‹ Manuel de l'histoire de la philosophiChapitre 9 sur 37 · DECADENCE DE LA SCIIOL ASTIQUE · texte numérisé non relu

DECADENCE DE LA SCIIOL ASTIQUE

Maria et Chiocci , furent à leur tour conabattus par Gampanella ( I ) ( §. 5 1 9 )•

3**. Fraac. Patrizzi.

Vie et opin. des plus célèbres physiciens , etc. ^ publ. par Rixner et Siber^A'' cahier : Franc. Patrizu. Sulzbach, 1823, in-S (ail.).

Ifrançois Patrizzi ^ né à Clis$o> en Dalmatie^ vers iSag^ professeur de philosophie platonicienne à Ferrare et à Rome^ où il mourut en 1 597/ auteur d'un nouveau système d'émanation^ en emprunta les matériaux de divers côtés ^. mais principalement anx néoplatoniciens^ aux prétendus monuments primitifs du mysticisme antique recueillis par eux^ enfin an système de Telesio (§. précédent). Il se prépara à ce nouveau travail par une longue réfutation d'Aristote (a). Dans son système (3), il essaie de donner la théorie de la lumière d'après la méthode aristotélique. Il partage le grand Tout en

(i) Gampanelke philosopbîa seosibus demonstrata , etc. Neap., 1590 » in-4.

fa) Dùcusjtones p^pateiicœ, pubUées d'abord pur parties séparées. Ven., iSTl^^l&Slt 4 vd. Vojei ci-dessus, §. 139.

(3) Noya dé nniversis pbilosophia in qaa arîstotelica me» Ukodo ncii per motUm sed per lucem et lumhia ad primam caxaam ascenditur, etc. Ferrar. ^ . 1 591 , in-fol. Yen., 1593. Lood., 1611.

38 DEUXlàMB ràuODB.

quatre parties, savoir : Panaugiep P anarchie. Panpsychie et Pancosmie; et rattache à ses hypothèses unrecueil de livres mystiques apocryphes (i). La sagesse est la science universelle. La lumière est le premier objet de la connaissance dans le tout. C*ést donc par la lumière que doit commencer la philosophie ou la recherche de la sagesse, i"". Toute lumière vient de la source de toute lumière , Dieu. 2*. Dieu est le principe premier de toutes choses. 3^. Tout est animé. 4*** L'univers reçoit l'unité et Fharmonie de l'espace et de la lumière, qui sont l'un et l'autre des substances incorporelles. Telles sont les idées principales que Patrizzi développe dans ces quatre parties. Au reste , ce ne fut pas la demièn fois que cette métamorphose des formes de la matière en forces spirituelles, servit à l'alliance du néoplatonisme et de ses rêves mystiques avec la philosophie d'Âristote.

4*. Giordano Brimo.

Voyez surGiord. Bruno, Brucker, t. iv, et Buhle, Hisl. de la philosophie moderne, t. n, p. 703 seq. FûBebom, Beitrage y etc., 6' cah. Heumann, Acta phUosophor. , 3«, »•, 15» cata« (al.).

Car. Steph. Jordani Disquisilio higtorîco^liUeraHa de Jordano Bruno Nolano. Primislsvi» (s. a.)) î^^-

(i) Voyez les indic. bibliogr. au §. 70.

DBCADEHiOB PP LA SCHOLASTIQUE. 39

Fr. Christ. Laudihard, Disft. de Jordaoo Bruno. HaL, 1783, in-4. .^ ' -

Appendice à la biographie de Giord. Bruno , par Kindervoter; dans le Recueil de César^ t Yi^n*" 5 (al!.).

Biographie de Bruno dans jédehmg , Histoire de la (blie humaine , 1. 1 (all.)-

Fr. Jacobi Lettres à Mendelssohn sur la doctrine de Spinoza ^ 2* ëdit. Breslau , 1789, ln-8 ^ 1" supplëm.

Heydenreich y Appendice à l'histoire des révolutions opérées dans la philosophie, par Cromazianoy 1. 1, p. 257.

Yie et 'opinions des physiciens célèbres , etc. , par Rixner et Siber, S** cah. Sulzbach, 1824, in-8.

