie de Schelling paraît avoir contribué autant que l'esprit religieux à ce changement des idées de Fichte. — La doctrine de la science occupa vivement l'attention du monde philosophique, et rencontra de zélés-partisans, entre autres Fr.-Ch. Forberg, Fréd.-Emmanuél :^iethamrmer y né en 1766, conseiller à Munich, Gh.-L. Reinhold (voy. §. Sgi), Schelling (§. Sgg), J.-B. Schady né en lySS, ancien bénédictin, professeur à Jéna (§. 4^4 )» ^^^ depuis s'attacha à Schelling, Ahicht (§• 406)9 Gottlieb Ern.-Âug; Mehmely professeur à Erlangen , etc. (1). Elle
(i) Ouvrages pour servir de dét^eloppemerUs à la philosophie de Fichte,
Journal philosophique , publié par Niethammer. Neastrelitz et Jéna , 1795-96 , 4 vol." Avec Fichte, 1797'-1800 , tomes v-x.
Fréd. Guill. Jos. Schelling, Articles pour expliquer l'idéalisme de la doctrine de la science , dans le Journal philosophique de Fichte et Niethammer, 1796-97. Réimpr. dans les OEuvres philosophiques de Schelling , t. u
J. B. Schady Esquisse de la doctrine de la science. Jéna, 1800, in-*8. Exposition générale du système de Fichte, et de
PHILOSOPHIE yODEMB. imUXIÈKB EPOQUE. PHIL. ALL. 283
trouva anasi des censeurs rigoureux, des ad^er* flaires ^animes , surtout parmi les kantiens (i). Elle
la théorie religieuse qm en résolte. Erfîirdt , 1799-1801 , 3 vol. iQ*8. Esprit de la philosophie de notre temps. Jéna , 1800, îo-8. Harmonie absolue du système de Fichte avec la religion. Erfurdt , 1802 , inr8. Logique transcendentale. Jëna , 1801.
&. £. A. Mehmelj Manuel de morale. Erlangen, 1811. Théorie du droit pur. lùid.y 1815, in-8. Antérieurement, le même a publié : Essai d'une théorie analytique de la pensée, 1803 'f Du rapport de la philosophie avec la religion, 1805, in-8 , et autres ouvrages.
(i) Out^rages contenant r examen et le jugement de la doctrine de Fichte,
Avisrd'un homme du Nord sur Fichte et sa manière de procéder envers les kantiens (par Gh. Th. Théod. Rink)^ 1799, in-8.
Des rapports de l'idéalisme avec la religion , ou Examen de cette question : La nouvelle philosophie conduit-elle à l'athéisme? 1799, in-8.
Opinion sincère sur Fappel de Fichte contre l'imputation d'athéisme , etc. Gotha , 1799 , in-8.
J. H. Gottlieb Heusinger, Sur le système idéaliste-athée de M. le prof. Fichte. Dresde et Gotha , 1799, in-8.
G. L. Reinhold , Lettre à Lavater et Fichte sur la croyance en Dieu. Hambourg, 1799, in-8.
F. H. Jacobik Fichte. Hambourg, 1779, in-8.
Guill. Traugott Krug, Lettres sur la doctrine de la science. Letps.,1800, in-8.
Gottlob Ghr. Fréd. Fischhaber, Sur le principe et le problème fondamental du système de Fichte , et Idées pour en donner une nouvelle solution. Garlsruhe , 1801 , in-8.
G. Ghrist. Ehr. Schmid, Gritique développée du livre inti-
a fini par a^oir la destinée de tons les système», et malgré son ton imposant , qui Tante exclusivement la spéculation pure et affiche le mépris des connaissances réelles, elle n'a pu acquérir une autorité générale en philosophie. On ne peut méconnaître néanmoins la grande influence que Tidéalisme de Fichte a exercée sur les âmes de ses contemporains , non plus que la sérieuse direction vers les doctrines anti-sensualistes , imprimée a beaucoup d'esprits par l'éloquence mâle qui caractérisait le talent de l'auteur.
SchelUag. Système dé l'identité absolue.
Ombrages de Schelling (non compris ceux qui soot indir quès dans les notes 1 et 2 de ce paragraphe ) : Idées pour établir une philosophie de la nature , serrant d'introduction à rétude de celte science, 1'* part. Leips., 1797, in-8 ; 2' édit refondue entièrement, Landshut, 1803. De Tâme du monde;
tulé : Destination de l'homme , dans les Mémoires de Scfamid sur des matières de philosophie et de théologie. Jéna, 1802, in-8.
Christian Fréd. Bœhme, Commentaire sur et contre le 'premier principe de la doctrine de la 'science. Altenbourg , 1802, in*-8.
Jacq. Frits , Reînhold, Fichte et ScheUîng. Leîps., 1803, in-8.
Fréd. Guill. Jos. Schelling, Exj^osition du véritable rapport de la philosophie de la nature avec la théorie de Fichte perfectionnée. Tubingue , 1806, in-8.
hypothèse de haute physique pour expliquer l'organisme universel j avec une Dissertation sur les rapports de Tidéal et du réel dans la nature , ou développement des premiers 'principes de la philosophie de la nature , appliqués aux lois de la pesanteur et de la lumière. Hamb., 1798, in-8 ^ 3** édit. , 1809 (celte dernière dissertation a été aussi imprimée à part. Hamb., 1806, et Landshut, 1807, in-8). Premier plan d'un système delà philosophie de la nature. Jéna , 1799, in-8. Introduction au plan d'un système de la phil. de la nat., ou Idée de la physique spéculative, etc. Ibid., 1799, in-8. Système de ridéalisme transcendental. Tubing. , 1800, in-8. Journal de physique spéculative, tom. i et ii. Jëna, 1800- 1803, in-8. Nouveau journal. Tubing., 1803. Journal critique de la philosophie, publié par SchelUng et Hegel, 2 vol. Tubingue, 1802-1803, in-8. Bruno , ou du Principe divin et naturel des choses , dialogue. Berlin, 1802, in-8 , 2"" édit. Leçons sur les études académiques. Stutgardl et Tubingue, 1803, in-8 -, 2' édit. conforme, 1813. Philosophie et religion. Tubingue, 1804. Exposition des véritables rapports de la philosophie de la nature avec la théorie de Fichte perfectionnée. Tubingue, 1806, in-8. Annales de médecine théorique (publiées avec Marcus)\ au tome i, 1" cahier : Aphorismes pour servir d'introduction à la philosophie de la nature. Tubingue, 1806. OEuvres philosophiques, tom. i. Landàhut, 1809 (contenant y. outre ses dissertations antérieures, un discours sur les rapports des arts du dessin avec la nature, et une dissert, intit. : Recherches philosophiques sur la nature de la liberté humaine , et les divers problèmes qui s'y rapportent. Réponse à Touvrage de M. F. H: Jacobi sur les choses divines , et à rimputation d'athéisme. Tubingue, 1812, in-8. Voyez encore le 3* cahier du Journ. gén. {AUgem, Zeitschrift von und fur Deutsche) cpntenant une réponse de SchelUng à une critique de son. traité sur la liberté , par Eschenmayer. — Des divinités de Samothrace. Stuttgardt et Tubingue, 1815, in-8,
286 TROISlàME PÉRIODE.
ouvrage où sont Irailées des questtODS de philosophie et de reUgiOB*
Après Ficbte, qui avait tenté de construire en un système tout idéaliste la science humaine, tant dans son contenu que dans sa forme , Schelling éleva plus haut encore Vesprit spéculatif, puisqu'il place au sommet de son système non plus le moi sujet-objet, mais l'absolu, et qu'il entreprend de satisfaire aux prétentions les plus élevées de la raison, c'est-à-dire d'atteindre à la connaissance^ de l'absolu , et d'en déduire l'ordre entier des choses finies. Fréd.« Guill.-Jos. de Schelling, conseiller aul^que bavarois, président de l'Académie royale des Sci^^ces , et professeiu- à Munich , né à Leonberg dans le Wurtemberg le 27 janvier 1 775^ est un penseurplein d'originalité , supérieur à Fichte à plusieurs égards , pour la richesse et la vivacité de l'imagination , f esprit poétique , l'étendue des connaissances positives , surtout en fait d'histoire, d'antiquités, de philosophie ancienne, d'art et de sciences naturelles. Après avoir étudié, à Tubingue, les doctrines de Kant, de Reinhold et d'jEnésidème (Schuize), il reprocha à la première l'absence d'une certaine ' unité (1), qui ramenât ses divers résultats auxder-
(1) C'est dans ce seiis qu'il composa ion premier ouvrage : Sur la possibilité d'une forme générale de la pliiloaophîe. Tubingue , 1795. De plus : Du mot comme principe de la philosophie, ou de Vabsoluàknt la science humaine. IhH,^ 1805, in-8 (Dans les Œuvres philosophiques , au 1. 1).
PHILOSOPHIE MODERKB.D£UXlàMB ÉPOQUE. PHIL. AL^ i87
niers principes de toute science , et qui donnât à ses deux parties théorëtique et pratique un point de départ commun. Il combattit également l'usage de ce qu'on appelait hi preuçe morale (i). Ensuite la doctrine de la science produisit sur lui une forte impression t il s'attacha à l'idée de Fichte avec toute la vivacité d'un esprit jeune et ardent , au<|uel il convenait mieux sans doute de concevoir l'âme et la pensée "humaine comme* une activité productive infinie , que d'ohserver rigoureusement cette activité dans ses formes et dans ses lois. A ce début de sa carrière 9 Schelling vint à Jéna , et se lia étroitement avec Fichte^ dont il défendit le système, quoiqu'il »en écartât sur plusieurs points, contre l'école de Kant et contre les adversaires de cette école; mais insensiblement il s'éloigna déplus en plus du système de Fichte , à mesure qu'il en reconnut mieux le point de vue exclusif.
Cest du moi que Fichte déduit toute chose; mais en admettant que le subjectif produit l'objectif, et en refusant d'admettre que le contraire ait lieu, Fichte aflSrme plutôt qu'il ne démontre. On peut prendre la marche opposée, et aller de la nature au moi : dès
. (i) C'est ce qu'il fit ddns set lettres philosophiques sur le dogmatisme et le criticisrae, publiées d'abord dans le Joum. philos, de Niethammer, 1796^ ensidte dans les OEuvres philo* sopfaîques. "
qu'on s'abandonne à la spéculation sans consulter la méthode critique , on peut accorder à l'un de ces procédés autant de confiance qu'à l'autre. Aussi bien Spinoza ayait déjà donné un grand exemple du dogmatisme systématique^ poussé aussi loin qu'il puisse aller, et d'un réalisme objectif. Ces Tues suggérèrent à Schelling l'idée d'une double science philosophique , formée de deux parties opposées et parallèles, savoir : la philosophie de la nature et la philosophie transcendeniale , a chacune desquelles il a consacré des ouvrages spéciaux. La première part du moi^ et en déduit l'objectif, le divers, le nécessaire^ la nature; la seconde part de la nature, et en déduit le moi^ ce qui est libre^ ce qui est un et simple. La tendance de toutes deux est de faire concevoir les unes par les autres, et d'expliquer, comme identiques, les forces de la nature et celles de l'âme. Le principe commun est celui-ci : les lois de la nature doivent se retrouver immédiatement au-dedans de nous comme lois de la conscience, et réciproquement les lois de la conscience doivent pouvoir se contrôler par le monde extérieur, où elles se retrouvent comme lois de la nature. Cependant, la première de ces deux philosophies, la philosophie naturelle, ne saurait épuiser la variété des choses; la seconde, la philosophie transcendentale, ne peut atteindre jusqu'à l'absolu, jusqu'à ce'qui est essentiellement simple. Nous ne pouvons concevoir par les procédés ordinaires de l'entendement comment de l'unité peut sortir le
PHILOSOPHIE HODfiRNE. DEUXIÈME EPOQUE. PHIL. ALL. 280
multiple, ni comment du multiple peut sortir Tunité^ réunissant en soi le caractère d'unité et de multiplicité; l'un et l'autre se perdent dans l'infini , qui leur est commun a tous deux. Il faut donc qu'il y ait encore une philosophie plus haute , servant de pre- * mier anneau pour les deux autres qui en dépendent également et se réunissent en elle. En poursuivant cette idée , que la science doit reposer essentiellement sur l'unité originelle de ce qui sait et de ce qui est su^ Schelling anûva enfin au système de V identité absolue du subjectif et de l'objectif , ou système de rindifférence du différent ^ en quoi consiste la nature dé l'absolu ou de Dieu. Cet absolu est connu par un acte absolu de connaissance , acte dans lequel le subjectif et l'objectif concourent implicitement et indistinctement .{contemplation inlellectuelle). Scbelling distingue en conséquence et oppose Tune à l'autre la connaissance absolue donnée par les idées 9 et la connaissance secondaire , qu'il appelle encore le point de vue de la réflexion rapporté aux abstractions de l'entendement. Cette connaissance secondaire a pour objet le conditionnel , l'individuel , le divisé; dont l'entendement forme diverses liaisons abstraites ou notions qui lui sont propres. L'autre connaissance a pour objet l'absolu, ce qui est saisi immédiatement dans les idées, comme indépendant et inconditionnel en soi : c'est proprement la science* laquelle se développe en un tout organique , d'après la loi de sa nature, l'unité, et dans laquelle le subjectif et l'objectif sont indivis et identiques ; enfin II. 19
290 TR019IÈNK PÉRIODE.
une telle connaissance, atteignant au pointsuprême, placée à la hauteur des choses divines , est le seul objet digne d'offrir un dernier terme à nos efforts, et qui mérite d'être appelé philosophie. Nous résa-merons donc ainsi qu'il suit les caractères généraux de la philosophie de Schelling : ce qu'elle se propose, c'est de connaître , au moyen des idées de la raison , l'essence et la forme de toutes choses; pour elle, être et connaître sont identiques; de là son titre: Système de l'identité absolue , ou Théorie de l'identité; c'est un idéalisme transcendental (Schelling l'appelle absolu ) , qui fait sortir toute science non plus du principe trop exclusif du moi, mais d'un principe plus élevé, de l'absolu renfermant dans son sein et le moi et la nature; cette philosophie aspire en conséquence à la connaissance de la nature par les idées {Philosophie de lanature y construction aprioti de la nature), et elle s'applique à établir un parallélisme constant entre les lois de l'intelligence et celles du monde; enfin c'est l'idéalisme et le réalisme ramenés à un point de vue supérieur, celui de l'absolu.
L'absolu n'est ni infini ni fini, ni être ni connaître, ni sujet ni objet : c'est ce en quoi se confondent et disparaissent toute opposition, toute diversité, toute séparation, comme celle de sujet et d'objet, de savoir et d'être, d'esprit et de natm^e, d'idéal et de réel ; c'est donc indivisiblement l'être et le savoir
absolus y OU l'essence collective de tous deux. C'est l'absolue identité de l'idéal et du réel, l'absolue in-^ différence du différent , de l'unité et de la pluralité; c'est Vun qui est en même temps le tout (i). L'absolue identité est , et hors d'elle il n'est réellement rien; par conséquent rien de fini n'existe en soi. Tout ce qui est est l'identité absolue et son développement. Des termes opposés, comme empreintes^ revers , pôles de l'absolu , sortent de son sein avec un caractère dominant, tantôt plus idéal, tantôt plus réel (dualité, polarité), et rentrent réuilis dé nouveau (indifférentifiés) par la totalité; d'où cette proposition : l'identité dans la triplicitë est la loi du développement. Ce développement, Schelling le nomme tantôt division de l'absolu ou manière de se différentier (dans son Exposition des vrais rapports de la philosophie de la nature avec la théofie de Fichte); tantôt révélation spontanée, tantôt encore chute des idées (dans son ouvrage intitulé : Philo^ Sophie et religion). C'est cette révélation qui rend possible la connaissance absolue, et la raison est ellemême , en tant qu'absolue ,. l'identité de l'idéal et du réel. La forme essentielle de l'absolu est la connaissance absolue , connaissance dans laquelle l'identité, l'unité, passe à l'état de dualité^ et peut se rendre par cette formule : A — A, En conséquence, voici
(i) Voyez Considérations sur les divers principes de la philosophie , et en partienlier sur le principe de Schelling , dans lés Archives philosophique» de Fischhaber, \^ cahier.
les principales propositions de cette doctrine : i"*. il n'existe qu'un seul être identique : toute différence entre les choses relativement à leur essence est parement quantitative et non qualitative , et réside dans la prédominance du point de vue objectif ou subjectif^ de l'idéal ou du réel. Le uni , produit d'une réflexion toute relative par sa nature ^ n'a qu'une réalité apparente. 3"*. L'être unique absolu se révèle dans la génération éternelle des choses, lesquelles constituent les formes de cet êfo*e unique. Toute chose est donc une révélation de l'être absolu sous une forme déterminée , et il ne peut rien ^exister qui ne participe de l'Etre divin. De là suit que la nature elle-même n'est point morte, mais vivante et divine, ainsi que l'idéal. S"". Cette révélation se fait par les oppositions qui apparaissent à différents degrés du développement, avec une prédominance diverse tantôt de l'idéal, tantôt du réel; ces oppositions ne sont donc que l'expression de l'identité. La science est la recherche de ce développement; elle est une image de l'univers en tant qu'elle déduit les idées des choses de la contemplation fondamentale de l'absolu, d'après le principe de l'identité dans la triplicité, et en tant que dans cette construction , comme l'appelle Schelling , elle reproduit la marche de la nature. Cette conslructipn idéale est la philosophie (science des idées) : le plus haut point de vue f^ilosophique est celui suivant lequel on n'envisage dans la pluralité et la diversité qu'une forme relative, et dans cette forme que l'identité ab-
solue. Voici le dessin général de cette construcr tien :
I. L'Absolu , le Tout dans sa forme première ( Dieu ) se manifeste dans
^ II. La Nature (l'Absolu dans sa forme secondaire),
dans deux ordres de relations , savoir :
Comme le Réel. | Comme l'Idéal.
