CHAPITRE I
Caractère ijénéral de cette période.
SOMHAIRB.
î. Marche générale de la civilisation. — Athènes et la philosophie. 2. Celle-ci est le centre de la civilisation altique. — Socrate. — Ce qu'il fait pour la science. 3. Comment il se distingue des philosophes de la première période. — La physique ionienne parvient à distinguer l'intelligence de la matière ; mais elle regarde cependant l'une et l'autre comme appartenante la nature. 4. Socrate y trouve une différence essentielle et s'élève à l'idée qui explique cette différence, à l'idée de la vraie science. 5. Détermination delà fin de cette période. — Deux choses à considérer, la civilisation et le cai'actère de la phiIoso|)hie. 6. ta ctDî/isafjon. — Influence des conquêtes d'Alexandrele-Grand. 7. iop/iZ/osop/i/e. — Éclectisme et scepticisme. 8. La nouvelle Académie et les nouveaux Stoïciens terminent cette période,50 ans avant J.-C.
1 . Pendant la guerre du PéJoponèse , lorsque les arts d'imagination avaient déjà atteint à Athènes le plus haut degré de perfection , commença aussi dans cette ville un grand mouvement philosophique, qui porta la science grecque à son apogée. Ce fut à la suite de ce mouvement que se forma la prose altique, modèle pour tous les siècles suivants. Athènes, quoique déchue de sa grandeur politique, domina toujours par l'ascendant de ses lumières ; elle donna un caractère grec à tout son développement et ramena à l'unité tous les élément sépars de la culture intellectuelle de la Grèce. C'était là le fruit de la vie éminemment libre des Athéniens. Athènes était le centre des beaux-arts, qui avaient trouvé dans Périclès un protecteur généreux et éclairé. Aussi les artistes les plus
distingués vivaient dans cette ville. Platon blâme , avec quelque raison , il est vrai , les excès de la liberté de cette vie athénienne ; mais ce fut néanmoins elle qui attira à Athènes les grands hommes de l'époque. La jeunesse grecque aussi ne trouvant nnllepart ailleurs une sphère d'action aussi étendue, affluait de toutes parts dans ce prytanée de la sagesse grecque, pour y entendre les génies immortels qu'il renfermait. Pendant tout le temps que dura cet état de choses, Athènes fut le siège des écoles philosophiques , la véritable école supérieure des Grecs.
2. La philosophie fut le .centre et comme le cœur de la civilisation atlique , considérée sous le point de vue scientifique. Ce fut Socrate qui jeta les fondements de la philosophie de cette époque; aussi toutes les écoles d'alors , s'appelaient-elles socratiques , celle d'Epicure exceptée , et prétendaient propager les véritables principes de Socrate. Nous avons donc à suivre , avant tout , le développement d'une |)ensée vivante et forte; ce que nous ne pouvons faire qu'en rattachant l'histoire de la philosophie de ce temps , à la manière dont Socrate traita la science. Mais pour connaître celte manière , nous devons jeter un coup-d'œil sur la marche que la philosophie à suivie jusqu'ici. Nous laisserons ici parler Ritler lui-même.
3. 11 11 était naturel que les premières recherches philosophiques des peuples païens eussent surtout pour objet la nature , car elle est la racine d'où se dégage insensibleuient la vie rationnelle ; et comme l'homme , dans le principe de son existence , se sent davantage dans la dépendance des conditions extérieures de la vie , il y donne d'abord son attention d'une manière toute particulière. Dans cet état de développement , l'unique moyen de parvenir à la tranquillité philosophique, c'est qu'il se sente de môme nature que le monde qui l'environne; et lorsqu'il s'identifie avec lui par la pensée, il n'aperçoit qu'une seule science, la science de l'ensemble de la nature. Les premiers essais philophiques des Grecs laissent apercevoir ce degré de développement intellectuel. Mais peu à peu l'homme remarque la force
qui lui est propre, la force de la raison , qui ne s'observe