Un des hommes de cette époque , dont le souvenir est le plus intéressant / est un autre italien , Giordano Bruno^ remarquable par sa destinée ainsi que par se& doctrines et ses talents. 11 possédait une intelligence étendue et forte, jointe à une imagination vive et féconde^ un caractère élevée mais inquiet et passionné» surtout avide de gloire; enfin , il avait amassé àe& connaissances variées dans la philosophie ancienne, les mathémaliquics , la -physique, l'astronomie, et son goût avait été cultivé par )a littérature dassique. Il était né k Noia y dans le. royamnc de Naples, vers lie milieu du XVI* sièele. On sait peu de chpse sur les premières époques de sa vie. 11 entra chez les dominicains » on ne sait en quelle année ni en quel lieu : des doutes eo matière de* religion, et des jugements hardis sur l'ordre monacal lui firent quitter Mtalie , vraisemblablement vers i$8o. Il passa à Genève* Son esprit

paradoxal et pétulant le brouilla avec Calvin et Théodore de Bèze. Il se rendit alors à Paris, où il écrivit sur l'art de Raymond Lulle (§. 270)» et en donna des leçons publiques. De là il alla à Londres^ revint à Paris en 1 585, s'y porta publiquement pour adversaire d'Aristote, oe qui lui attira de nombreux contradicteurs. En i586^ il enseignait à Wittemberg, puis il séjourna quelque temps à Prague, a Helmstadt, où il faisait des cours particuliers, et à Francfort-aur-le^Mein. Il se retrouvait, en jSga, à Padoue, on ignore pour quel motif; après y avoir passé en paix deux années , il fut arrêté , en 1 698^ par rinquisitiqn de Venise. On l'envoya à Rome , et il y fut brûlé comme hérétique et violateur des vœux religieux, le 17 février 1600.

Par son caractère d'esprit, Bruno était naturellement disposé à repousser l'aride philosophie qu'où enseignait dans les écoles au nom d'Aristote. Son penchant l'entraînait de préférence vers les classi-ques ; il fut frappé surtout des vues haixlies et larges des Ëléates et des platoniciens d'Alexandrie, qui alors avaient trouvé en Italie beaucoup d'esprits disposés à les accueillir. H s'en pénétra profondément et les mit en oeuvre avec un talent fécond et original. L'unité de Dieu et du motide, ou , en d'autres termes , l'idée que Dieu est le fond même de toutes choses et leur principe interne, qu'en lui la puissance et l'activité, le réel et le possible, ne font qu'un

DicADBUXGE DE LA SCHOLASTIQUE. 41

loul indiviMble : tel est le grand texte développé par PhUoihéos ( c'est le nom qu'il se donne) dans divers écrits où l'auteur fait preuve de beaucoup d'ifnagi-* nation et de savoir^ s'exprimant souvent sur le ton de la, plaisanterie y et toujours avec esprit. A ces idées s'en rattachaient beaucoup d'autres, telles que l'intention de perfectionner l'art de Lulle, qu'il regardait conome le précurseur de sa réforme en philosophie y les hardies découvertes de Copernic » qui peut-être éveillèrent ses premiers doutes sur l'autorité traditionnelle^ enfin les préjugés dominants sur la magie et l'astrologie. Son esprit ardent et son caractère inquiet se prêtaient moins à une froide démonstration et au développement systématique des idées qu'à des rêveries brillantes^ dans lesquelles il prétait aux sujets philosophiques toutes les couleurs de son imagination.

Les livres de Bruno sont extrêmement rares.

Ffdléborn et Buhle ont pris le soin d'en former une notice complète. Nous les indiquerons ici dans l'ordre chronologique.

Jofdani Brani Nolani Be compendiosa aroUtectan et con- {ikDieDlo arlis lolUànœ. TeneC, 1580; Par., ISSS.

Cantus drcœas ad eain memoriie praxlm ordinaCus quam ^pse judiGiariam iqppellat. Paris, 1582, iii-8.

De umbris ideamm. Par., 1582, iii-8. La seconde partie est intitulée : Ars memori».

là. Bella.eausa, principio e uno. Yenet. (profMibl. Paris), 1584 , in-8. On en trouve un extrait dans les lettres d^à men- Uonnées de Fr. Jacohi.

42 DEUXIÈMB PÉRIODE.

Jordani Dell' infinito universo e mondi. Yenet. (probabl. Paris), 1584, in-8. .

Spaceio délia bestta triODfante. Paris, 1584 , iD-8.

La cena délie ceoeri, descrittain çinque diaïoghi. s. 1., 1584, in-8.

Gabala del cayallo Pegaseo con raj;giunte del asiao cillenico. Paris, 1585, ln^8.

Degli eroici fiirori. /&., 1585, iii-8.

Jordani Bruni AcroUsmas seu ratlones articulorum pbysieoram adrersus peripatetfcos Parisiis propositorum , etc. Viteb,, 1588,. iD-8.