Sous les puissances suivantes :
Pesanteur — Matière. Lumière — - Mouvement.
Organisme — Vie.
Vérité — Science.
Bonté — Religion .
Beauté — Art.
Au-dessus de ces puissances^ comme second univers correspondant au premier, se placent :
L'Homme (le Microcosme). l'État.
Le Système du Monde (l'Univers extérieur) l'Histoire.
C'est ainsi que Schelling, en s'attachant à la contemplation intellectuelle^ a cru avoir découvert dans les idées l'essence des choses et leur forme nécessaire; c'est ainsi qu'il a prétendu corriger Kant qui ne nous accorde qu'une notion toute subjective du monde phénoménal^ et une simple croyance relati- , vement aux choses en sot ; c'est ainsi qu'il a prétendu réfuter Fichte , pour qui le moi est la réalité i unique , et la nature une non-réalité sans âme et ^ Seins vie^ se produisant uniquement comme limite ^ ou négation opposée à l'activité absolue du moi;
Î94 TBOISdbiB PâRIODB.
c'esl ainsi enfin qu'il s'est flatté de fournir à k science une construction idéale de l'univers, rapportée non pas à ce qu'il peut nous paraître , inais à ce qu'il est en soi. Schelling a développé ces vues avec une habileté supérieure, sans se conformer aux divisions de la philosophie jusque-là en usage , et il a su tirer très heureusement parti des idées de Platon, de Bruno et de Spinoza. Après avoir donné plusieurs expositions de sa doctrine fondamentale , prise dans son ensemble , il s'est attaché principalement à l'une de ses deux parties, c'est-à-dire au point de vue réel, ou à la philosophie de la nature, comme étude du principe vivant et fécond qui tire tout de lui-même en se divisant sous la loi de la dualité. Quant à la partie idéale, Schelling en a traité seulement quelques questions isolées dans ses derniers écrits (i), savoir : la liberté et l'origine du mal, la nature de Dieu, etc. En matière de morale, il en* seigne les pi^positions suivantes : la croyance en Dieu est la base première de la moralité; si Dieu ^iste, il s'ensuit immédiatement l'existence d'un monde moral. La vertu est un état dans lequel l'âme se conforme, non pas à une loi pbcée en dehors d'elle-même, mais bien à la nécessité interne de sa nature. La moralité est en même temps le bonheur
(i) Dans son ouvrage întit. : Philosophie et religion ; dbns le Traité snr la liberté ; dans la Lettre à Eschenmajer relative à ce traité , et, en passant , dans les écrits polémiques contre Ficlitc et lacobî.
PHILOSOPHIK MODBRIOL. DEUXIEME ÉPOQUE. PHIL. ALL. 295
pur : cette béatitude n'est point un accident de la vertu^ mais la Ter tu elle-même. La tendance de l'âme à s'unir ayec le centre ^ avec Dieu , constitue la moralité. La vie commune réglée conformément au type divin par rapport à la morale, la religion , la ^ience et l'art, est l'ordre social ou l'état. L'état, c'est l'organisation extérieure de l'harmonie de la nécessité et de la liberté, sur le fondement même de la liberté. L'histoire, dans sa totalité, est une révélation de Dieu qui se développe sans cesse progressivement. Dans le Traité sur la liberté, Schelling distingue Dieu en soi, à l'état d'idée, ou l'absolu, du Dieu existant ou se révélant, lequel sort du sein du Dieu absolu en vertu du principe de l'existence contenu en lui (principe de la nature en Dieu), et arrive ainsi à une existence accomplie, de sorte que Dieu passe dans le monde à l'état de personnalité, Deus implicitus^ explicitas (Cf. le paragraphe suivant). Tout être produit par la nature contient en soi un double principe , savoir : un principe obscur et un principe lumineux , qui à un certain degré se confondent l'un dans l'autre. Dans l'homme, ce principe est la personnalité composée d'intelligence et de volonté : elle peut se considérer comme dans une liberté absolue et arbitraire^ et ainsi s'éloigner de la lumière, c'est-à-dire de la volonté universelle qui doit régir toute la nature ; de cette rébellion de la volonté individuelle contre la liberté universelle naît le mal, dont la réalité est toute négative. Le beau, dont Schelling ne s'est occupé que dans son rapport a\ec
Tart^ est^ selon lui, Flnfinî représenté dans le fini ; Tart^ représentation des idées, est une révélation cle Dieu dans l'esprit humain. Au reste > Schelling , dans la préface de ses OEuvres philosophiques, t. i , déclare lui-même que son système n'est pas achevé , et on n'en trouve encore l'exposition générale scien* tiiîque que dans un simple fragment de peu d'étendue (i).
Observations sur cette doctrine. La philosophie de Schelling se recommande par roriginalité de soa point de vue , la profondeur du travail , la conséquence des parties, et l'immense portée des applica-* tions. Elle rallie à une seule idée tous les êtres de la nature. Par là elle écarte les barrières qu'on avait données à la connaissance humaine; elle soutient la possibilité pour l'homme non plus seulement d'une représentation subjective, mais d'une connaissance objective et scientifique, d'une science certaine et déterminée de Dieu et des choses divines , à ce titre que l'esprit humain et la substance de TEtre sont primitivement identiques. Elle embrasse le cercle entier des connaissances spéculatives , en efiaçant la distinction des notions empiriques et des notions rationnelles. Ses principes se placent également en tête de toutes les sciences. Nous y ferons remarquer
(i) Dans le Journal de pfijsiquc spéculative , t. ii , 2* cahier ^ p. 114 sqq.
seulement les difficultés suivantes : i"". elle semble^ relativement h la science pratique, fort à Tétroit et embarrassée; on ne conçoit pas bien comment^ dans un tel système d'identité absolue, peut trouver place la nécessité pratique, l'obligation qui soumet les actes à la loi du devoir (i). En effet, ce qui domine dans ce système, c'est une destinée aveugle, une nécessité de nature ; il faut que Dieu se révèle ; l'iiis* toire tout entière , tous les changements qui s'opèrent dans le monde, ne sont que les modifications de son être (2). 2?* Outre l'inconvénient de cette unité trop exclusive, on peut reprocher au système de manquer d'une base solide. Comment l'esprit humain peut-il s'élever à cette contemplation intellectuelle ? C'est ce qu'on ne démontre point. Les principes ne sont donc ici que des suppositions. Une pensée sans un sujet pensant est une pure abstraction ; une identité absolue ne peut être conçue sans une identité relative. Sans cette dernière condition, l'absolu se réduit au néant. On ne saurait démon*trer que cette absolue identité soit la nature des choses. La réalité objective repose sur une confusion de la pensée et de la nature des choses. En prétendant que cette abstraction est réelle et constitue la nature de toutes choses , on n'avance qu'une
(i) Voyez là-dessus Schelliug, Philos, et relîg., p. 53 sq. Œuvres philos., p. 413 sq.
(a) Exposit. des vrais rapp. de la philosophie de la nat., avec la doctr. de Fichlc , p. 66.
^98 TROISlàMB PBRI€«>B.
hypothèse sans aucune preuTe ; car celle que fauteur a avancée d'abord ( i ) n'a pu se soutenir. A d^ faut de preuve, pour représenter l'absolu ^ on a souvent eu recours soit à un jeu de mots arbitraire (l'identité de ridentité et de la non-identité), soit à une contradiction ( te lien de l'unité et de la pluralité, la copule, l'absolu dans l'absolu , le divin dans le divin), enfin a un abus de termes vagues et indéterminés. 5°. La forme de ce système est moins scientifique en réalité qu'en apparence. Son problème était de déduire , par une démonstration réelle (par construction), le fini de l'infini et de l'absolu 9 le particulier de l'universel. Or, ce problème n'est nullement résolu (a). Schelling nous assure que, dans l'origine des choses, un fini et un infini, un réel et un idéal ont coexisté indivis; ensuite il les dégage à son aise en vertu de cette identité absolue, qu'il a lui-même présupposée. Il en est de même à l'égard de la révélation spontanée : c'est par un simple, il faut, comme fait moralement nécessaire (3) , qu'il répond à la question : poui^quoi Dieu se révèle-t-il ? Parfois , Schelling a recours à la théorie mystique de Platon , relativement a une
chute des idées tombées de l'absolu (4) ; mais corn*
(i) Journal, etc., §. 7. Exposit. des vrais rapp., etc., p. 50.
(2) Voyez là-dessus le Journal de physique spéculative , t. m , 2« cahier, p. 18. Bruno, p. 81-131. Phîlos. et relig., p. 35.
(i) Traité de la liberté , p. 49i.
(4) Relig. et philos., p. 35.
PHILOâOPHIB MODBIIMB. DBUXlàllE ÉPOQUB. PHIL. ALL. 290
ment se pourrait-il que quelque chose tombât de l'absolu, puiâlque hors de l'absolu (le tout) il n'existe rien ? Parfais encore, il se fatigue à démontrer qu'il n'y a rien hors de l'unité; de la copule, de Fab*solu (i) ; d'où viennent donc et la connaissance finie dans le temps et dans l'espace, et les cat^ories? Toute la force apparente de la solution de Schelling consiste en ce qu'il substitue à la notion vague et nominale de l'absolu des imaginations et des notions positives qu'il a empruntées à l'expérience. 4^. Quel homme enfin peut avoir la téméraire prétention de renfermer la nature impénétrable de la Divinité dans l'idée de l'identité absolue? La philosophie de la nature ne donne aucunement la connaissance de Dieu, ou ce qu'elle en donne semble contraire à la croyance religieuse (a). En effet, premièrement elle identifie Dieu avec la nature, et tombe à cet égard dans le panthéisme (5); secondement^ elle soumet Dieu lui-*méme à des conditions supérieures à la nature divine , puisqu'elle le suppose obligé de se révéler, et fait sortir dans le temps la Divinité comme intelligence du sein de l'être non-intelligent (la nature en Dieu, le chaos )« Dieu rend passive une portion de son être, avec laquelle il était précédemment
(i) Exposît., p. 62.
(a) Voyez la fin du §. précédent. .
(3) Sckelling a réelaibé positivement contre ce reproche ; voyez Philosophie et religion , p. 52. Œuvres philosophiques , p. 402 sq.
actif ( I ) ; pour pouvoir le concevoir comme un être pei*sonnel, il faut renfermer en lui la nature, le négatif (2). Dieu n'est pas seulement un être, mais encore une vie. Or, toute vie a sa destinée, et est soumise à des conditions d'une réceptivité pm^e* ment passive et d'un développement actif; ce sont donc encore là des conditions auxquelles Dieu s'est soumis volontairement (5). — En un mot, le système tout entier n'est, à proprement parler, qu'une poésie de l'esprit humain , séduisante par son apparente facilité pour tout expliquer, ainsi que par sa manière de construire la nature, et qui devait offrir à beaucoup d'esprits un puissant attrait, par l'exclusion de toute loi et de toute contrainte morale ou autre, par un grand nombre de belles idées et de vues neuves , et par une vaste perspective offerte à l'espoir d'agrandir indéfiniment nos connaissances. Quant à la ma* nière dont ces doctrines sont exposées, outre l'abus déjà observé d'une terminologie obscure et indécise, nous devons blâmer particulièrement le mélange de formes mystiques et d'expressions à images dans lesquelles Schelling semble imiter Platon , et qui contribuent à rendre plus difficile l'intelligence du systeme«
(i) Voyez Réponse à Jacobl, etc.^ p. 94* (a) P. 96-97.
(3) Vojcz le Traité sur la liberté , dans les .Œuvre» philosophiques , p. 493.
PHILOSOPHIE MODBRNE. DEUXIÂMB EPOQUE. PHIL. ALL. 301
Partisans et adversaires -de la philosophie de Schelling.
^enthousiasme que cette philosophie a excité s'expliqae par ses propres caractères et par Fesprit de l'époque. Elle se forma une nombreuse école parmi les philosophes , les théologiens^ les philologues, les médecins et les naturalistes, qui s'efibrcèrent de traiter chaque science d'après le point de Tue de ridentité absolue , et de compléter le système. Les idées de Schelling ont exercé surtout une grande influence sur les recherches naturelles, la mythologie, l'histoire, la théorie de l'art et l'œs* thétique. Leur influence fut puissamment secondée dans cette dernière branche par les deux frères Schlegel (Frédéric (i) et Guill.-Auguste ) , alors ^ssociés*et amis de Schelling. Mais, d'un autre côté, cette école produisit un esprit d'exaltation et de Ter* tige, fécond en idées bizarres et paradoxales, érigeant en sagesse supérieure les imaginations les plus capricieuses et les plus hasardées , favorisant les folies mystiques et la superstition, enûn rappelant l'époque des rêveries néoplatoniciennes.
A l'école de Schelling appartiennent, entre au-
(i) Fréd. Schlegel y deven^i catholique, a depuis combattu la |)hIlosophie en général , et il a publié : PhQosophie de la vie , t& leçons. Vienne y 1828 9 in-8; et Philosophie de Ubistoire, 18 leçons, 2 vol. Jbid., 1828 , in*8 (ail.).
302 TAOISIÈBfB PÉRIODE.
très, les noms suiTants : H. Steffens (i), né ea Norvège en 1773, professeur à Breslan , Jos.
Guerres (2) , ci^eyant professeur à Coblentz , maintenant à Munich, le chevalier Franc, de Battrder (5) , de TAcadémie de Munich , L. Oken (4} ,
(i) H. Steffens , Esquisse delà science philosophique de la nature. Berlin, 1806 , in-8. L'auteur y a joint ses autres traités relatifs aux sciences naturelles. De l'idée des universités. Berlin, 1809, in-8. Caricatures de ce qu'il j a de plus saint. Leîps., 1819-21 , 2 vol. Anthropologie. Breslau, 1822, 2 vol. Del* fausse théologie et de la vraie foi. Bresl. , 1824.
(2} Goerres, Aphorismes sur l'art, etc. Coblentz, 1804, in-8. Aphorismes sur l'organomie. Ihid., 1804, et Francf., 1805, l'* part. Exposition de la physiologie. Coblentz, 1805. Foi et science. Munich , 1805. Histoire mjthiqne , etc. ; et un grand nombre d'écrits politiques.
(3) Fr. Baader , Mémoires sur la physiologie élémenUire. Hamb., 1797. Sur le carré des pythagoriciens dans la nature. TubiDgue, 1799; autres dissertations dans les Mémoires de physique dynamique. Berlin, 1809. Plus tard: Fondements de la morale parla physique. Munich, 1813. De l'éclair, comme père de la lumière, 1815. Plusieurs dissertations sur l'extase. Principes d'une théorie destinée à donner une forme et une base à la vie humaine. Berl., 1820. Fermenta cognUionis, i-iii cahiers. Berl., 1822-23. Le l*' cahier traite de l'origine du bien et du mal chez l'homme. De la quadruplicité de la vie. Berl., 1819, in-8. Voyez en outre au §. 388.
(4) L. Oken, Examen de l'esquisse du système delà philosophie de la nature , et de la théorie des sens qui %^j rattache. Francfort (Mein) , 1802 , in-8. Esquisse du système de la biologie. Goettingue, 1805. De la génération. Bamberg, 1805. Manuel de la philosophie de la nature. Jéna , 1809 sqq», 3 vol.
ci-devant professeur à Jéna, inaintenant à Munich, Ign. PhiL Vitalis Troxler (i), médecin en Suisse , Gh. Jos. fViruUschmann (a), professeur à Bonn^ J. H. Schubert (3), professeur à Erlangen, maintenant à Munich, Fr. Jos. S'cheher{/^)^ professeur à Heidelberg (tous ces écrivains, hormis Oken , ont eu
iii-8. Manuel d'histoire naturelle, 1-3 parties. Leips., 1813. Isis.
(i) Troxler, Essai sur la physique organique. Jéna, 1804 , in-8. De la vie et de son problème. Goettinguc , 1807. Éléments de biosophie. Leips., 1808. Dans eet ouvrage, Tauteur se rapproche davantage de Jacobi. Coup d'œil sur la nature de rhomme. Aarau, 1812, in-8. Théorie philosophique du droit naturel et de la loi , etc. Zurich, 1820, in-8. Histoire naturelle de la connaissance humaine , ou métaphysique. Aarau y 1828, in-8.
(2) Gh. J. TVindischmann y Idées sur la physique, t. i. Wurzbourg et Bamberg, 1805, in-8. Exposition de Tidée de la physique, dans le nouveau Journal de physique spéculative, publié par Schelling, 1. 1 , 1*' cahier, 1802. Sur l'anéantissement du temps par lui-même. Heidelberg, 1807, etc.
(3) Schubert y Vues sur la partie obscure de la science de la nature. Dresde, 1808> in-8; nouvelle édit.; 1817. Premiers aper^s d'une histoire générale de la vie. Leips. , 3 parties , 1806-1820, in-8. Symbolique du rêve, etc. Bamberg, 181 4; 2* édit., 1821. L'ancien et le nouveau dans la connaissance interne de l'âme. Leips., 1816, in-8. Le monde primitif et les étoiles fixes. Dresde , 1822 , in-8.
