‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 18 sur 90 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

donc partout opposition dans les choses; de là la nécessité de l'harmonie. Le monde est donc pour les Pythagoriciens une harmonie qui découle de l'unité primitive , et qui se reconnaît au nombre , à la mesure et au rapport coordonné des nombres, de manière à former un tout. Cette unité est le Dieu des Pythagoriciens; d'où l'on voit aussi pourquoi ils regardaient les âmes comme des nombres ou comme des émantions de la divinité, et pourquoi ils établissaient dans la morale ce principe qu'il faut ressembler à Dieu. Tel est le lien qu' rattache toutes lés parties de leur doctrine les unes aux autres et qui en montre aussi tous les vices et toutes les imperfections. La doctrine éléatique, comparée à celle des Pythagoriciens et des Ioniens se caractérise surtout par des résultats négatifs. Les Eléates, en se fondant sur les principes généraux d e la raison, ont fait deux choses principales: d'abord, ils ont cherché à montrer qu'une multiplicité primitive des choses est impossible, parla raison que le non-étre, qui devait être conçu comme séparant l'unité, n'est pas; ensuite, ilsontfiiit voir l'erreur de ceux qui veulent réunir la diversité d'un principe qui se développe avec une unité qui dominerait tout, car le parfait ne peut être sujet au changement. Il n'yafiar conséquent qviuti seul Dieu, selon Xénophane , qu'un seul Etre, selon Parménide; ce Dieu, cet être est immuable, il n'est point dans le temps, mais il est éternel; il n'est point corporel, ni en quelque lieu, mais absolument simple en tout etparfait. Toutce qu'on affirme de la naissance et du changement des choses, n'est donc qu'une illusion des sens , qui cache peut-être une réalité, mais que l'esprit humain ne peut saisir. Zenon, qui entreprit la défense de son école contre les pluralitaires Ioniens-" déclare en effet plus positivement que les autres Eléates que,si nous connaissions seulement l'unité, nous aurions par le fait même la connaissance de toutes choses. Mélissus, tout en modifiant sous certains rapports la doctrine des autres Eléates, ne s'en est cependant pas essentiellement écarté. Le défaut de tout le système des Eléates consiste à n'avoir pas su concilier l'idée qu'ils se faisaient de la nature avec les résultats de leur doctrine raliounelle.

118 • PRiilMlÈRE PÉRIODE.

Lors donc que les diverses doclrines, sur lesquelles nous venons de jeter un rapide couj)-d'œil, vinrent plus tard à se rencontrer, on dut, à cause de l'élat où l'esprit humain se trouvait alors, bientôt révoquer en doute niênie ce qu'il y avait de légitime etde vrai. C'est ce qui arriva en effet par les efforts des Sophistes, qui établirent le centre de leur action à Athènes. Ce qu'il y a déplus important pour le développement de la pensée philosophique dans l'influence des Sophistes, c'est qu'ils portèrent leur attention sur l'idée delà connaissance humaine et sur toute la science de l'homme: ils ouvrirent un champ de recherches presque inconnu jusqu'alors. Cette méthode aussi était propre à favoriser le résultat qu'ils e spéraient. Elle avait pour objet la recherche des formes de la pensée et de l'expression ; mais elle ne fut d'abord que peu systématique^ et n'eut pour objet qu'un vain exercice. Tous ces efforts divers servirent à préparer une philosophie qui se posa le problème de ramener chaque pensée à l'idée de la science , tant sous le point de vue de la forme que sous celui de la matière. Tous les philosophes antérieurs, fortement frappés d'une idée s'étaient efforcés de la développer exclusivem eut et de la poursuivre avec un enthousiasme instinctif. Mais plus tard, fixant l'attention sur le but général de la science et sur les moyens par lesquels elle peut être acquise, on dut arriver à ce calme qui, en fait de science, ne résulte que de l'idée même de la science, de l'appréciation de tout savoir spécial par la science universelle et de la manière dont la raison se rapporte aux principes de nos spéculations. Ce résultat de la philosophie pendant sa première période fut obtenu par les recherches les plus variées et les plus opposées ; le doute qui en naquit attaqua tout ce qu'il y avait de plus sacré pour l'humanité; l'esprit humain sembla vouloir abandonner la voie de la science en désespoir de cause. Mais heureusement, la Providence ne cessa jamais d'étendre sa bienfaisante main sur l'humanité, surtout dans des temps d'anarchie sociale et intellectuelle : car plus la vérité est décidément rejetée, plus on sent qu'on a besoin d'elle, plus on sent qu'on ne peut s'en passer.

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