Articuli de natura et mundoaNolano inprincipibus Europœ academiis propositi et quos Jo. Heanequioas, etc., defendendos efulgavit. Paris, 1586, réimprimé sous ce titre : Acrotismus seu raliones artic. phys. adt. peripateticos Parisiis propositorum , etc. Yiteb., 1588^ in-8.

Oratio valedictoria habita in Acad. viteberg., 1588, in-4.

Oratio consolatoria habita in Ac, Julia. Helmst. , 1589,

Jordani Bruni explicatio Irîginta sigillorum ad omnium scientiarum et artium in yentionem , dispositionem et meinoriam quibus adjectus est sigillus sigillorum. s. 1.

De lampade combinatoria luUiana ad infinitas piropositiones et média invenienda. Yiteb., 1587, in-8. — De progressu et lampade venatoria logicorum, etc. Ibid.^ eod. — De specierum scrutinio et lampade combinatoria Raym. LuUi. Prag. , 1588. Articuli ëlx adv. hujus tempestatis mathematicos atque phikMophos, item clxxx praxes ad totidem prbblemata. Ibid.^ eod. — De imaginum, signorum et tdearom composttione ad omnia inventionum , disposUioDum et raemori» gênera lib. m. Francof. ad M., 1591, in-8. — De tripliei minime et mensura àd trium speculativarum scientiarum et multanim activaniiii artium principf» ttb. y. Fktincof. , 1591 , in«-8. •*- De monade, numéro et flgura liber conseqiieRs ( Ubros) quîn-

DÉCADElfCE DB LA dCHOLA€TIQUB. 4S

que. de mîniiDo magno et mensiira. Item de inoumeraUbus, imiDeDfio et infigurabili , séo de uniYeno ejt mundte lib. ym. Francof., 1591, iB-8.

Samma terminoniin metaphys. ad cape&sendum logiez et philosophi» stodium ex Jord. Brani Noiani Mss. excerpta , Donc primum luci commissa & Raph. Eglino. Tigur., 1595; Marb.,1609,iD-8.

Arlificiutn perorandi , éd. yéUiedio»- Firancf., 1612.

Les prîncîpauic points de sa théologie' soni les suivants : le principe suprême » Dieu, est ce que toute chose est et peut être» Il est donc un être upique , mais comprenant en soi toutes les existen* ces , le fond même des choses et en même temps leur cause productrice ^ Riatérielle et formelle, sans limite dans l'éternité de sa dul^ée , natura natumns. Comme première cause productrice , c'est aussi la raison dÎTÎae universelle , qui se manifeste dans la forme de l'univers; en d'autres termes^ c'est l'âme universelle qui agit en toutes choses , et qui , de l'intérfeur de chaque être, lui donne sa forme et ses développeiùents.- Cette cause active est formelle et finale en même temps , et à ce dernier titre elle travaille à la perfection de l'univers, laquelle consiste en ce que, dans t'es diverses parties de la matière, toutes les formes dont eHe est susceptible parviennent à l'i^i^tence réelle. Etre, vouloir, pouvoir et agir, sont termes identiques daûs le principe primitif. L'£4re absolu et simple est hors de la portée de tantes nos idées, perce qu'il n'y a en hii ni mnlti-

plicité ni totalité. Sa substance et son activité sont déterminées nécessairement par sh nature; il ne peut agir autrement qu'il n^git; sa volonté est nécessité , et cette nécessité est en même temps la liberté la plus absolue. Comme force primitive vivante^ la divinité se manifeste de toute éternité par d'infinies productions ; mais elle n'en reste pas moins une et la méme^ sans fin , sans mesure, immobile et au-dessus de tout rapprochement. Elle est en tout, et tout est en elle , parce que toute chose se développe , vit et agit par elle et en elle ; elle réside dans les recoins les plus cachés du monde comme dans le tout infini ; elle agit dans chaque point de l'univers comme dans son ensemble ; d'où il suit que tout vit, tout est bien, tout est en vertu du bien et tendant au bien , parce que tout provient de l'éti^ essentiellement bon.

Bruno reproduit cette idée lorsqu'il prend! pour point de départ le monde, unwerswn, ovi,naiura naiurata^ et qu'il le représente comme un, infini, éternel , impérissable. Le monde n'est néanmoins . dans son extériorité et comme contenant en soi le développement de toutes choses, que l'ombipe qui réfléchit la forme du principe suprême. La matière est son essence fondamentale ; elle est sqps doute en soi dénuée de forme ; mais, comme elle est identifiée à la forme primitive et étemelle , elle développe dans son propre sein toutes les formes contingentes.

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