(4) Scheher, Théorie élémentaire de la nature organique , 1** part. Organomie. Goetting., 1800. Philosophie de la médecine. Frâncf., 1809, in-8. Sur le secret de la vie. 1814, in-S. Des sept formes de la vie. Francf. Mein , 1817, in-8.
recours à la foi dans leurs ouvrages ) , Ch. Eberhart Schelling {}) , Phil. Fréd. PFalther{2)f professeur a Landshut, maintenant à Bonn, Jos. Weber (3), professeur à Âugsbourg, Guill. Nasse (4), professeur à Bonn , Dietr. George Kieser (5) , professeur à Jéna, Frëd. ^sl(6), professeur à Landshut, mainte-
(i) Ch. E. Schelling y De la vie et de son iip|MtritioD. Landshut, 1806 , în-8.
(2) TValther^ Sur la naissance, la vie et- la mort. Nuremberg, 1807* Sur régoïsme dans la nature. Jbid., 1807, etc., ete. Physiologie de l'homme , etc. Landshut , 1807*8 , in-8.
(3) TVeber, Métaphysique du sensible et du supersensible* Landshut, 1801, in-8. Manuel de la science de la nature. Landshut , 1803'^. Union de la philosophie , de la religion et du christianisme. Munich, 1808-11, 7 cahiers. Science de la nature matérielle , ou Dynamicpie de la matière* Munich , 1821, etc.
(4) Nasse , Sur la philosophie de la nature. Freyberg , 1809, jn-S. Journal à Tusage des médecins psychologistes. Leips., depuis 1818.
(5) Kieser. Voyez , pour les travaux de cet écrivain , l'ouvrage de Blasche sur ce qui a été fait de plus important en philosophie naturelle depuis 1801 ; et le journal Isis publié par Oken , 9* «ahier , année 1819. Le mal en harmonie avec l'ordre du monde. Leips., 1827, in-8.
(6) ^st. Éléments de philosophie. Landsh., 1807; nouv. éd., 1809. (Au sujet de ces trois principes de la .philosophie de la vie , savoir : l'Unité comme base ou principe, l'Opposition comme constituant la vie réelle, actuelle, enfin l'Unité éclairée , comme but de toute vie ou sainteté ; Ast prétend que les deos derniers principes ne sont point encore suffisamment développés dans la philosophie de Schelling, et que la liaison intime, luir«
I^HILOSOPHIE MODERNE. DEUXIÈME ÉPOQUE. PHIL. ALL. ào5
nant à Munich, Ch. Guill. Fréd. Solger[ i ), professcni' à Berlin^ mort en 1819, E. A. Escherunayer, J. J. f^agner (2) (ces deux derniers devinrent ensuite les adversairesdeSchelIing), Ge. Guill. Fréd. Ifegel(S), qui adopta ensuite une doctrine assez différente, ainsi que Ch. Christ. Fréd. Krause. Parmi ceux qui enseignèrent expressément la philosophie de Schelling,
monique et vivante des trois éléments peut seule constituer la philosopbie d'une manière complète). Théorie de Tart, ou Manuel d'aesihétique, etc. Leips., 1805, 2« édit. Éléments d'aesthétique. Landsfaut , 1807. Extrait du livre précédent. Ibid., 1813. Histoire de la philos. Voyez §. 37.
(1) Solger , Entretiens philosophiques , 1«' recueil. Berlin, 1817, in-8. Erwîn, ou Quatre entretiens sur le beau et Tart. Berl., 1815, 2 part., in-8. OEuvres posthumes et correspondance, publ. par Tieck et Raumer, Leips. , 1826, 2 vol. in-8.
(a) rf^agfur. Ses premiers ouvrages, d'accord avec la doctrine de Schelling, sont : Philosophie de l'éducation. Letps., 1803 , in-8. De la nature des choses. Leips., 1803 , in-8. Sys-. tème de la philosophie idéale. Leips. ^ 1804. Dans la préface de ce dernier ouvrage , Wagner se déclara pour la première fois contre; le système de Schelling , lui reprochaiSt de n'être qu'une pure spéculation idéaliste , qui se donne gratuitement pour absolue, qui annonce faussement la prétention de découvrir le rapport de l'absolu et de la réalité , enfin qui manque du principe religieux et moral. Nous indiquerons plus tard les ouvrages de Wagner d'une époque postérieure.
(3) HegéL Nous ne citerons ici que deux ouvrages de ce pht« los<yphe': Différence du système de Fichte et de celui de Schelling. Jéna , 1801 y in-S. Le Journal critique, publié en société ttvec Schelling, indiqué au §. 398.
S06 TROISIÈMB PÉRIODE.
nous citerons J. B. Schad (i) (§. SgÔ)^ G. M. Klein (a), professeur à Wurlzbourg, mort eu 1820, le plus fidèle interprète de cette philosophie^ Ig^* Thaimer (3) , professeur à Salzbourg^^hadd. Ans.
(i) Schad , Système de la philosophie de la nature et de la philosophie transcendentale. Landshut, 1803-4, 2 part. in^. Institutionei pkilosophiœ uniuersœ, etc., p. i logicam com^ plectens^ Gharcow^ 1812. InstitutionesjurisntU, Ibid., 1814, in-8.
(a) Klein, Pièees pour servir à l'étude de la philosoplûey comme science du grand tout , avec une exposition complète et rapide de ses moments principaux. Wurtzboui^, 1805 , in-S. L'auteur a donné , selon les mêmes vues , mais soua des forniet plus populaires et plus simples que les^ autres disciples de Schelf ling , plusieurs autres ouvrages , teb que : La théorie de l'entea* dément. Bamberg, 1810. Le môme ouvrage, refondu sous k titre de : Théorie de la contemplation et de la pensée. Bamberg et Wurtzbourg, 1818 , in-4. Essai pour établir les bases delà morale comme science. Rudolstadt, 1811. Exposition die la théorie philosophique de la religion et de k morale. Bamberg et Wurtzbourg, 1818 , in-8.
(3) Thanner, Exposition rapide de la théorie de Tidentité absolue , etc. Munich , 1810 , in-8. Manuel pour servir d'introdue» tion à une étude indépendante des sciences , et en particulier de k philosophie , 1'* partie , formelle : Théorie de la pensée. Mu* nich, 1807; 2* partie , matérielle : Métaphysique, 1808, in-8. Manuel de la philosophie théorétique , d'après les principes de k théorie de l'identité absolue , 2 parties intit. : Logique etmétaphjs. , ou Aphorismes logiques , métaphysiques , etc. Sakbourg y 1811-*12 9 in^. Manuel de k philosophie pratique, 1'* part. Philosophie pratique universelle, et droit de nature. Ibid., 1811, in-8.
Rixner (f)y professeur à Amberg» qui tous deux la rédigèrent en un cours de philosophie, B. Zi/t^iwer(a)et A. Buchner (V) ^ cpx transportèrent ses principes dans la philosophie religieuse et la morale, Ch. Fréd. Baclimann (4), professeur à Jéna, auteur d'une œsthétique, traitée d'après les mêmes principes, qui s'est attaché à d'autres doctrines dans ses derniers écrits, et F. A. Nûsslein (5).
Parmi les adversaires de cette philosophie, on ■ --
(i) Rixner , Guide ou apfaorismes pour la philosophie. Landshut, 1809, in-8. Même ouvrage refondu: Aphorismes pour toutes les parties de la philosophie , 2 petits vol. Sulzbach ,
1818, în-8. L'auteur rattache en partie sa doctrine à celle de Hegel.
(9,) Zimmer, Théorie philosophique de la religion, 1'* part. Théorie de Tidée de l'absolu. Landshut , 1805 y in-8. Recherche philosophique sur la décadence générale du genre humain. Ibid., 1809, în-8.
(3) Biochner, Sur la connaissance et la philosophie. Landtshnt , 1806. Principes de la morale , 1808 , in-8. De la nature de la religion. Dillingen , 1805, in»8; 2* édît, Landshut ,
(4) Baehmann, La science de l'art , exposée d'après ses principes généraux. Jéna , 1811, in--8. De la philosophie et de l'art. Jéna et Leips., 1812^ in*8. Voj^ez ses autres o^rages aux §§. 1 et 4l« Mémoire couronné , sur l'affinité de la pbjsiqoe et de la psychologie. Utrecht et Leips., 1821. Système de logique^ Leips., 1829, in-8.
(5) JNûsskin, Manuel de la science esthétique. Landshut,
1819, in-8. Esquisse de psTchologie générale. Majence, 18S1 , in-S. Esquisse de logique. BMnb», 1834, in-S.
309 TROISIÈMB PÉRIODE.
distingue les principaux partisans de la philosophie critique (i) et les auteurs de quelques systèmes nou^ veaux, savoir : Herhart^ BoiUerwek, Jacobiet son école (§. 4^7).
(i) Guîll. Traugott Krug , Lettres aor rîdéallsme de ces derniers temps. Leîps., 1800, in-8. Dissertatio de poetica pfulo^ sopkandi ratione. Lips., 1809, ia-4.
Jac. Fries, vojez au §. 398. — Jugement sur les nouvelles théories de Fickte et de Sckelling sur Dieu et le monde. Heîdelherg, 1807, in-8.
Fr. Koeppen , La théorie de Schelling, ou A quoi se réduit U philosophie du néant absolu^ avec quelques lettres de Jacobi. Hambourg, 1803, in-8.
Gaët. TVeiller, Esprit de la nouv. philos, de MM. Schelling^ Hegel et comp. Munich, 1804-1808, 2 part. in-8.
Fr. Berg , Sextus, ou De la connaissance absolue. Nuremberg, 1804, in-8. (Contre cet ouvr. : l'Anti-Sextus , ou De la connaissance absolue. Heidelberg , 1 807. )
J. Christ. Aug. Grohmann, De récent iss, philos, vanitate, Viteberg, 1800, in-4. Des jugements philosophiques portés sur les événements de notre époque. Hambourg, 1810, in-8.'^
Gotllob Guill. Gerlach , La doctrine religieuse, a-t-elje gagué par la philosophie de Schelling? Wittemberg, 1809, in-4.
F. H. Jacoài, Des choses divines. Leîps., 1812. (Contre cet ouvrage , Schelling publia sa réponse, etc. )
Jos. Ch. Schftnd , Démonstration de la fcusseté des principes du critîcisme de Rcint et de TidéMisme de Schelling. Ulm, 1812, in-8.
Fries, Du caractère de la philosophie allemande, vœu pour Jacobi contre Schelling. Heidelberg, 1812, în-8* Contre cet ouvrage, le baron de Gruiihuiséns a publié : Nouvelle preuve cosmoaetiologique d^l'existence deDieu^ o« Ton démontreque M. Fn»
raiLOSOPHlE MODERNB. DBUXIÈBffi ÉFOQUB. PHIL. ALL. 309
Les doctrines religieuses de Schelling ont été particulièrement attaquées par les théologiens , mais souvent aussi elles ont été mal comprises (r). D'au-
n'entend rien à la philosophie de notre temps, etc. Landshut, 181 S. De plus i la Dissertation sur la foi et la révélation dans le Muséum allemand de Schlegel^ 1813, p. 217.
Cbristian Weiss , Du Dieu vivant, et de la manière dont llioinnle peut arriver à Dieu. Leips., 1812, in-8.
Jac. Salât, Explication de quelques unes des principales difficultés de la philosophie , avec des explications sur le dernier déhat entre Jacobi, Schelling etFréd. Schlegel. Landshut, 1812.
Sar la comparaison de la doctrine de Schelliug avec d'autres systèmes (outre les ouvrage» déjà cités de Fries et de Klein) : Bachmann , Do la philosophie d'aujourd'hui, et J. And. Wendel, Esquisse et critique des philosophies de Kant , Fichte et "Schelling. Cob., 1810. Considérations sur l'état actuel de la philosophie en Allemagne, et sur la doctrine de Schelling en particulier, etc. Nuremberg, 1813, in-8.
(i) J. Fréd. Kraïue, De l'influence de la philosophie de Sclielling sur les progrès de l'esprit religieux ; dans les Archives philosophiques de Koenîgsberg, 1811 , }*' cahier.
Fréd. Gottlieb Sûsskind, Examen des doctrines de Schelling sur Dieu, la création du monde , et la liberté, etc. Tubiogue , 1812, in-8. Vojez la réponse de Schelliog à Eschenmajer dans \eAllg, Zeitschrift fur Deutsche. 1813, l*' cahier, surtout p. 98. * h. Fréd. Otto Baumgarten^ Crusius , De homine Dei sibi conscio. Jeu., 1813, in-4. Voyez aussi son v* supplément au livre intjt. : La vie humaine et la religion.
G. £. Fischhaber, Recherches sur les hauts problèmes de la philosophie de Schelling; Archiv. philos., t* m, p. 320. » De l'existence de la liberté humaine , |KKir le développement et l'appréciation de la théorie de Schelling, etc. Leips., 1821, in-8.
310 TKOMàaiE PSRIOOB.
très théologiens, comme Daub, ks ont appliquées à la théologie.
Aatres systèmes.
Fréd. Boutervpek, né en 1 766 à Goslar, mort professem* à Gœttingue , en 1 8a8 ; pensem* distingué , doué d'une finesse et d'une sagacité particulière, s'était d'abord attaché à la philosophie de Kant, dont il avait donné une exposition nouvelle : ensuite il ae convainquit que cette philosophie ne pouvait tenir contre le scepticisme; que d'un autre c6té l'idéalisme deFichte était trop exclusif pour satisfaire au besoin de la certitude réelle; qu'enfin la science ne peut se passer de l'absolu, sans lequel il n'y a, seimi lui, ni connaissance ni pensée possible, puisque, dans toutes nos preuves, nous supposons toujours quelque chose de réel , un être , l'absolu , cet x inconnu, qui subsiste, selon Kant, sous tous les phénomènes. Bouterwek se proposa donc, dans son ÀpodicUque , de réparer l'insuffisance et le vice des philosophies antérieures, auxquelles il reproche de ne chercher nos connaissances et nos croyancea que dans des notions de l'entendement et de vides formules, par conséquent de n'arriver jamais à la science vivante. La doctrine de cet ouvrage se ramène aux points suivants : Toutes nos sensations et nos pensées ont pour base une existence vraie, par oonaé- (pient absolue , n'ayant elle-même de base qu'en soi. Cette existence ne peut être trouvée par la pensée ,
PHILOSOPHIE MODEAMB. DBUXliU ÉPOQUE. PHIL. ALL. 311
attendu qae toute pensée la présuppose, et que Tétre est supérieur à la pensée. En conséquence, ou il £iut que toute existence se réduise à un caprice de l'imagination et toute pensée à une chimère, ou qu'il y ait une £siculté de connaître absolue , laquelle n'est ni sensation ni pensée, fiiculté sur laquelle repose l'authenticité delà raison elle-m^me, et par - laquelle nous arrivons apodictiquement à toute existence. — Plus tard, Bouterwek abandonna cette apodictique pour lui en substituer une nouvelle, autrement dite théorie universelle dé la vérité et de la science, d'après laquelle, par le principe de la foi de la raison en eUe^méme^ on arrive à un système moins hardi de rationalisme transcendentaL Selon loi , la philosophie a pour objet principal de résoudre ', par la distinction apodictique du réel et de l'apparent , le problème des choses et de la destination de l'homme, autant qu'il est possible à la raison humaine de pénétrer par elle-même dans cette question. C'est donc sur une apodictique ( selon le dernier sens adopté par Bouterwek) que la science philotophique doit être fondée ; ta psychologie em«pirique et la logique , telle qu'on l'entend ordinairement comme science de formes , ne peuvent lui fournir que des notions préliminaires. L'auteur de cette théorie soutient avec Jacobi (§• 4^) T^^ tftute pensée purement logique est médiate. Toutes nos connaissances immédiates , sans lesquelles on ne peut concevoir de notion discursive que oonnae médiate , et par conséquent incertaine , reposent sur le
312 TiUHfllàMB PÉRIODE.
lien primitif de la faculté pensante avec le senti* ment intérieur dans l'énergie de la vie spirituelle, c est<-à-dire dans Tunité des facultés actives de notre étre^ tant subjectives qu'objectives. La liaison a foi en elle-même en tant que raison pure; elle croit à la vérité en tant qu'elle y reconnaît^ en vertu du lien dont nous menons de parler, son énergie propre et originale, et que dans cette même énergie elle trouve le germe des idées à Faide desquelles elle peut s'élever au-dessus de la sensibilité , jusqu'à la recherche du principe de toute existence et de toute pensée ^ à l'idée de l'absolu. La vérité , dans le sens métaphysique de ce mot , c'est-à-dire l'accord de nos pensées avec l'essence super«ensible des choses^ et leur relation nécessaire avec le principe de tout ^tre et de toute pensée, la vérité est donc immédiatement connue par la raison. La métaphysique à laquelle se rattache la philosophie religieuse (celle qui est fondée sur le sentiment religieux), est chargée de donner à cette idée la forme scientifique , en enseignant en quelle mesure une certaine conaaissance de l'essence des choses est possible à l'esprit humaip. La philosophie générale pratique rattache la morale et le droit naturel à la partie théorétique. Le droit naturel forme un chapitre spécial de la morale philosophique : on y considère le droit comme une prétention fondée sur la raison , et en vertu de laquelle un être moral aspire, comme tel, à toutes les conditions extérieures qui lui appartiennent, en tout ce qui se rapporte à la vertu de la justice. BoiitervreL a
essayé aussi de fonder une aesthëtique sur des principes purement psychologiques, et de constituer cette doctrine dans une certaine indépendance de la philosophie.
Fréd. Boutenvek, Aphorismes, d'après la doctrine de Kant, offerts aux amis de la critique de la raison. Aœlting., 1793, în-8. Paulus Septimius, ou les Derniers secrets da prêtre d'Eleusis. Halle, 1795, ii part., in-8. Idée d'une Apodic- Uque universelle. Goatling., 1799, il part., in-8. Éléments de la philosophie spéculative, Gœlting., 1800, in-8. Les époques de la raison , d'après Tidée de TApodictique. Gœlting. ,
1802, in-8. — Introduction à la philosophie des sciences nateirelles. Goetting., 1803, in-8. Nouveau muséum de philosophie et de littérature, publié par Fréd. Bouterwek. Gœttidg.,
1803. J^thétique. Leips., 1806, n part. Idées sur la métaphysique du beau, en quatre traités. Leips., 1807, in-8. ^Ihëlique. Leips., 1806; 3'' édit. refondue, il part., in-8, 1824. Aphonsmes pratiques, principes pour un nouveau système des sciences morales. Leips., 1808. Mapuel des connaissances philosophiques du premier degré, contenant : Introduction générale ; Psychologie et logique ; ouvrage destiné & remplacer les éléments ci-^dassus indiqués. Gœtting. , 1810, in-8^ 2* édit., 1820, in-8. Manuel des sciences philosophiques, exécuté d'après un nouveau système, u part. Gœtting., 1813, in-8 ; 2* édit. augra., Gœtting., 1820, in-8. L'auteur y a entièrement refondu la partie relative à la philosophie reli* gieuse. Religion de la raison. 1824, in-8.
Cly:îstophe-Godefroi Bardilij né à Biaubeuem, professeur à Stuttgardt, mort en 1808 , tenta, par d'autres moyens , de donner Tabsolu pour base à la philosophie* Il prit son point d'appui dans la pensée, et s'appliquaÀ faire de la logique la source des connaissances réelles , en d'autres termes, à l'élever au rang de la métaphysique. Avant lui, Hobbes et le médecin Leidenfrost (dans sa Confessio^ ^79^} avaient considéré toute pensée comme un calcul; mais Bardili fut le premier qui imagina de trouver dans la pensée en soi , envisagée sous le point de vue de sa forme , une réalité existante , et même la substance de Dieu. La pensée dans son essence consiste en ce que , étant une et identique à soi , elle est susceptible de se répéter ud nombre infini de fois. C'est A comme A dans A : identité. La pensée, comme telle, n'est ni sujet ni objet, ni relation de l'un à l'autre , mais elle est supérieure à tout sujet et à tout objet; elle est leur commun élément, comme principe des notions et des jugements de l'esprit; elle est en même temps un infinitivus déterminons et un de^ terminatum. Toutefois , ce principe de la pensée ne conçoit encore rien de déterminé , avant l'application de ce principe à quelque chose : cette condition est celle d'une matière sur laquelle porte la pensée ; et c'est ici une donnée impérieusement exigée parle système. Le caractère de la pensée , comme telle , est l'unité dans le multiple, savoir V identité,' la dioen'
PHILOSOPHIE MODEftMS. MUXlàllB ÉPOQUE. PHIL* ALL. 315
site, la multiplicité soot les caracières de la matière. Copime élânent primitif et absolu, la pensée n'est point déterminée par la matière; mais plutôt celle-*Gâ est déterminée par la pensée. Toute l'existence de la 'matière n'est que dans l'application de la pensée en elle-même et sur elle-même. La pensée déterminée sUr une matière donne, x^« quelque diose qui est eonçtt (B. réalité); 2°.. un concept pue et simple (/ion— -B« possibilité). La pensée est la pure possibilité, le principe de toute réalité, et c'est l'accord de la pensée avec la matière qui produit toute réalité. Ainsi , dans la conception de tout objet, la possibilité pure t% la réalité font le rôle de facteurs arithmétiques. Dieu est la possibilité pure qui se répète dans tout et détermine toute pensée, le premier fondement de toute vérité, et par conséquent aussi de la logique. Cette logique première , pleine d'obscurité et de pmres abstractions , qui s'annonça avec un assez grand faste (i), n'a pas obtenu beaucoup
(i) Bardiliy Esquisse de la logique preaiière, purgée des reun consacrées jusqu'iei dans toutes les logiques , et eu paiiicuUer dans celle de Kant. 1800 , in-8. Doctrine élémentaire de la pbilosopbie, 1«' cahier. Landshut, 1802; ^ cahier, 1806, in-8. Considérations pour apprécier l'état actuel dola théorie de la raison. Landshut, 1803. G. F. Fichte, Réponse & Reinhold, indiquée au §. 398 , not. Correspondance de Baardili et de Reinhold y §. 391, not. Lettres sur la vérité. Dieu, Tol^nisme et l'immortalité (publ. par Reinhold). Copenhague, 1803, în-8. A une époque aiilérieure, Bardfli s'était hit connaître avantageusement par les ouvrages suivants : Époques des priaci*
316 TROISlftMB PBUODB.
d'approbateurs, non plus que le réalisme rcUionnet^ qu'elle était destinée à établir; et Reinhold (§. 591 \ malgré toutTeffort de sa subtile analylns , n'a jamais pu lui donner assez de force pour produire une certaine conviction.
Diverses tentatives du même genre pour découvrir et fonder une philosophie, ont produit vers cette même époque d'autres essaie systématiques, les uns trop excentriques et trop obscurs, les autres trop peu approfondis pour qu'ils aient pu répondre au vœu de la science. Nous citerons d'abord YArchi^ métrie{\) du Suédois Thom. Thorildy mort professeur à Greifsvirald en 1808, doctrine curieuse et spirituelle, dans laquelle tout est ramené à la théorie des-grandeurs , et où l'on retrouve Je germe de beau- ■» ^ ■ ■ I I I ■ I II-, ■ I ^ ■ ■ »
pales idées philosophiques, l** part. Halle, 1788. Sophjlus, ou la morale et la nature considérées comme les fondeaienis de la philosophie. Ibid.y 1795. Sur les lois de Tassociation des idées. Ibid,y 1796, et sur rorigine de l'idée du libne arbitre (contre Forberg), Stutlgard, 1796. Lettres sur l'origine de la mctaphjsiqpe (Anonyme), Allona , 1798, 10-8.
(1) Tiiarild, Maximum sive archimetria. BeroL, 1799, in-8. Il intitule encore son système : Gcneralis critica tanti et totîas. S^loB lui la base de la connaissance est le sentiment de la nécessité où nous «ommes de penser de telle manière et non de tisUe autre. Il n'y a que de vrais objets : toute erreur et tout différend tombent sur le quantum. Il avait publié en outre une Profes^ sion de foi philosophique que nous n'avons jamais trouvée, el qui parait avoir été supprimée par l'autorité. Ses écrits ont paru réunis à Upsai, 1819, in-8. Sur Thorfid, voyez Gtijer, Tho«^ lild, etc. Upsal, 1820, in^, en suédois. Cf. l'Hermès, n» xx«
.PHILOSOPmE MODERNB. DEUXIÈME ÉPOQUE. PtllL. ALL. 317
0^up d'idées larges et excentrîqves qui ont été dévora ïopfées depuis; en second lieu, YÉpicriiique Ae Franc, Berg (i), qui ^onne comme vrai point de Tue de la réalité la volonté logique; enfin la philosophie toute pratique de Rûckert et JVeiss (cf. §. 4^^) (2)' ^^ travaux de J. H. Abicht{^)f
(]) Berg, Épicritique d» la philosophie. Ârnstadt et Rudolstadt, 180.5, in-S. L'auteur pense que le principe unique de toute erreur en philosophie consiste en ce qu'on ne songe pas à s'entendre sur le point de la question à éclaircir ; le premier remède à cet inconvénient serait , selon lui , de donner un orga" non à la philosophie, ainsi que Kant l'avait voulu faire. Uép^ critique est la philosophie destinée à accomplir cette œnvre , et elle doit, en se conformant rigoureusement à sa nouvelle méthode, soumettre à l'examen toutes les solutions possibles du problème fondamental^ jusqu'à ce qu'elle ait enfin trouvé l'unique solution capable de répondre à toutes les difficultés. Les faits intellectuels, en tant qu'objets de ce problème, sont considérés comme devant <tre expliqués sous le triple point de vue de l'expérience, de la coaoaissance , et surtout de la réalité. A une époque ant^ rîeure, Berg avait publié son traité intit. zjSexius ou De la connaissance absolue , déjà indiqué au §. 404 , not.
{2) Jos. Rûckert, Le réalisme, ou Principes d'une philosophie toute pratique. Leips., 1801. — Cbr. Jf^eiss , Vues relatives à une philosophie toute pratique. Ibid., 1801. Manuel de logique. Ibid,, 1801,in-8i
(3) Abicht , Examen et critique de la raison spéculative . Altenbourg, 17d^l801> 2 part. io-8. Système delà philosophie élémentaire, ou Théorie naturelle du sentiment, de la con-^ naissance et de la faculté de vouloir. Erlangen, 1798,in-^8. Psychologie. Anthropologie, 1'* division. Erlangen, 1^801. Encyctopédie delà philosophie. Francfort, 1804, în^. Logique ecdé-
318 TROISlàME PÉtlflDE.
professeur à Erlangen, mort à Wilna en 1816, n'ont paa mieux réussi à former une nouvelle ëœle f ils n'ofirent dans leur ensemble qu'un piélange dMdées appartenant à d'autres et plus ou moins modifiées , dont la nouveauté consiste surtout dans une nomenclature particulière.
Philosophie du sentiment et de la foi,
Doctrine de Jacobi.
Au milieu des systèmes critiques et dogmatiques qui se partageaient l'attention du monde philosophique, parut une doctrine tout opposée , et qui se rattachait à l'esprit mystique le plut relevé. Elle fat proposée par un ami de Hamann (§. SyS), Fréd. Henri Jacobi, né à Dusseldorf en 1 743, président de l'Académie àts Sciences de Munich depuis 1804, mort le 16 mars 1819, ami de la vérité, esprit profond, religieux et éclairé, écrivain^ngénieux et plein de vie, ennemi da toute manie systématique et d'un vain formalisme. Son aversion pour la philosophie systématique lui fît presque prendre en haine l'autorité de k raison en philosophie , convaincu comme il l'était qu'un dogmatisme conséquent à lui-même,
siasUque , ou Science de la vérité . Francf. , 1S02 , iii-8. Dans ses précédents ouvrages , l'auteur avait successivement adopté les doctrines de Kant, Reiuhold et Ficlite. Voyez lès notes dos $$. 389 , 391 , 398.
PBILO&OPBIBMODmm.DBUXIBllEBPOQUB.PHlL. ALL. 319
et déterminé à n'admettre de certHnde que par voie de démonstration^ comme, par exemple^ celui de Spinoza^ ne peut conduire qu'au fatalisme et au pantbéisme; etque^ d'un autre côté, le criticisme, entraîné par le préjugé exclusif de la connaissance démonstrative et médiate, retranche d'al)ord toute notion d'objets supersensibles, sans pouvoir en-« suite rétablir ces notions par les croyances de la raison pratique. Il voulut donc fonder toute con*naissance philosophique sur une foi qu'il considère comme une sorte d'instinct rationnel, comme un savoir donné immédiatement par le sentiment, comme une aperception directe et sans preuve de la vérité et>des choses supersensibles, foi qu'il distingue d'ailleurs nettement de la foi positive. Tout savoir ne donne qu'une conviction de seconde main. Le sens extérieur nous fait connaître le inonde extérieur : Dieu, la providence, la liberté, l'immortalité, la moralité; en un mot, tout l'ordre supersensible nous est révélé immédiatement par un sens intérieur, organe de la vérité, qui plus tard prend le nom de raison y ou faculté de connaître la vérité. Cette double révélation d'un monde matériel et d'un monde immatériel éveille dans l'homme la conscience de sa personnalité, jointe k un sentiment de supériorité sur la nature (liberté) (i)- La morale
(i) Voyez J.-G. Reiche, Rationîs, qua Fr. H. Jacobî libertatisnotione Dei exîstentiam evincit, expositîo et censura, p. 1. Gol(nig.,1821, iii*8.
dîO TROISIÈME PERIODE.
n'a pas non plus d'autre fondement réel , selon Jacobi , que le sentiment. — La raison » comme faculté des idées I qui se révèlent d'elles-^mémes dans le* profondeurs du sentiment , fournit à la philosophie son contenu; l'entendement, comme faculté des notions , lui fournit la forme. C'est ainsi que s'exprime Jacobi dans son dernier ouvrage. Tout en accordant un grand mérite à Kant pour avoir dissipé les chimères de la spéculation et constitué une philosophie pratique pure , Jacobi s'en sépare en ce qu'il admet comme immédiates , non seulement des notions pratiques, mais encore des notions théoi^liques, en rapport avec des objets réels, supersensibles; il reproche à la philosophie kantienne d'efià' cer la perception sensible , ainsi que la perception rationnelle externe ; et malgré ces prétentions à une doctrine plus complète, il ne laisse pas de soutenir l'impossibilité d'une science philosophique. — Jacobi avait d'abord exposé d'une manière un peu vague ce principe d'une foi et d'une révélation intérieure, dont il voulait faire la base de la philosophie. L'obscurité où il avait laissé ce point fondamental, le peu de précision qu ilavait apporté dans la distinction de l'entendement et de la raison , enfin le tour polémique donné la plupart du temps à sa théorie de théisme, de foi et de sentiment opposée aux autres doctrines contemporaines, et développée d'une manière peu suivie et peu systématique; toutes ces causes provoquèrent de nombreux malentendus et de graves reproches. 11 ne
faut pas mëconnaître les services ^ au moins indirects^ qu'il a rendus à la philosophie en Allemagne.
Voyez en a^ant du §. 339 l'indication de ses écrits sur Spinoza et contre Mendelssohn. Ses autres ouvrages sont : De David Hume et de la foi , ou L'idéalisme et le réalisme. Breslau, 1787, in-8 5 bouy. édit., Ulm, 1795. Lettre à Fichte. HamiK>urg, 1799, in-8. Sur Fentreprise du criticismede convertir la raison en Teotendement, dans le m* cahier des Mémoires de Reinhold sur Tétat de la philosophie au xix* siècle. Hambourg, 1801-3. Quelques lettres contre Schelling publiées à la suite du livre de Kœppen , inUt. : La doctrine de Schelling, ou A quoi se réduit la philosophie du néant absolu? 1807, in-8. Des chojses divines. Leips., 1811 , in-8. Yoyez ci-dessus l'écrit de Schelling en réponse à celui*-ci *, voyez aussi les articles de Fréd. Schlegel dans son Muséum allemand , années 1812 et 1813. — OEuvres complètes. On y trouve, outre les ouvrages déjà indiqués , les célèbres romans philosophiques de Jacobl , 5 vol. -, le 4* est divisé en iii parties. Leips., 1812- 1822 , io-8. Le %> voL contient une intéressante introduction h sa philosophie , et le 4* sa correspondance avec Hamann , publiée par Fréd. Roth.
Yoyez , sur Jacobi , les portraits et critiques de Schlegel , 1. 1. Jacobi , Dans sa vie et ses actions , par Schlichtegroll, WeiUer et Tfdersch. Munich, 1819, in-8.
NouTeauii déTeloppements de la philosophie du sentiment.
La doctrine de Jacobi a trouvé^de nombreux partisans, surtout panAi les hommes accoutumés à'éle- Ter la foi et le seutiixreut au-dessus des autres facul- H. 21
322 TROISIÈME PÉRIOiyB.
tés de Tàme. Mais le vague que nous avons déjà n* gnalé dans-cette philosophie , à F^rd des rapports qui existent entre l'entendement et la raison^ parait avoir donné lieu à une sorte de schisme entre ceux qui s'attachèrent à la développer. Quelques uns considérèrent les idées comme des révélations de la divinité^ parle moyen de la perception ^ et ils attribuèrent ces idées à la raison , comme à leur facolté spéciale : ils prétendirent, en outre , que les notions remplissent, par rapport aux idées , un rôle tout-afait négatif, c'est-à-dire que les idées ne sauraient être ni atteintes ni conçues ni exprimées à l'aide des notions, qu'elles se manifestent dans le sentiment seul, enfin que la croyance devance et dépasse toute science. D'autres accordèrent davantage aux notions , et firent consister la philosophie dans l'unité de la raison et de l'entendement; unité qui tiendrait sa substance de la raison , et ^ forme de l'entendement. Cette dernière opinion fut adoptée par Jacobi lui-même , mais seulement dans ses dernières années. A la première de ces doctrines appartient Frédéric Kœppen^ professeur à Landshut, puis à Erlangen, écrivain spirituel, et auteur d'une excellente exposition du système de cette école. A la seconde, nous rapporterons les travaux de Jacques Salât. Kœppen, ami et disciple de Jacobi^ part de l'idée de la liberté : selon lui, la liberté est une puissance qui se détermine par elle-même, et prend son point de départ en elle-même; elle est par conséquent une cause première, le fond de
toute existence , en un mot Tétre proprement dit. Mais en même' temps, la liberté est toutà-fait inconcevable à Tentendement; sa possibilité même ne saurait être nettement envisagée ni sa réalité démontrée; c'est un fait de connaissance et d'activité aperçu immédiatement. La nécessité est un ordre établi par la liberté. Une liberté illimitée et absolue, c'est la puissance divine. La raison est la faculté de reconnaître la liberté. La nature de l'individualité bumaine consiste dans le rapport de l'intérieur et de l'extérieur. Par ce rapport, la libeï*té se trouve limitée dans l'homme. Toute philosophie est par conséquent dualiste. C'est à ce dualisme que tient la contradiction éternelle et inévitable de la science. Il suivrait encore de là que la philosophie, rigoureusem.ent parlant, est impossible, et que la prétention scientifique, proprement dite , n'est destinée qu'à retomber vainement sur elle-même. — Les écrits de Kœppen comme ceux de Jacobi, quelque jugement qu'on porte sur le fond de leur doctrine , doivent être rangés parmi les ouvrages qui ont exercé une salutaire influence sur la philosophie de nos jours, en tant qu'ils combattent l'autorité de la philosophie d'école , le dogmatisme aveugle, et qu'on y trouve un développement animé de beaucoup d'idées, les unes originales, les autres empruntées au platonisme. — Ici se placent encore Gaétan de WeiUér^ ami de Jacobi y conseiller intime bavarois, secrétaire de l'Académie des Sciences, directeur
des écoles publiques de Munich^ mort en iSaG, et Christian fFeiss, conseiller d'école et de régence à M ersebourg, dont les recherches psychologiques méritent d'être remarquées.
Fréd. Kœppen, De la réyélation considérée par rapport à la philosophie de Kant et de Fichle. Hambourg, 1797-, 2"" èdlL, 1804. L'art de vivre. Hambourg, 1801. La doctrihe de SchelllDg, etc. (voyez au §. 404). OEuvres diverses, 1806. Sur le but de la philosophie. Munich, 1807, in-8. Guide pour la logique. Landshut,1809. Esquisse du droit naturel. Ibid., 1809. Exposition de la nature de la philosophie. Nuremberg, 1810. (Contre cet écrit : Fréd. Schqf berger. Critique de l'ouvrage intitulé : Exposition, etc., avec une théorie proposée par l'auteur. Nuremberg , 1813, in-8.) Philosophie' du christianisme , 2 part. Leips. , 1813-1815. Politique d'après les principes de Platon. Leips. , 1818. Théorie du droit d'après les principes de Platon. Ibid., 1819. Lettres à un ami sur les livres et le monde, 2 vol. Ibid,, 1820-23.
Weiller (voyez, pour plusieurs de ses ouvrages, aux§§. 37 et 404 ) , Introduction à un libre examen de la philosophie. Munich^ 1804, in-8. Entendement et raison. Ibid,^ 1806. Idées pour l'histoire du développement de la foi religieuse , 3 vol. Munich, 1808-14. De la vertu comme du premier des arts \ développement de quelques points de philosophie morale et de haute psychologie. Munich, 1816, in-4. Observations fondamentales sur la psychologie. Ibid., 1817, in-8. Dissertation (académique) sur la morale considérée comme une dynamique. Munich, in-4, 1S21. Petits écrits^ etc. Ibid,, 1822- 1826. A une époque antérieure, Weiller avait publié : De l'humanité dans son état présent et de son avenir. Ibid. ,
1799. Essai d'un plan de connaissances pour la jeunesse. Ibid.,
1800. Essai d'un système complet de l'art de Téducation. Ibid., 1802-5, 2 part., iR-8.
PHILOSOPHIE MODERIVE. DEUXIÈME ÉPOQUE. PHIL. AU. 32ô
Christ. Weiss : Du Dieu Yiyant, et des voies par lesquelles rbODime peut arriver à lui. Leips., 1812, in-8. AnlérieuremenC il avait publié des Recherches sur la nature et Faclivile de rame humaioe. Leips., 1811, in-8.
Saite de Técole de Jacobi.
Jacques Salai ^ né en 1766 a Abbtsgemûnd^ professeur de philosophie à Landshut^ dans ses œuvres moitié didactiques moitié polémiques , prend pour base de sa philosophie la révélation intérieure des choses divines. L'objectif ^ suivant ce philosophe, parait d'abord comme objet de la philosophie^ ensuite comme disposition naturelle de l'homme à la philosophie. Cette disposition naturelle se développe de manière a amener la révélation des choses divines, qui elle-même précède toute activité subjective. Par suite de cette révélation Fâme saisit et reconnaît les choses divines; seulement cette reconnaissance n'est pas un acte logique, mais une réalisation de ces mêmes choses divines ajant lieu dans les profondeurs de notre âme, et prenant son point de départ dans la volonté. Après que les choses divines sont conçues y il s'agit de les comprendre et de les rendre intelligibles. Ici intervient l'entendement appuyé sur la philosophie. La métaphysique n'est que la philosophie considérée scientifiquement; la logique^ l'anthropologie et même la critique de la faculté de connaître ne constituent qu'une propédeûtique. De
même qu'on peut eo'Kisagef l'homme sous un triple rapport , de même aussi la philosophie se divise eu trois branches : la philosophie morale , la philosophie du droit, et la philosophie de la religion (i). Frë-
(i) Jac. Salât, De l'esprit de la philosophie. Munich , 1803, ln-8. RaisoD et eotendement. Tubing., 1808, 2 part. in-8. Des causes du refroidissement des esprits en Allemagne pour la philosophie. Landshut, 1810. D'une belle espérance 'qui s'annonce en fereur do la philosophie. Ihid, La philosophie morale. Ibid., 1810; 2* ëdit., refondue, 2 vol. Landshut, 1813-14. La pliîlosophie de la religion. Ibid., 1811, in-8. Éclaircissement de quelques points importants de philosophie , avec des observations sur le nouveau débat entre Jacobi , Schelling et Fréd. Schlegel. Landshut, 1812 , in-8. Du rapport de l'histoire et de la philosophie dans la jurisprudence générale. Sulzbach, 1817. Esquisse de la philosophie de la religion. Sulzbach , 1819 , in-8. Socrate , ou De la nouvelle opposition entre le christianisme et la philosophie. Ibid,^ 1820, in-8. Principes généraux de la philosophie universelle , considérée sous le point de vue de l'amélioration du genre humain. Munich, 1820, in-8. Manuel de psychologie. Ibid, La science morale , première ou seconde branche de la philosophie, 3* édit., en partie refondue. Ibid., 1821; La philosophie de la religion , seconde ou troisième branche de la philosophie, 2* édit., entièrement refondue. Ibid, Essais sur le supernaturalisme et le mysticisme. Sulzbach; 1823, in-8. Manuel de morale. Munich, 1824, in«8. Eléments de philos, religieuse. Sulzbach, 1819. Éléments de philosophie morale, de philosophie générale, d'anthropologie psychologique. Munich , 1827. — On a publié en opposition à quelques unes de ses doctrines les ouvrages suivants : Sur l'art de payer de mots et de faire illusion ; supplément aux écrits philosophiques de H. Salât , et particulièrement à son Socrate. Amberg, 182K En réplique à cette
déric A. Àncillon (i)^ conseiller de légation intime à Berlin y et Gh. Aug. Clodius(a), professeur à Leipsicl^ se rapprochent également des idées de JacoBi , sans cependant appartenir a son école.
Antidogmatisme de Schnlze.
Ernest Schulze^ conseiller aulique et professeur à Gœttingue , né en 1 761 à Heldrungen en Thuringe, démontra avec beaucoup de sagacité l'insuffisance (§. 591 f not.) de la théorie deReinhold, concernant la faculté de représentation ; et de même que Jacobi avait déjà opposé à la philosophie systématique sa doctni}e de la foi ^ de même Schulze avait opposé à cette même philosophie sa critique de la
satire : Nouvelles réflexions snr l'art , etc. , dédiées à M. Salât. Solzbacfa, 1821»iii-8.
J. Max. de JVening, a publié , d'après les idées de ce professeur, le traité suivant : Des rapports entre la substance de la pUlosophie et sa forme. Landsbut , 1811, in-8.
(1) Ancillon, Mélanges de littérature et de philosophie. Paris, 1809,2 vol. iD-8 (en français). Delà souveraineté et des constitutions. Berlin , 1815. De la science politique , 1820. De la science et de la foi , 1824. De la réconciliation des extrêmes,
(2) Christ. Aug. Clodius , Esquisse de la théorie générale de la religion. Leips., 1818 9. in-8. De Dieu dans la nature , dans l'histoire de l'humanité et dans la conscience, 2 part Leips., 1818-19, in-8; 3* part., ou 2« division de la 2« part. 1820, in.8.
328 TROISlàHE PBUODB:
philosophie théorétique , dans le but de détruire les illusions d'un savoir imaginaire et pour favoriser, sur un plan plus étendu que celui de Kant, la connaissance de la raison en soi , en découvrant Terreur essentielle de toute philosophie. Après ses difiërentes recherches, Schulze en vint à conclure que l'origine de la connaissance humaine ne peut être un objet de connaissance; que toute philosophie destinée à faire connaître cette origine est impossible; que toutes les idées émises par les différentes écoles sur l'origine de nos connaissances ne sont que des idées vides et fantastiques; enfin qu'il faut borner notre curiosité à l'examen des éléments de nos connaissances , de leur distinction , et des lois qui déterminent le rapport de notre conviction avec les différentes espèces de nos connaissances (^Critique j p. 258, !'• part.). Voilà les points fondamentaux du scepticisme de Schulze , ou , comme il l'appelait luimême, de son antidogmaiisme ^ qui repose sur une disposition naturelle et nécessaire de l'esprit humain. Par suite d'observations ultérieures, Schulze finit par rétrécir de plus en plus le domaine de son scepticisme. Ainsi , tout en niant la possibilité de criteria certains de la vérité ou de l'accord de nos connaissances avec leurs objets , il accorda à l'esprit humain la faculté de discerner ce qui se rapporte à la disposition de notre faculté de connaître en général, et de le distinguer de ce qui n'est qu'individuel (Enc. y §• 17 )• Plus tard, convaincu de l'insuffisance du scepticisme, il se livra à la recherche de l'origine ,
PHILOSOPIUB MODEBNE. DEUXIÂME EPOQUE. PHIL. ALL. 329
de la certitude, du déreloppement et des bornes de la connaissance humaine, suivant les règles exactes de l'observation naturelle (Anthrop. psych., 3' éd.). Ses idées actuelles se rapprochent beaucoup de la doctrine de Jacobi et s'accordent avec celles des philosophes qui, reconnaissant Platon pour chef, distinguent la raison de l'entendement .et voyent dans la raison la source de la connaissance supersensible et le moyen d'arriver à la solution des problèmes véritables de la philosophie. C'est d'après les divens points de vue du sentiment, cette faculté qui distingue l'homme de l'animal, que Schulze divise la philosophie en quatre branches principales, à savoir : la philosophie théorétique ou la métaphysique pour le développement du sentiment religieux ; pour celui du sentiment moral, la philosophie pratique (comprenant l'éthique^ la politique et la morale des peuples ; car il n'admet point avec Bouterwek un droit naturel particulier, voyez §. 56 1 , not. ); la logique , dans le sens des anciens , pour le sen timent intellectuel, et enfin l'aesthétique pour le sentiment du beau. La logique moderne ( logique formelle), ainsi que la psychologie empirique, est pour lui la propédeutique de la philosophie.
GotUob Ernest Schulze : Quelques observations sar la philosophie religieusede Kant. Kiel, 1795. Sur le but le plus élevé de rétudé de la philosophie. Leips., 1789. Eléments des sciences philosophiques. 1788-90, 2 vol. in-8. ^nésidëme (voyez au S ^91). Critique de la philosophie théorétique. Hamb. , 1801 , 2 vqK in-8. Les motife principaux du scepticisme relativement
330 TROISlilIB PÉRIODE.
à la coniudssaDce humaine, dans le Muséum de Boaferwek, lom. m, 2* cahier. Principes de la logique générale. HeloaaHldt, 1802 ] 4* édit. corr., 1822. Guide pour trouver les priocipes du droit civil et du droit pénal. Gœtt., 1813.
Toyez, contre le scepticisme de Schulie, l'article intitulé : Rapport du scepticisme & la philosophie, etc., dans le Journal critique de Schelling et de Hegel , 1. 1 , 2* cahier.
Schulzea donné en outre : Encyclopédie des sciences philosophiques , & Tusage de ses cours. G<bU., 1814 ; 3* édit., 1824, in-8 ; on y trouve une exposition complète de la doctrine actuelle de Fauteur. Anthropologie psychique. Gœtt., 1816, in-8 -, 2* édit., 1819^ 3* édit., 1826. Morale philosophique. Gœtting., 1817, in-8.
Herbart.
Indépendamment de Bouterwek et Schulze , Jean Frédéric Herbart, né à Oldenbourg^ professeur à Kœnigsbergy encouragé surtout par Fichte^ a énoncé des opinions particulières opposées à la plupart des systèmes actuels et qu'il a consignées succinctement et sous une forme polémique dans divers traités. 11 veut que la philosophie abandonne la direction psychologique qu'on a eu tort de louer de nos jours. Selon lui^ mesurer les limites de la faculté de connaître^ puis faire la critique de la métaphysique 9 c'est avoir l'étrange illusion de croire que la faculté de connaître est plus facile à comprendre que la matière elle-même dont s'occupe la métaphysique; cette illusion est d'autant plus grande^ que toutes les idées au mayen
desquelles nous nous représentons la facullië de connaître. Tiennent d'une source métaphysique. Les prémisses psychologiques sur lesquelles se fonde la critique sont la plupart subreptrices. La philosophie est une élaboration d'idées , provoquée par la réunion d'observations relatives à ces mêmes idées. Sa méthode est la méthode des relaiioTiSj c'est-à-dire une méthode qui consiste à rechercher les idées nécessaires pour compléter un Ordre d^ pensées; elle part de la supposition de contradictions dans un objet doiiné, contradictions qui poussent à un degré plus élevé dans la pensée. L'élaboration des idées consiste tantôt dans leur éclaircissement et leur explication; de là la logique débarrassée de tout mélange psychologique; d'autres fois , elle consiste à retrancher^ à corriger, à compléter; de là la métaphysique, où l'auteur revient quelquefois à la doctrine des Éléates. La psychologie, la philosophie naturelle et la philosophie religieuse sont pour lui despartiesde la métaphysique appliquée. La science des idées unies à un jugement d'approbation ou d'improbation est l'aesthétique , laquelle , appliquée à tel objet donné, se distribue en une série de doctrines, parmi lesquelles celle qui porte le caractère de nécessité a reçu le nom de doctrine des devoirs et de la vertu (philosophie pratique). Dans ces différentes parties , l'auteur expose des vues qui lui sont propres et qui attestent une grande sagacité^ mais qui deviennent souvent obscures à cause de leur brièveté; et exigent de la méditation; comme^
332 TROlSlàME PÉRIODE.
par exemple^ sa théorie sur la destruction et la oon— servatioa de l'être dans sa psychologie spéculative fondée sur les mathématiques ^ sa théorie sur les représentations considérées comme des forces. Il faut remarquer sa critique des principes aujourd'hui dominants de la psychologie I la critique de la doctrine de la liberté de Rant, et sa propre doctrine dé* termina tiye (au sens de Leibnitz) sur le même sujet.
Herbart : Pédagogique générale , etc. Gœtt., 1806 ^ et autres ouvrages de pédagogie , teb que : L'idée de Tabécédaire de Pestalozzi » déyeloppé relatiyemeDt & l'étude des théories scientifiques. Gœtting., 1802;2*édit., 1804. Sur la méthode de Pestalozzi y etc. Brème, 1804. Traité de philosophie générale pratique. Gœtt., 1808, in-8. Questions principales de la métaphysique. Gœtting., 1808, in-8. Articles sur la psychologie spéculative , dans les Archives philosophiques de Rœnigsberg. Kœnigsb. , 1811-»1812. Observations sur les causes qui s'opposent & un rapprochement entre les philosophes sur les premiers principes de la phflosophie pratique^ dissertation contenue dans les œuvres philosophiques posthumesdeChrist. Jacq. Krause, Kœnigsb., 1812 , in-8. Theoriœ de attractione elementorum principia metaphysica, sect i-u. Regiom., 1812, ia-8. Manuel pour servir d'introduction à la philosophie. Kœnigsb., 1813; 2* édit. consid. augm. Ibid., 1821. Manuel de psychologie, Kœnigsberg etLeips., 1816. Du Mal. Kœnigsb., 1819, in-8. De atlentionis mensura causisque primariis; psychologiœ principia staiica et mechauica exemple illustraturus, etc. Regiom. , 1822, in-4. De la possibilité et de la nécessité d'appliquer les mathématiques à la psychologie. Kœnigsb., in-8. La psychdogie traitée scientifiquement, et fondée sur l'expérience, la métaphysique et les mathématique. Heidelb.,
PHILOSOPUIBMODERIŒ. DEUXIÈBIE ÉPOQUB» PHIL. ALL. 333
2 part., 1824, iii-8. Métaphysique générale, 1" partie. Kœ- Digsf)erg, 1828.
Comparaison du système dç Fichte et de celui du prot. Herbart, par Herra. Guiil. de Keiserlingk. Kœnigsberg» 1817, in-8,
A l'école d'Herbart appartient Ernest Stiedenroth ,Thèont de la science, considérée particulièrement par rapport au scepticisme, etc. Gœtt., 1819, inr8. Psychologie, 2 part. Kœnigsb., 1824-1825.
Scbleierixiacher.
Frédéric ScMeiermacher, professeur de théologie et prédicateur à Berlin^ auparavant à Halle ^ né a Breslau en 1768^ a surtout contribué par sa parole et par ses écrits à une culture plus libérale de la philosophie en général ;, et en particulier de la philosophie morale et religieuse. Suivant lui, la religion s'occupe du même objet que la métaphysique et la morale ; et elles sont différentes seulement quant à leur forme : cet objet commun est l'univers et la relation de l'homme avec ce même univers. L'essence de la philosophie ne consiste ni dans la pensée ni dans l'action ; elle consisite dans l'union du sentiment, avec la contemplation. De là une contemplation vivante qui n'a pas lieu sans nous faire sentir en nous la divinité comme étant l'unité étemelle de l'univers , qui jseul à son tour amène Dieu dans la conscience de l'homn^e. La religion consiste à se représenter tous les événements de ce monde comme
334 nonriba péeiode.
des actes de Dieu ; aimer l'être cpii préside à Faiiî- Ters (çffehgeist), en contempler l'action avec joie, tel est le but de la religion. Mais , pour contempler le monde et pour s*éleyer à la religion , il faut que l'homme connaisse auparavant rhumanitë; et il n'arrivera a la connaître que dans l'amour et par l'amour. S'unir dans le fini avec l'infini, être étemel un moment, c'est là l'immortalité, que donne la religion. Mais la religion apparaît toujours nécessairement sous une forme déterminée; aussi Sclileiermâcher rejette-til la religion dite naturelle. Dans ses ouvrages plus récents, il enseigne .que la piété considérée en elle-même n'est ni un savoir acquis ni une pratique; la piété est une direction, nne détermination particulière du sentiment, enfin le degré le plus sublime du sentiment. Par sentiment, il entend la conscience inunédiate en tant qu'elle tombe dans le temps et apparaît sous les formes opposées 9 plus ou moins prononcées, de l'agréaUe et du désagréable. Le sentiment nous donne, en outre, la conscience de notre dépendance de Dieu, ce qui se retrouve dans toutes les religions. Schleiermacher a exercé une plus grande influence sur les progrès de la philosophie par sa Critique de la morale, où brille une dialectique vraiment platonicienne. 11 y signale, avec le plus grand talent, les vices des différentes doctrines de la morale depuis Platon jusqu'à Kant et Fichte; il indique ensuite indirectement les conditions de l'éthique , comme science, tant sous le rapport de son principe suprême
PHUiOSOPHIB MODBHliB. DBUXlàMBÉPOQUB. PHIL. ALL. 335
que sous ^elui d'un déreloppement par&it du sys* tème entier ; de telle sorte que , sans l'observation des régies qu'il pose , il serait impossible de traiter l'éthique d'une manière complète et approfondie. Schieiermacher insiste surtout sur ce qu'il faut considérer coQime également essentielles à la morale les idées du devoir, de la vertu et des biens ou des uns de cette vie. Enfin Schieiermacher a bien mé^ ritéi par divers écrits spéciaux, de l'histoire de la philosophie.
Frëd. Schieiermacher : De la religion , discours adressés à ses contempteurs éclairés. D-abord anonyme. Berlin, 1799^ B^édil. augm., 1821, ln-8. Monologues, présent de nouvelle année, 3* édit. Berlin, 1822, in-8, La foi chrétienne ex* posée dans son ensemble d'après les principes de Téglise évangélique, 2 vol. Berlin, 1821, in-8. Principes d'une critique des divers systèmes de morale publiés jusqu'à ce jour. Berlin, 1803, \nS. Mémoire sur la notion scientifique dé la vertu y dans le recueil de T Académie royale de Berlin , 1820, in-4. Nous avons indiqué ailleurs. sa traduction de Platon , et les importantes introductions qui accompagnent chaque dialogue.
Des systèmes qui tendent du développement du critin
tisme,
Krug.
D'autres philosophes s'attachèrent à rectifier et à développer quelques uns dt» pœnts de vue précédemment indiqués. Ainsi ^ GuilL Traug. Krug^ né
en 1770 a WIttemberg, professeur a Leipsick, auparravant à Kœnigsberg, et Jacques Frédéric Pries , conseiller auliqtie et professeur à Jéna , auparavant k Heidelbergy né à Barby eni773, ont particulièrement contribué au développement du criticisme; FuB' en représentant la philosophie sous la forme systématique du sjrnthétisme transcendental; Tautre en essayant de suppléer à la critique de Kant par une nouifeîle critique de la raison pure. Suivant Krugy la méditation philosophique est la pensée qui rentre au dedans d'elle-même pour se reconnaître et pour se comprendre ^ et arriver ainsi à se mettre en paix avec elle-même. Voilà pourquoi f en philosophie , le sujet qui connait est identique avec l'objet à connaître. La pkilmso^ phie fondamentale qui précède tout système de philosophie a pour objet la recherche de la connaissance philosophique. Voici ses points pripcipaux. : I*. relativement.au point de départ ou an principe plumier de la connaissance : le moi est le principe réel en tant qu'il se prend lui-même comme objet de sa connaissance. C'est de lui, comme principe actif , que viennent les principes , essentiellement différeuls du principe réel, à savoir, les principes matériels et formels de la connaissance philosophique. Les principes matériels sont les faits de conscience , compris tous dans la proposition : je suii agissant. Les principes formels . (déterminant la forme delà connaissance) sont les lois de mon activité; elles sont aussi multiples que
PHILOSOPHIE MODERNE. DEUXIÈME ÉPOQUE. PHIL. ALL. iS^
Tactivitë elle-même; la première de ces lois est t cherche l'harmonie dans ton actwité. 2**. Jusqu'où ces recherches doiveut-elles aller (limite absolue de la philosophie)? La conscience est une synthèse de l'élre et du savoir dans le moi. Toute conscience est dans ce cas, ce qui suppose que Tétre et le savoir sont unis en nous a priori. Cette synthèse transcendentale est donc un fait originel et insaisissable qui forme la limite absolue de la pensée philosophique. Gomme l'être et le savoir, unis ensemble dans la conscience, ne peuvent point se déduire l'un de l'autre , leur union est tout-à^fait primitive. Le système d'une pareille philosophie s'appelle synthétisme iranscendéniaL 3^. Quelles sont les formes diverses de l'activité? L'activité primitive du moi est ou immanente (spéculative) ou transitoire (pratique).' La sensibilité, l'intelligence, la raison en sont les dtffôrentes puissances. La philosophie, considérée comme la science de la législation primitive de l'esprit humain dans toute son activité, se divise dong en partie spéculative et en partie pratique. La première se subdivise en doctrine formelle (logique) et en doctrine matérielle (métaphysique et œsthétique, en tant que l'une considère la matière de la pensée en soi , et que l'autre la considère en relation avec le sentiment). La deraière se subdivise également en doctrine formelle (science du droit) et en doctrine matérielle (morale et religion). Chacune délies considère la législation de l'esprit humain sous un l'apport différent. Voilà les points que Krug s'est
eiforcé d'exposer daii« plusieurs de ses écrits avec une clarté peu commuiie.
Plusieurs de ses ouvrages ont déjà été indiqués. . Nom citerons en outre les suivants : Projet d'un nouyel organum de la philosophie. Meissen, 1801, in-8. Sur la méthode en philosophie et sur les systèmes philosophiques. Ibid., 1802, in-8. Philosophie fondamentale. Zullichau et Freistadt, 1803 -, 2" édit. corrigée, 1819 ; 3*^ édil., 1828-, c'est son ouyrage principal. Système de philosophie théorétique ( I ^ partie, Théorie de la pensée. ^^ p., Théorie de la connaissance ou métaphysique. 3" p.^ Théorie du goût, ou ^Esthétique). Koe^ nigsberg, 1806-1810-, 2« édit. cor., 1819-23 ^3* édit., 1825. Système de philosophie pratique; T' p, Théorie du droit. 2» p.. Théorie de la vertu. 3' p., Théorie de la religion. Ibid,, 1817-19, (publié aussi par parties séparées). Apborismes de la philosophie du droit. 1 vol. Leips., 1800. Ouvrage coutinué sous ce titre : Dissertations sur le droit naturel. Leips., 1811. Manuel de philosophie. 3 vol. Leips., 1820-21, in-8-, 2« édition corr. Ibid., 1822, ih-8 -, 3* éidit., 1828, Principes pour une nouvelle théorie du sentiment et de la sensibilité , essai anthropologique. 1823, in-8. Dicœopolilique, ou nouvelle restauration des sciences politiques au moyen de la loi de droit. Leips., 1824, in-8. Pisteologie, etc., 1825. Le droit de réglise, etc., 1826. Dictionnaire général des sciences philosophiques avec leur littérature et leur histoire, 4 vol. in-8. Leips., 1827. A une époque antérieure appartiennent les ouvrages suivants du même auteur : Lettres sur la perreclibililé de la religion révélée (anonyme). Jéna, 1795-96. Leçons sur rinduence de la philosophie sur la moralité, la religion et le bien-être de Thumanité^ avec une dissertation sur Tidée et les parties de la philosophie. Ibid., 1796, in-8. Leçons sur le caractère propre de la philosophie pratique. Ibid Petits écrits philosophiques. Ibid. De la conviction , do ses di-
yerses espéees et de ses divers degrés. Ibid.j 1797 (ano^ nyme). Fragments et souvenirs de ma vie philosophique , ^recueils. Berlin 9 1800-1801, iii-8. Beaucoup d'autres publications.
Fries.
Pries f comme Kant, insiste sur l'étude de la faculté de conoaitre ; il prétend arriver à une réforme de la philosophie par une anthropologie philosophique. Il trouve dans Kant deux fautes fondamentales : i^. la vicieuse dispositioti logique de sa doctrine, disposition d'après laquelle il fait reposer la valeur des catégories sur des preuves transcendentales et celle des idées sur des preuves morales^ aU lieu de s'élever, sans preuve aucune, à la connaissance immédiate de la raison. En cela Fries se rapproche de Jacobi. 2"*. La confusion des observations psychologiques avec la philosophie proprement dite et celle des secours que fournit la psychologie à la métaphysique avec la métaphysique elle-même. La plus belle partie de la théorie de Kant est à ses yeux sa philosophie pratique. Fries prétend, par des recherches dirigées dans l'esprit même de Kant, avoir remédié aur erreurs de ce philosophe, et avoir assis sur une base scientifique la doctrine de la foi y centre de toute conviction philosophique. Fries, comme Kant , prend son point de départ dans les limites de la connaissance; de là il arrive à la foi pure de la raison en ce qui est éternel , laquelle foi
se vivifie par le pressentiment {ahnung). La connaissance ne porte que sur des phénomènes sensibles; Tessence vraie des choses est l'objet de la foi; le sentiment nous fait pressentir au sein même des phénomènes la valeur de la foi qui prend naissance dans la limitation même de la connaissance. Et en ce point , Fries se rapproche encore de Jacobi . Ses travaux sur l'anthropologie philosophique, qu'il considère comme la science fondamentale de toute philosophie-, sont d'un assez grand intérêt. \\s contiennent des théories particulières sur k vie spirituelle, et particulièrement sur les trois facultés fondamentales de l'esprit : la connaissance , le sentiment et la faculté d'agir qui est supposée précéder les deux autres. Ensuite, ses théories sur les trois degrés du développement : le ^/w, TA^bitude y V intelligence , sur les degrés de la pensée, l'intuition mathématique, l'attention, la différence de l'entendement et de la raison, etc. Sa logique anthropologique contient également d'excellentes vues sur le raisonnement , la méthode , le système. Il regarde la philosophie pratique comme la théorie de la valeur et de la fin de la vie humaine et du monde ou la théorie de la sagesse humaine. C'est en elle que se trouve le but dernier de toute recherche philosophique ; elle se divise en théorie morale et théorie religieuse (théorie du but final du monde). La première peut encore se subdiviser en éthique générale ou théorie de la valeur et de la fin des actions humaines , en théorie de la
* PHILOSOPHIB MODERNE. DEUXIÈME ÉPOQUE. PHIL. /LLL. 341
vertu et en théorie de F état. L'exposition et le style de Pries manquent souvent de la précision et de la clarté désirables.
Frédéric Calker, professeur à Bonn , a rédigé les idées de Fries sous une forme plus systématique , et avec une terminologie qui lui est propre. Suivant lui y la philosophie est la science de la connais^ sance du monde intérieur; la psychologie, la logique et la métaphysique (théorie des lois primitives du vrai y du bien et du beau) en sont les parties.
De PFette , professeur à Bâle^ a essayé d' appliquer les idées de Fries à la théologie.
Fries (Jacques). Outre divers ouvrages déjà indiqués, divers articles dans les Études , recueil périodique publié par Daub et Greuzer, et plusieurs écrits relatifs aux mathématiques , aux sciences naturelles et à la politique : Système de la philosophie considérée comme une science évidente. Leips., 1804, in-8. Théorie philosophique du droit » et critique de toute législation positive. Jéna, 1804, in-8. Science, foi et pressentiment. Jéna, 1805. Nouvelle critique de la raison. Heidelberg, 1807, 3 vol. in-8; 2«édit., 1828. Système de logique. Ibid., 1811; 2* édit., 1819, in-8. Vues générales de droit politique, 1816. Défense de ma théorie de Tintuition sensible contre les attaques du docteur Ernest Reinhold. Jéna, 1819, in-18, relativement à un article sur son système de logique dans le Journ. litt. de Jéna, n. 104, 181d. Reinhold répliqua par récrit suivant : Rectification de quelques méprises échappées à M. Fries dans sa défense, etc. contre mes attaques. Leips, 1820, in-8. Manuel de morale universelle. Ibid, 1818, in-8. Manuel d'anthropologie psychologique, etc. 2 vol. Jéna , 1820-21 , in-8. La philosophie de la nature traitée
mathématiquement d'après la méthode philosophique. Essai, etc. Heidelberg, 1822, iD-8. Jules et Evagoras, ou k beauté de Tâme, roman philosophique, 2 vol. Ibid., 1822. Théories de Tamour, de la foi et de Tespérance, ou Principes de la théorie de la vertu et de la théorie de la foi. Ibid^j 1823, in-8. Œuvres polémiques de Fries. t. i, contenant avec des additions Touvrage sur Reinhold , Fichte et Scheiling indiqué au §. 391. Halle, 1824, in-8. Système de méUphysique, Manuel à Tusago des écoles. Heidelberg, 1824, in-8.
Fréd. Calker: Sur la signification de la philosophie. Berlin, 1818, in-1. Théorie des lois primitives du vrai, du bon et du beau, 1820, in-8.Propédeutiquede la philosophie, 1"^ cahier, contenant la méthodologie de la philosophie. Bonn, 1820. 2* cahier : Système de philosophie en forme de tableaux. Ibid , 1820. Logique et dialectique avec une esquisse de Thistoire de cette science. Bonn, 1822, in-8.
Systèmes sortis de la doctrine de Fidentité.
Eschenmayer. Wagner. Kraose.
C. A. Eschenmajrer, professeur à Tubingue, penseur plein d'imagination et de sentiment plutôt que de sagacité y en s'éloignant de Schelltng, posa la limite de la spéculation là où commence la foi , dont l'objet est la divinité. Le dernier pas de la philosophie (la puissance de ce qui est éternel) est, suivant lui, le premier pas vers la négation de la philosophie (la foi y la puissance du souverain bien ). Il reproche à Schelling de ne point avoir reconnu le domaine qui existe au-delà de la spéculation et de l'absolu. Ce qui
PHILOSOPHIB MOOERKIE. DEUXIÈME ÉPOQUE. PHiL. ALL. 343
est: intelligible et explicable appartient à la connaissance; ce qui est inintelligible et inexplicable est Ta/Iàire de la religion. C'est ainsi que Eschenmajef a fonde une espèce de mysticisme religieux tout différent de la doctrine de Schelling. Dans sa psychologie cependant y où il fait application des formes mathématiques 9 on reconnaît aisément Tinfluence de la philosophie de la nature. Mais, contrairement aux idées de Schelling , il la considère comme la science élémentaire de toute philosophie, et il cherche à concilier avec elle les diverses sciences philosophiques.
Jac, ff^agner^ professeur à Wûrtzbourg , enseigne , en opposition avec Schelling, qu'il est impossible d'avoir une connaissance scientifique de Tabsolu, puisque l'absolu ne peut être atteint par aucun prédicat de la connaissance ou de l'existence. L'absolu doit donc être présupposé et reconnu primitivêtnent. ^oute construction doit débuter par l'idée de la divinité; mais il ne faut point transporter la construction dans l'idée même de la divinité. Le monde est la forme vivante de l'absolu : sous la forme de l'étendue , c'est la nature ; sous la forme de la connaissance, c'est l'esprit; au-dessus de tout cela est l'âme du monde ^ la divinité. Plus tard, il avança que la philosophie devait se résoudre dans les mathématiques; qu'elle devait être une science fondée sur la religion , qu'on peut contempler dans l'histoire universelle et dans les sciences naturelles, qui tient en équilibre l'idéal et le réel^ et qui est or-
gaiiiquemeni constituée par la loi du moude contenue dans les mathématiques» Cette loi du monde est le type sous lequel Dieu se révèle physiquement et moralement. Ce type a pour fondement l'unité qui se développe sous des formes opposées; et lui-même il est le fondement de toos les phénomènes qui existent dans Tespace et dans le tenoips, et on en peut tirer la doctrine des nombres et des figures. Wagner s'attache à démontrer, dans sa philosophie mathématique , que la loi du monde y par conséquent le type pur des idées , réside dans les mathématiques , et que c'est sur ce type que la philosophie établit ses constructions. La loi du monde détermine les quatre moments de tout ce qui se développe , comme l'histoire, la vie humaine, enfin tout phénomène naturel ; ces quatre moments sont : l'unité primitive, l'unité qui reçoit une autre unité par opposition (duplicité) , et l'unité rétablie. C'est d'après cette méthode, qui rappelle les essais de Raimond LuUe et de Bruno, que Wagner a composé sa doctrine sur l'état et sur l'éduca* tion.
Charles Chr. Frédéric Krause, autrefois professeur à Jéna , maintenant maître privé à Gœttingue, a développé dans des ouvrages nombreux, mais incomplets, où se rencontrent un grand nombre d'idées ingénieuses et originales, un système particulier qui s'éloigne un peu de celui de Schelling, sous le rapport de la doctrine religieuse. Il pose comme principe fondamental que l'être primitif est
PHILOSOPHIE MOOBRNE. DEUXIÈME ÉPOQUE. PHIL. ÀLL. 345
ce qui est éternellement au-dessus de la nature et de la raison , qui sont les deux sphères secondaires de l'univers; mais en même temps Fétre primitif pénètre essentiellement ces deux sphères secondaires. Là est le type fondamental de tout développement, et notamment de la philosophie, qui ellemême se divise en philosophie universelle (ontologie), en philosophie rationnelle, en philosophie naturelle et en philosophie synthétique. Les mathématiques forment , suivant Ki*ause, une division in* férieure de la philosophie.
C. A. Eschenmayer : La philosophie à son état de traosition vers la non^philosophie. EriaDgen, 1803. Schelling répondit par son ouvrage intit. : Philosophie et religion ; voyez ci-dessus. L'ermite et Fétranger, dialogue sur la sainteté et sur Thistoire. Erlangen^ 1805. Introduction à Tintelligence de la nature etde Thistoire. Erl. , 1806, in-8. Eschenmayer à /Schelli ng , sur son article au sujet de la liberté humaine, avec la Réponse de Schelling dans le Journal général des Allemands^ etc. Tome i, 1" cahier, n^" 38. Psychologie divisée en trois parties , empirique , pure et appliquée. Stutlgardt et Tubingue, 1817, in-8 \ 2* édit., 1822, ibid. Philosophie de la religion, l'"* partie. Rationalisme. Tub., 1818 \ 2'' partie. Mysticisme, ibid., 1822; 3* partie. Supernaturalisme, 1824. Système de philosophie morale. Stultg. el Tub., 1818. Droit normal (Droit naturel}. Ibid., 1819, in-8.
Jac. Wagner : Système de la philosophie idéale , etc. ; voyez §. 404. Programme sur la nature de la philosophie. Bamberg, 1804, in-8. Journal pour la science et pour Fart, 1" cahier. Leips., 1805. Delà philosophie et de la médecine. Wurtzbourg, 1805. Théodicée. Bamb., 1810, in-8. Esquisse de la science politique. Leips. , 1 805, in-8 . Philosophie mathé-
matique. Erlangen, 1811. (Voir pour une exposition plus élëmeotaire : Buchwald, Principes de la. théorie des grandeurs relativement à l'espace et au temps. Erl., 1818, in-8.) L'état. Wurtzbourg, 1815, in-8. La religion, la science, Tart et l'état, considérés dans leurs relations réciproques. Erl. 1819, in-8. Les sciences éclaircies, article publié dans r/»'5 de Oken, cah. xi, 1820. Système d'instruction, ou Méthodologie des études dans les écoles. Aarao, 1821, in-8. La doctrine- de cet ouvrage se trouve déjà indiquée dans un écrit du même auteur int. : Idées pour une mythologie universelle du monde ancien, Francfort , 1808, dont on peut voir la critique dans llsis de Oken, cahier ix, 1819, cahier i, 1820, et particulièrement cahier iv, 1821.
Ch. Christ. Fréd. Krause : Dissertatio de philosophiœ et matheseos notione et earum intima oonjunctione. Jena, 1802. Esquisse de la logique historique. ïbid., 1803. Esquisse du droit naturel, etc., l''*' partie. Ibid., 1803. Esquisse d'un système philos, des mathématiques. Ibîd., 1804. Introduction au Manuel d'arithmétique, publié en 1812 à Dresde avec Fischer. Introduction à la philosophie de la nature (le même ouvrage intitulé : Plan du système de la philosophie, 1*^* partie). Ibid^, 1804. Les deux ouvrages suivants peuvent le mieux faire connaître le système de Krause : Système de la morale , tom. I, contenant: Bases scientifiques delà morale. Leips.,
1810 (non achevé). Tableau primitif de l'humanité. Dresde,
1811 ; 2« édit., 1819, in-8. Journal de la vie de l'humanité. Ibid., 1811, in-4. Oratio de scientia humana. Berlin, 1814, in-8. Esquisse du système de la philos., r* partie. Gœtting., 1825. Esquisse du système de la logique, 2* édiL, 1828, Ibid. Esquisse du système de la philosophie du droit, 1828. Ibid. Leçons sur le système de la philosophie. Ibid.
Hegel.
Georges Guillaume Frédéric Hegel y né à StutU gardt en 1770, professeur à Jéiia^ Nuremberg, Heidelberg et en dernier lieu à Berlin (voyez §. 4o4)* rejeta Tintuition intellectuelle de la philosophie de la nature^ et s'attacha à faire de la philosophie une connaissance intelligible au moyen de la dialectique* Il appelle la philosophie la science de la raison , en tant que celle-ci est l'idée et la conscience de toute existence dans son développement nécessaire. Son principe est de contenir en elle tous les principes particuliers. Or, si l'idée est la raison identique à elle-même^ et que, pour se connaître^ c'est-à-dire pour être pour elle-même {fur sich seyn ), elle se place vis-h-vis d'elle-même de manière à paraître autre chose j sans cependant cesser d'être une seule et même chose, la philosophie se divise 1*. en /o* gique.y considérée comme la science de l'idée en soi ; 2^ . en philosophie de la nature , considérée comme la science de l'idée , en tant que celle-ci se représente au dehors (la raison se retrouvant dans la nature); 3"*. en philosophie de V esprit, en tant que l'idée, en se représentant au dehors, rentre en elle-même. Toute logique présente trois moments : le moment abstrait ou intelligible, qui saisit l'objet dans ce qu'il a de déterminé , et le distingue avec précision du reste ; le moment dialectique^ qui consiste dans l'annihilation des déterminations des objets ^t leur transi-
tîon aux dëtermmations opposées; enfin , le moment spéculatif, qai conçoit Funité des déterminations dans leur opposition. Telle est la méthode que doit suivre la philosophie , et que Hegel appelle souvent le mouvement immanent , le développement spontané de F idée. La logique appartient essentiellement k la philosophie spéculative, puisqueUe considère les déterminations de la pensée en soi , par conséquent les pensées concrètes pures, c^est-àdire les idées qui emportent en elles-mêmes le fondement de tout ce qui est. L'élément de la logique réside dans l'unité du subjectif et de l'objectif; cette unité est le savoir absolu auquel l'esprit s'élève comme à sa vérité absolue , laquelle consiste en ce que l'idée pure est seule la vraie existence. Sous ce dernier point de vue, l'idéalisme absolu de Hegel se rapproche de la doctrine de l'identité de Schelling, tandis qu'il s'en éloigne complètement quant à la méthode. La logique prend la place de ce qu'on appelait autrefois métaphysique et critique de la raison pure. Hegel donna sa phénoménologie de l'esprit ou développement scientifique de la conscience, d'abord comme introduction à la science pure, tandis que maintenant elle fait partie de sa doctrine de l'esprit. La science pure ou la logique se divise i*. en logique de l'être; 2**. en logique de l'essence; 5*. en logique de l'idée. Les deux premières parties composent la logique objective ; la dernière partie, la logique subjective contenant la matière de la logique vulgaire. Jusqu'ici Hegel n'a traité d'une manière
PHILOSOPHIE HODERNB. DEUXIÈHB ÉPOQUE. PHIL. ALL. 349
Complète que la première partie de sa philosophie et la philosophie du droit; quant aux autres parties , il n'en a donné qu'une esquisse. L'essentiel dans l'homme est la pensée, mais la pensée n'est pas une abstraction générale, opposée au particulier; elle renferme au contraire le particulier (la généralité concrète). La pensée ne demeure pas seulement intérieure , subjective, mais elle se détermine et se rend objective par la volonté (esprit pratique). Vouloir et savoir sont deux choses inséparables, et la liberté de l'homme est la faculté de s'approprier, de rendre sien le monde objectif, et d'obéir aux lois innées du monde , parce qu'il le veut. Le droit- consiste en ce que toute existence en général est l'existence d'une volonté libre. Le droit se confond avec la morale, où le devoir se place vis-à-vis le penchant; au-dessus s'élève cette knoralité supérieure qui nous dit qu'agir suivant des buts vraiment rationnels, c'est la ce qui doit constituer la vraie nature de l'homme. Cette dernière moralité devient objective dans l'état et dans l'histoire. . Quant au rapport qui ^ existe entre la pensée et la réalité, Hegel a posé ce principe mémorable : Ce qui est ratiofmel est réel, et ce qui est réel est rationnel. Il s'agit ici de reconnaître dans l'apparence temporelle et transitoire la substance qui est immanente, et l'éternité qui est présente. Hegel applique ensuite cette idée à la science politique, en s'attachant, non pas à construire, mais à comprendre et à représenter Pétat comme un tout rationnels
350 TROISIÈMB PÉRIODE.
11 développe sa méthode avec beaucoup de sagacité ^ mais rexposition en est si sèche , si aride, qu^elle est extrêmement difficile à comprendre. — Dans ces derniers temps, ta philosophie de Hegel a été appliquée à la théologie par Daub à Heidelberg et Marheineke a Berlin , et à la science du droit par Gans à Berlin. Son école est très nombreuse et tend à embrasser tous les objets de la vie et de la science. La sensation qu'a produite cette philosophie a donné récemment lieu à des critiques de différentes espèces.
Ont écrit dans le sens de Hegel :
l^ H. F. W. Hinrlchsy professeur à Halle , La religion dans ses rapports intérieurs avec la science, etc., avec une prérace de Hegel. Heidelberg, 1822. Éléments de logique, etc. Halle, 1826.
2''. L. de Hennings, prof, à Berlin , Principes de la morale dans son développement historique. Berlin , 1825, in-8.
S''. J. Saling y La justice dans son développement spirituel et historique. Berlin, 1829.
4"*. K. L. Michelet, Système de philosophie morale. Berlin, 1828.
S"*. J. Rusty d'Erlangen, Philosophie du christianisme. Mannheim, 1825.
G"". Ch. Kapp, Encyclopédie de la philosophie , l"' partie ,
7®. K. Gabier, recteur à Beyreuth, Système de la philos, théorétique^ tom. I. Erlang., 1827.
8*». J. G. Musmann , De idçalismo s. phil. ideali. Berol., 1827. Science de TJime, ou Psychologie rationnelle et empirique, 1827. Logique, 1828.
Contre Hegel :
Sur la doctrine de Hegel, ou le savoir absolu, et le
moderne paathéisme. Leips., 1829. — C H. Weisse, Sur rétat actuel de la science philosophique, par rapport au système de Hegel, in-B. Leips., 1829. — K. E. Schubart et R. A. Carcanigo, Sur la philosophie en général et sur celle de Hegel. Berl., 1829. Lettres contre Fencyclopédie de Hegel, 1^' cah. Berl. , 1829, in-8.
George Guill. Fréd. H^gel : Système de la science, 1" partie. Phénoménologie de Tesprit. Bamberg et Wurtzbourg, 1807, in-8. Science de la logique , tom. i et ii , contenant la logique objective \ tom. m, la logique subjective, sous ce titre particulier : Science de la logique subjective, ou Théorie des notions de Tentendement. Nuremberg, 1812-1816, in-8. EncyclopédieiJes sciences philosophiques , réduites k leurs principes généraux, etc. Heidelberg,^1817, in-8 \ 2" édit., 1827. Esquisse de la philosophie du droit (ou droit naturel et politique). Berlin ,1821, in-8. Voyez en outre §. 404, not.
Essais les plus récents en philosophie.
Paimi les nouveaux essais systématiques, nous signalerons V Àrchitectonique de Ferd. Christophe Weise, jusqu'ici professeur à Heidelberg (i), les
(i) Architectonique de toutes les coonaîssances humaines, destinée à coDCÎlier tons les philosophes. Heîdelb., 1812, în-fol. ; 3* édit. complète, Heîdelb., 1815, în-fol. Exposition comparative des idées pures de la raison , et des notions de l'entendement , etc. Ihid, y 1816 , in-4. Système dogmatique de la philosophie première, tom. i. Fondements scientifiques de la théorie de la religion. Ihid, y 1820, in-8 Théorîe générale du génie. Ihid., 1821.
Essais de GuilL Kern (i), de John, bar. de Sinclair (a) , de Charles Louis Vorpahl (5) qui fait dériver l'être du naître, de plus, la doctrine de l'identité , modifiée par Adalbert Kajrssler (4), professeur à Breslau, mort en 182a, les considérations sur l'homme , qui se rapprochent en partie des idées de Jacobi et de Schelling> par David Théod. Aug. Suabedissen (5), professeur à Marbourg, les obser-
(i) W. Kern, Katharonoologîe , ou Gomment une science pure mathématique est-elle possible? Goettingue, 1812, m>8.
. (2) Sinclair y Vérité et certitude. Franef., 1811. Essai d'une physique fondée sur la métaphysique. Ibid,, 1813, in -8.
(3) Gh. L. F'orpM, 1*', 2' et 3* Essais pour compléter /a philosophie. Berlin, 1811. Philosophie, ou Esquisse d'une construction dynamique de cette science. Berlin, 181 8, in<-8.
(4) Adalbert Kayssler, Principes de la philosophie théorétique et pratique, à l'usage des cours publics, fireslau et Halle, 1812 , in-8. Introduction à l'élude de la philosophie , div. en six leçons. Breslau, 1812. A une époque antérieure. De la nature et de la destinée de l'esprit humain. Berl., 1804, etc. Voyez §. 38, not.
(5) David Théod. Aug. Suabedissen, Considérations sur l'homme, tom. i et 11. Gonsidérat. sur la vie spirituelle de l'homme. Kassel , ISIS, 3 vol. Gonsid. sur la vie corporelle de l'homme. Leips., 1818, in-8. Antérieurement, deux ouvrages couronnés : Résultat des recherches philosophiques sur la nature de la connaissance humaine , depuis Platon jusqu'à Kant. Marbourg, 1805. Et : De la perception interne. Berl., 1808, in-8. — La philosophie et l'histoire. Leips., 1821, Introduction SI la philosophie. Marboui^^ , 1827. En outre , plusieurs ouvrages sur la pédagogie.
i valions populaires de C. F. G. Gravell (i) et
! F. Linkmaier\i) f le système de Calker (§. 4i4)>
les vues idéalistes originales d'Arthur Sckopen-'
hauer(5) , les esquisses intéressantes de Berger (4),
(i) Ç. F. Guill. Grœi^ell , L'homme ; recherche à Fusage des lecteurs instruits. Berlin, 1815; 3* édit., 1819, in-8. Le citojen, ou Nouvelle recherche sur l'homme. lèid.^ 1822. Du mérite du mysticisme 4 supplément aux lettres d'Ewald, etc. Leips., 1822 , in»8. Le prince ou le gouvernement, etc. , 2 parlies. Sluttgordt, 1823.
(2) Fréd. Linkmeder, Système dogmatique de la vérité univer- ( selle, d'après la saine raison ; 1'* partie, Ontologie et cosmolo^gie, 2* édit., Bielefeld, 1821; 2* partie, Anthropologie, i 1823.
' (3) Arthur Schopenhauer, Le monde considéré comme volonté
i et comme représentation ; quatre livres avec un supplément
contenant la critique d« la philosophie de Kant. I^eîps. ,
1819,. in^8. L'auteur fait consister Tutilité de cette philoso^
phie principalement dans la distinction du phénomène et de
la réalité en spi, et dans le caractère de moralité attribué à
l'action humaine comme entièrement indépendant des lois du
phénomène. Schopenhauer prétend faire • un pas au-delà de
celte doctrine et démontrer que le phénomène est- le monde,
. et que la volonté est la réalité en soi. Cet ouvrage avait été
..précédé de deux traités : Des quatre éléments du principe
de la raison suffisante. Rudolstadt , 1813, in-8. De la visîoii
, et des couleurs. Leips. , 1816^ in-8 ; ouvrage combattu par , I. G. Ratze, dans un écrit intitulé : Des limites de la volonté humaine réduite à ses propres foitf^, etc. Lcips., 1820, in-8. .
(4) J. Erich de Berger, Esquisse générale de la science ; 1"^^ par* tie, Analyse de la faculté de connaître. Altona^ 1817, in-8| II. 25
professeur à Kiel , qui se rapprochent en quelques points des idées de Hegel , les principes d'une philosophie de la nature de Tieftrimck (§. 58g, not.), la nouvelle manière d'établir la connaissance d'après la psychologie expérimentale, par Fréd. Edouard Beneke (i), maître privé à Berlin , enfin la philosophie contemplative de Herm. Guill. Ern. de jKey^erZzhg^^ (2), maître privé à Berlin. D'autres ont
2* partie , Connaissance philosophique de la nature ; 3* partie , Anthropologie, 1824, in-8. Antérieurement : Ëxpositioii philosophique de l'univers , t. i ; Coup d'oeil général. Aitona, 1808, in^8.
(i) Fréd. Éd. Beneke, Psychologie expérimeolale , élémenb de cette scrence considérée comme base de toute science. Berlin, 1820, in-8. Théorie de la connaissance d'après la codscience de la raison pure. Jéna, 1820, in-8. De veris philo* sophix initiis , .1820 , in-8. Fondements d'une physiqjae des mœurs , pour servir de pendant à l'ouvrage de Kant, intitulé : Fondements de la métaphysique des mœurs , avec ub appendix sur la nature de la raison et les limites de sa connaissance. Berlin et Posen, 1822. Nouveaux fondements de la métaphysique ^ programme. Ibid. Défense des fondements de la physique des mœurs. Leips., 1823, in-8. Dissertation sur les bases de la morale , dans le Journal de morale de Miiller et Bôhci. Allés* bourg , 1822. De plus, quelques articles de psychologie dans le Journal de liasse.
(2) Hermann Guill. Keyserlingk , VTo]t\. d'une théorie complète de la philosophie de l'intuition. Heidelb., 1822^ ia-8. Antérieurement : La métaphysique, esquisse. Ibid., 1818, $. 410, not. Point de vue pour rétablissement scientifique de la connaissance humaine ou anthropologie. Berlin, 1827.
PHILOSOPfilB MODERNE. DEUXIÈME ÉPOQUE. PHIL. ALL. 355
contribaë, par difiërentes publications, aux progrès deqaelquesparties.de la science philosophique,' comme Gottlob Guill. Gerlach (i) , professeur à Halle, H. C. W. Sigwàrt (2) , professeur à Tubingen , Joseph Hillebrand (3), professeur à Giessen , aaparavant à Heidelberg. — Les discussions théo-* logiques qui ont eu lieu dans ces derniers temps^ sur le rapport de la raison avec la révélation et de la liberté de rhomme avec la grâce divine , n'ont pas non plus été sans intérêt pour la philosophie , et qaelques uns ont ci*u résoudre ces problèmes par le
(1) GoUlob Guill. Gerlach, Éléments de la philosophie fon** damentale. Halle, 1816. Éléments de la logique. Ibid,, 1817 ; 2* édit., revue, 1823. Éléments de la métaphysique. Tbid,, 1817. Éléments de la théorie de la religion. Ibid,, 1818, in-8. Éléments de la morale philosophique. Ibid,, 1820, in-8. De la philosophie du droit, 1824. Manuel des sciences philosophiques, 1826, 2 part.. Halle.
(2) H. G. W. Sigvoart, Manuel de la philosophie théorétîque. Tubing., 1920, et Réponse à la erîtique de cet ouvrage con* tenue dans le Journ. litt. de Jéna. Tubingne, 1821. Leçons sur la logique, Tubingue , 1818.
(3) Jos. Hillebrand, Propédeutique de la philosophie; l** partie, Encyclopédie de cette science ; 2* partie, voyez §. 37. Heidelberg,' 1819. Esquisse de la logique, et théorie des connais- MBces préliminaires de la philosophie. Ibid,, 1820, {n-8. L'Anthropologie comme science, 3 parties. Mayence, 1822-23, iD-8. Manuel de philosophie théorétique ou Propédeutique philosophiq^oie. Mayence, 1826. Manuel d'esthétique, 2 parties, 1827, in-8.
356 TROISlàBtB PÉElODfi.
mysticisme (i). Dans ces derniers temps surtout^ if s'est manifesté parmi les philosophes allemands une direction psychologique et anthropologique de h philosophie (2), en opposition avec la spéculation pure» Plusieurs ont combiné cette direction psychologique avec des travaux sur l'histoire de la philosa* phie, comme Brandis, Ritter, Reinhold le jeune, etc«; tandis que la diversité et le combat des opinions spéculatives devait conduire l'esprit à un exameo approfondi des divers points de vue conçus à ces différentes époques du développement de la science.
n. Philosophie étrangère, S/418.
Angleterre.
Pendant toute cette époque, les autres nations n'ont laissé que de faibles traces d'un travail véri-
(i) Au sujet de quelques débats assez récents sur les rapports de la raison et de la révélation 9 de la liberté et de la grâce, noos indiquerons les ouvrages suivants parmi un grand nombre d'antres : L. Aug. Kœhler, Le supematuralisme et le rationalisme dans leur origine , etc . Leips. ,1818. Les dissertations de SchUur^ mâcher et de de Tirette sur la doctrine de la prédestination ou de l'élection, dans le Journal tbéologique, pi^lîé par eux, l** et 2* cabiers. Berlin, 1819-20. Gust. Tbéod. Bockshammer, Liberté delà volonté humaine. Stuttgardt , 1821, in-8. Révélatioa et théologie, 1822.
(a) J. G. A. Heînroth, Manuel de l'anthropologie, sick, 1822.
PHILOSOPHIE HODEftNE. DEUXIÈME ÉPOQUE. PH. ANGL. 357
tablement original en philosophie. En Angleterre^ ton en est encore au système de Locke; seule- ! ment , quelques philosophes s'opposent au matéria- !: lisme et laissent une porte ouverte au rationalisme. i Parmi ces derniers^ nous citerons feu le pror fesseur Th. Brown (i) , à Edimbourg , et Dugald Siewart (a), né à Edimbourg en 1753, mort en 1828, un des derniers élèves de Técole écossaise , qui fut conduit^ en partant d'un point de vue empirique, à une étude plus approfondie de la faculté de connaître. 11 fit reposer sa philosophie de l'esprit humain sur les faits de la conscience. Les Anglais négligèrent entièrement la philosophie spéculative. La philosophie pratique^ au contraire , fondée sur le système du sentiment moral ^ s'est conservée jusqu'à nos jours (§• 373); elle a toujours été étudiée de concert avec la politique. En général , les philosophes anglais se sont de plus en plus bornés à la politique (3) et aux sciences naturelles; il fautjnéme
(i) Tbomas Brown, Lectures on the philosophj of human mind ( ouvrage contenant un système de philosophie spéculative et pratique).
(2) Dugald Stewart , Eléments of the philosophj of the human mind , 2 vol. Lond., 1792, ln-4; 2« édit., Edînb.» 1816, in-S ; t. iii^ 1827. On a de loi une Histoire abrégée des sciences métaphysiques morales et politiques, composée pour le 1*' vol. des suppléments à l'Encyclopédie britannique. Voyez ci^essus S. 373, not. — Philosophical essays. Edinb., 1816; 2* édit.,
(3) John Craig, Eléments of political science^ 3 vol. Edinb.,
attacher chez eux un sens particulier au nom de pliilosophie. Par oi^eil national, on ne s'est guère soucié des travaux des autres, nations. Nitsch el JVilUch{^. 589, not.) ont rendu justice au mérite de Kant; mais néanmoins les Anglais ëpixNi- Tent encore de la répugnance à entrer dans des recherches pénibles et à se familiariser davantage UTec la philosophie Kantienne (i).
France,
Philip. Damiron , Essai sur l'histoire de la philosophie en France au xix« siècle. Paris , 2* édit., 1828, I11-8.
Depuis Gondillac y les Français demeurèrent sons Tempire de l'empirisme. La méthode psychologique de Condillac^ la physique atomistiqueetridéologie étaient les derniers termes de la philosophie fi*ançiiise ; un style populaire et spirituel en était la forme^ l'agréable et l'utile son objet ; enfin , une philoso* phie appliquée à la vie, accompagnée souvent de vanité et de frivolité , était le but de tout savoir.
La théosophie renouvelée par l'ingénieux mys-
1814 , in-8. Jérémie Bentham, né en 1735, Traité de légisbtion civile el pénale , précédé des principes généraux de législation, elc, trad. par Dumont, 3 vol; Paris, 1802, in-8.
(i) TVirgman, Principles of the kaniism , or transceadenUl philosophj, etc. Lond.^ 1824. •— An entire nev, complète and permanent science of philosopbj founded on Kant's critic of pure reason. Ibid,, 1824, în«8^
H tique Lonb Claude Saint^Martin y né à Amboise en i 1713^ mort en 1 8o4 f traducteur de Jac. Bôhm , et i partisan de la secte de Martinez Pasqualis , ne conve- ; naît point à l'esprit français (i). Au contraire , la cranioscopie de Gall et de Spurzheim y trouvèrent un accueil favorable •
Parmi les philosophes français de cette époque partisans de Gondillac, on remarque J. M. de Gé-^ rondo (2), P. J. G. Cabanis (5), le comte Destuti- Tracjr (4), célèbre par son idéologie, P. Laromi-
(i) Louis Claude SùinU'Martin , Pes€rrears et de la vérité. Ljon, 177 5 y in-8. Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu 9 l'homme et l'unÎTers. £dimb., 1782, 2 vol. în-S. De l'esprit des choses. 1800, 2 vol. in-8.' L'aurore naissante. Paris, 2 vol. 1800 ; Les trois principes de l'essence divine, 2 vol. 1802 ; De la triple vie de l'homme, 1809 ; Quarante questions sur rame, Paris , 1807. L'homme de désir, Ljon, 1790. Œuvres posthumes de Saint-Martin , Tours, 2 vol., 1807.
(2) De Gérando, Histoire comparée des systèmes de la philosophie. Voyez §. 37. Du perfectionnement moral ou L'éducation de soi-même , 2 vol. Paris , 2«édit., 1826.
(3) P. J. 6. Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme. Paris, 1802, in-8. (trad. en ail., 1804). Œuvres complètes avec une notice sur sa vie et ses ouvrages ,5 vol. Pari9,1824.
(4) Destutt de Trocf, Éléments d'idéologie. Paris, 1801-1804, 2 vol. in-8; 4* édit., 4 vol., 1824 (trad. ital. avec préface et notes de Gompagnoni. Milan ,1817). Principes logiques, 1817. On a de lui en outre un commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu. Paris, 1819, in-8.
guière (i), Azaîs{p)f Garai ^ J^olney. Vis-à-vis da sensualisme s'éleva l'école théologique, a laquelle appartiennent le comte Jacques de Maistre, de La MermaiSf Bonald et autres.
Depuis l'époque ou Charles FiUers^ mort en 1 8i 5, a recommandé à ses compatriotes la philosophie de Kant (§. 389, not.)y les Français ont fait plusieurs tentatives pour^e rapprocher de la philosophie ailemande y et abandonner le sensualisme de Condillac.
Victor Cousin (5) ( éditeur de Descartes , de Produs, traducteur de Platon), disciple de Royer-Collard^ et familier avec les recherches les plus récentes de la philosophie allemande, a fondé une nouvelle école , en prenant pour principe fondamental l'mterrogation méditatwe de la conscience; il est à la tête des hommes distingués qui ont le plus contribaë à répandre un nouveau spiritualisme vivement com* hattu par l'ancien empirisme. Â cette école appartiennent Maine de Biran, Rojrer^Coll^d , Bérard,
( 1 ) Laromiguière , Leçons de philosophie , ou Essai sur les facultés dé l'âme. Paris, lSlô-18; 2« édît., 1820, 2 vol. în-g.
(2) Azals , Cours de philosophie générale, ou Explication simple et graduelle de tous les faits de l'ordre physique, de l'ordre physiologique, de l'ordre intellectuel, moral et politique, 8 vol. Paris, 1824, in-8.
(3) Cousin, Fragments philosophiques. Paris, 1826. Non»breox articles dans le Journal des Savants et dans le Globe. YojeK Religion et Philosophie en France , par Carové , 2 vol. Francf.,
Vir^y Jouffrcff Kératry^ bar. Massias(î), J. H. Droz (a), et même le Suisse iBonstetten (5). Dans la philosophie appliquée aux sciences naturelles , Claude François Le Jojraud{/l^) et J. A. Fr. Alix (5) s^élevèrent au-dessus de la physique atomistique.
Italie el autres pays.
Depuis Giov. Batt, J^ico (6), né à Naples en
(i) McLssias y Rapport de la nature \ IHioranie et de l'homme à la nature , ou Essai sur l'instinct , l'intelligence et la vie, t. i-iv. Paris, 1821-1822.
(2) Droz, De la philosophie morale ou des dijfférents systèmes sur la science de la vie. Paris , 1823 , in-8.
(3) Ch. Vict. de Bonstetten , Études de l'homme. Genève et Paris , 1821. Récherches sur la nature et les lois de l'imagination. Genève , 1807.
(4) Cl. Le Joyaud, Principes naturels ou Notions générales et particulières des forces vivantes et primordiales , etc. 4 vol. in-8.
(5)' J. A. Fr. Alix , Nouv. système de l'univers (trad. en ail. par D. Murhard. Francf., 1817, în-8).
(6) J. B. F'ico y De antiquissima Italorum sapîentia libb. m. Ifaples, 1710, in-12. Traduct. ital. de sa Métaphysique par MojUu Milan , 1816. De uno universi juris principîo et fine uno. Napl., 1720, in-4. Liber alter qui est de constantia jurisprudentis. Ihid,, 1721. Son principal ouvrage est intitulé : Princîpi délia scîenza nuova d'intomo alla commune natura délie nazioni. Nap., 1725; 2'' édit, 1730; 3' entièrement refondue. Nap., 1744 , in-8 ; reproduite dans les suivantes ; la 7* pub. par Ga« lotti , Nap. ,1817, est une réimpression de la première.
362 TROIflEMB PÉRIODE.
1660, mort en 1744» et. son compatriote Antonio Genoi^ese, 1712-1769^ les Italiens ont peu fait pour la philosophie (i), ou bien ils ne se sont occupés que de quelques points pratiques, comme Gaétan Filait-^ gien(2),né.a Naplesen 1753, mort en i788yetGesare Bonesano, marquis e/{'j9^ccana(3)y mort en 1793, qui ont traité la législation en partie d'après des vues empruntées à l'étranger. Dans ces derniers temps y les Italiens ont pris une connaissance plus intime de la philosophie de Kant, et en général des ouvrages allemands sur l'œsthétique (4)> Le livre d'Applauo Buona/ede a été souvent cité (§. 34)*
Les HolUmdais y les Danois et les Suédois (5) ont
(i) On peut excepter: ErmeDegildo Pino, Protologia analjsm scîentiaesistens ratione prima exbîbitam, vol. 1-3. Mediol., 1803, in-8 ; Caesarîs Baldinotti Tentaminum metaphjsîcorum lib. m. Patav., 1817, iii-8.
(2) Gaetano Filangieri , La scienza délia legislazione, 8 vol. Nap., 1780, in-8; nombr. édit.
(3) Deî delittî e délie pêne. Nap., 1764, in'8* Trad. dans toutes les langues.
(4) Pasquale Galuppi , Saggio filosofico sulla critîca délia conoseenza. Napoli, 1819, in-^ , 2 vol.; ouvrage con^i dans les principes de Kant. Du même : Elemenli di ûlosofia , 5 vol. Messine, 1821-1827. Une traduction de Kant par Sacehi est annoncée comme devant paraître a Pavie«
Giov. Batt. TaUa , Saggio di estetica. Venezîa , 1822 , in-8.
(5) Sam. Grahbe, Animadversiones in constructîonem inaterir schelHngîanam , P. t. Upsal ,1818, in«4. — ^Nic. Fr. Bihirg, No-
PHILOSOPHIB MODSRim. DEUXIÈHB ÉPOQUE. PB. HOLL. S63
montré un peu pins d'ardeur pour les recherches philosophiques, mais ils ont moins d'originalité que les Allemands. En Hollande surtout , la philosophie critique a rencontré beaucoup de partisans (S* ^^9f not.). Les progrès en ont été arrêtés soit i par les troubles politiques , soit par la polémique des philosophes allemands entre eux , soit enfin par les dissidences de l'école critique elle-même. F'cui Hemert se prononça pour Fichte. Il faut encore signaler ici avec éloges Dan. Wyttenhach (i), professeur à Lejde, mort en 1820, qui a surtout un grand mérite comme humaniste et historien de la philosophie^ ainsi que l'ingénieux socratique François Hemsterhuis (2), né en 1720, mort en 1790, qui tous deux se sont, quant à la méthode, singulièrement rapprochés des anciens.
Les TransyWaniens , les Hongrois ^ les Grecs , les
tionum ethicarum, quas fonnales dicunt, diatesis crîtica, P. i. Upsal, 1823.
(i) Dan. TVftteiihach, §. 388 > notes vers la fin. En outre : Pnecepta philosophke logîcae , avec des applications aux auteurs classiques. Plusieurs éditions, entre autres celles d'Eberhard. Halle ,1784, et de Maass^ 1820, in^. Yita Wyttenbachii > aut. Mahne , éd. Fridemann. Brunsw. , 1825.
' (2) Franc. Hemsterhuis , plusieurs dialogues , entre autres i Sophjle ou De la philosophie , en franc. ; Arisiée ou De la Divinité. Recueillis dans ses œuvres philosof^hiques. Paris, 1792 » in^. — En allem., 3 vol. Leips., 1782-97.— 2« édit. fran^. de^ Paris, 1809, in.8 , 2 vol.
Polonais et les Russes ( i ) se sont familiarisés avec la philosophie allemande , surtout par leur séjour dans les universités de l'Allemagne. On a même rencontré des traces de la connaissance de la philosophie allemande jusqu^au Brésil (2).